| Naissance | |
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| Nom de naissance |
Anne Patricia Carson |
| Nationalité |
canadienne, islandaise (depuis 2022) |
| Domicile | |
| Formation |
Université de Toronto (BA, MA, PhD), Université de St Andrews |
| Activité |
poétesse, essayiste, traductrice, helléniste, professeure |
| Période d'activité | |
| Conjoint |
Robert Currie |
| A travaillé pour | ||
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| Membre de | ||
| Influencée par | ||
| Distinction |
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Eros the Bittersweet (1986) Autobiography of Red (1998) Nox (2010) If Not, Winter (2002) |
Anne Patricia Carson, née le à Toronto, est une poétesse, essayiste, traductrice et helléniste canadienne, également citoyenne islandaise depuis 2022. Professeure de lettres classiques, elle enseigne notamment à l'Université McGill de Montréal, à l'université du Michigan, à l'université de New York et à l'université de Princeton. Son œuvre mêle poésie, essai, traduction et formes scéniques, presque toujours en dialogue avec la littérature grecque ancienne.
Le , l'Académie suédoise lui décerne le prix Nobel de littérature « pour son œuvre audacieuse et inventive qui, dans un dialogue ludique avec la tradition classique, a créé de nouvelles formes pour la littérature contemporaine »,.
Anne Carson naît le à Toronto. Elle est la fille d'un banquier, Robert Carson, et d'une mère au foyer, Margaret Carson, et grandit dans plusieurs petites villes canadiennes. Un professeur de latin du secondaire l'initie au grec ancien et lui donne des leçons particulières. Elle s'inscrit ensuite au St. Michael's College de l'université de Toronto, interrompt ses études, puis les reprend : elle obtient une licence en 1974, puis une maîtrise en 1975, et un doctorat en lettres classiques en 1981. Sa thèse s'intitule Odi et Amo Ergo Sum, (« Je déteste et j'aime, donc je suis »). Elle passe également une année à l'université de St Andrews, où elle étudie la métrique grecque et la critique textuelle ; elle y obtient un diplôme de lettres classiques en 1976,.
Après sa formation, elle enseigne les lettres classiques, la littérature comparée et l'écriture dans plusieurs universités du Canada et des États-Unis à partir de 1979 : Calgary, Princeton (où elle n'obtient pas de titularisation, et donc quitte le poste en 1987), Emory, McGill (dont elle dirige les études graduées de lettres classiques et où elle est nommée John MacNaughton Professor of Classics en 2000), Berkeley, le California College of the Arts, l'université du Michigan (-), puis l'université de New York, où elle est poète en résidence,. Elle est aussi professeure invitée à Cornell (Andrew D. White Professor-at-Large, -).
Elle collabore régulièrement avec l'artiste Robert Currie, son époux, sur des livres, des installations et des performances.
En , Carson et Currie obtiennent la citoyenneté islandaise. En , dans un texte de la London Review of Books, elle révèle qu’elle a reçu un diagnostic de la maladie de Parkinson. Reuters relève qu'elle détient cette citoyenneté depuis 2022 et qu'elle se trouvait en Islande, « en train d'écouter le vent », au moment de l'annonce du Nobel.
Anders Olsson, président du comité Nobel, résume ainsi la carrière de la poétesse : presque toute la production de Carson se situe « à l'intersection de l'obsession philologique pour les mots et du désir du poète pour un sens nouveau ». Elle a elle-même désigné l'étymologie comme point de départ de son travail. Ses traductions du grec ancien peuvent aussi être lues comme des œuvres autonomes. La méthode consiste à faire jouer des voix les unes contre les autres (ce qu'elle appelle, dans Eros the Bittersweet, une « vision stéréoscopique » capable de « tenir en équilibre deux perspectives à la fois ») et à rapprocher des auteurs que rien, en apparence, ne relie : Simonide de Céos et Paul Celan, Thucydide et Virginia Woolf, Stésichore et un roman d'apprentissage contemporain, Catulle et la mort d'un frère.
Le prix Nobel 2026, doté de 12 millions de couronnes suédoises, salue précisément ces formes nouvelles. Carson est la 19e femme à recevoir le prix de littérature. Elle succède au Hongrois László Krasznahorkai, lauréat en 2025.
Son premier livre, publié chez Princeton University Press, Eros the Bittersweet, est un essai issu de sa thèse doctorale. Carson y médite l'Éros comme moteur du poème, à partir d'un adjectif composé de Sappho qui définit le désir comme douleur et douceur réunies, le « doux-amer ». C'est la distance entre l'amant et l'aimé qui donne sa force à Éros et met le poème en mouvement. L'ouvrage pose là, selon le comité Nobel, le socle de toute l'œuvre ultérieure. Elle y invoque différents auteurs grecs, comme Archiloque ou Aristote, mais aussi Les Vagues de Virginia Woolf.
Sa traduction en français sous le titre Eros le doux-amer, traduit par Vanasay Khamphommala, sera publiée aux Éditions de l’Arche en décembre 2026.
Recueil de proses très brèves, publié à London (dans l'Ontario) par Brick Books, réédité en 2015 avec une postface de l'autrice. Chaque « short talk » tient en une page ou moins : notice, anecdote, définition. La forme, proche de la fiche érudite et du poème en prose, annonce le goût de Carson pour le fragment et le dispositif sériel.
Publié chez New Directions, à New York, avec une introduction de Guy Davenport. Le long poème « The Glass Essay » occupe le centre du livre. Écrit en vers, c'est aussi un récit de deuil et d'amour non réciproque : une narratrice quittée par son mari rend visite à sa mère dans une lande déserte, accompagnée par les livres d'Emily Brontë. Les deux femmes, autour d'une table de cuisine, transforment la lecture de Brontë en un essai sur l'abandon. Anders Olsson y voit la démonstration de la maîtrise du poème long chez Anne Carson : « la poésie a besoin du récit, et le récit dépend à son tour des sauts et des changements de scène de la poésie ». Le volume contient aussi « The Truth About God », « TV Men », « The Fall of Rome », une imitation du livre d'Isaïe et l'essai « The Gender of Sound », repris à part en 2025 chez Silver Press.
L’ouvrage a été traduit en français par Claire Malroux sous le titre Verre, ironie et Dieu, avec une postface de Guy Davenport aux éditions Corti en 2004. Il a été réédité en 2023.
Essais et poèmes, publiés chez Albert A. Knopf, New York. Le volume rassemble des textes de voyage et d'anthropologie intime, dont « Kinds of Water » et « Water Margins ». Ce dernier, d'abord paru dans l'anthologie du Journey Prize en 1994, évoque le frère d’Anne Carson, Michael. L’autrice a raconté comment son frère a quitté le Canada en 1979 pour éviter une arrestation liée à la drogue et a ainsi disparu de sa vie ; Plainwater est le premier livre où cette disparition entre dans l'œuvre, avant Nox, ouvrage qu’elle écrit après le décès de ce dernier en 2000.
Sous-titré « a novel in verse », publié chez Albert A. Knopf, Autobiography of Red est souvent présenté comme le livre majeur d’Anne Carson. Le point de départ est un ensemble de fragments du poète grec du VIe siècle Stésichore sur Géryon, le monstre rouge ailé. Dans le mythe, Héraclès tue Géryon et vole son troupeau. Carson fait du géant un adolescent tendre, attaché à sa mère, abusé sexuellement par son frère, amoureux d'un Héraclès suffisant. La question devient : qu'arrive-t-il lorsqu'on aime celui qui finira par vous détruire ? Anders Olsson parle d'un roman d'apprentissage moderne, « forme spectaculaire de poésie épique » écrite dans un idiome contemporain.
L’ouvrage a été traduit en français par Vanasay Khamphommala sous le titre Autobiographie du rouge. Roman en vers, aux Éditions de L'Arche en 2020.
Essai publié aux Princeton University Press : « Reading Simonides of Keos with Paul Celan ». Anne Carson lie ensemble Simonides de Keos, poète grec du VIe siècle, inventeur réputé de la mémoire poétique et de l'épitaphe rémunérée, et Paul Celan. Le rapprochement illustre la « vision stéréoscopique » : deux économies du deuil, deux rapports de la langue à ce qui a été perdu.
Publié chez Albert A. Knopf. Anne Carson aligne l'historien Thucydide et Virginia Woolf, mais aussi Catherine Deneuve, Jean-Luc Godard ou Anna Akhmotava. Le recueil mêle élégies, portraits et poèmes brefs, et créé des ponts entre le monde contemporain et l’Antiquité. Il reçoit le Griffin Poetry Prize en 2001.
L’ouvrage a été traduit en français sous le titre Les Hommes à leurs heures perdues, par Fabienne Durand-Bogaert, aux Éditions de L'Arche, 2025.
Sous-titré « a fictional essay in 29 tangos », publié chez Albert A. Knopf. L’ouvrage se présente comme les vingt-neuf épisodes d'une dispute tranchante avec un mari menteur ; chacun s'ouvre sur des vers de John Keats. Les mots de Keats sur la beauté comme vérité sont juxtaposés, écrit Anders Olsson, « de façon brutale et joueuse » à un drame conjugal épuisant. Le livre obtient le prix T. S. Eliot et le Los Angeles Times Book Prize de poésie en 2001.
Le comité Nobel considère ces traductions du grec vers l’anglais comme des œuvres à part entière.
« Poetry, essays, opera », publié chez Albert A. Knopf. Le titre reprend un terme de Simone Weil : décréation, défaire le moi. Le volume croise Sappho, Marguerite Porete, Simone Weil, un livret d'opéra et des essais. Il prépare les collaborations scéniques ultérieures, dont le livret de The Mirror of Simple Souls, opéra-installation d'après l’oeuvre de Marguerite Porete.
Publié chez New Directions. Ouvrage qui se présente comme une épitaphe pour son frère Michael, mort au Danemark en 2000 après une longue absence et juste avant qu’Anne Carson puisse le revoir. L'objet-livre est une boîte contenant un dépliant en accordéon : s’y croise des photographies, des lettres, un lexique latin, des traduction. Au-delà de la voix de Michael et de celle d’Anne s’ajoute celle de Catulle, et notamment des extraits de son élégie 101 pour son propre frère mort à l'étranger, que Carson traduit mot à mot dans la marge. Claude Grimal cite l’autrice dans sa critique, soulignant l’importance de la non-fixité des choses : « Je voulais remplir mon élégie de toutes sortes de lumières, mais la mort nous rend avares. On ne peut rien dire de plus, pensons-nous, il est mort. L’amour ne peut pas toujours changer les choses. Les mots ne peuvent rien ajouter. Quoi que je fasse pour évoquer le garçon solaire qu’il était, cela reste une histoire banalement étrange. Et donc je me suis mise à penser à l’histoire ».
Réécriture d’Antigone de Sophocle. Le titre joue sur le nom de l’héroïne, qui donne son nom à la pièce, et sur l’expression nick of time.
L’ouvrage a été traduit par Édouard Louis, aux Éditions de L'Arche en 2019.
Suite d’Autobiography of Red, publiée chez Albert A. Knopf. Géryon, devenu « G », retrouve un Héraclès revenu de la guerre et renommé « Sad » ou « Sad but Great ». L’ouvrage croise le flux de conscience avec le voyage initiatique. Le livre a reçu le Griffin Poetry Prize en 2014.
Il a été traduit en français sous le titre Rouge doc, par Vanasay Khamphommala et publié aux Éditions de L'Arche en 2022.
Cahier du Center for Writers & Translators de l'American University of Paris publié par Sylph Editions. Court essai sur la traduction et le silence, qui va d’Homère à Jeanne d’Arc.
Publié chez New Directions. Cinquante-neuf paragraphes numérotés sur Albertine, le personnage de La Recherche du temps perdu de Marcel Proust.
L’ouvrage a été traduit en français par Claro sous le titre Atelier Albertine. Un personnage de Proust, aux Éditions du Seuil en 2017.
Publié chez Albert A. Knopf. Prend la forme de vingt-deux cahiers indépendants, lisibles dans n'importe quel ordre. Anders Olsson y voit le privilège accordé à l'esquisse.
Version d’Hélène d'Euripide, créée en 2019. Carson y superpose Hélène de Troie et Marilyn Monroe.
Le texte a été traduit par Édouard Louis, sous le titre Norma Jeane Baker de Troie, aux Éditions de L'Arche en 2020.
Bande dessinée d'après Les Troyennes d'Euripide : dessins de Rosanna Bruno, texte d’Anne Carson, publié chez New Directions.
Publié chez New Directions. « H of H » vaut pour Héraclès. Anne Carson reprend la folie d'Héraclès et le retour de guerre dans un carnet mêlant vers, didascalies et images.
Publié chez New Directions. Ensemble disparate de textes à forte dimension performative. Anders Olsson y voit Carson passer d'un champ artistique ou savant à l'autre.
Annotations pour Roni Horn (Wonderwater, 2004), livret de The Mile-Long Opera avec un texte parlé de Claudia Rankine et une musique de David Lang (2018), texte pour Troyjam de Michael Daugherty (2008).
D'après la bibliographie du comité Nobel :