Auguste Piccard

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Ne pas confondre avec Auguste Picard, libraire-éditeur parisien.

Auguste Piccard
Auguste Piccard en 1932.
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Auguste Antoine PiccardVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Père
Jules Piccard (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Enfant
Autres informations
A travaillé pour
Université libre de Bruxelles (en) (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinctions
Doctorat honoris causa de l'université de Strasbourg (d) ()
Médaille Rudolf-Diesel (en)
Commandeur de la Légion d'honneur‎Voir et modifier les données sur Wikidata
Prononciation

Auguste Piccard Écouterⓘ, né le à Bâle et mort le à Chexbres, est un physicien, aéronaute et océanaute suisse.

Frère jumeau de l'aéronaute Jean Piccard (1884-1963), il est le père de l'océanaute Jacques Piccard (1922-2008), le grand-père de l'aéronaute Bertrand Piccard (né en 1958) et l'époux de Marianne Denis (1895-1980), petite-fille du minéralogiste et chimiste Charles Friedel et de sa première épouse née Emilie Koechlin.

Bien qu'il ait produit de nombreuses publications scientifiques dans divers domaines, son nom reste attaché à l'exploration de la verticalité par des moyens hydrostatiques : le ballon à hydrogène pour la stratosphère et le bathyscaphe pour les fosses marines. Dans les deux cas, un habitacle sphérique étanche, un élément de sustentation (hydrogène ou essence) et du lest (grenaille de plomb) sont présents pour contrôler l'altitude ou la profondeur.

Son parcours scientifique et son physique inspirent à Hergé le personnage du Professeur Tournesol dans les aventures de Tintin. C'est également en son hommage et celui de son frère Jean qu'a été nommé le personnage de Jean-Luc Picard de la série Star Trek.

Biographie

« Le magnifique exploit du professeur Piccard », une du Petit Journal illustré, le .

Le à Augsbourg, il s'élève en ballon libre dans la stratosphère avec son assistant, l'ingénieur suisse Paul Kipfer, devenu pour ce fait citoyen d'honneur de Bienne. Il atteint l'altitude de 15 781 mètres, qui fut homologuée comme record du monde.

C'est l'ingénieur belge Max Cosyns, de l'université libre de Bruxelles, qui accompagne le professeur Piccard lors de sa seconde ascension stratosphérique le .

Éclectique, Auguste Piccard conçoit aussi des engins pour plongées profondes, les bathyscaphes. En 1960, l'un d'eux, le Trieste, atteint la profondeur de 10 916 m dans le Pacifique (son quatrième record du monde, obtenu à 76 ans). Enseignant à l'université libre de Bruxelles, il bénéficie de l'aide du FNRS, Fonds national de la recherche scientifique de Belgique, pour la construction de ses ballons et du bathyscaphe qui portent les initiales du FNRS. Dans la suite, la marine française, avec les ingénieurs Georges Houot et Pierre Willm, s'associa au FNRS pour les expériences du premier bathyscaphe en haute mer. Plus tard, c'est la marine italienne qui prit le relais pour les expériences d'un nouveau bathyscaphe, le Trieste.

Historique

Ces ascensions furent l'occasion de nombreuses expériences scientifiques. Auguste Piccard retourne en Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale, puis reprend son poste à Bruxelles.

Le Trieste est un petit sous-marin sous lequel se trouve fixée une sphère détachable, en acier très épais, de deux mètres de diamètre, munie d'un hublot et de deux projecteurs : le bathyscaphe, alimenté par batteries.

Premier vol stratosphérique

En 1929, Auguste Piccard (qui a fait son service militaire en Suisse dans une unité d'aérostiers), alors professeur de physique à l'université libre de Bruxelles (ULB), remet un projet au Fonds national de la recherche scientifique (FNRS) récemment créé à l'initiative du roi Albert. Il consiste à explorer la stratosphère en ballon à gaz. Le projet, qui nécessite 400 000 francs belges, reçoit un accueil favorable. L'engin est immédiatement mis en chantier. Il consiste en un ballon sphérique de 14 130 m3 rempli d'hydrogène et une cabine sphérique de 2,10 mètres de diamètre. L'enveloppe du ballon est en coton peint en jaune (Chloramine FF d'IG Farben) pour absorber le rayonnement solaire. Complètement gonflé, à l'altitude maximum, c'est une sphère de 30 mètres de diamètre. La capsule sphérique, en aluminium de trois millimètres d'épaisseur, est munie de huit hublots de dix centimètres de diamètre et percée de deux trous d'homme de quarante-six centimètres de diamètre. Étanche, sa pression interne sera celle d'une altitude de 1 500 mètres. Elle est peinte en noir d'un côté, en blanc de l'autre afin de pouvoir réguler la température en changeant son orientation par rapport au Soleil grâce à une hélice externe. Elle est prévue pour deux aéronautes, l'équipement scientifique pour mesurer la pression, la température et le rayonnement cosmique, et le lest nécessaire à la navigation. Le ballon fut fabriqué par la société A. Riedinger, Ballon-Fabrik AG d'Augsbourg ; la nacelle par les Établissements Georges L'Hoir à Liège. Afin de survivre dans cette nacelle étanche, le dioxyde de carbone était absorbé par un appareil de type Dräger à chaux sodée, et l'équipage répandait régulièrement de l'oxygène liquide sur le sol de l'habitacle pour compenser son absorption (sous forme de CO2 par l'appareil).

Une première tentative de décollage est effectuée le , mais la météo se gâte pendant les préparatifs et le projet doit être reporté.

Auguste Piccard et Paul Kipfer arborant leur « casque » en osier (1930).
Caricature de Piccard par Van Schaik.

La seconde tentative a lieu à Augsbourg, le . Le départ est prévu pour 5 heures 30, juste avant le lever du Soleil, mais, à la suite d'une erreur, le ballon part un peu avant 4 heures, peu de temps après l'embarquement d'Auguste Piccard et de son coéquipier, Paul Kipfer. Rapidement, les ennuis s'accumulent : ils doivent réparer l'appareil à oxygène qui a été endommagé lorsque le vent s'est levé pendant la nuit. De même, ils éprouvent des difficultés à fermer un orifice qui a été déformé lorsque la cabine a été chahutée. Celle-ci n'est plus étanche et perd l'oxygène nécessaire à leur survie dans la stratosphère. À 4 heures 25, moins d'une demi-heure après le décollage, ils ont atteint l'altitude de 15 500 mètres. Ils sont montés à 555 mètres par minute, 33 kilomètres par heure ; avec les ennuis qu'ils ont rencontrés, ils n'ont pas eu le temps de faire beaucoup de mesures durant l'ascension. Mais ils sont les premiers êtres vivants qui ont accédé à la stratosphère. Les études scientifiques commencent. Il fait calme, l'air est limpide, le ciel est bleu foncé, tirant vers le violet. Ils lâchent encore un peu de lest et approchent les 16 000 mètres (le record sera homologué à 15 781 mètres). À 6 h 35, ils s'aperçoivent que la commande de la soupape qui devait leur permettre de redescendre en libérant de l'hydrogène s'est coincée à cause d'un cordage qui aurait dû être libéré au décollage, ils vont devoir attendre la baisse de température de la nuit pour redescendre. Plus tard, c'est le système qui devait permettre de réguler la température à l'intérieur de l'habitacle en présentant le côté sombre ou le côté clair au Soleil qui tombe en panne, et la température monte dangereusement ; ayant emporté trop peu d'eau, ils risquent la déshydratation. C'est finalement à 21 h, après 17 heures de vol, qu'ils atterrissent sains et saufs, à 1 950 mètres d'altitude, sur le glacier de Gurgl, près de Sölden au Tyrol (environ 46° 49′ 49″ N, 10° 59′ 34″ E). Après une nuit passée près de la nacelle, ils rejoindront les habitants du village partis à leur recherche. Leur retour à la civilisation est triomphal et Auguste Piccard recevra la Légion d'honneur.

Préparations d'un vol stratosphérique en 1932.
Préparations d'un vol stratosphérique en 1932.
Préparations d'un vol stratosphérique en 1932.

Second vol stratosphérique

Une nouvelle cabine légèrement modifiée est construite chez le même Georges L'Hoir à Liège ; le ballon est le même. Cette fois-ci, la cabine est entièrement peinte en blanc, ils préfèrent avoir trop froid que trop chaud. Afin de bénéficier de meilleures conditions atmosphériques, le décollage a lieu dans une cuvette, à Dübendorf, près de Zurich. Les Suisses organisent le départ. Ils embarquent 6 tonnes de lest. Le décollage s'effectue sans problème, le , à 5 h 07, emportant Auguste Piccard et son assistant Max Cosyns,. L'altitude maximum (16 201 mètres au baromètre, 16 940 mètres selon des théodolites au sol) est atteinte à 10 h 40 du côté du lac des Quatre-Cantons. À midi, ils amorcent la descente au-dessus de la Bernina. Ils se posent en Italie près de Monzambano, près de Desenzano, un peu avant 17 heures. La mission a été « nominale ».

La pénible arrivée d'Auguste Piccard à Monzambano, le , après son second vol stratosphérique.

Le ballon sert une troisième fois le , avec à son bord Max Cosyns et Nérée Van Der Elst. Il part de Hour en Belgique et se pose dans la région de Ljubljana, à Ženavlje (en), près de Murska Sobota en Yougoslavie (aujourd'hui Slovénie), après un vol record de 1 800 kilomètres, atteignant une altitude de 15 500 mètres. L'enveloppe, devenue trop poreuse et dont la toile commence à se craqueler, ne sera plus utilisée ; elle prendra feu lors d'une tentative de conversion en montgolfière (avec Max Cosyns, le ).

Premier bathyscaphe

Baptisé FNRS 2, sa sphère fut construite par les Usines Émile Henricot à Court-Saint-Étienne (Belgique). Max Cosyns était codirecteur de l'expédition, ce qui provoqua quelques tensions. Auguste Piccard ne fit qu'une plongée à -25 mètres, le , avec Théodore Monod près de l'île de Boa Vista au Cap-Vert (où il rencontra Jacques-Yves Cousteau). Les flotteurs sont endommagés lors d'un essai inhabité à -1 400 mètres le (profondeur atteinte, 1 380 mètres). La mer étant devenue houleuse, ils ne peuvent vider les réservoirs et embarquer le submersible à bord du Scaldis. Ils tentent de le remorquer, mais il n'est pas prévu pour cela.

Les prochains bathyscaphes sont d'une conception différente. Ils ne sont plus mis à l'eau à vide sur le lieu de plongée, à cause de la difficulté et des risques de l'opération (transbordements, remplissage et vidange d'un liquide hautement inflammable en pleine mer) ; ils sont remorqués, réservoirs remplis, jusqu'au lieu de plongée. Faute de budget, les expériences continuent avec l'aide de la marine française qui prend à sa charge le budget des essais en haute mer. Basé à Toulon, et rebaptisé FNRS 3, le bathyscaphe effectue des plongées à plus de 4 000 mètres.

Les deux "pilotes d'essai" du Bathyscaphe sont, à cette époque, deux officiers-ingénieurs de la Marine Nationale, Pierre Willm et le Cdt Georges Houot. Ils établiront un record de profondeur au large de Dakar le , atteignant la cote -4050 m.

Second bathyscaphe : le Trieste

C'est Jacques Piccard qui déniche un financement du côté de Trieste en Italie, d'où le nom de baptême de ce second bathyscaphe : le Trieste. Doté d'une nouvelle cabine, forgée, fabriquée à Terni près de Rome, il est d'une conception légèrement différente, plus navigable. La coque est fabriquée par les Cantieri Riuniti dell'Adriatico à Monfalcone près de Trieste. Les réservoirs d'essence sont remplis à terre et il est remorqué jusqu'au lieu de plongée. Un puits permet d'accéder à la sphère. Une plongée record à 3 150 mètres d'Auguste et Jacques Piccard aura lieu du côté de Ponza, dans la mer Tyrrhénienne, le .

De nouveau, pour une question de budget, le Trieste est acquis par les Américains et basé à San Diego. Il est doté d'une nouvelle sphère plus résistante et construite par Krupp avant d'effectuer la plongée record.

Plongée record du monde

La marine des États-Unis lui demande d'explorer, dans le Pacifique, la fosse des Mariannes, plus exactement la fosse Challenger, au large des îles Mariannes.

Distinctions et hommages

Publications

Ouvrages en français

Ouvrages en allemand

Ouvrage en néerlandais

Auguste Piccard dans la culture

Notes et références

  1. ↑ Olivier Hardouin Duparc, « La « dynastie Friedel » : une grande lignée de scientifiques », Reflets de la Physique, no 43,‎ (lire en ligne).
  2. ↑ Des merveilleux fous volants
  3. ↑ Gruppenbild der Montagemannschaft, 1914.01.01-1918.12.31, Archives fédérales suisses.
  4. ↑ « Le ballon Genève et ses deux occupants foudroyés en compétition à Bruxelles (1923) », Le site des pionniers de l’aéronautique à Genève (consulté le ).
  5. ↑ Article du Regional
  6. ↑ Find a grave
  7. ↑ « Second vol stratosphérique – 18 août 1932 », sur www0.dfj.vd.ch – département de la Formation et de la Jeunesse de l'État de Vaud (consulté le ).
  8. ↑ « Le ballon stratosphérique FNRS », sur La Maison de la Rivière – maisondelariviere.ch (consulté le ).
  9. ↑ J. Ganz, Dr F. W. Götz et Pr. A. Kreis suivent le ballon de Thusis, Arosa et Coire.
  10. ↑ « Une ascension stratosphérique à Hour. » (consulté le ).
  11. ↑ Jacques-Yves Cousteau et Théodore Monod atteignent 2 100 mètres dans la fosse de Toulon ; Georges Houot et Pierre Willm battent le record de l'époque avec 4 050 mètres, le .
  12. ↑ « Pierre Willm », sur médiathèque de la mer
  13. ↑ (en) « Discovery Circumstances: Numbered Minor Planets (40001)-(45000) », sur Minor Planet Center (Smithsonian Astrophysical Observatory) (consulté le ).
  14. ↑ Yves Horeau, Les Aventures de Tintin en mer, John Maurray publ., (ISBN 0-7195-6119-1), 1999.
  15. ↑ Jean-Rémi Rozalski, « Auguste Piccard, le véritable professeur Tournesol 🚀 », sur Revue Histoire,‎ (consulté le )
  16. ↑ Le Nouvelliste, Sion, 2007 ; reportage de Nyon Région Télévision.
  17. ↑ Jacques Yves Cousteau, Le monde du silence, Paris, Hachette / Éditions de Paris, , 240 p. (ISBN 9782010026362)
  18. ↑ Dans les ateliers occupés actuellement par la société Drytec.
  19. ↑ Tim Nudd, « Droga5 Beautifully Tells One of History's Most Incredible Father-Son Stories for Hennessy: Reaching for heaven and earth with the Piccards », Ad Week,‎ (lire en ligne).
  20. ↑ « Auguste Piccard, Explorer, Is Dead. Auguste Piccard Is Dead at 78. Stratosphere and Sea Explorer », The New York Times,‎ (lire en ligne)
  21. ↑ Michael Church, « Piccard in Space, Queen Elizabeth Hall », The Financial Times,‎ (lire en ligne [archive du ] Accès payant, consulté le )
  22. ↑ Edward Seckerson, « Gregory Piccard in Space, Queen Elizabeth Hall », The Independent,‎ (lire en ligne)
  23. ↑ Rupert Christiansen, « Piccard in Space, Queen Elizabeth Hall, review », The Telegraph,‎ (lire en ligne [archive du ] Accès payant)
  24. ↑ Rien - Requiem Pour Des Baroqueux Liability,
  25. ↑ « La folle saga Piccard », sur ladepeche.fr (consulté le )
  26. ↑ « « Star Trek : Picard », la tournée d’adieu de l’amiral Jean-Luc Picard », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )

Annexes

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Bibliographie

Liens externes

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