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Adrien Albert Regnard dit Albert-Adrien ou Albert Regnard |
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Albert Regnard, né le à La Charité-sur-Loire et mort le à Paris, est un médecin, journaliste, écrivain et homme politique français.
Chef de file du mouvement de la Libre-pensée et militant blanquiste sous le Second Empire, il rejoint la Commune de Paris comme secrétaire général de la préfecture de police puis s'exile en Angleterre. Sous la Troisième République, il soutient Léon Gambetta et rentre dans l'administration publique en devenant inspecteur général de l’assistance publique puis membre du Conseil supérieur des prisons. Il collabore pendant plusieurs années à la Revue socialiste fondée par Benoît Malon.
Après une enfance auprès de ses parents, son père étant un greffier de justice de paix aux revenus modestes, il fait ses études au collège de Nevers puis au Lycée Charlemagne. Il devient ensuite étudiant en médecine puis passe le concours de l'Internat des hôpitaux de Paris. Il remporte à cette époque, en 1864, après une année à la Salpêtrière, le Prix Esquirol offert par la Société médico-psychologique au meilleur travail sur les maladies mentales.
C'est aussi à cette période que, avec certains de ses camarades, Regnard se met à militer activement contre l'Empire, principalement au Quartier latin où l'agitation étudiante est importante.
À la suite de sa traduction en français du livre du philosophe allemand Ludwig Büchner, Force et Matière, on l'envoie comme représentant du courant matérialiste scientifique au premier Congrès international des étudiants de Liège, le . Durant cette réunion, le pape est dénoncé très vivement et on promeut la nécessité de l'athéisme comme seul base de toutes améliorations sociales.
Par la suite, le congrès est dénoncé par l'Empire et les juridictions universitaires sont sommées d'expulser sept étudiants. Regnard est sévèrement touché puisqu'on lui interdit l'entrée de tous les hospices de Paris et on l'expulse de l'Hôpital de la Charité où il travaillait. Pour subvenir à ses besoins et continuer son activité, il ouvre chez lui des cours particuliers préparatoires aux examens de médecine et fonde en 1866, avec l'aide de Louis Asseline et Louis Hubert Farabeuf, la Revue encyclopédique. Celle-ci en raison de son opposition au régime se voit fermée par le parquet de Paris au bout du second numéro.
La même année, Regnard avec l'aide de Auguste Coudereau et Louis Asseline fonde le journal hebdomadaire La Libre pensée dont le premier numéro paraît le 21 octobre 1866 et en devient l'un des principaux collaborateurs en compagnie de Charles Letourneau et André Lefèvre. En 1867, il publie de violents articles contre le christianisme et écope de quatre mois de prisons à Sainte-Pélagie pour outrage à la morale publique et religieuse puis, dans le même temps, par décision de justice, le journal est fermé en février (il est aussitôt remplacé par La Pensée Nouvelle qui sera à son tour fermée).

En prison, il retrouve ses camarades blanquistes du congrès de Liège dont Gustave Tridon et Victor Jaclard. Pendant deux mois, il est atteint par une fièvre typhoïde qui met sa vie en danger ainsi que sa femme Caroline qui est aussi atteinte d'une maladie dont elle mourra un an plus tard. En 1868, Regnard prend part avec les étudiants en médecine à des protestations contre la liberté de l'enseignement réclamé par les jésuites. Cette même année, en raison de son exclusion de l'Académie de médecine, il est contraint d'aller soutenir sa thèse de docteur en médecine Nouvelles recherches sur la congestion cérébrale à Strasbourg.
En 1869, il représente la France à l'Anticoncile de Naples avec Gustave Tridon et Henri Verlet ; est présenté au nom de la délégation française un programme visant à l'élimination de la religion catholique par « tous les moyens compatibles avec la justice en comprenant au nombre de ces moyens la force révolutionnaire, qui n'est que l'application à la société du droit de légitime défense ». Une fois rentré en France, il est acclamé à Lyon par les étudiants libres-penseurs à l'occasion de plusieurs réunions.
Aussi, dans le courant de l'année 1869, on le présente à Auguste Blanqui et un projet de journal nommé La Renaissance est ébauché avec Arthur Ranc et Gustave Tridon mais ne verra jamais le jour. Au même moment, le , des blanquistes dont Émile Eudes, Ernest Granger et Gabriel Brideau, les principaux lieutenants de Blanqui, souhaitent faire un coup de force en attaquant la caserne des pompiers de la Villette pour dérober des armes à feu afin de déclencher une insurrection générale dans la capitale. L'attaque échoue et les assaillants sont condamnés. Regnard, avec Jules Vallès, va alors mener une campagne dans tout Paris pour demander leur grâce. La campagne est un succès et les blanquistes retrouvent la liberté dès le .
En 1871, il participe à la Commune de Paris et est affecté comme chirurgien major dans le 134e bataillon de la garde nationale. Il écrit durant l'insurrection dans des journaux comme L'Affranchi puis à La Nouvelle République dirigés par Paschal Grousset qu'il remplace comme rédacteur en chef à partir du . Il écrit aussi dans La Patrie en danger, dont les bureaux sont d'abord installés chez lui, rue des Écoles. Il rédige également les éditoriaux du Journal des Hommes libres et collabore au Journal officiel de la Commune de Paris.
Lors des élections du , il obtient 63.000 suffrages mais n'est pas élu. Très malade, il n'a la force que d'aller à quelques réunions. Regnard en plus de son activité journalistique est aussi membre d'une commission médicale comprenant notamment le médecin Léonce Levraud et de la Commission musicale et des théâtres. Le , il accepte le poste de secrétaire général de la préfecture de police au sein de laquelle il travaille avec Raoul Rigault et Alfred Breuillé. Dans ses souvenirs, Gaston Da Costa, qui fut substitut de Rigault, écrivit à propos de Regnard qu'il était « une sorte de théoricien blanquiste, très érudit, peu fait pour l'action, et qui par conséquent n'était point du tout à sa place à ce poste de combat ».
Lors de la Semaine sanglante, il se procure un passeport et se réfugie à Londres.
Condamné à mort par contumace, il vit dix ans en Angleterre en donnant des cours de français et en exerçant la médecine. Nommé plus tard examinateur adjoint à l'Université de Londres, il devient, en 1873, le correspondant politique et littéraire de la revue russe Le Viestnik Europi (Le Messager de l'Europe) dans lequel Émile Zola écrit lui aussi. Refusant l'autorité de Émile Eudes, il décide de faire cavalier seul et de se départir, comme Edmond Levraud, de l'émigration blanquiste londonienne.
Durant son long séjour en Angleterre, Regnard fréquente assidument le British Museum, où il rencontre le socialiste Ernest Belfort Bax, pour faire des recherches sur la Révolution française. Grâce à sa connaissance de la langue allemande, il devient durant cette période, selon Maurice Dommanget, « le français qui connaissait le mieux Karl Marx » et « l'un des socialistes français les plus avertis touchant » ses travaux. Regnard avait en effet pris, bien avant la majorité des socialistes français, connaissance des textes de Marx dont la première partie du Capital, la seule traduite en français à l'époque, et « Le Mode de Circulation du Capital » traduit plus tard en français par Friedrich Engels.
Au cours de plusieurs conférences publiques, Regnard fera l'éloge, comme le , de Marx comme celui ayant apporté la plus « victorieuse réfutation de la Philosophie de la Misère de Proudhon » et saluera ses travaux « remarquables » dans le « domaine de l'économie politique ». Dans son livre L'introduction du marxisme en France, Maurice Dommanget écrit, concernant la relation entre Regnard et Marx :
« Et comme il fréquenta beaucoup, pour ses recherches sur la Révolution française, le British Museum, hanté également par Marx, on peut se demander si les deux hommes n'entrèrent point en relations directes. L'hypothèse est d'autant plus plausible que Regnard, secrétaire général et l'une des têtes de la Préfecture de police, ce foyer blanquiste de la Commune, fit figure de dissident sur les bords de la Tamise, puisqu'il ne rallia point la formation blanquiste dite Commune révolutionnaire. »
Amnistié en 1879, Regnard ne rentre en France qu'à la fin de 1880. De retour, il est attendu par Henri Rochefort qui souhaite un collaborateur scientifique pour L'Intransigeant mais, devenu gambettiste, Regnard continue son activité d'écrivain et de journaliste en collaborant à La Jeune France, à L'Indépendant d'Alfred Naquet, et en créant, en 1881, le journal hebdomadaire La Révolution : politique, scientifique et littéraire (qui ne comptera que trois numéros).

La même année, il se présente aux élections dans le 14e arrondissement de Paris mais n'arrive pas à se faire élire. Dans une déclaration à ses électeurs, il écrira que, selon lui, « l'ère des révoltes sanglantes est close et qu'il est maintenant du devoir de tous de travailler en paix à la consolidation et au perfectionnement de l'État républicain constitué par le libre vote de la France régénérée ». Dans une lettre à Arthur Ranc, il expliqua également que « le temps est passé des groupes et des conspirations et que l'avenir est à ceux-là seulement qui ont la prétention d'agir sur l'opinion publique par la presse et par la parole, de façon à constituer à parti de gouvernement ».
Fermement opposé à la revanche contre l'Allemagne, il soutient l'action de Léon Gambetta et, à la même époque, devient inspecteur général des services administratifs du Ministère de l'intérieur en 1883 puis membre du Conseil supérieur des prisons (section des établissements de bienfaisance) et s'installe au 68 boulevard Saint-Marcel (Paris).
Regnard devient, dès sa fondation en 1885, un collaborateur régulier et très apprécié de la prestigieuse Revue socialiste, carrefour intellectuel fondée en 1885 par le socialiste et ancien communard Benoît Malon. Il publie notamment, sous l'égide de Gustave Tridon et de son livre Le Molochisme Juif, une série d'articles violemment antisémites et athées, intitulés Aryens et Sémites : Le bilan du judaïsme et du christianisme. Il énonce ses motivations dans le premier article:
« Voilà bien longtemps que je porte dans ma tête l'idée et le plan de ce livre où vont être établis définitivement, sur les bases inébranlables de la démonstration scientifique, l'actif de nos congénères Aryens et le passif de nos éternels ennemis, les Sémites : le moment est venu de provoquer par l’examen de leur bilan, la banqueroute du Judaïsme et du Christianisme, auxquels nous devons, outre l’abrutissement religieux, l’effroyable développement du régime capitaliste. »
Il souhaite démontrer scientifiquement « la réalité et l’excellence de la race Aryenne, de cette famille unique à laquelle l’humanité doit les merveilles du siècle de Périclès, la Renaissance et la Révolution ». Regnard est qualifié de « savant antisémite » par Augustin Hamon et son livre « scientifique, antisémite et antireligieux » Aryens et Sémites désigné par ce dernier comme « une arme nouvelle pour combattre le sémitisme réincarnation du bourgeoisisme » ; Gustave Vapereau écrit dans le Dictionnaire universel des contemporains que, dans son livre, Regnard « se pose comme le chef de l'antisémitisme socialiste et athée ».
Entré en 1890 dans une polémique avec Gustave Rouanet, Regnard, dans une lettre adressée à Benoît Malon, affirmait vouloir démissionner de la rédaction car se sentant « renié » mais explique aussi « ne pas vouloir rentrer dans le débat avec le citoyen Rouanet », tout en réaffirmant aussitôt ses conceptions :
« Je nie que le Socialisme poursuive "l’Égalité des races" comme le veut notre collaborateur. Le Socialisme poursuit la solution de la Question Sociale, qui n’a rien de commun avec le problème insoluble, selon moi, du Canaque et du Parisien. J’ajoute que même en adoptant l’idée de la lutte des races, le Socialisme se place encore au vrai point de vue en défendant une race supérieure par ses qualités intellectuelles et morales, contre les empiétements d’une autre race, la juive, qui, déplorablement inférieure à cet égard, est en train de nous imposer sa domination, en raison même de la seule qualité qu’on ne puisse lui refuser : la volonté ferme et persistante d’accaparer à nos dépens, tous les biens de la terre. Le Juif est vis-à-vis de l'Aryen, comme le capitaliste vis-à-vis du prolétaire et, dans une bonne mesure, le capitalisme est une création sémitique. »
Par la suite, il se résigne à démissionner et annonce continuer une collaboration qui finalement n'aura pas lieu puisque Malon meurt en 1893 et que Georges Renard, son successeur, refuse progressivement l'antisémitisme au sein de la Revue. La même année (1893), Regnard est radié de la loge maçonnique « La Renaissance » à laquelle il avait été initié en 1866. Le théologien Maurice Vernes, en 1892, dans un article paru dans la Revue philosophique, écrira à propos de l'antisémitisme de Regnard :
« M. Albert Regnard est un matérialiste endurci, qui ne croit qu'à une chose, - mais y croit avec une énergie qui est en raison directe du vide que les autres croyances ont laissé dans son âme, - qui croit donc avec la foi du charbonnier à l'existence primordiale des Aryens et des Sémites, les premiers toutes lumière et toute vertu, les seconds toute obscurité et toute infamie. C'est en un mot un Drumont athée. Or je déclare qu'un antisémite athée me semble beaucoup moins absurde qu'un catholique mangeur de Juifs, le catholicisme reposant en dernière analyse sur la Bible, écrite par des Juifs. »
Toujours actif, Regnard participe, du 15 au , au Congrès Universel des Libres Penseurs où il prononce un discours intitulé De l'évolution distincte du Polythéisme et du Monothéisme. Dans celui-ci, il explique que "le Monothéisme est la religion propre de la race sémitique" et que celui-ci est « incompatible avec la science, aussi bien qu'avec l'esthétique » et qu'il « anéantit la raison et la liberté, et aboutit nécessairement à la conception de l'enfer et de l'inquisition ». Il constate ainsi que « le Monothéisme, en substituant chez les Aryens au Polythéisme, a fait subir à l'esprit humain un effroyable rétrogradation ».
Quelques années plus tard, en 1891, il assiste avec le Paul Argyriadès, au deuxième congrès de la Deuxième Internationale se tenant à Bruxelles entre le 16 et le . Lors du congrès, le délégué Américain Abraham Cahan propose une motion visant à condamner l'antisémitisme dans le mouvement socialiste. Cependant, les congressistes refusent car ne jugeant pas cette proposition « nécessaire » et Regnard; accompagné de Argyriadès, prend l'initiative d'ajouter, en fin du texte, une condamnation des « excitations antisémitiques et philosémitiques » ainsi qu'une dénonciation « du mal que font les juifs riches ».
Veuf, il se remarie le avec Françoise Weinmann, à la mairie du 5e arrondissement de Paris, et meurt en 1903. Il est inhumé au cimetière Montparnasse. Dans un article publié en 1906 dans La Libre Parole , Édouard Drumont évoquera Regnard :
« J'ai rencontré quelques jours avant sa mort l'auteur des Aryens ; il n'avait pas changé de sentiments, il trouvait que nous (les antisémites) étions trop modérés. »
Il a également écrit une série d'articles de philosophie politique et sociale dans La Nouvelle République :
Dans La Patrie en danger, dont il est un des principaux rédacteurs, il écrit de nombreux articles dont des Lettres à Blanqui :
Dans La Libre pensée, il est également l'auteur d'un feuilleton intitulé De Paris à Naples : Voyage d'un Libre Penseur, paru entre le et le , racontant son voyage jusqu'en Italie pour assister à l'Anticoncile de Naples, mais inachevé en raison de la fermeture du journal.