Westminster signifie «abbaye de l'Ouest» car celle-ci se situait à l'ouest de la City (en opposition à Eastminster, monastère cistercien qui se trouvait à l'est, au-delà de la tour de Londres, sur le site de l'actuelle Royal Mint). En ancien français, l'abbaye de Westminster se nommait Ouestmoustier (en latinwest-monasterio).
Selon la légende, l'abbaye aurait été fondée en 616, sur le site d'un ancien îlot de la Tamise baptisé Thorn Ey («île de Thorn»). Un pêcheur nommé Aldrich y aurait été témoin de visions de l'apôtrePierre.
Par la suite, au milieu du XIesiècle, le roi anglo-saxon Édouard le Confesseur fait construire son palais sur les rives de la Tamise à proximité du monastère, qu'il décide alors de construire avec des dimensions plus grandes, et qu'il dédie à saint Pierre. L'abbatiale est consacrée le , peu avant la mort du souverain le . Le , Édouard le Confesseur est enterré dans l'église; neuf ans plus tard son épouse, Édith de Wessex, est enterrée à ses côtés.
Au XIIIesiècle, HenriIII (1207-1272) décide de reconstruire l'église dans le style gothique. Il s'agit pour lui de suivre la mode architecturale et de donner un écrin splendide à la sépulture d'Édouard le Confesseur: son corps est exhumé et placé dans un nouveau tombeau en 1269. Les plans sont dessinés par Henry de Reynes (mort en 1254). Afin de valoriser le lieu et d'en faire un centre de pèlerinage, il adjoint à la dépouille de l'ancien roi une relique contenant le Précieux-Sang du Christ. Une procession, où le roi Henri III porte lui même le vase en cristal contenant le sang du Christ, est organisée en 1247. L'installation de cette relique procède aussi de la volonté du roi de concurrencer la Sainte-Chapelle de Saint-Louis où se trouve notamment la Couronne d'épines.
Entre 1503 et 1519, sous les règnes d'HenriVII et d'HenriVIII, on construit la Lady Chapel, aujourd'hui connue sous le nom de chapelle Henri-VII. La Renaissance artistique influence l'édification de cette partie de l'abbatiale et des artistes italiens y travaillent, comme le sculpteur Pietro Torrigiano.
En 1540, les moines bénédictins sont forcés à quitter le monastère lors de la dissolution des Monastères sous le règne d'Henri VIII et celui-ci érige l'abbaye en Cathédrale du nouveau diocèse de Westminster.
A l'arrivée au pouvoir de la Reine catholique Marie Ière, celle-ci rétablit l'abbaye et restaure la vie monastique sur place. Mais à l'avènement d'ÉlisabethIre, les moines sont de nouveau expulsés. Il n'y a plus d'abbé, et un chapitre est formé, présidé par le doyen de Westminster.
Depuis Guillaume le Conquérant, le jour de Noël 1066, tous les rois d'Angleterre, puis du Royaume-Uni, sont couronnés dans l'abbatiale, à l'exception d'ÉdouardV et d'ÉdouardVIII. La King Edward's Chair («Chaise du roi Édouard»), aussi appelée Coronation Chair («Chaise du couronnement»), qui sert à l'intronisation des souverains britanniques depuis ÉdouardIer, est aujourd'hui entreposée dans la chapelle Édouard-le-Confesseur. Mais dans l'hypothèse d'un prochain couronnement, le cérémonial veut qu'elle soit à nouveau placée dans le chœur de l'église face à l'autel.
Jusqu'en 1996, elle était accompagnée de la pierre du destin (ou pierre de Scone), qui était placée sous le siège et servait autrefois lors du couronnement des rois d'Écosse. Cette dernière a été rétrocédée à l'Ecosse et après avoir été exposée au Château d'Édimbourg, elle se trouve désormais dans un musée de la ville de Perth, en Ecosse.
Le , la cérémonie du couronnement de CharlesIII et de la reine Camilla subit quelques modifications par rapport aux couronnements précédents afin de représenter d'autres dénominations chrétiennes, cultures et communautés à travers le Royaume-Uni, et est plus courte que celle de la reine ÉlisabethII en 1953.
Plus de 3 300 personnes sont également inhumées dans l'église dont 16 ou 17 monarques britanniques, accompagnés pour certains d'entre eux de leurs conjoints, et de nombreuses autres personnages illustres, dont six Premiers ministres britanniques, des écrivains, des poètes, des scientifiques, des acteurs ou encore des explorateurs.
La tombe du Soldat inconnu se trouve près de la porte occidentale, enterré parmi les rois parce qu'il «avait agi pour le bien, pour la cause de Dieu et de son foyer».
Architecture
Plan de l'abbaye, montrant les chapelles latérales et les principales tombes royales.
L'édifice est principalement construit dans le style gothique géométrique, utilisant pour les parements la pierre de Reigate. L'église possède une nef à onze travées avec des bas-côtés, un transept et un chœur avec un déambulatoire et des chapelles rayonnantes. Le bâtiment est soutenu par deux niveaux d'arcs-boutants.
L'extrémité ouest de la nef et la façade ouest ont été conçues par Henry Yevele dans le style gothique perpendiculaire. La chapelle Henry VII a été construite en style perpendiculaire tardif, en pierre de Huddlestone, probablement par Robert et William Vertue. Les tours occidentales, conçues par Nicholas Hawksmoor, mêlent le style gothique de l'abbaye au style baroque à la mode à cette époque.
L'abbaye de Westminster moderne s'inspire largement des styles gothiques français, notamment ceux de la cathédrale de Reims, plutôt que des styles gothiques anglais contemporains. Par exemple, le style gothique anglais privilégie les tours larges et élaborées, alors que l'abbaye de Westminster n'en avait pas avant le XVIIIesiècle. Elle est également plus proche des églises françaises que des églises anglaises en termes de rapport entre la largeur et la hauteur: l'abbaye de Westminster possède la nef la plus haute de toutes les églises gothiques d'Angleterre, et cette nef est beaucoup plus étroite que n'importe quelle église anglaise médiévale de hauteur similaire. Au lieu d'une extrémité orientale courte et carrée (comme c'était la mode anglaise), l'abbaye de Westminster possède une longue abside arrondie, et possède également des chapelles rayonnantes à partir du déambulatoire, ce qui est typique du style gothique français. Cependant, on y trouve aussi des éléments typiquement anglais dans l'utilisation de matériaux de couleurs contrastées, comme le marbre de Purbeck associé à la pierre blanche de la croisée du transept.
L'entrée nord possède trois porches, le porche central comportant un tympan finement sculpté, ce qui lui a valu le surnom de «porche de Salomon» en référence au temple légendaire de Jérusalem.
L'abbaye conserve ses cloîtres des XIIIeetXIVesiècles, qui devaient être l'une des parties les plus fréquentées de l'église lorsqu'elle faisait partie du monastère. Le cloître ouest était utilisé pour l'enseignement des moines novices, celui du nord pour les études privées. Le cloître sud menait au réfectoire, et celui de l'est à la salle capitulaire et au dortoir. Dans le coin sud-ouest du cloître se trouve un cellier autrefois utilisé par les moines pour stocker le vin et la nourriture: à l'époque moderne, il est devenu la cafétéria de l'abbaye. Le cloître nord et l'extrémité nord du cloître oriental, le plus proche de l'église, sont les plus anciens; ils datent d'environ 1250, tandis que les autres datent de 1352 à 1366. L'abbaye contient également un petit cloître, sur le site de l'infirmerie des moines. Le petit cloître date de la fin du XVIIesiècle et comporte un petit jardin avec une fontaine en son centre. Un passage du petit cloître mène au College Garden, qui est utilisé en continu depuis 900 ans, à l'origine comme jardin médicinal pour les moines de l'abbaye et maintenant dominé par les maisons des chanoines et le dortoir de la Westminster School.
La partie la plus récente de l'abbaye est la tour Weston, achevée en 2018 et conçue par Ptolémée Dean. Elle se trouve entre la salle capitulaire et la chapelle Henri VII, et contient une cage d'ascenseur et un escalier en colimaçon pour permettre l'accès du public au triforium, qui comprend les galeries du jubilé de diamant de la reine. La tour a un plan en forme d'étoile et des fenêtres à plombs avec un toit élaboré, en couronne. La cage d'ascenseur, à l'intérieur, est revêtue de seize types de pierre marquant l'histoire de l'abbaye, dont le marbre de Purbeck, la pierre de Reigate et la pierre de Portland. Le projet a duré cinq ans; les galeries ont été conçues par McInnes Usher McKnight.
Porte nord de l'abbaye, surmontée d'une rosace et d'arcs-boutants.
Tympan au-dessus de l'entrée nord.
La tour Weston, nichée derrière un arc-boutant.
Le Petit Cloître de l'abbaye.
Le cloître nord, à l'usage des moines pour l'étude privée.
Description
La façade est rocheuse et lisse à la fois. Les tours médiévales n'étant pas achevées au XVIIIesiècle, la façade de l'édifice fut réalisée à cette époque par Nicholas Hawksmoor. Elle présente deux grandes tours symétriques de style gothique.
L'abbatiale a un plan en croix latine, mais elle a subi plusieurs transformations au cours des siècles; l'ajout de la Lady Chapel l'agrandit considérablement vers l'est au XVIesiècle.
Nef centrale
La nef est l'endroit où se rassemblent les fidèles au moment des offices et des cérémonies. Celle de Westminster est relativement étroite (10 mètres) mais s'élève à 31 mètres au-dessus du sol.
David Livingstone (1813-1873), le célèbre explorateur qui découvrit la vallée du Zambèze et consacra une partie de sa vie à rechercher les sources du Nil, repose également dans l'allée centrale.
Chapelle Édouard-le-Confesseur
C'est ici qu'est inhumé le roi Édouard le Confesseur. Sa châsse est entourée des tombeaux de cinq autres rois et trois reines du Moyen Âge.
Chapelle Henri-VII
Voûte de la chapelle Henri-VII.
Anciennement Lady Chapel, elle a été élevée au début du XVIesiècle par le roi HenriVII. Elle abrite le tombeau monumental du roi et de son épouse Élisabeth d'York. Dans l'aile nord se trouve le gisant de la reine ÉlisabethIre (1558-1603). Sa sœur aînée, la reine MarieIre (1553-1558), est enterrée dans la même tombe. L'aile sud renferme les tombeaux de Marguerite Beaufort, mère d'HenriVII, de Marie Stuart, reine d'Écosse, et de Margaret Douglas, nièce d'HenriVIII et belle-mère de Marie Stuart.
C'est dans la crypte de Saint-Pierre que se trouve le musée de l'Abbaye de Westminster, qui est situé dans une des plus anciennes parties de l'abbaye, datant du XIesiècle. L'exposition comprend une collection unique d'effigies royales et funéraires, ainsi que d'autres trésors, comme une pièce d'autel du XIIIesiècle, connue sous le nom de retable de Westminster.
Salle capitulaire
La salle capitulaire, située à quelques mètres au sud de l’église, date de 1248-1253 et abrite des fresques du XVesiècle. C'est une salle octogonale d'un diamètre de 18 m présentant des voûtes à liernes et à tiercerons retombant sur un pilier central à 8 colonnettes en marbre de Purbeck. Ses murs sont en partie recouverts de peintures médiévales.
Cloître
Le cloître.
Bâti aux XIIIe et XIVesiècles, il a subi des remaniements au XIXesiècle. Plusieurs personnalités sont enterrées sous des dalles, abbés ou musiciens, parmi lesquels:
En haut du grand portail ouest de l'abbaye, dix statues commémorent dix martyrs chrétiens du XXesiècle.
Personnalités françaises
On y trouve aussi deux Français:
Benjamin de Rohan, duc de Frontenay et baron de Soubise (1583-1642): frère du duc de Rohan, il est le dernier chef militaire de la résistance calviniste en France;
François de La Rochefoucauld, marquis de Montendre (1672-1739), de la branche La Rochefoucauld-Doudeauville: huguenot, il doit fuir en Angleterre, où il s'engage dans l'armée et termine maréchal de Grande-Bretagne (Field Marshal of Great Britain) et chef d'état-major des armées anglaises.
Dans la fiction
Dans le film La Grande Menace (1978), l'abbaye est à moitié détruite par la pensée du héros.
Dans le film La Chute de Londres (2016), une des tours de l'abbaye est détruite par un attentat terroriste.
↑Eric Fernie, «Edward the Confessor's Westminster Abbey», dans: Richard Mortimer (éd.), Edward the Confessor: The Man and the Legend, The Boydell Press, 2009, p. 139-143.
↑Pauline Stafford, «Edith, Edward's Wife and Queen», dans: Richard Mortimer (éd.), Edward the Confessor: The Man and the Legend, The Boydell Press, 2009, p. 137.
↑(en) «History», sur l'abbaye de Westminster (consulté le ).
↑Lucile Tran-Duc, «De l’usage politique du Précieux Sang dans l’Europe médiévale», Tabularia. Sources écrites des mondes normands médiévaux, (ISSN1630-7364, DOI10.4000/tabularia.306, lire en ligne, consulté le )
↑P. Binski et A. Massing (éds.) avec l'assistance de M. L. Sauerberg, The Westminster Retable: History, Technique, Conservation, The Hamilton Kerr Institute, University of Cambridge, Harvey Miller Publishers, 2009.
(en) Nikolaus Pevsner (dir.) (Revised by Bridget Cherry), The Buildings of England: London, vol.1: The Cities of London and Westminster, Harmondsworth, Middlesex, Penguin, , 3rdéd. (ISBN014-071011-6, lire en ligne)
(en) Tony Trowles, Treasures of Westminster Abbey, Londres, Scala, (ISBN978-1857594546)