Zarabes

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Zarab (variantes : Zarab ou Z'arabe) est le nom donné aux Réunionnais et aux Mauriciens de la communauté musulmane originaire du sous-continent indien et plus spécifiquement du Gujarat, une région et un État du nord-ouest de l'Inde. Les Zarabes sont musulmans sunnites, d’obédience hanafite et rattachés à l'école de Déoband en Inde. Cette communauté a préservé bon nombre de ses traditions.

Terminologie

Le terme provient du créole réunionnais et de la confusion entre « Arabes » et religion musulmane. Ces Indiens musulmans ont été qualifiés d'Arabes vraisemblablement pour plusieurs raisons. D'une part à cause de leur religion, la communauté créole à l'époque de l'arrivée des premiers musulmans d'origine indienne était peu au fait des réalités géopolitiques. Une seconde confusion conduisit à l'assimilation entre musulmans et Arabes. Par conséquent, les « Zarabes » sont tous musulmans et dans leur majorité sunnites.

Par extension, le mot désigne souvent l’ensemble des musulmans des îles de La Réunion, de Maurice et de Madagascar, quelle que soit leur origine géographique, mais aussi l’ensemble des personnes ayant des traits proches des musulmans d'origine indienne. Le terme de « zarab » est peu courant à l’île Maurice, où l'on trouve également une forte communauté d'origine indo-musulmane. Là-bas on les nomme « Laskar », déformation de l'ourdou « Lashkar ».

Histoire

Les indo-musulmans d'origine goujeratie se sont établis à La Réunion à partir du milieu du XIXe siècle. Mais dès l’abolition de l'esclavage en 1848, la colonie a recruté des engagés en Inde, principalement dans les régions méridionales du Tamil Nadu et de l'Andhra, plus rarement en Inde du Nord (Aoude et Bihar) et au Kerala. Si ces engagés étaient majoritairement hindous, une bonne part d'entre eux étaient musulmans, comme l'attestent les noms de famille dans les archives. Cependant les musulmans de cette première vague, du fait de leur proximité linguistique et culturelle avec leurs compatriotes hindous, furent absorbés dans la masse et perdirent leur foi. Ces Indiens originaires du Sud de l'Inde sont appelés malbars à La Réunion, et leurs ancêtres musulmans étaient aussi distingués par le terme Laskar ou Lascare.

Les musulmans indiens goujeratis vinrent donc plus tard, depuis les régions littorales de Baroche (Bharuch son district, appelé aussi le Kanam Pradesh ou « Pays de terre noire ») et de Surate (Surat et son district), dans le Goudjerate historique (c'est-à-dire hors Kathiawar et Kutch). Les ressortissants de ces deux régions ont longtemps formé des communautés distinctes et non commensales. Ceux de Surate se désignent comme les Surti (en gujarati : સુરતી) ou de la Sunni Surty Jammat, ceux de Baroche sont appelés les Kanamia (કાનમિયા) ou plus communément Baïssab. Ils sont collectivement surnommés les zarabEs par les autres réunionnais, un nom exonyme. Les zarabes vinrent à La Réunion, de leur plein gré, établir un flux commercial régulier avec l'île Maurice et surtout La Réunion. Sur place, ils fondèrent des commerces, surtout dans le non-alimentaire (tissus, chaussures, construction, vêtements, etc). Leur entreprise connut un certain succès et le développement économique de la communauté fut rapide. Symbole de leur acceptation par le reste de la population, ils firent inaugurer dès 1905 à Saint-Denis une première mosquée appelée Noor-e-Islam, la première jamais construite sur le sol français (hormis les départements d'Algérie et de Mayotte). L'immigration d'origine indienne cessa dans les années 1960. La Réunion fut longtemps le seul département français à posséder une médersa franco-musulmane.

Une partie des émigrés indo-musulmans, majoritairement chiite celle-là, s'est installée à Madagascar, où on les nomme Karanes. Beaucoup de ses membres durent quitter la grande île quand la guerre d’indépendance éclata. Une partie de cette communauté indo-musulmane chiite s'installa à La Réunion.

En , le conseil municipal de Saint-Denis a débaptisé la rue de l’Est pour lui donner le nom d’« Issop Ravate », le fondateur de la holding du même nom décédé en 2004. Ce bâtisseur réunionnais est une des plus grandes figures contemporaines de la communauté indo-musulmane de l’île. Un choix que revendiquent fièrement le maire de Saint-Denis et tous les habitants de la ville.

Bibliographie

Quelques ouvrages écrits par des Zarabes réunionnais :

Artistes

Un certain nombre d'artistes zarab (terme le plus usité, conforme à la graphie créole réunionnaise) émergent ces dernières années : Soleiman Badat (dessinateur, peintre), Ibrahim Mulin (photographe), Abbass Mulla (écrivain et conteur), Idriss Mourouvaye (peintre), etc.

Notes et références

  1. ↑ Les musulmans de Madagascar, chiites pour la plupart, sont désignés sous le terme spécifiquement malgache de Karanes, (de Quran, le Coran). Ils sont arrivés à La Réunion dans les années soixante. Parmi eux il y a plusieurs sous-groupes chiites (bohras, agha-khanis, khodjas, ismaëliens). Dès leur arrivée leurs relations avec les sunnites réunionnais furent courtoises mais distantes. Aujourd'hui, chiites et sunnites dialoguent plus facilement, proximité culturelle et harmonie réunionnaise aidant…
  2. ↑ Marie-France Mourregot, « Ces Réunionnais indiens que l’on appelle « Zarabes » », sur www.histoire-immigration.fr
  3. ↑ Christian Barat, Nargoulan : Culture et rites malbar à la Réunion: Approche anthropologique, Saint-Denis, Éditions du Tramail, (ISBN 978-2-908344-01-1)
  4. 1 2 3 4 Marie-France Mourregot, « Ces Réunionnais indiens que l'on appelle « Zarabes » » Accès libre, sur Persée, Hommes & Migrations, Paris, Palais de la Porte Dorée - Musée national de l'histoire de l'immigration, (e-ISSN 2262-3353)
  5. ↑ Annabelle Auberdon, « Archives d'Outre-mer : toute la lumière sur les fêtes tamoules à La Réunion », sur la1ere.francetvinfo.fr,

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes