| Naissance | Santiago (Chili) |
|---|---|
| Nom de naissance |
Alfonso René Chanfreau Oyarce |
| Surnom |
Emilio |
| Pseudonyme |
Emilio |
| Nationalité |
Chilienne et française |
| Domicile |
Independencia (Chili) |
| Formation | |
| Activité |
Étudiant en philosophie, dirigeant étudiant |
| Conjoint |
Erika Cecilia Hennings Cepeda |
| Enfants |
1 |
| Parti politique |
|---|
Alfonso René Chanfreau Oyarce (né le à Santiago et disparu le ) était un étudiant en philosophie et dirigeant étudiant chilien, militant du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) et détenu disparu pendant la dictature militaire d'Augusto Pinochet.
Alfonso René Chanfreau Oyarce naît le 22 décembre 1950 à Santiago, au Chili. Il possède également la nationalité française par son père,. Il étudie au lycée Gabriela Mistral d'Independencia, où il exerce des responsabilités de dirigeant étudiant. À la fin de 1968, il rejoint le Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) ; auparavant, il appartenait aux Jeunesses communistes. La même année, il rencontre Erika Hennings, elle aussi membre des Jeunesses communistes, et entame une relation avec elle. Chanfreau entreprend ensuite des études de philosophie à l'Université du Chili, où il est dirigeant et coordinateur du MIR. En 1972, Hennings et Chanfreau se marient et ont une fille.
Le 30 juillet 1974, vers 23 h 30, Alfonso Chanfreau se trouve à son domicile, rue Escanilla, dans l'actuelle commune d'Independencia, avec son épouse, Erika Hennings, et leur jeune fille. Des agents armés pénètrent dans l'appartement et le perquisitionnent. Son épouse reconnaît parmi les agents de la DINA Osvaldo Romo et Gerardo Godoy García. Les agents lui indiquent qu'ils emmènent Alfonso Chanfreau en détention.
Chanfreau leur demande de conduire son épouse et sa fille chez les parents d'Erika ; les agents acceptent et les transportent dans une camionnette Chevrolet C10 sans plaque d'immatriculation. Une fois arrivée chez ses parents, Erika contacte sa belle-sœur, qui avertit l'ambassade de France, Alfonso ayant la nationalité française.
Le matin suivant, des agents de la DINA reviennent au domicile des parents d'Erika pour l'arrêter. Elle est conduite au centre de détention de Londres 38.
Erika y est détenue avec d'autres femmes. Elle est amenée dans ce lieu afin qu'Alfonso Chanfreau sache qu'elle y est détenue avec lui. Une partie des tortures auxquelles Chanfreau est soumis consiste à lui faire savoir que son épouse est elle aussi torturée. À certaines occasions, les époux sont autorisés à se retrouver dans le centre de détention. Erika y reste dix-sept jours et, durant toute la période où ils s'y trouvent tous les deux, Alfonso est torturé quotidiennement.
À plusieurs reprises, il est extrait de Londres 38 et conduit à la Villa Grimaldi, où les tortures se poursuivent. Dans une déclaration judiciaire, l'ancienne agente Luz Arce déclare qu'à une occasion, lors d'un transfert de Villa Grimaldi à Londres 38, elle a vu au fond de la camionnette Alfonso Chanfreau, presque mort après avoir été torturé.
Erika Hennings voit son mari pour la dernière fois le 13 août 1974 à Londres 38. À cette occasion, les époux sont contraints de se dire adieu, Chanfreau devant être transféré vers un autre centre. À partir de ce moment, toute trace d'Alfonso Chanfreau est perdue. Erika est transférée à Cuatro Álamos avec d'autres détenus, parmi lesquels Muriel Dockendorff, elle-même portée disparue. Elle est ensuite transférée à Tres Álamos, où elle reste détenue jusqu'au 7 novembre 1974, date à laquelle elle est expulsée vers la France. Des personnes détenues à Londres 38 ont affirmé que Chanfreau avait été transféré au centre de détention de Colonia Dignidad, dans le sud du Chili.
Quelques jours après son arrestation, le 7 août 1974, un recours d’amparo est déposé devant la cour d'appel de Santiago, sous le numéro 886-74, en faveur d'Alfonso René Chanfreau et d'Erika Hennings. La décision n'intervient cependant qu'après plus de quatre mois.
Ce délai s'explique par le fait que, chaque fois que le ministère de l'Intérieur est interrogé, il se borne à répondre qu'Alfonso Chanfreau n'a pas été détenu, sans fournir d'autres informations. Concernant Erika Hennings, il est indiqué qu'elle a été expulsée du pays par le décret exempté no 1758 du 29 octobre 1974. Le recours d’amparo est rejeté le 17 décembre 1974, la cour indiquant que les rapports reçus montrent qu'Alfonso Chanfreau Oyarce n'est pas détenu et que le ministère de l'Intérieur a signalé qu'Erika Hennings Cepeda avait été détenue puis expulsée du pays. La cour ordonne la transmission du dossier au juge criminel afin qu'une instruction soit ouverte sur la possible commission d'une infraction au préjudice d'Alfonso Chanfreau. L'affaire est ouverte devant le troisième tribunal criminel de Santiago sous le numéro 117.286.
Alfonso Chanfreau figure sur la liste de l'Opération Colombo, également connue comme l'affaire des 119 Chiliens, qui furent présentés comme s'étant éliminés entre eux. Il s'agit d'une opération de communication de la DINA : la revue argentine LEA et le journal brésilien O'DIA publient une liste de 119 citoyens chiliens. Les enquêtes judiciaires ouvertes à partir de cette liste concluent qu'il s'agissait de publications n'ayant connu qu'un seul numéro, dépourvues d'éditeur responsable et dont les adresses étaient fausses. Les 119 noms correspondent à des personnes détenues par les services de sécurité, notamment par la DINA, et qui étaient portées disparues.
La procédure judiciaire concernant Alfonso Chanfreau n'aboutit pas. Le 30 avril 1976, le tribunal ordonne la clôture de l'instruction et prononce un non-lieu provisoire au motif que l'infraction dénoncée n'est pas établie. Le 30 décembre 1976, la cour d'appel ordonne la reprise de l'instruction, mais le tribunal la clôt de nouveau le 9 septembre 1977 et prononce un nouveau non-lieu provisoire. Cette décision est approuvée par la cour d'appel le 19 octobre 1977.
À compter du 13 juin 1979, l'affaire est confiée au magistrat Servando Jordán, désigné pour enquêter sur des cas de détenus disparus. Il ordonne au tribunal de Parral diverses investigations relatives à un éventuel passage de Chanfreau par Colonia Dignidad, sans résultat positif. Le 21 septembre 1979, le magistrat clôt l'instruction et la cour d'appel confirme cette décision le 5 novembre de la même année. Le 16 novembre 1979, Jordán prononce un non-lieu provisoire, confirmé par la cour d'appel le 28 avril 1980.
Après le retour de la démocratie au Chili, la procédure concernant Alfonso Chanfreau est réactivée. Le 17 mai 1990, la réouverture de l'instruction de l'affaire no 117.286 est demandée devant le troisième tribunal criminel, en invoquant l'existence de nouveaux éléments et la nécessité d'accomplir plusieurs actes d'enquête restés en suspens. La procédure est rouverte et les mesures sollicitées sont ordonnées.
En août et octobre 1990, puis en novembre 1991, Marcia Alejandra Merino Vega comparaît et déclare avoir collaboré avec la DINA faute d'autre choix, sous des pressions physiques et psychologiques. Concernant Alfonso Chanfreau, elle indique qu'il était déjà détenu à Londres 38 lorsqu'elle y est arrivée.
En juin 1990, la cour d'appel de Santiago désigne la magistrate Gloria Olivares Godoy comme ministra en visita extraordinaria, c'est-à-dire magistrate spécialement chargée de poursuivre l'instruction de l'affaire no 117.286. Des témoins déclarent devant elle avoir vu Chanfreau détenu et torturé à Londres 38 en 1974.
Erika Hennings confirme ses déclarations antérieures et les complète au sujet des tortures infligées à son mari et à elle-même ainsi que des caractéristiques des agents ayant procédé à leur arrestation. Elle reconstitue également de manière détaillée la configuration de l'immeuble de Londres 38 lors d'une visite sur place organisée par la magistrate Olivares, accompagnée de plusieurs anciens détenus. La police judiciaire remet à la magistrate un important rapport d'enquête concluant à une responsabilité directe d'agents de la DINA dans l'arrestation puis la disparition de la victime. Il y est indiqué qu'Alfonso Chanfreau est resté quatorze jours à Londres 38 et qu'il était conduit à Villa Grimaldi exclusivement pour y être interrogé sous contrainte physique.
La magistrate procède à une reconstitution de l'arrestation le 12 août, au domicile du couple Chanfreau-Hennings, rue Escanilla 661. Des agents de la DINA ainsi qu'Erika Hennings y participent. Des confrontations sont organisées entre anciens agents. Miguel Krassnoff est interrogé et confronté à Erika Hennings et Luz Arce Sandoval ; il nie toute participation aux faits.
L'ancien agent de la DINA Osvaldo Romo est localisé au Brésil, où il vit sous une fausse identité. Arrêté puis expulsé de ce pays, il est interpellé à son arrivée au Chili par la police judiciaire. Parmi les informations qu'il fournit figurent la reconnaissance de sa qualité d'agent de la DINA et l'intervention de cet organisme dans son départ du Chili.
L'enquête de la magistrate Olivares permet d'éclaircir les faits et les responsabilités de la DINA dans l'arrestation et la disparition d'Alfonso Chanfreau. Elle prend fin en novembre 1992 lorsque la Cour suprême, tranchant un conflit de compétence, attribue l'affaire à la justice militaire. Le dossier est alors transféré au quatrième parquet militaire sous le numéro 706-92, ce qui interrompt l'enquête.
Les proches d'Alfonso Chanfreau témoignent devant la Commission Rettig, commission de vérité chargée de qualifier les cas de détenus disparus et de personnes exécutées pendant la dictature. À propos de Chanfreau, le rapport Rettig indique :
« Le 30 juillet 1974, le dirigeant du MIR Alfonso René CHANFREAU OYARCE a été arrêté à son domicile, dans le secteur nord de Santiago, par des agents de la DINA. Le lendemain, son épouse a été arrêtée ; elle est restée avec lui à Londres no 38 avant d'être remise en liberté. Alfonso Chanfreau est demeuré dans le centre de la DINA de Londres no 38, mais il existe également des éléments indiquant qu'il a ensuite été conduit à Villa Grimaldi pour y être interrogé. La Commission est convaincue que sa disparition est l'œuvre d'agents de l'État, qui ont ainsi violé ses droits humains. »
Le rapport Rettig comporte sur ce point une erreur : l'épouse d'Alfonso Chanfreau n'a pas été remise en liberté, mais expulsée du Chili et contrainte à l'exil en France. Après Londres 38, Erika Hennings est détenue à Cuatro Álamos puis à Tres Álamos. À la suite d'une intervention du gouvernement français, elle est expulsée du Chili. Erika a acquis la nationalité française par son mariage avec Alfonso, lui-même français par son père ; elle part donc en exil en France avec leur jeune fille, où elles participent aux campagnes réclamant vérité et justice pour les victimes de la dictature.
Faute de poursuites effectives contre les responsables du crime d'Alfonso Chanfreau au Chili, une procédure est engagée en France en raison de sa nationalité française. En octobre 1998, une action est introduite devant le tribunal de grande instance de Paris au sujet de quatre Franco-Chiliens ayant la double nationalité : Georges Klein, Étienne Pesle, Alfonso Chanfreau et Jean-Yves Claudet, tous reconnus comme victimes par le rapport Rettig. Parmi les quatorze personnes mises en cause figurent le général Manuel Contreras, ancien chef de la DINA, ainsi qu'Augusto Pinochet. Ce dernier meurt le 10 décembre 2006, quelques semaines avant son renvoi devant la justice française.
Le procès criminel relatif à la disparition des quatre Franco-Chiliens se tient finalement à Paris du 8 au 17 décembre 2010. Les familles des quatre victimes sont présentes, accompagnées de témoins et d'experts. Aucun des accusés cités ne comparaît ni n'est représenté, bien qu'ils aient été convoqués par la justice française. Le 17 décembre 2010, la cour d'assises de Paris rend son arrêt : Manuel Contreras Sepúlveda et Pedro Espinoza Bravo sont condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité ; Hernán Julio Brady Roche, Marcelo Luis Moren Brito et Miguel Krassnoff Martchenko à trente ans d'emprisonnement ; Gerardo Ernesto Godoy García, Basclay Humberto Zapata Reyes, Enrique Lautaro Arancibia Clavel, Raúl Iturriaga Neumann, Luis Joaquim Ramírez Pineda et José Osvaldo Riveiro à vingt-cinq ans ; Rafael Francisco Ahumada Valderama à vingt ans ; Emilio Sandoval Poo à quinze ans.
Le 21 juin 2011, la juridiction pénale parisienne délivre des mandats d'arrêt contre douze militaires et un civil tenus pour responsables de la disparition, de la séquestration et de la torture des quatre Franco-Chiliens. Une copie de l'arrêt est remise à Manuel Contreras alors qu'il est détenu au pénitencier Cordillera.
Après plusieurs années, l'affaire Alfonso Chanfreau fait de nouveau l'objet d'une enquête. Celle-ci est conduite par Jorge Zepeda, magistrat de la cour d'appel de Santiago chargé de l'instruction. Le 14 juillet 2011, il met en examen des membres de la direction de la DINA : Manuel Contreras, Pedro Espinoza, Eduardo Iturriaga Neumann, ainsi que les anciens agents Marcelo Moren Brito, José Zara et Miguel Krassnoff. Le magistrat s'appuie notamment sur des fiches saisies dans l'ancienne Colonia Dignidad. Selon un document retrouvé, l'arrestation de Chanfreau s'inscrit dans les opérations de la DINA visant à localiser, arrêter et faire disparaître des membres du MIR.
Le 23 mai 2013, Jorge Zepeda rend un jugement de première instance condamnant à dix ans d'emprisonnement l'ancien directeur de la DINA, le général à la retraite Manuel Contreras, ainsi que les anciens agents Marcelo Moren Brito, Ricardo Lawrence Mires et Miguel Krassnoff. L'ancien agent Basclay Zapata est condamné à trois ans d'emprisonnement comme complice, tandis que Gerardo Urrich González est acquitté.
Le 8 août 2014, la cour d'appel de Santiago confirme les peines de dix ans d'emprisonnement prononcées en première instance contre Manuel Contreras, Marcelo Moren, Miguel Krassnoff et Ricardo Lawrence. Elle considère en outre que Basclay Zapata a agi comme auteur de l'infraction et non comme complice, et porte sa peine de trois ans et un jour à dix ans d'emprisonnement. Sur le volet civil, la cour accueille la thèse de l'État chilien et refuse d'accorder une indemnisation civile au titre de ce crime, considérant que le préjudice est réparé par les prestations prévues par la loi no 19.123 sur les réparations.
La Cour suprême rend son arrêt définitif le 29 mai 2015. Sa deuxième chambre pénale accueille le pourvoi en cassation visant à obtenir des indemnisations civiles pour les proches d'Alfonso Chanfreau. Sur le plan pénal, elle confirme les peines de dix ans d'emprisonnement contre les agents de la DINA Manuel Contreras, Marcelo Moren Brito, Miguel Krassnoff, Ricardo Lawrence et Basclay Zapata.
Sur le campus Juan Gómez Millas de l'Université du Chili, une plaque commémorative rend hommage aux anciens étudiants et membres de la faculté de sciences sociales victimes de violations des droits humains pendant la dictature. Le nom d'Alfonso Chanfreau, ancien étudiant en philosophie de l'université, y figure.
Le 11 septembre 2014, en présence de la présidente Michelle Bachelet et du maire Gonzalo Durán, une cérémonie est organisée dans la commune d'Independencia en mémoire de María Teresa Eltit, Albano Fioraso et Alfonso Chanfreau, anciens élèves du lycée Gabriela Mistral, enlevés et portés disparus en 1974 sous la dictature militaire. Des membres d'organisations de défense des droits humains et une grande partie de la communauté éducative du lycée Gabriela Mistral assistent à l'hommage, à l'issue duquel un monument commémoratif dédié aux trois anciens élèves est inauguré dans la cour de l'établissement.
Erika Hennings reste exilée en France jusqu'aux années 1980, lorsqu'elle est autorisée à revenir au Chili et rejoint les protestations contre la dictature. Après le retour de la démocratie, elle travaille avec d'autres anciennes victimes de Londres 38 pour transformer le lieu en espace de mémoire,. Son petit-fils, Víctor Harambour Chanfreau, acquiert une notoriété comme porte-parole de l'Assemblée de coordination des élèves du secondaire pendant le mouvement social chilien, après que l'organisation a appelé au sabotage de l'épreuve de sélection universitaire et que l'épreuve d'histoire a été divulguée puis annulée,,.