| Le Nom de la rose | ||||||||
| Auteur | Umberto Eco | |||||||
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| Pays | ||||||||
| Genre | Roman | |||||||
| Version originale | ||||||||
| Langue | Italien | |||||||
| Titre | Il nome della rosa | |||||||
| Éditeur | Fabbri-Bompiani | |||||||
| Lieu de parution | Milan | |||||||
| Date de parution | 1980 | |||||||
| ISBN | 9788845268175 | |||||||
| Version française | ||||||||
| Traducteur | Jean-Noël Schifano | |||||||
| Éditeur | Grasset et Fasquelle | |||||||
| Date de parution | 1982 | |||||||
| Nombre de pages | 549 (éd. Grasset) 640 (ed. Le Livre de poche) |
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| ISBN | 9782246798767 | |||||||
| Chronologie | ||||||||
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Le Nom de la rose (titre original : Il nome della rosa) est un roman de l'Italien Umberto Eco, paru en 1980 (puis en français en 1982, traduit par Jean-Noël Schifano). Ce roman peut être qualifié de policier médiéval. Après un immense succès en Italie, il reçoit en France le prix Médicis étranger en 1982.
Il est adapté au cinéma par Jean-Jacques Annaud en 1986, avec Christian Slater et Sean Connery comme rôles principaux. Une mini-série de 8 épisodes réalisée par Giacomo Battiato, Andrea Porporati et Nigel Williams et dirigée par Giacomo Battiato lui-même a commencé à être diffusée le .
En 1327, alors que la chrétienté est divisée entre l'autorité du pape Jean XXII — qui réside en Avignon — et celle de l'empereur Louis IV du Saint-Empire, l'ex-inquisiteur Guillaume de Baskerville se rend dans une abbaye bénédictine, située entre la Provence et la Ligurie, accompagné par son jeune secrétaire Adso qui est le narrateur. Une réunion de conciliation est prévue sur le site de l'abbaye et Guillaume de Baskerville doit la préparer sur place. Dans un climat de conflit théologique entre les franciscains et l'autorité pontificale au sujet de la pauvreté du Christ — servant avant tout de façade au conflit politique entre le pape et l'empereur — la mort suspecte d'un des moines a lieu et Guillaume, qui représente la rationalité, enquête. Rapidement, ce que beaucoup semblaient considérer comme un suicide prend des allures de plus en plus inquiétantes. Représentant le pape, l'inquisiteur dominicain Bernardo Gui arrive à l'abbaye pour la réunion prévue et s'immisce dans l'enquête, ce qui est loin d'arranger les choses.
Le Nom de la rose est une histoire en sept chapitres, chiffre symbolique qui représente le nombre de jours et d'étapes de l'enquête ainsi que le nombre approximatif de morts. Le récit s'arrête sur la découverte du manuscrit que l'un des moines prétendait traduire, et par les conclusions du narrateur devenu vieillard.
Guillaume de Baskerville est un frère franciscain, chargé d'une mission de conciliation mais dont le rôle dans le récit sera d'enquêter sur les crimes commis au sein de l'abbaye. Ancien inquisiteur, il est finalement forcé de reprendre sa charge temporairement, ce qui mettra à nu sa faiblesse lorsqu'il ne peut plus agir par la seule logique rationnelle.
De l'aveu même d'Eco, il s'agit d'un clin d'œil à Guillaume d'Ockham et à son principe, dit du rasoir d'Ockham (premier jour, Vêpres : « il ne faut pas multiplier les explications et les causes sans qu'on en ait une stricte nécessité ») ; ainsi qu'à Sherlock Holmes (en particulier au roman d'Arthur Conan Doyle Le Chien des Baskerville), génial enquêteur comme lui,. Guillaume de Baskerville est un disciple de Roger Bacon, savant anglais du XIIIe siècle ; c'est un rationaliste. Bernard Délicieux, du couvent franciscain de Carcassonne, cité dans le roman, est une autre source du personnage de Guillaume de Baskerville, qui lui emprunte sa volonté de justice, sa défense des hérétiques et des franciscains spirituels, ses démêlés avec l'Inquisition et notamment avec Bernard Gui et Jean XXII.
Adso est un novice bénédictin. Il est le narrateur, à la fois admiratif de la logique du franciscain et respectueux de la règle en vigueur dans son ordre monastique. Il est en quelque sorte le docteur Watson du duo. L'abbaye où Adso est novice est l'abbaye bénédictine de Melk.
Jorge est l’un des « vénérables » moines de l'abbaye au savoir encyclopédique. Umberto Eco s’inspire ici de Jorge Luis Borges qui comme Jorge était bibliothécaire et termina sa vie aveugle. Umberto Eco explique à ce sujet dans son Apostille au Nom de la rose qu'il voulait un bibliothécaire aveugle et que Borges s'est naturellement imposé.
Alors que dans le film de Jean-Jacques Annaud, le personnage de Jorge de Burgos est caricatural, méchant, maître de l'ombre, cynique et obscurantiste. Le roman d’Umberto Eco lui attribue une personnalité dense et complexe[réf. nécessaire]. Jorge incarne, à lui seul, la bibliothèque et en maîtrise les interdits.
Il prophétise le danger — selon lui démoniaque — que représente le rire. Il veut ainsi celer le seul manuscrit d'Aristote sur la comédie , second tome de sa Poétique, et en priver l'humanité, car le rire, ainsi banalisé par le philosophe grec, exorcise la peur ; or pour lui on ne peut vénérer Dieu que si on le craint. Alors que pour Guillaume de Baskerville croire que seule la peur et la culpabilité du péché originel concourt à la foi et justifie le pouvoir de l'Église, c'est attribuer trop de pouvoir au Démon, oublier que Dieu est bon et miséricordieux et que le Christ, qui fut pauvre, doit être notre modèle ; c'est pourquoi Guillaume veut limiter les excès du pouvoir temporel et son emprise sur les âmes.
Ses motivations sont ambiguës, de même que sa personnalité. S'il cherche là aussi à étouffer les affaires de meurtres qui ensanglantent son abbaye, c'est avant tout un opportuniste qui soutient l'Empereur car ce dernier est, à ses yeux, le garant d'un ordre social strict qui assure le maintien des privilèges du clergé régulier (ordres monastiques, notamment les bénédictins) face à un pape qui soutient la hiérarchie ecclésiastique, la sienne, mais aussi celle des évêques et des prélats. Abbon est fier de sa richesse et de celle de son abbaye et s'oppose aux idées des franciscains et à leur vœu de pauvreté, rappelant à l'occasion que certaines hérésies sont nées au sein de cet ordre. Guillaume dit de lui que c'est une outre gonflée.
On comprend par la bouche de Guillaume que l'abbé serait le bâtard d'un spirituel, devant sa place à sa prestigieuse filiation.
L'un des cinq personnages historiques (et le principal d'entre eux) à intervenir dans le récit, l'inquisiteur Bernardo Gui (ou Bernard Gui, ou Bernardo Guidoni) est un ancien évêque dominicain envoyé par Jean XXII. Dominicain représentant le Souverain Pontife dans le conflit qui l'oppose à l'Empereur, Bernardo Gui use de son rang d'inquisiteur pour nuire à la réputation de l'abbaye bénédictine et, par extension, à celle de l'abbé qui soutient le camp impérial. Ancien rival de Guillaume de Baskerville au sein de l'Inquisition, il l'a jadis fait accuser d'hérésie et cherchera à le confondre à nouveau.
Dans le roman, le fanatisme religieux qu'il affiche semble n'être qu'une couverture pour son opportunisme politique et son cynisme, détail moins évident dans le film où il est présenté comme un authentique chasseur de sorcières assuré du bien-fondé de sa mission inquisitoriale. Sa manière de mener le procès de Salvatore et de Rémigio de Varragine démontre son caractère excessif ne s'encombrant pas de charité ou de pitié, ni même de sens de la justice, en contradiction avec l'auteur du Manuel de l'inquisiteur.
Fidèle à la réalité historique, il repart en Avignon, accompagné de ses prisonniers et des représentants de la papauté.
La bibliothèque est un des endroits les plus importants du roman. Son projet est de représenter le monde, tout comme la « bibliothèque de Babel » décrite par Borges dans Fictions. Son accès est interdit à toute autre personne que le bibliothécaire et son assistant. Cependant de nombreuses personnes transgressent cet interdit tout au long du récit.

Umberto Eco a tenu une conférence le pour célébrer le 25e anniversaire de l'installation de la bibliothèque communale de Milan dans le palais Sormani. Il proposait de « parler du présent et de l'avenir des bibliothèques existantes en élaborant des modèles purement futuristes. » Ce projet primitif, transcrit dans le fascicule de biblioteca, en 1986, contient une dialectique entre la bibliothèque idéale de Toronto et une bibliothèque cauchemardesque, qui a donné naissance à celle du Nom de la rose.
Sa topographie, décrite par Eco, ressemble en de nombreux points à « la Bibliothèque de Babel », notamment par sa structure labyrinthique et l'objet de quête qu'elle représente pour tous ceux qui s'y aventurent. Cette bibliothèque de Borges avait déjà été citée auparavant dans l'essai de Umberto Eco : De biblioteca. Le thème du labyrinthe est également présent dans d'autres nouvelles de Borges. Pour le recueil Fictions, 1944, dans « Le Jardin aux sentiers qui bifurquent » et « La Mort et la Boussole », récit dans lequel le labyrinthe de la demeure de Triste-le-Roy où Red Scherlach conduit Lönnrat ressemble beaucoup à celui de l'abbaye, « agrandie par la pénombre, la symétrie des miroirs, l'âge, [le] dépaysement, la solitude ».
Les diverses salles de la bibliothèque suivent des plans géométriques (heptagones et octogones) et les noms des salles reportés sur le plan composent diverses énigmes (en latin) subtilement imbriquées et difficilement interprétables. Umberto Eco (et après lui les décorateurs du film de J.-J. Annaud) se sont inspirés des croquis du Piranese, en particulier ses très oniriques Prisons imaginaires.

Les critères de classement associent le pays de l'auteur et le thème du livre. Les lettres inscrites dans chaque ensemble de salles forment le nom du pays concerné. La bibliothèque est donc divisée en zones correspondant à des espaces géographiques aux différentes connotations intellectuelles.
La première zone visitée est le Fons Adae, le paradis terrestre. Il contient des « quantités de bibles, et des commentaires à la bible, rien que des livres d'écritures saintes ». La deuxième est Hibernia : « on y trouve les ouvrages des auteurs de la dernière Thulé, et les grammairiens aussi et les rhéteurs ». La troisième Leones, Midi, c'est-à-dire l'Afrique, regroupe les textes des musulmans. La quatrième est Yspania, « peuplée de recueils de l'Apocalypse ». D'autres ensembles sont encore énumérés rapidement.
Il n'y a aucune tentative de fusion, de mixité. Les espaces géographiques sont hermétiques. Le but de la bibliothèque est de réunir la totalité des connaissances humaines, mais sans en donner l’accès.
La bibliothèque n'est pas uniquement un ensemble de livres. Elle est aussi « l'objet qui les contient », en ce cas un labyrinthe physique. Umberto Eco met en relation le labyrinthe du monde, celui de la spiritualité, des connaissances, avec le labyrinthe matériel qui en serait le signe perceptible. La correspondance géographique est retranscrite dans la répartition des salles.
La structure de la bibliothèque traduit l'ethnocentrisme géographique mais également culturel de ses constructeurs. Le christianisme en est l'axe central. Les écrits des musulmans sont tous classés dans l'espace du mensonge, sans volonté de sous-classement.
La bibliothèque du Nom de la rose a plusieurs points communs avec la bibliothèque cauchemardesque décrite dans le fascicule De bibliotheca.
Le registre est constitué de manière à dérouter le lecteur et à le contraindre à demander l'aide du bibliothécaire. Il est classé par ordre chronologique d'acquisition.
La reproduction des ouvrages est limitée. Jorge interdit toute copie du second tome de la Poétique d'Aristote. Il n'existe donc qu'un seul exemplaire, qui sans jamais être copié, n'est pas non plus détruit. La bibliothèque veut conserver un unique exemplaire et empêcher toute diffusion. L'abbaye n'est pas totalement réfractaire à la copie, car c'est un moyen d'importer des livres. Les moines venant des autres abbayes peuvent copier certains livres, s'ils en apportent que la bibliothèque ne possède pas. L'abbaye ne permet pas ces copies par souci de diffusion du savoir, mais par volonté de s'étendre et donc de représenter au mieux le monde.
La bibliothèque cauchemardesque du Nom de la rose dresse une série d'obstacles pour dissuader le lecteur de consulter un livre. Ce n'est pas Jorge qui tue les moines, ni le livre puisque certains crimes sont commis entre moines, mais ce dessein de conservation qui est l'unique fondement à tous ces meurtres, comme le remarque justement Guillaume à la fin du roman. Le moyen de conserver les livres les plus rares est devenu une fin en soi. Jorge ne souhaite plus conserver mais cacher cet ouvrage. C'est ce glissement qui provoque la destruction de la bibliothèque.
La fin de l'abbaye dans un incendie traduit cette inversion des valeurs de la conservation vers la destruction. Jorge en train de manger les pages empoisonnées représente l'essence « ogresque » de cette bibliothèque qui mange ses propres enfants.
Umberto Eco dans son Apostille au Nom de la rose écrit que les incendies étaient courants à l'époque, et qu'il ne voyait pas d'autre fin pour sa bibliothèque.
Même mutilée, la bibliothèque continue de vivre par l'intermédiaire d'Adso, qui continue à la consulter comme un oracle et raconte son histoire.
Le choix du titre ne s'est pas fait sans quelques difficultés. Umberto Eco souhaitant un titre neutre avait écarté le titre de travail (L'Abbaye du crime) trop centré sur la seule trame policière et avait proposé Adso de Melk, mais son éditeur italien y mit un veto.
Umberto Eco a écrit qu'il avait finalement retenu pour titre Le Nom de la rose, car il l'aimait du fait que « la rose est une figure symbolique tellement chargée de significations qu'elle finit par n'en avoir plus aucune ou presque ».
De son propre aveu, ce titre fait référence au thème de "l'Ubi sunt", et tout particulièrement à l'hexamètre latin sibyllin qui conclut le roman. Inspiré du De contemptu mundi de Bernard de Morlaix, il énonce : Stat rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus, c'est-à-dire : La rose d'hier n'existe plus que de nom, nous n'en conservons que des noms vides, ou encore : C'est par son nom que demeure la rose d'autrefois, nous n'en gardons qu'un nom pur et simple.
Le titre Le Nom de la rose renvoie aussi à un grand succès littéraire du Moyen Âge dont le début est ésotérique et la suite satirique, à partir d'une sorte de mystique distanciée de l'amour courtois : le Roman de la Rose de Guillaume de Lorris et Jean de Meung.

Eco (qui s'est révélé dans les années 1990 être un fin connaisseur de la pensée géographique et cartographique du Moyen Âge européen, tel que reflété par de nombreux éléments du roman), aurait été selon une légende tenace inspiré par l'abbaye Saint-Michel-de-la-Cluse, symbole du Piémont. Si Eco a bien visité St Michel, ses dessins préparatoires montrent qu'il s'est inspiré d'autres édifices et non de celui-ci, l'unique point commun entre St Michel et l'abbaye fictive étant sa position élevée. Si l'on en croit Earl Anderson de l'université d'État de Cleveland, il est probable que l'auteur se soit en partie basé sur le plan de Saint-Gall pour créer son abbaye.
Le Nom de la rose est devenu un succès de librairie mondial.