

L’astrolabe (du grec ancien ἀστρολάβος / astrolábos via le latin médiéval astrolabium, « preneur d'astres ») est un instrument astronomique d'observation et de calcul analogique. Instrument aux fonctions multiples, il permet notamment de mesurer la hauteur des étoiles, dont le soleil, et ainsi de déterminer l'heure de l'observation et la direction de l'astre. Sa conception, dont les origines grecques remontent à l'Antiquité, bien plus tard perfectionnée par les Arabes, s'appuie sur une projection plane de la sphère céleste et de la sphère locale, dite projection stéréographique.
Une adaptation simplifiée, l'astrolabe nautique, a été utilisée pour la navigation maritime.
Les astrolabes classiques sont presque tous construits sur le même modèle.
Une analyse technique sommaire de l'instrument permet de visualiser son agencement et de fixer le vocabulaire de référence employé.


L'astrolabe superpose deux fonctions principales différentes qui peuvent être associées : mesurer la hauteur d'un astre d'une part et déterminer l'heure de l'observation d'autre part. La mise en œuvre de ces deux fonctions permet de décrire la constitution et les tracés élémentaires de l'instrument.
Sur les astrolabes modernes, la mesure de la hauteur d'un astre (Soleil, autre étoile ou planète) — ou d'un objet quelconque — s'effectue au verso de l'instrument. Cette opération est l'usage le plus simple que l'on puisse effectuer avec l'astrolabe. C'est la seule fonction réalisée par un astrolabe nautique, qui n'a pas d'abaque au recto.
Pour la visée :

Les observations proposées, pour simplification, sont effectuées le même jour, le , jour de l'été, à une même latitude, 48,8°, celle de Paris.
Le recto de l'astrolabe avec ses pièces principales permet de déterminer, entre autres, l'heure solaire dite aussi heure équinoxiale, à partir des données précédentes.
La rotation de l'araignée représente la rotation de la voûte céleste en 24 heures et le système de coordonnées horaires, et le tympan représente hauteurs et directions en Système de coordonnées horizontales. Le recto de l'astrolabe fonctionne comme un abaque permettant la conversion graphique entre ces deux systèmes de repérage :
L'astrolabe « planisphérique » est obtenu par projection de la sphère céleste associée à la sphère locale. Ces deux sphères peuvent être imagées par une représentation redressée modélisée de la sphère armillaire. La projection utilisée, dite projection stéréographique, a pour propriété essentielle de transformer les cercles de la sphère en d'autres cercles, qu'il est facile de tracer dans le plan de projection lorsqu'on en connaît certains points. La projection stéréographique dilate très fortement les régions éloignées du centre, donc ici celles comprises entre les tropiques célestes, au détriment de la région polaire. Cet « inconvénient » lorsqu'il s'agit de représenter les constellations devient un avantage dans le cas d'un astrolabe, puisque ce sont précisément les visées situées entre les tropiques célestes qui permettent de déterminer l'heure et la direction avec le plus de précision.
La projection a son centre en S, pôle sud de la sphère dans l'astrolabe classique, et son plan de projection est le plan de l'équateur. Elle va permettre :
L'utilisation de l'astrolabe ne se limite pas à la détermination de la hauteur des astres et à l'heure des observations.
Son usage, à l'origine astronomique, s'est étendu aux domaines religieux, astrologique et topographique.
Sur un tympan complet, on trouve les almucantarats, le faisceau des azimuts et le tracé des heures temporaires. Tout problème concernant l'association de ces éléments peut être traité avec l'astrolabe : trouver l'azimut et l'orientation de l'observateur d'une part et, d'autre part, l'heure temporaire d'une observation, qu'elle soit quelconque ou effectuée aux instants du lever ou coucher des astres, aux crépuscules, etc.…
Dans l'exemple précité d'une observation du Soleil, l'après-midi du jour de l'été, on trouvait, pour une hauteur de 45°, l'heure de l'observation : 15 h 10 min. Avec un tympan complet on trouve aussi :
Au verso de l'instrument on trouve souvent un diagramme permettant de déterminer grossièrement l'heure temporaire par observation du Soleil, ceci quelle que soit la latitude du lieu, à condition que cette dernière soit connue. Ce diagramme n'a aucun rapport avec la projection stéréographique de l'astrolabe. Il est présenté en détail sur la page du quadrant horaire : accès au diagramme en ligne.
Instrument astronomique et horaire, perfectionné par les civilisations islamiques, il est logique de trouver sur les tympans arabes les instants des prières et parfois un tracé pour déterminer la qibla, la direction de La Mecque.
Les deux prières concernées sont la prière de la mi-journée adh-dhouhr et celle de l'après-midi al-'asr, plus communément désignées par « zuhr » ou « dohre » et « asr » dans les anciens ouvrages français. On trouve leur tracé sur des tympans d'astrolabes islamiques, dans le réseau des heures temporaires. Leur utilisation nécessite les mêmes manipulations que celles employées pour trouver une heure temporaire, mais à l'inverse : on part de la lecture de l'instant de la prière pour remonter jusqu'à la hauteur du Soleil. C'est à l'instant de cette dernière observation que le muezzin effectue son appel à la prière.
La direction de La Mecque était donnée par des tables : on y trouvait différents lieux géographiques avec l'indication de l'angle d'azimut de la qibla. Ainsi, pour Paris, la valeur de l'azimut correspondant est de 119° N, ce qui permet de s'orienter par rapport au nord, si celui-ci est connu en direction. Sinon, l'astrolabe, avec un tympan parisien, peut y remédier : il suffit de déterminer la hauteur du Soleil correspondant à l'azimut 119° au jour de l'observation et de peser le Soleil en cet instant. La direction de La Mecque est alors alignée avec l'observation du Soleil.
Ainsi dans l'exemple précité, le jour du solstice d'été, l'observation du Soleil effectuée à un azimut de -61° S donnera une hauteur du Soleil de 52,5° à relever à 9 h 35 min ; à cet instant la direction du Soleil sera celle de La Mecque.
Sur certains astrolabes islamiques, au verso de l'instrument, on trouve un tracé donnant directement les hauteurs à observer en fonction de la date, ceci pour plusieurs villes musulmanes où l'observateur pouvait se rendre.
L'astrolabe a été longtemps l'instrument privilégié des astrologues. En effet, l'astrolabe classique donne directement de nombreux éléments astrologiques tels les signes du zodiaque, les cuspides, etc. Des tympans spéciaux permettent aussi de visualiser les « maisons célestes ». Tout ce qui concerne le Soleil et les étoiles peut être traduit en termes astrologiques par l'astrolabe, à l'exclusion des planètes n'ayant pas leur place sur l'instrument.

Sur l'astrolabe, la recherche de l'instant d'un événement associant une étoile ou le Soleil passe obligatoirement par la recherche de la position du Soleil sur l'écliptique à l'aide du zodiaque conventionnel : l'écliptique est divisé suivant les douze signes du zodiaque, chaque signe étant subdivisé en trois décans. Ce découpage est bien visible sur la figure jointe illustrant l'exemple précédent où la hauteur du Soleil est de 45°, prise l'après-midi, le premier jour (supposé) de l'été, à 15 h 10 min. Un enfant né à cet instant sera donc du signe du Cancer, premier décan.
En astrologie, il existe quatre directions privilégiées du ciel, associées à un événement particulier ; ce sont les quatre cuspides suivantes :
La face avant de l'astrolabe étant positionnée sur l'événement, ces quatre cuspides sont de lecture immédiate.
Dans l'exemple, pour une naissance supposée à l'entrée du Cancer, on voit immédiatement que le signe du Scorpion se trouve sur l'horizon est (1), le signe du Verseau sur le Fond du Ciel (2), le Taureau sur l'horizon ouest (3), le Lion sur le milieu du Ciel (4).

Les maisons partagent le ciel en 12 parties égales.
Cette division apparaît sur des tympans spécialisés à usage astrologique. Les maisons sont tracées par projection stéréographique à partir d'un point commun C0 intersection du cercle de l'horizon (almucantarat 0°) avec la verticale du lieu et de 12 points équidistants à 30° sur l'équateur. Elles sont numérotées de I à XII, dans le sens direct, la première maison ayant son origine sur l'horizon est du lieu.
On remarquera que les cuspides précitées correspondent au commencement des maisons I, IV, VII, X.
Le dos de l'astrolabe, avec son alidade, permet de mesurer la hauteur des astres, mais pas seulement.
Tout objet peut être mesuré angulairement, que ce soit dans le plan vertical ou, dans le plan horizontal avec quelques petits aménagements. En usage à la Renaissance, cette application de l'astrolabe permettait d'effectuer des relevés et plans, objets de la topographie. Au dos de l'astrolabe, dans la partie centrale basse, on trouve un « carré des ombres » facilitant la détermination grossière des éléments topographiques recherchés.
Son nom trouve son origine dans l'Antiquité avec l'usage du gnomon où, par exemple, l'expression de la latitude s'exprimait par le rapport de la longueur du gnomon à celle de son ombre.
Son tracé est un carré dont un sommet coïncide avec le centre de la mère ; il est gradué verticalement et horizontalement en 12 « points ». Par raison esthétique et pour faciliter les relevés, on trouve souvent un double carré des ombres prenant tout le bas du dos de l'instrument.
L'ombre se mesure :

La détermination de distances s'appuie sur la résolution de triangles semblables ou sur les proportions :
On trouve de nombreuses applications en topométrie - dans la mesure de distances inaccessibles, relevés de plans, et même en géodésie. Quelquefois les usages présentés dans les ouvrages de la Renaissance semblent invraisemblables !
Commentaires :
Il faut reconnaître que l'astrolabe n'est pas très adapté aux mesures sur le terrain. D'une part, tenu à la main ou suspendu par son anneau, il est susceptible de bouger. D'autre part, vu l'espace réservé au carré des ombres au dos de l'instrument, sa précision est faible : pour un carré gradué en 12 points, la résolution angulaire est de 3,75° ; il faut ajouter que les pinnules de l'alidade ne sont pas adéquats pour localiser des objets à viser. Des adaptations ont été proposées, mais semble-t-il sans grand succès : grand diamètre, fût ou potence pour rigidifier et positionner la structure, pinnules avec fentes et réticule, etc.
Il sera petit à petit remplacé par des instruments dédiés tels le quadrant géométrique suivi plus tard par le quart de cercle mobile.
Le principe de sa projection est connu depuis l'époque grecque, mais « On se perd en conjectures sur son inventeur (Eudoxe, Hipparque, Ptolémée) ». Quelques éléments :
À ce stade, dans son principe, l'araignée avec la construction et la graduation de l'écliptique est connue, ainsi que la projection de l'horizon et le tracé des heures temporaires.
Le premier traité de l'astrolabe - qui ne nous est pas parvenu - serait de Théon d'Alexandrie, érudit du IVe siècle. Ce manuscrit a été sorti de l'ombre par l'historien arabe al-Yaqubi qui en donne le plan ; on trouve aussi sa trace dans une notice de la Souda :
« Théon a écrit des ouvrages de mathématique et d'arithmétique… sur les tables faciles de Ptolémée et un mémoire sur le petit astrolabe. »
D'après Raymond D'Hollander, il est à peu près certain qu'il a inspiré les traités de Philopon et de Sebokht, auteurs qui lui ont succédé.
Le plus ancien texte conservé est Le traité de l'astrolabe de Jean Philopon d'Alexandrie (v. 530) qui décrit l'astrolabe planisphérique et ses usages.
Il se réfère à son maître Ammonios (v. 500) pour des compléments qu'il n'aborde pas, vraisemblablement la méthode pour tracer l'instrument, méthode connue depuis au moins Ptolémée.
Sa description et ses usages sont détaillés par Philippe Dutarte et analysés par Raympond D'Hollander et, plus récemment par Claude Jarry, en 2015.
Sommairement, on y trouve pour la description de l'instrument :
Pour son usage, Philopon énumère onze problèmes pouvant être résolus grâce à l'astrolabe dont la détermination des heures temporaires ou équinoxiales de jour, comme de nuit ; la durée du jour ou de la nuit et, en astrologie, les quatre principales cuspides pour horoscope.
Le second traité est celui de l’évêque syriaque de Qinnasrīn, Sévère Sebôkht (v. 660). Il est précisé dans l'introduction que l'astrolabe est réalisé en airain (alliage de cuivre : bronze ou laiton). Ensuite, il décrit vingt-cinq utilisations de l'instrument, aisément identifiables.
L'astrolabe planisphérique est une application de la projection stéréographique. Au début, l'astrolabe était lourd et complexe d'utilisation et de compréhension.
Une mathématicienne et astronome syrienne, Mariam al-Ijliya, et fabricante d'astrolabes comme son père, l'aurait perfectionnée. Il ne reste toutefois aucun détail sur ses travaux en dehors de ceux brièvement mentionnés par son contemporain Ibn Nadim,,.

L'astrolabe est introduit dans le monde musulman au VIIIe siècle à travers les textes grecs et notamment à partir des traités de Philopon et Sévère Sabokt. Dès le IXe siècle, l'instrument a un franc succès d'usage et d'estime et il deviendra vite un des joyaux de l'âge d'or des sciences arabes. Son rayonnement sera considérable ; son usage s'étendra de la péninsule Ibérique au Maghreb et à tout l'Orient, Perse et Inde comprises.
De nombreux savants de langue arabe ont traité de l'astrolabe. Seuls, les principaux astronomes, et notamment ceux qui y ont apporté des perfectionnements majeurs seront évoqués ici.

Abd al-Rahman al-Soufi (☾ 986), donne deux traités sur l'astrolabe dont l'un comporte 170 chapitres et propose 1000 utilisations de l'instrument !
Dès cette époque, les différents éléments de l'astrolabe planisphérique sont alors en place. L'instrument, sous cette forme perdurera, pendant plus de 800 ans, jusqu'au XIXe siècle dans les pays arabes.
À titre d'information, il est inséré ici un texte un peu hermétique sur un usage particulier de l'instrument :
« Après l’insertion des planches des planètes dans l’astrolabe par les astronomes arabes, ils parvenaient à calculer le mouvement apparent des planètes connues, avec une précision impressionnante. Ibn al-Zerqellu [1029 ?-1087 ?] trouva même le moyen de réduire ces diverses planches à une seule ‘planche des sept planètes’, dont l’avers en porte quatre et le revers trois, le même tracé d’épicycle servant pour toutes. La plus grande curiosité de cette œuvre, selon Dominique Urvoy, est le dessin des orbites non pas circulaires mais ovoïdes (baydi) [sic] ».

Les Arabes occupent en partie la péninsule Ibérique. Au nord de leurs territoires, en Catalogne, terre chrétienne, se trouvent des monastères (Ripoll, Vic) en contact avec les érudits musulmans. C'est par ces intermédiaire que l'astrolabe va pénétrer le monde occidental.
C'est à Lupitus de Barcelone que l'on doit le premier texte latin décrivant l'astrolabe, Astrolabii Sententiae inspiré de sources arabes non identifiées.
Gerbert d'Aurillac, alors moine, fera un séjour en Catalogne, au monastère de Ripoll dans les années 967-970 pour étudier les sciences arabes. Plus tard, en 984, résidant à Reims, il sollicitera auprès de Lupitus l'envoi de sa composition sur l'astrolabe. Lui est-elle parvenue ? L'astrolabe a-t-il été introduit par Gerbert ? A-t-il écrit un Liber de utilitatibus astrolabilii, comme le proposent de nombreux manuscrits du Moyen Âge ? Il existe beaucoup de questions sans réponses actuellement. Quoi qu'il en soit, le futur pape Sylvestre II a joué un rôle éminent dans l'introduction de la science arabe en Occident.
Le premier astrolabe occidental, l'astrolabe dit « carolingien » de la collection Marcel Destombes, conservé au Musée de l'Institut du monde arabe à Paris, daterait de cette époque, mais son authenticité est contestée.
Herman de Reichenau (1013-1054) héritera des travaux de Gerbert. Il est l'auteur de deux ouvrages sur l'instrument : De mensura astrolabii et De utilitatibus astrolabii où il présente la résolution de 21 problèmes ; en annexe, il joint un texte de Gerbert sur le sujet : le propos en est remanié car assez hermétique.
Un contemporain de Herman, Guillaume de Hirsau (1030-1091), abbé de l'abbaye de Hirsau, a semble-t-il écrit sur l'astronomie. De cette époque, est conservé « l'astrolabe de Ratisbonne ». C'est une sculpture posée sur colonne comportant un personnage et un disque de pierre avec un tracé géométrique représentant la projection de la sphère céleste entourée de graduations et d'un hypothétique calendrier zodiacal. D'où son appellation erronée d'« astrolabe ». Cette œuvre est conservée au musée d'Histoire de Ratisbonne, dans ce qui est appelé le dispositif d'enseignement de Guillaume.
Paraissent de nombreuses traductions d'ouvrages arabes et des traités originaux rédigés en latin ; parmi leurs auteurs citons : Adélard de Bath, Herman le Dalmate, Jean de Séville, Platon de Tivoli, Gérard de Crémone, Raymond de Marseille. Ce dernier est l'auteur, en 1141, d'un traité original d'usage de l'astrolabe et d'une table de coordonnées d'étoiles adaptée d'Al-Zarqali ; il indique aussi comment corriger l'astrolabe selon le mouvement de précession.
C'est à cette époque que l'astrolabe acquiert une grande notoriété et devient le symbole de l'astronomie : Abélard et Héloïse n'ont-ils pas dénommé leur fils Astrolabe ! On trouve aussi la représentation de l'instrument sur des miniatures, vitraux et statues de cathédrales.
À Tolède, le roi Alphonse X de Castille, dit le Sage, fait compiler, par des savants et traducteurs juifs, chrétiens et musulmans, l'ensemble des connaissances astronomiques dans les Livres du savoir astronomique ou Libro del saber de astrología paru en 1276-79. On y trouve la description de différents types d'astrolabes, dont les astrolabes universels et même un essai de mécanisation d'un astrolabe mu par une horloge à tambour à mercure.
Y figure aussi la traduction du catalogue d'étoiles d'as-Sufi ; c'est par cet intermédiaire que les astrolabes « gothiques » porteront en français sur l'araignée des listes d'étoiles au nom arabe tels Deneb, Véga, Altaïr (le triangle de l'été)… La mère, elle se verra attribuer un chiffrage arabe plus facile d'usage que le chiffrage romain. Ces apports de la civilisation musulmane ont intégré et enrichi les langues des pays occidentaux et même mondiaux.
À la même époque, Ibn Tibbon dit Profatius (1236-1305) fait connaitre l'astrolabe-quadrant, astrolabe planisphérique ramené à un quart de cercle par rabattements ; cet instrument est d'un usage difficile.
Rabbi Levi ben Gershom ou Gersonide (1288-1344) est, d'après Philippe Dutarte, l'inventeur d'une échelle transversale sur le pourtour du limbe de la mère qui permet une meilleure appréciation des angles à mesurer. Cette échelle est possiblement en rapport avec celle inventée officiellement par Pedro Nunes, employée par Tycho Brahe sur ses instruments et que l'on trouvera plus tard sous une forme équivalente sur le limbe du quart de cercle mobile de Jean Picard, par exemple.
« Durant ce siècle, l'Angleterre semble prendre le relais du continent pour les études sur l'astrolabe » : on doit par exemple au poète Geoffrey Chaucer un traité de l'astrolabe (1392), dédié à son fils ; on notera aussi que le British Museum possède dans ses collections les deux premiers astrolabes occidentaux, le plus ancien, non signé, daté de 1326, et le second, de 1342, portant l'inscription Blakene, me fecit anno do. 1342.
Le fabricant français d'instruments astronomiques Jean Fusoris (v.1365–1436) en fabrique et en vend à Mézières-sur-Meuse et Paris, avec des cadrans solaires portatifs, des horloges, et d'autres instruments scientifiques qui émergent à cette époque. Il apporte à l'astrolabe quelques innovations techniques. Lui-même s'est servi d'un astrolabe de grande taille pour mesurer la hauteur du Soleil à midi afin d'établir des tables nécessaires à la construction de cadrans solaires de hauteur. Emmanuel Poulle, spécialiste de Fusoris, disait dans ses conférences qu'il avait dénombré plus de vingt instruments étant sortis de ses ateliers.
Au Moyen Âge, « l'astrolabe a pu servir à déterminer les heures canoniales dans les communautés religieuses, mais il était surtout un instrument de calcul et un instrument pédagogique pour l'enseignement de l'astronomie dans les universités, dans le cadre du Quadrivium (arithmétique, géométrie, astronomie, musique) ».
Dès le XIVe siècle, il a certainement accompagné l'horloge mécanique pour la mettre à l'heure et en vérifier sa régularité. Dans les cathédrales, il n'est pas rare de trouver des horloges astronomiques avec des cadrans astrolabiques, comme à Lyon (dès 1379), Bourges (1424), Chartres (1528), pour n'en citer que quelques-unes en France. De cette époque - qui s'est étendue à la Renaissance - subsistent aussi quelques horloges astrolabiques de table.
Au XVIe siècle, l'astronomie est en pleine évolution :
C'est dans ce contexte que vont se développer différents centres d'activités astronomiques où les faiseurs d'astrolabes trouvent leur place, ainsi que différents auteurs ayant traité du sujet :

La production en Europe va aller en diminuant aux XVIIe et XVIIIe siècles. Plusieurs raisons sont en cause : d'une part, la lunette astronomique, très précise et permettant d'observer le Soleil sans difficulté, va remplacer avantageusement les alidades à pinnules et, d'autre part, l'obtention de l'heure quasiment immédiate avec les horloges et pendules mécaniques miniaturisées vont faire que l'astrolabe, encombrant et long à exploiter, va devenir obsolète ; de plus, c'est un instrument ouvragé de prestige dont le coût n'est pas négligeable.
C'est dans ce contexte que Philippe de La Hire propose un nouvel astrolabe universel intéressant, mais cette invention est trop tardive. Elle ne fera pas long feu.
L'astrolabe est un objet esthétique et rare, donc de grande valeur. On le trouve essentiellement dans des musées, chez les collectionneurs et les marchands d'art spécialisés. Du fait de sa rareté, on trouve parfois sur le marché des contrefaçons qui peuvent être révélées par des analyses et des contrôles non-destructifs.
Des passionnés, historiens des sciences pour la plupart, ont entrepris d'en faire des inventaires accompagnés d'études et de recherches pour :
Il existe aussi des faiseurs d'astrolabes modernes, employant des méthodes informatisées, qui proposent aux amateurs de beaux objets : reproductions d'anciens instruments ou créations personnalisées.

Cette opération, complexe, est du domaine des experts. Néanmoins on peut citer quelques méthodes qui, dans leurs grandes lignes, permettent d'approcher la date de fabrication des instruments.

Les astrolabes occidentaux du Moyen Âge comportent des écritures, chiffres et lettres qui y sont gravés ; l'analyse de ces informations n'est pas strictement du domaine de la paléographie, mais on peut s'y référer prudemment pour donner l'époque où a été conçu l'instrument : cette datation est de l'ordre de ± 1,5 siècle. Des tableaux de modèles préétablis permettent une datation par analogie entre les caractères existants sur l'instrument et ceux des modèles. Les exemples d'astrolabes donnés dans la section suivante : Examen des calendriers peuvent servir d'exercice de vérification.
Au verso de l'instrument, la correspondance entre les dates du calendrier civil et les divisions zodiacales peut être une autre source approximative de datation.
En l'an 325, à l'époque du calendrier julien, le concile de Nicée fixe l'équinoxe de printemps au . Ainsi, sur un hypothétique astrolabe de l'an 325, le correspond à l'entrée du Soleil dans le signe astrologique du Bélier. Dans le calendrier julien, l'année tropique moyenne est de 365,25 jours, ce qui est plus long que sa durée exacte de 365,2422 jours, soit un écart de 0,78 jours pour 100 ans, ou de près de 10 jours en 1582-1600.
| An | 1000 | 1100 | 1200 | 1300 | 1400 | 1500 | 1600 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Dérive | 5,25 j. | 6 | 6,8 | 7,6 | 8,4 | 9,2 | 10 j. |
| Date ≈ équinoxe | 14,5 | 14 | 13 | 12 | 11 |
Ce tableau permet de situer grossièrement la date de construction d'un instrument occidental si l'on pense que l'astrolabiste a respecté les éphémérides de son époque.
L'astrolabe de Chaucer daté de 1326 a sa date d'entrée dans le signe du Bélier au ; une gravure du même auteur, datée de 1391, semble fixer l'équinoxe au ; un astrolabe de l'école de Fusoris, non daté a son équinoxe vernal au 11 ou au 11, ; un dessin d'astrolabe non daté d'un manuscrit de Lund des années 1500 a une entrée dans le Bélier au ; une copie d'un exemplaire allemand de Georg Hartmann, daté de 1531, a comme référence équinoxiale le 10, ; un dernier exemplaire d'astrolabe, aux armes de Marie Tudor, daté des années 1556 et réalisé par Arsénius a sa correspondance calendaire au .
Il y a une certaine analogie entre les dates données par les instruments cités et les valeurs du tableau de comparaison.
Les dates de l'équinoxe de printemps des figures ci-dessus sont respectivement le 13, le 12, le 11 et le 10,.

Sur l'araignée de l'astrolabe se trouvent les étoiles et le cercle de l'écliptique. La position angulaire d'une étoile peut être mesurée par rapport au point vernal, c'est sensiblement la longitude écliptique λ. Au cours des siècles, à cause de la précession des équinoxes, la longitude écliptique d'une étoile augmente ; cette augmentation est annuellement de 50,3" ou de 1° pour 72 ans.
En mesurant sur un astrolabe ancien la longitude écliptique d'une étoile et en la comparant à sa valeur actuelle, on détermine en degrés la dérive angulaire de l'étoile (sa différence de longitude) qui, multipliée par 72, donnera le nombre d'années écoulées entre l'« époque » de l'astrolabe et l'année actuelle de référence.
Sur la gravure ci-contre, la pointe le plus en haut à droite, qui clôt le cercle externe, et marque la position d’Antarès, est sensiblement dans l'alignement de la graduation 28° du Scorpion (λ = 238°). Cette étoile est actuellement (Y2000) à 247° de longitude écliptique, soit 7° du Sagittaire. La précession des équinoxes étant de 1° pour 72 ans, la différence de 10° correspond à un « âge » de l'ordre de 700 ans correspondant à l'année 1300 - l'original est donné pour 1208, soit près d'un siècle de différence.
Dans l'astrolabe du XVIe siècle de Rennerus Arsenius de 1569, présenté plus haut dans la section « les astrolabes de la Renaissance », la position d'Antarès est donnée à 0,5° du Sagittaire, soit un décalage de 6,5° et un « âge » apparent de l'ordre de 470 ans, correspondant à l'année 1530.
Pour mieux cerner la longitude écliptique, il est préférable d'effectuer les mesures sur Régulus qui est pratiquement sur l'équateur céleste. Sa longitude actuelle (2010) est de 150° ; celle d'un autre astrolabe d'Arsénius donné pour 1556 est de 144°, ce qui donne un « âge » de 432 ans correspondant à l'année 1578.
Mais, attention :
Quelques rares faiseurs d'astrolabes, de divers pays (France, Suisse, Allemagne, Iran, etc.), proposent de belles copies d'anciens instruments ou des astrolabes conçus pour l'époque actuelle. Certains astrolabes sont réalisés avec les 13 constellations modernes du zodiaque astronomique qui, sur l'araignée, indiquent la position réelle du Soleil en fonction de la date du calendrier civil ; ainsi, sur un astrolabe daté de 2010, de Brigitte Alix, on peut voir que le Soleil est dans la constellation des Poissons le jour du printemps.