Esperluette

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Gilles-Marie Eppendorf, esperluette accompagnée d’un triton, milieu du XVIIIe siècle.
Esperluette sur un caractère typographique (d’où la graphie inversée) en bois de 21 cm de haut.


L’esperluette ou esperluète (nom féminin), également appelée éperluette, perluette, perluète, « et » commercial ou « et » américain — en anglais : ampersand —, désigne le logogramme &. Elle résulte de la ligature des lettres de la conjonction de coordination « et » et possède la même signification.

Son inventeur serait Tiron, secrétaire de Cicéron, également auteur de la première méthode de sténographie décrite, les notes tironiennes, mais on ne retrouve ce signe typographique dans aucun de ses manuscrits. On cite aussi Alde Manuce, un imprimeur-libraire installé à Venise qui, outre cette création, a révolutionné l’imprimerie par le format qu’il a donné à ses livres, en particulier l’in-octavo, plus petit, moins cher et plus maniable que les in-quarto ou in-folio.

Utilisation historique

L’esperluette résulte de la ligature du e et du t, héritée de l'époque mérovingienne. À l’origine, cette graphie ligaturée était plus ou moins systématiquement utilisée par les copistes médiévaux, qui utilisaient de nombreuses autres abréviations. En l’occurrence, on trouve l’esperluette fréquemment employée pour les termes et (&), etc. (&c.).

Esperluettes droite et italique.

Alors que le plus souvent, dans les manuscrits européens, seuls ces deux termes étaient abrégés à l'aide de &, les scribes anglais s’en servaient aussi pour n’importe quelle séquence -et- : deberet pouvait être écrit deber&. On trouve cependant aussi de telles graphies en Europe : fazet, dans les Serments de Strasbourg, est écrit faz&. Occasionnellement, certains scribes l’utilisent entre un mot terminant par e et un autre commençant par t, par exemple de terra écrit d&erra, quae tamen écrit qua&amen. D’autres séquences dont ec dans mecum, nec, speculum, intellectum, ou Graece, ed dans sed, ex dans excreverit utilisent plutôt des ligatures similaires pour ec, ed ou ex mais distinctes du et.

Certaines polices, comme la police d'écriture Trebuchet, permettent de voir la ligature entre le « E » et le « t ».

Utilisée jusqu’au quatrième dictionnaire de l’Académie française de 1762, l’esperluette n’est plus utilisée dès le cinquième de 1798.

Présente dans les alphabets écrits à la fin du Moyen Âge, l’esperluette aurait été la 27e lettre de l'alphabet français. Ce n'est qu'au XIXe siècle que l'esperluette disparaît des abécédaires.

Évolution de l’esperluette au cours de l’histoire de l'écriture.

Étymologie

L'étymologie de perluète et esperluète, et de leurs variantes orthographiques, est disputée. Plusieurs ouvrages de référence donnent des étymologies différentes :

L'appellation du caractère « & » aurait découlé de cette habitude sous la forme de perluète ou esperluette :

Une autre étymologie possible est l'occitan es per lo et, « c'est pour le et ».

L'étymologie du mot anglais ampersand rappelle celles du latin ou de l'occitan. Ampersand est mis pour and - per se - and, c'est-à-dire : And « and » per se (litt. « Un « et » à lui tout seul »).

Cette formulation est devenue ampersand à la suite de deux changements phonologiques : une assimilation, transformant classiquement la suite de phonèmes consonantiques [np] en [mp] plus faciles à prononcer, ainsi qu'une élision du [e] devant la voyelle [æ].

Utilisation contemporaine

Logo de France Télécom de 2000 à 2006.

L’esperluette est l'un des rares caractères à avoir le même sens dans de nombreuses langues. Elle est d'un usage courant en anglais, sous le nom d’ampersand. En français, elle est moins utilisée et même rejetée dans la langue littéraire. Néanmoins, elle est parfois utilisée dans certains ouvrages, dans l’italique. Son utilisation en français est essentiellement circonscrite à un usage commercial et publicitaire, pour les raisons sociales. L’esperluette est ainsi parfois appelée « et commercial ». Elle est classiquement utilisée dans l'abréviation « M. & Mme » (c'est-à-dire « Monsieur et Madame »).

L'esperluette était utilisée comme logo par l'entreprise France Télécom jusqu'en , juste avant le passage sous le nom Orange.

En informatique

&
Signe & affiché par un ordinateur TRS-80 (équivalent du Alice), États-Unis, fin des années 1970.

Dans les applications de SGML et XML, par exemple HTML et XHTML, l’esperluette est un caractère d'échappement, qui peut être représenté avec l’échappement, ou entité de caractère, « & ».

Sous un système Unix, placée en fin de ligne d’un interpréteur de commandes, elle indique que l’on souhaite exécuter une commande (par exemple un programme) en arrière-plan, c'est-à-dire de façon asynchrone dans un sous-interpréteur. Lorsque l'esperluette est doublée (&&) entre deux commandes, elle indique qu'il ne convient d'exécuter la seconde que si la première renvoie un code de succès, ce qui équivaut à effectuer un ET logique.

Dans les langages de programmation, « & » est aussi :

Nom UnicodeGlypheUnicodeEntité HTML
Perluète

Oo&Oo

U+0026 &
Perluète culbutée

Oo⅋Oo

U+214B (Symboles lettrés)

En logique linéaire, la conjonction additive est représentée par une esperluette et la disjonction multiplicative est représentée par une esperluette culbutée appelée « par » .

Notes et références

  1. ↑ The new encyclopaedia Britannica, volume 1, Encyclopaedia Britannica, 1995, p. 14.
  2. ↑ « Esperluette » sur clve.fr (consulté le 23 mai 2015).
  3. ↑ Pluta 2020, p. 18.
  4. ↑ Académie française, « et – Dictionnaire de l’Académie française – 4e édition », sur Dictionnaire de l’Académie française (consulté le )
  5. ↑ Académie française, « et – Dictionnaire de l’Académie française – 5e édition », sur Dictionnaire de l’Académie française (consulté le )
  6. ↑ Diego Caparros, « Où est passée la 27e lettre de notre alphabet ? », sur France Culture, (consulté le ).
  7. ↑ « PERLUÈTE : Définition de PERLUÈTE », sur cnrtl.fr (consulté le )
  8. ↑ Paul Robert, Alain Rey, Josette Rey-Debove, Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Paris, Éditions Le Robert, (lire en ligne), p. 196
  9. ↑ « ESPERLUETTE : Définition de ESPERLUETTE », sur cnrtl.fr (consulté le )
  10. ↑ Blanchard 1992.
  11. ↑ Maurice Grevisse et André Goose, Le Bon Usage, Bruxelles: De Boeck, 2008, 14e édition, p. 119 §113 H1.
  12. ↑ François Reynaert et Vincent Brocvielle, Le Kit du 20e siècle, Éditions Jean-Claude Lattès, (ISBN 9782709641869), p. 88
  13. ↑ (en) Harrap's Chambers Compact Dictionary, Édimbourg, Chambers, (ISBN 0-245-50457-5), p. 24
  14. 1 2 Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale, France, 2007 (ISBN 978-2-7433-0482-9), p. 79.
  15. ↑ Jay Cruz, « Short circuit evaluation », sur dev.to, (consulté le )
  16. ↑ « The Python Standard Library » Built-in Types » Boolean Operations — and, or, not », sur Documentation Python officielle (v. 3.12.7) (consulté le )

Voir aussi

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Bibliographie

Articles connexes