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Arthur Édouard Marissal, né le à Lille et mort le à Montpellier, est un médecin français spécialisé dans la tuberculose, ou phtisiologue.
Après des études de médecine à Lille et un passage au sanatorium de Villepinte, il rejoint l'Hérault à la fin de 1920. Il est le médecin-chef du premier dispensaire antituberculeux de Montpellier et contribue à l'ouverture de consultations à Sète, Clermont-l'Hérault et Lodève. Il quitte ses fonctions départementales en 1928 pour exercer en clientèle privée à Montpellier.
Mobilisé comme médecin-capitaine en 1939, il aide sous l'Occupation des personnes juives et des jeunes menacés par le Service du travail obligatoire. Il est abattu dans son cabinet le 4 mai 1944 par Raoul Batany, un jeune résistant qui l'avait pris pour un milicien. L'origine de cette désignation erronée n'a pas été établie. Cité à l'ordre de la Nation en 1944, Arthur Marissal est reconnu « Mort pour la France » en 1975.
Arthur Édouard Marissal naît le à Lille. Il est le fils d'Arthur Victor Marissal, professeur de musique âgé de 26 ans et de Marie Jeanne Goodlad, 25 ans, domiciliés au 27, rue Meurein.
Appartenant à la classe de recrutement de 1915, sous le matricule no 5019, il sert comme médecin auxiliaire à la 22e section d'infirmiers militaires. Il est ensuite médecin traitant au sanatorium de Villepinte du au .
Il achève parallèlement ses études à la faculté de médecine et de pharmacie de Lille. Le , il y soutient la thèse no 24, intitulée Une anomalie rare : abouchement d'une veine pulmonaire supérieure droite dans la veine cave supérieure.
Le 10 avril 1920, il épouse dans le 16e arrondissement de Paris Hélène Anna Mordacq, 18 ans, fille d'un représentant de commerce parisien,,.
Dans la réserve du Service de santé des armées, il est nommé médecin aide-major de 2e classe le , médecin aide-major de 1re classe le , puis médecin-capitaine le . Son dossier d'officier est conservé au Service historique de la Défense sous la cote GR 8 YE 90910.
Marissal est admis à l'Office d'hygiène sociale de l'Hérault le . Le projet d'un dispensaire antituberculeux à Montpellier avait été examiné par le conseil général le . Le 30 septembre suivant, la commission administrative des hospices avait proposé de louer au département un local destiné à son installation. Le dispensaire commence à fonctionner le .
Installé rue Auguste-Broussonnet, l'établissement est le premier dispensaire antituberculeux de Montpellier. Jean-François Montes présente Marissal comme son créateur et son médecin-chef. Le médecin ouvre ensuite des consultations annexes à Cette, nom officiel de Sète jusqu'en 1928, le , à Clermont-l'Hérault le même jour et à Lodève le ,.
Cette création s'inscrit dans la mise en place d'un réseau départemental de lutte contre la tuberculose. En 1920, la mission française de la Commission américaine de préservation contre la tuberculose soumet au département un plan de dispensaires, adopté par le conseil général en octobre. L'aide américaine, relayée par la Fondation Rockefeller, finance une partie des installations, de la formation des médecins au diagnostic de la tuberculose et du recrutement d'infirmières visiteuses.
Le service départemental d'hygiène, distinct du dispensaire mais issu du même programme sanitaire, est inauguré le . Il dispose alors de six inspecteurs sanitaires et de huit infirmières visiteuses. La direction technique du réseau des dispensaires est assurée par Amans Gaussel, professeur agrégé à la faculté de médecine de Montpellier,.
Le , Marissal et le médecin Devèze présentent à la Société des sciences médicales et biologiques de Montpellier et du Languedoc méditerranéen une communication intitulée « Sur la recherche de la déviation du complément dans la tuberculose par l'antigène de Besredka ». Les résultats ont été recueillis au dispensaire d'hygiène sociale de Montpellier.
Le compte rendu porte sur dix-neuf patients considérés comme tuberculeux, dont onze présentent une réaction positive et huit une réaction négative, et sur treize sujets considérés comme non tuberculeux, dont deux présentent une réaction faiblement positive et onze une réaction négative. Les cas donnant simultanément une réaction de Wassermann positive sont écartés. Les auteurs estiment que la réaction franchement positive paraît spécifique, sans pouvoir établir de relation précise entre son intensité et l'évolution de la tuberculose.
En 1927, La Presse médicale rend compte d'un travail de Nigoul-Foussal et Marissal, publié dans Les Sciences médicales sous le titre « Nouvelles précisions sur les indications et les contre-indications de la médication iodée en phtisiothérapie ». Les auteurs comparent la teinture d'iode administrée par voie orale et des préparations organiques iodées injectables.
Selon ce compte rendu, ils ne constatent des résultats favorables que dans les formes jugées non évolutives et considèrent le traitement comme contre-indiqué dans les formes évolutives ou accompagnées d'hémoptysies. Ils signalent aussi que la teinture d'iode est mal tolérée par voie orale, notamment chez les personnes atteintes de troubles digestifs ou pharyngo-laryngés, tandis que les préparations injectables sont mieux tolérées. Ils n'observent pas d'effet sur l'expectoration ni sur le nombre de bacilles.
Une communication de Mourgue-Molines et Marissal, « À propos du traitement des cavernes géantes par la thoracoplastie », est signalée dans le compte rendu des séances de janvier et février 1937 de la même société médicale. Le périodique n'en reproduit toutefois que le titre et les noms des auteurs.
Selon la notice nécrologique publiée par Montpellier médical, Marissal quitte ses fonctions dans les dispensaires départementaux en 1928 pour se consacrer à sa clientèle privée. Il demeure spécialisé dans les affections pulmonaires. Son domicile et son cabinet se trouvent au 2, rue Stanislas-Digeon, près du palais de justice de Montpellier.
Lors des élections municipales de mai 1935, il figure sur une liste de droite réunissant les « groupements nationaux, des intérêts montpelliérains et de l'entente républicaine » ; aucun candidat de cette liste n'est élu. L'historien Antoine Limare le compte parmi les militants montpelliérains de l'Action française.
Mobilisé en 1939 comme médecin-capitaine de réserve, Marissal est médecin-chef à Lunel, puis à Perpignan.
Sous l'Occupation, il héberge temporairement avec sa famille la famille juive Weissman. L'enfant de cette famille est ensuite confié à l'Enclos Saint-François de Montpellier. Il vient également en aide à Dora Leder, une jeune femme juive d'origine polonaise,.
Il établit par ailleurs de faux certificats médicaux faisant état de tuberculose afin de soustraire des jeunes gens au Service du travail obligatoire. Les sources consultées décrivent ces actes comme des activités de résistance ou de désobéissance civile, sans préciser son appartenance éventuelle à un réseau structuré.
Le , vers seize heures, un jeune homme muni d'une fausse carte de police au nom de « Roger Darnay » se présente au domicile-cabinet de Marissal. Il prétend qu'un blessé a besoin de soins près de la promenade du Peyrou. Lorsque le médecin s'approche du téléphone pour appeler un chirurgien, le visiteur lui tire dessus à plusieurs reprises. Marissal, grièvement blessé, est transporté à l'hôpital Saint-Éloi, où il meurt peu après.
Le tireur est Raoul Batany, âgé de dix-huit ans, qui a été agent de liaison de mouvements de résistance. D'après la déposition qu'il fait après son arrestation, il a reçu une liste de personnes présentées comme miliciennes sur laquelle figurait le nom de Marissal. Il affirme ne pas avoir connu le médecin auparavant et avoir appris ensuite que celui-ci n'appartenait pas à la Milice,.
Batany, arrêté par les autorités allemandes, est ensuite remis à la police française et placé à la disposition de services liés à la Milice française. Le , après un simulacre de jugement, il est tué par le milicien Charles Cordier dans la cour de la caserne de Lauwe,.
Les enquêtes ultérieures n'ont pas permis d'établir qui avait fait inscrire le nom de Marissal sur la liste ni pour quel motif. Christian Roche indique que deux jugements rendus en 1946 et 1947 ont retenu la qualification de « fait de guerre » ; il renvoie aux recueils Dalloz de 1947 et de 1950. La notice du Maitron précise que cette qualification a été confirmée par la Cour de cassation en avril 1950,.
Le , le gouvernement cite Arthur Marissal à l'ordre de la Nation. Le texte, reproduit le lendemain dans Le Grand Écho du Nord de la France, mentionne sa réputation professionnelle à Montpellier, sa qualité de père de cinq enfants et le fait qu'il a été tué après avoir été sollicité sous le prétexte d'une intervention médicale urgente.
La presse médicale annonce également sa mort. Paris médical le présente comme une « victime du devoir professionnel », tandis que Montpellier médical lui consacre une notice de trois pages,.
Par la décision no 123608 VC du , le ministère des Anciens Combattants lui attribue la mention « Mort pour la France ». Son dossier individuel de victime civile est conservé au Service historique de la Défense sous la cote AC 21 P 374902.
Une plaque apposée dans la cour du 2, rue Stanislas-Digeon rappelle qu'il a vécu dans l'immeuble et qu'il est mort « dans l'accomplissement de son devoir professionnel ».
Son fils Jean Marissal a consacré une partie de sa vie à rechercher les circonstances de la mort de son père. Son manuscrit, intitulé Mémoire d'un pot de terre contre le pot de fer, est conservé aux Archives départementales de l'Hérault dans le fonds Jean Marissal, sous la cote 11 F 355,.