Les Azriat ou ‘azriyat sont des femmes libres, sans mari, libérées des obligations matrimoniales, dans la communauté berbère des Chaouis de l'Aurès en Algérie.
Artistes, elles pratiquent le chant et la danse lors de cérémonies. Courtisanes, elles restent intégrées et respectées au sein de la communauté chaouia dans laquelle elles résident. Associées à la « baraka agraire », elles sont protégées par les populations au sein desquelles elles évoluent. Ce mode de vie, critiqué à la fois par la société coloniale et les nationalistes algériens, disparait de l'espace public après l'indépendance de l'Algérie en 1962.
Le terme berbère azri désigne la situation de liberté d'une femme qui n'est pas ou plus mariée (veuvage, répudiation ou divorce),.
L'universitaire Karima Ramdani emploie l'orthographe Azria pour le singulier et Azriat pour le pluriel. L'Encyclopédie berbère utilise les termes ‘azriya pour le singulier et ‘azriyat pour la forme plurielle.
L'historienne et anthropologue Barkahoum Ferhati avance que l'Azria a un statut ambigu, oscillant entre courtisane et prostituée, danseuse, chanteuse. Pour l'Encyclopédie Berbère, l'absence d'une situation juridique spécifique et sa liberté reconnue font de l’‘azriya une courtisane. Mais il ne s'agit pas d'une simple prostituée. En effet, elle n’est pas rejetée par sa famille, par son clan ou par la communauté chaouia dans laquelle elle réside. Bien au contraire elle profite d’un prestige incontestable.
La journaliste Odette Keun indique dans son ouvrage Les oasis dans la montagne, publié en 1919, qu'« elles se donnent par amour, par indépendance, pour des cadeaux ». L'ethnologue Thérèse Rivière estime aussi que la prostitution des Azriat est différente de celle des prostituées occidentales, l'Azria se faisant offrir des cadeaux.
L’ethnologue Mathéa Gaudry (1884-1966?), native de l'Aurès, a consacré un chapitre entier aux Azriat dans son ouvrage La Femme chaouia de l'Aurès : étude de sociologie berbère publié en 1929. Pour l'universitaire Tassadit Yacine, Mathéa Gaudry donne dans cet ouvrage un point de vue uniquement « colonialiste », Yacine considèrant que les femmes « berbères » sont avant tout pudiques. Barkahoum Ferhati s'interroge sur cette analyse qui de fait s'oppose aux modes de vie des femmes « arabes », aux mœurs dissolues, représentées en particulier par les Ouled Naïl de Bou-Saâda.
La sociologue et anthropologue Fanny Colonna avance, dans son ouvrage Les versets de l’invincibilité, que depuis la fin de l'époque coloniale en 1962, les « femmes libres » ont disparu il reste seulement des « chanteuses-danseuses ».
Mathéa Gaudry décrit avec précision le le comportement des Azriat. Elles sont toujours apprêtées, elles peuvent fréquenter les cafés, échanger avec qui leur plait, jouer aux cartes. Dans leur famille, où elles sont revenues après l'interruption de leurs couples, elles ont de vrais privilèges et exécutent les tâches les plus plaisantes, comme le tissage alors que les corvées fastidieuses sont effectuées par leurs sœurs plus jeunes pas encore mariées,.
La prostitution est une de leur activité principale, l’Azria reçoit ses clients chez elle, dans sa famille sans que celle-ci ne s’en émeuve. Par ailleurs les Azriat, appartiennent à des groupes de danseuses et de chanteuses. Elles peuvent par exemple se produire pour un exploitant agricole à l'époque de la moisson, alternant des chants religieux et des chants d’amour parfois licencieux, elles encouragent ainsi les moissonneurs à travailler. Elles participent souvent aux pèlerinages traditionnels et aux fêtes annuelles de l’Aurès,.
La société coloniale renvoit une image négative de ces femmes qui profitent d'une liberté sexuelle et d’une autonomie économique. Les autorités souhaitaient enfermer les Azriat dans les quartiers réservés à la prostitution, mais la population des villages s'y opposèrent considérant qu'une telle mesure nuiraient à la « baraka » de la région avec une baisse des récoltes. Le professeur Jean Henri Probst-Biraben (1875-1957) évoque en 1935 la présence des prostituées Azriat dans la tribu Ouled Abdi au sud de Batna. Il la décrit comme un rite millénaire en relation avec la « baraka » agraire d'où la protection des populations à l'égard des Azriat quand les autorités françaises envisagent de les enfermer dans les quartiers réservés. Par ailleurs, J. H. Probst-Biraben considère qu'il s'agit de croyances africaines antérieures à l'Islam. Il évoque aussi la prostitution sacrée présente dans de nombreuses cultures.
Par ailleurs, l'indissolubilité du mariage chrétien s'oppose de fait au mariage berbère qui s'apparente à une association limitée dans le temps.
De même les mouvements nationalistes comme les musulmans Oulémas d'Abdelhamid Ben Badis ou le Parti du peuple algérien s'opposent au mode de vie des Azriat. En effet celui-ci n'est pas conforme au projet de la femme algérienne idéale : une bonne mère, avec l’islam comme religion et l’arabe comme langue.
Chez les musulmans le divorce (Talâq) est admis voire la polygamie mais ils sont choqués du fait que l'Azria puisse être à l'origine du divorce sans que l'homme ne puisse s'y opposer.
La chanteuse Houria Aïchi, qui se produit depuis 1985, est décrite comme une héritière des Azriat avec un répertoire issu pour partie des chants de sa grand-mère qu’elle accompagnait enfant dans les souks de Batna,.
En 2018, une exposition des photographies des années 1930 de Germaine Tillion et Thérèse Rivière, est organisée à Montpellier, on y découvre les modes de vie dans l'Aurès y compris des photographies d'Azriat,. En 2021, l'artiste Fatima Idiri rend hommage aux Azriat à travers plusieurs tableaux afin de « déconstruire » la vision négative donnée par le récit colonial,.