Ancré dans la propagande nazie qui prétendait à l’existence d’une race supérieure dite aryenne, le néologisme aryanisation désigne l’expropriation totale des Juifs en Allemagne ainsi qu’en Autriche pendant la période du nazisme, et par extension les spoliations endurées par les Juifs de toute l'Europe occupée pendant la Shoah. L'emploi du terme lui-même pose problème.
Dans un sens plus large, sont également rangés sous le terme « aryanisation » d’autres aspects de l’exclusion des Juifs par les nazis, tels que leur élimination de la vie culturelle ou scientifique[réf. nécessaire].
Dans sa thèse de doctorat Pillages sur ordonnances. Aryanisation et restitution des banques en France 1940-1953, Jean-Marc Dreyfuss précise que :« Les mots utilisés pour décrire la spoliation des Juifs émanent de deux sources, qui toutes les deux font problème. La première est simplement la terminologie allemande. Le mot d’« aryanisation » est directement nazi, il signifie « rendre aryen », c’est-à-dire « non juif » et décrit l’expulsion des Juifs d’un domaine donné, le plus souvent d’une position économique. Ce mot allemand (Arisierung), est entré dans le vocabulaire français, et particulièrement le vocabulaire administratif, à l’automne 1940, avec la promulgation des premières ordonnances allemandes s’attaquant aux biens des personnes définies comme juives, la première étant celle du 30 septembre 1940. »
Cette politique d'aryanisation se fait avant tout dans le secteur économique. Différentes mesures prises par le régime nazi encouragent de nombreux commerçants et chefs d'entreprises à liquider leur commerce et les oblige à les céder à des prix sous-évalués. L'organisation du boycott des commerces juifs, à partir du , participe fortement à ce phénomène puisqu'elle appauvrit peu à peu ces populations. Les commerçants juifs subissent également l'instauration de réglementations discriminantes, sans compter les violences occasionnelles commises contre leur commerce. Au total, entre 1933 et l'automne 1938 le nombre d'entreprises détenues par des Juifs est passé de 100 000 à 40 000.
Au lendemain de la nuit de Cristal, le , l'ordonnance pour l'élimination des Juifs de la vie économique de l'Allemagne (Verordnung zur Ausschaltung der Juden aus dem deutschen Wirtschaftsleben) permet la liquidation des entreprises restantes détenues par des Juifs et sont en partie remises par coercition à de nouveaux propriétaires non-juifs. Les produits de l’expropriation étant confisqués au profit du Reich, les propriétaires légitimes se sont retrouvés ruinés pour la plupart. De plus, tous les employés juifs sont licenciés.
L'aryanisation se fait également d'un point de vue culturel puisque dès le des autodafés sont organisés visant à détruire les écrits des auteurs ayant un esprit "non-allemand", principalement des Juifs, des marxistes et des pacifistes[réf. souhaitée]. Le les artistes juifs sont exclus du monde culturel allemand puisqu'ils ne peuvent se produire que lors de manifestations destinées à des publics juifs[réf. souhaitée]. Le , ordre est donné dans la presse de congédier les rédacteurs en chef non-aryens.
Une forme d'aryanisation « spontanée » exista partout en Europe, lorsqu'après l'arrestation des Juifs, un certain nombre de leurs voisins n'hésitaient pas à piller leurs maisons et leurs appartements. Lors de la grande rafle du Vel'd'Hiv' (), le jeune Maurice Rajsfus, échappé du lieu d'internement et revenu dans l'appartement familial vide, découvrit le concierge en train de le piller[réf. nécessaire].
Dès 1942, une "antenne ouest" du ministère des Territoires occupés de l'Est met en place une opération appelée M-Aktion ("M" pour mobilier) visant à confisquer et à s'emparer des meubles et autres objets d'ameublement des "appartements juifs non surveillés" des Juifs en fuite ou déportés en France et dans les pays du Benelux. Dans un premier temps, cette opération s'inscrit dans le Generalplan Ost, les biens spoliés étant initialement mis à la disposition des administrations dans les territoires occupés de l'Est. À Amsterdam, d'où furent déportés sans retour 66 000 Juifs hollandais, l'entreprise Puls se tailla vite une sinistre réputation en collaborant activement à cette opération, vidant les biens des victimes de la shoah. Le verbe pulsen entra même dans le langage courant.
Une forme systématique et planifiée de spoliation des biens juifs fut également mise en place en 'Europe de l'Est. Lire à ce sujet l'article Generalplan Ost.

Le terme est également utilisé par des historiens au sujet de la spoliation des Juifs français, menée conjointement et concurremment par l'occupant allemand et le régime de Vichy. Elle fit suite à la loi du de l’État français, qui elle-même faisait suite à « l'aryanisation » décidée par les Allemands à l'automne 1940 en zone occupée. Longtemps négligée, la spoliation des biens juifs est devenue un champ de recherche très développé à partir des années 1990.
La dépossession des Juifs fut d'emblée inscrite au cahier des charges du Commissariat général aux questions juives, créé le et dirigé par Xavier Vallat puis Darquier de Pellepoix. Dès l'été 1940, les divers services allemands s'employaient également activement à dérober les biens juifs. L'ambassadeur Otto Abetz profita ainsi de l'exode pour faire main-basse sur les collections d'art des propriétaires juifs absents.
Fin 1941, les Allemands frappèrent la communauté juive française d'une amende exorbitante d'un milliard de francs, à payer entre autres sur la vente de biens juifs, et gérée par la Caisse des dépôts et consignations et l'Union générale des israélites de France,,.
L'historien Henry Rousso estime à 10 000 le nombre d'entreprises aryanisées. On compta 50 000 nominations d'un administrateur de biens juifs sous l'Occupation. Dès 1940, 50 % de la communauté juive fut privée des moyens d’existence normaux, en vertu des lois de Vichy prohibant l'exercice de nombreux métiers aux Juifs ainsi que des ordonnances allemandes,.
Entreprises françaises aryanisées : Galeries Lafayette, éditions Nathan, Calmann-Lévy, Cluny, Ferenczi et Delage. L'aryanisation toucha aussi la presse, le cinéma, les théâtres (ainsi le Théâtre des Ambassadeurs à Paris, le théâtre Sarah-Bernhardt étant rebaptisé quant à lui Théâtre de la Cité). Elle n'épargna pas l'industrie : à Saint-Denis, par exemple, 10 % des entreprises chimiques de cette importante ville industrielle furent concernés. Elle s'étendit bien au-delà d'une simple volonté de « réduire l'influence juive », que la propagande antisémite avait mise en avant bien avant la guerre : dans l'Est parisien, on aryanisa aussi d'innombrables et fort modestes boutiques de coiffure, de tailleurs ou de fripiers... L'historien Florent Le Bot en décrit précisément les ressorts dans son étude sur la branche du cuir en montrant comment la participation à la dépossession de concurrents vient s'inscrire dans une histoire de branche et une histoire française quelque peu cahotantes de 1930 à 1950, entre l'embellie des années 1920 et la dynamique des Trente Glorieuses.
Le PDG de la Société générale, Henri Ardant, joua un rôle moteur dans l'aryanisation des banques, ainsi que d'autres secteurs dans lesquels sa banque possédait des intérêts (la chaussure notamment).
En Algérie, l'aryanisation alla parfois plus loin qu'en métropole. Un service de l’aryanisation économique, disposant de trois sections à Alger, Oran, Constantine, fut chargé de l’application de la loi du , qui retirait leurs biens aux Juifs, à l'exception de leurs habitations personnelles.
La loi du 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et milices privées fut révisée par le (?) afin de rajouter les groupements « dont l'activité tend à faire échec aux mesures concernant le rétablissement de la légalité républicaine » parmi ceux à dissoudre administrativement, et le 4 janvier 1945 furent adoptés trois décrets de dissolution qui visèrent, au nom de ce nouvel alinea, l’Association française des propriétaires de biens aryanisés (regroupant et défendant les acquéreurs de biens juifs contre toute revendication), l’Association des administrateurs provisoires de France (regroupant des personnes s’étant prêtées à des spoliations illégales) et enfin l’Association nationale intercorporative du commerce, de l’industrie et de l’artisanat dont l’activité réelle était de regrouper des propriétaires de biens ayant profité des lois de spoliation; d'autres associations se formeront puis seront dissoutes, certaines se livrant entre-temps à des manifestations violentes durant lesquelles sont criés des slogans xénophobes et antisémites,,,,,,.