Annedda

Thuja occidentalis, cèdre blanc d'Amérique, parfois considéré comme étant l'annedda décrit par Jacques Cartier.

L’annedda est un arbre d'Amérique du Nord dont les feuilles (aiguilles) furent utilisées pour préparer une décoction qui sauva l’explorateur Jacques Cartier et son équipage du scorbut durant l'hiver 1535-1536. On ignore cependant aujourd'hui l'identité précise de l'espèce et l'opinion la plus généralement admise est qu'il s'agit du cèdre blanc d’Amérique, bien que certains éléments descriptifs précis ne coïncident pas.

Cartier et l’annedda

En 1535, l’explorateur français d’origine bretonne Jacques Cartier et ses hommes s’installent pour hiverner aux abords de l’actuelle rivière Saint-Charles, dans la région de Québec. Ce premier hiver est très rude. En , les premiers signes de scorbut, maladie causée par la carence alimentaire (en vitamine C, alors ignorée) de l’équipage prisonnier de l’isolement et du froid, se font sentir. Entre le et le , vingt-cinq des cent dix hommes d'équipage succombent à la maladie.

Un jour, Cartier rencontre Domagaya, fils du chef nadouek-iroquoien Donnacona, qui semble touché par la mystérieuse maladie. Quelques jours plus tard, il le revoit, mais cette fois en parfaite santé. Il l'interroge et celui-ci lui parle d'un arbre nommé annedda : « Il fallait piler l'écorce et les feuilles dudit bois, et mettre le tout bouillir en eau. » Les marins retrouvent rapidement leurs forces grâce à ce breuvage. On lit aussi qu'il se serait plutôt agi d'une infusion d'aiguilles et d'écorce de pin,.

Ils obtiennent de Domagoya le remède. On leur fait boire une infusion préparée à partir des aiguilles d’un arbre tel un breuvage chaud. Les effets sont spectaculaires. Après huit jours de traitement, non seulement ceux qui souffrent du scorbut sont guéris, mais Cartier rapporte également que ceux qui souffraient depuis des années d’autres plaies en sont guéris,.

Thuya occidentalis ou Thuya d'Amérique, 1801.

Pérennité et confusion

Cartier, qui ne connait pas cette plante, la désigne sous le nom d’annedda (tiré du nom que lui donnaient les autochtones). Il en ramène des spécimens en France lors de son départ en , mais cette nouvelle plante médicale ne suscite presque aucun intérêt. Le nom, la provenance et les propriétés médicales de l’annedda se perdent, et la plante est par la suite connue sous le nom très général d’arbre de vie.

L’ethnobotaniste Jacques Rousseau rapporte en 1954 que l’annedda doit être le cèdre blanc d’Amérique (Thuya occidentalis). Cette hypothèse se popularise et il s’agit de la plus généralement admise. La plante est en effet une riche source de vitamine C, et serait une solution potentielle au scorbut.

Toutefois, le saintongeais Jean Fonteneau (un explorateur français du XVIe siècle), souligne que l’annedda produisait une « gomme blanche comme neige », une résine que le cèdre blanc d’Amérique ne produit pas. Il pourrait donc s’agir d’un autre arbre. Le sociologue québécois Gérald Fortin propose plutôt qu’il s’agisse de la pruche du Canada (Tsuga canadiensis). Il note que dans la pharmacopée traditionnelle des Iroquois, une partie non-identifiée de cet arbre sert de remède au scorbut.

Selon Gérald Fortin et Bernard Rollet, il s'agirait plutôt de la Pruche du Canada.

Finalement, Jacques Mathieu propose dans son livre L’Annedda : L’arbre de vie qu’il s’agit du sapin baumier (Abies balsamea), dont la gomme (blanche) est utilisée en optique et en pharmacie sous le nom de baume du Canada,.

Thuya occidentalis et pharmacopée algonquine

Qu’il soit ou non l’annedda de Cartier, le cèdre blanc d'Amérique a une présence notable dans la médecine traditionnelle des autochtones du Québec, entre autres, chez les Algonquins. Les recherches actuelles quant à leurs pharmacopées mentionnent cet arbre comme composante de près de dix traitements, principalement avec ses feuilles.

On se sert entre autres des feuilles du thuya occidentalis des façons suivantes :

Écorce et tronc de Thuya occidentalis.

Références

  1. ↑ Source: « Parc Canada - Jacques Cartier, explorateur et navigateur: L'hivernage de 1535-1536 » (consulté le )
  2. ↑ http://www.passeportsante.net/fr/Solutions/PlantesSupplements/Fiche.aspx?doc=oligo_proanthocyanidines_ps Oligo-proanthocyanidines
  3. ↑ http://www.passeportsante.net/fr/solutions/herbiermedicinal/plante.aspx?doc=pin_hm Pin
  4. ↑ Codignola, Luca (2010). ʺ(S.T.)ʺ, Recherches sociographiques, Volume 51, numéro 3, p. 579-581
  5. ↑ Bédard, Marc-André (1996). ʺAu berceau de notre histoireʺ, Cap-aux-Diamants : la revue d'histoire du Québec, p. 6-10
  6. 1 2 L. Fortin, Gérald, « La pharmacopée traditionnelle des Iroquois : une étude ethnohistorique », Anthropologie et Sociétés, vol. 2, no 3,‎ , p. 117-138.
  7. ↑ Rollet Bernard et Marie-Rose Simoni-Aurembou (dir.), La langue française : vecteur d’échanges culturels. Actes du 133e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques (Québec 2008) : « Migrations, transferts et échanges de part et d’autre de l’Atlantique », Paris, Éditions du CTHS, (www.persee.fr/doc/acths_1764-7355_2012_act_133_5_2158), « Comment les Français ont nommé les plantes du Québec. », p. 163-176
  8. ↑ Mathieu 2009
  9. ↑ Larivière, Cananasso et Mowatt 2013

Annexes

Bibliographie