
Le boycott, ou forme francisée boycottage, est le refus collectif et concerté d'acheter, de vendre ou d'entretenir des relations avec un individu, une entreprise, une institution ou un État, afin de protester contre des pratiques jugées injustes et de faire pression sur l'entité visée.
Si le boycott prend fréquemment la forme d'une abstention d'achat ou d'un refus de participer à des élections ou à des événements culturels et sportifs, la sociologie des mouvements sociaux le définit plus largement comme une modalité d'action politique collective et d'interruption dans l'espace public. Historiquement employé dans les luttes syndicales, anticoloniales et pour les droits civiques, il combine la sensibilisation de l'opinion, la contestation publique et la pression économique ou politique.

Le terme vient du nom du britannique Charles Cunningham Boycott (1832-1897), intendant d'un riche propriétaire terrien du comté de Mayo, en Irlande de l'Ouest, durant le XIXe siècle : comme il traitait mal ses fermiers, il subit un ostracisme et un blocus de leur part en 1880. Le mot boycott se répandit par voie de presse et boycottage fit son entrée en France en 1881, officialisant une pratique qui existait depuis des siècles. Il a récemment été supplanté par boycott, comme dans le reste du monde francophone. Les deux formes, boycott et boycottage, coexistent en 2025 dans les dictionnaires usuels,,.
Au cours de l'Histoire et au fil du temps et suivant le contexte, les termes boycott et embargo ont pu couvrir des réalités variantes et différentes.
Dans les relations d’État à État, et dans une certaine compréhension du sens moderne, l'embargo concerne plus spécifiquement les exportations alors que le boycott concerne plus spécifiquement les importations. Le blocus est une mesure plus stricte que l'embargo qui se rapproche d'un État de guerre. Le terme d'embargo, plus souple, est une possibilité qui peut s’accommoder de la paix.
Le boycott et l'embargo peuvent être une manière de mise en œuvre de sanctions internationales ou de sanctions commerciales.
En droit privé, et au Québec, différents types de boycottages existent comme : boycott entre employés et employeurs, boycott entre industriel et commerçants, primary boycott et secondary boycott, boycott simple, boycott tripartite, boycott indirect.
Le premier boycott formalisé est répertorié en 1879 ; il est mis sur pied à l'appel de Charles Parnell, dirigeant de la Ligue agraire, qui le lança contre Charles Cunningham Boycott, intendant d'un riche propriétaire terrien qui traitait mal ses fermiers.
Le premier boycott de l'Empire tsariste a lieu en 1900 à Bialystok : l'Union générale des travailleurs juifs (Bund) lance un boycott des cigarettes de la manufacture Janovski pour protester contre le licenciement de 45 ouvrières juives.
Le premier boycott d'ampleur en Palestine ottomane se produit en octobre 1908, dans le cadre du boycott pan-ottoman décrété à la suite de l'annexion de la Bosnie-Herzégovine par l'Autriche-Hongrie. La population locale participe alors activement à ce mouvement de protestation économique dirigé contre les marchandises austro-hongroises, affirmant sa solidarité confessionnelle et civique au sein de l'Empire.
Par la suite, l'essor de l'implantation sioniste et l'acquisition progressive de terres entraînent l'émergence de boycotts réciproques entre les communautés arabe et juive :
Du côté du mouvement sioniste socialiste (principalement lors de la Deuxième Aliyah), les dirigeants ouvriers développent la doctrine du « travail hébreu » (Avodat Ivrit). Cette politique vise à fonder une économie juive autosuffisante et à moraliser le projet national en proscrivant l'emploi d'une main-d'œuvre indigène bon marché, afin d'éviter la formation d'une structure de type colonial basée sur l'exploitation. Du point de vue de la population arabe, cette politique d'exclusivité est perçue comme un boycott systématique des travailleurs arabes du secteur juif. De cette volonté de fermeture et d'auto-défense naissent trois institutions clés du futur État d'Israël : le Hashomer (organisation de défense villageoise, ancêtre de la Haganah), le kibboutz (village collectiviste et communautaire en Israël, fondé sur l'égalité, la démocratie et la propriété collective des biens) et l'Histadrout (confédération syndicale tendant à monopoliser l'emploi juif).
En réaction aux ventes de terres — souvent cédées par de grands propriétaires absents (effendis) — qui entraînent l'exlusion des paysans arabes (fellaheen), plusieurs campagnes de boycott sont lancées entre 1910 et 1914. Elles visent les intermédiaires fonciers et les acheteurs afin d'enrayer les expulsions agricoles. L'opprobre social s'étend également à la sphère politique : en 1918, Haidar Touqan, maire de Naplouse accusé de coopération avec les institutions sionistes pour des transactions immobilières, subit un boycott social et professionnel complet.
À la suite de la Déclaration Balfour de 1917 et de la détérioration du climat communautaire — marquée par les émeutes de Jérusalem en 1920 et les émeutes de Jaffa en 1921 nées de la crainte d'une marginalisation politique des Arabes —, le cinquième Congrès arabe palestinien réuni à Naplouse en août 1922 adopte une stratégie de non-coopération.
Afin d'éviter de légitimer les termes du Mandat britannique, le Congrès décrète le boycott des élections au Conseil législatif proposé par l'administration coloniale. La désaffection quasi totale de l'électorat arabe contraint le Haut-Commissaire Herbert Samuel à annuler le scrutin et à dissoudre l'instance projetée, marquant un succès pour la stratégie de boycott politique. En revanche, les appels simultanés au boycott économique des produits juifs demeurent peu suivis à cette période, et un projet de boycott fiscal voté en 1923 n'est pas mis en œuvre par crainte des sanctions judiciaires et financières administratives.
Les émeutes de 1929 constituent un tournant : le boycott économique devient réciproque, généralisé et structurel entre les deux communautés. Cette dynamique s'inscrit dans un contexte régional de contestation anti-coloniale au Liban, en Syrie, en Égypte et en Libye.
Au cours de cette période, le mouvement national palestinien s'inspire directement des méthodes de non-violence active, de désobéissance civile et de boycott des produits britanniques (*Swadeshi*) théorisées par Mahatma Gandhi en Inde. Les écrits et la stratégie de Gandhi, largement diffusés dans la presse arabophone locale (telle que le journal Falastin), servent de référence doctrinale pour l'organisation de la grande grève générale et du boycott de 1936,.
En Inde en 1930, le Mahatma Gandhi lance la Marche du sel et un boycott des impôts liés au sel contre l'Empire britannique.
Le journal Daily Express de Londres du paraît avec comme titre à la une : « Judea Declares War on Germany! » (en français : « La Judée {les juifs} déclare la guerre à l'Allemagne ! »), faisant état d'un mouvement international de boycott économique des produits allemands initié par des organisations juives. L'Allemagne nazi réagit en organisant le le boycott antisémite de 1933 en Allemagne contre les commerces et entreprises juives, première action antisémite d'envergure planifiée à l'échelle nationale après l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler.
Le boycott des bus de Montgomery est déclenché en 1955 à l'appel de Martin Luther King et du mouvement des droits civiques pour obtenir la fin de la discrimination raciale dans les transports publics.

Pour lutter contre l'apartheid, un boycott international de l'Afrique du Sud se développe à partir des années 1960, ciblant notamment les produits agricoles comme les oranges Outspan.
Sur le plan sportif, le Comité international olympique exclut l'Afrique du Sud des Jeux olympiques entre 1962 et 1992. La question de l'apartheid provoque également le boycott des Jeux olympiques d'été de 1976 à Montréal par 28 pays (principalement africains), en protestation contre une tournée de l'équipe de Nouvelle-Zélande de rugby en Afrique du Sud.
Pendant la guerre froide, les boycotts diplomatiques touchent directement le mouvement olympique : les États-Unis et 65 autres nations boycottent les Jeux olympiques d'été de 1980 à Moscou pour protester contre la guerre d'Afghanistan, ce à quoi l'Union soviétique et ses alliés répondent par le boycott des Jeux olympiques d'été de 1984 à Los Angeles.
Depuis , la coalition d'organisations de la société civile palestinienne lance la campagne internationale Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) visant l’État d'Israël.
Parallèlement, certains militants Tibétains en exil préconisent un boycott des produits fabriqués en république populaire de Chine, dénonçant l'exploitation du travail forcé dans les camps du Laogai et la répression politique au Tibet.
La Cour suprême de Norvège a considéré illégal le projet de la Norwegian Confederation of Trade Unions et de la Norwegian Transport Workers' Union de boycotter une compagnie maritime, Holship Norge AS, qui voulait employer des salariés en dehors d'une convention collective cadre dans le port de Drammen. Cette décision juridique d'interdiction de boycott a été soutenue par la Cour européenne des droits de l'homme sur la base des motifs pertinents et suffisants dans les circonstances particulières de cette affaire et notamment la caractérisation de la nature et de l'objectif du boycott proposé.
Un mouvement de boycott contre l’apartheid sud-africain a existé entre les années 1960 et 1990, et depuis en 2005, sur le même modèle, la campagne BDS incite à se détourner des produits et services israéliens.
Des applications telles que Boycott X, Boycat, No Thanks, Way Way Nay ou Boycott That! permettent aux consommateurs de scanner les produits pour identifier ceux qui sont liés à une action à laquelle ils s'opposent,. Boycott X recense les marques impliquées dans l'exploitation des Ouïghours en Chine, des enfants au Congo, et celles présentes dans les territoires palestiniens occupés. Concernant la légalité de ces applications, la Cour de cassation française s'est alignée sur l'arrêt Baldassi (2020) de la Cour européenne des droits de l'homme, selon lequel un boycott authentiquement argumenté sans appel à la haine relève de la liberté d’expression.
En complément des applications de scan, des bases de données francophones recensent et documentent les campagnes de boycott en cours, en s'appuyant sur des sources publiques (organisations non gouvernementales, communiqués officiels, presse internationale).
Un boycott seul peut ne pas suffire à atteindre l'effet recherché, même s'il peut avoir un rôle déterminant comme dans le cas du boycott contre l'Afrique du Sud dont les mesures ont fortement participé à la fin de l'apartheid. L'efficacité dépend aussi des produits boycottés : avec la mondialisation des échanges, les boycotts perdent en efficacité à l'exception des boycotts de produits substituables.
En France, l'UFC a été condamnée en 1969 et 1978 pour ses appels au boycott.
Différents types de boycott peuvent être illicites, notamment ceux fondés sur une discrimination raciale, une entente anticoncurrentielle, ou un abus de position dominante.
Le boycott peut constituer une discrimination envers une personne physique ou un membre d'une personne morale s'il réunit les conditions définies aux articles 225-1 et 225-2 du code pénal, c'est-à-dire si le boycott :
« constitue également une discrimination toute distinction opérée entre les personnes morales sur le fondement de l'origine, du sexe, de la situation de famille, de la grossesse, de l'apparence physique, de la particulière vulnérabilité résultant de la situation économique, apparente ou connue de son auteur, du patronyme, du lieu de résidence, de l'état de santé, de la perte d'autonomie, du handicap, des caractéristiques génétiques, des mœurs, de l'orientation sexuelle, de l'identité de genre, de l'âge, des opinions politiques, des activités syndicales, de la capacité à s'exprimer dans une langue autre que le français, de l'appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une Nation, une prétendue race ou une religion déterminée des membres ou de certains membres de ces personnes morales. »
La Cour de cassation confirme cette analyse dans son arrêt du , concernant le boycott de produits israéliens : « La provocation à la discrimination ne saurait entrer dans le droit à la liberté d'opinion et d'expression dès lors qu'elle constitue un acte positif de rejet, se manifestant par l'incitation à opérer une différence de traitement à l'égard d'une catégorie de personnes. »
Cette analyse de la Cour de cassation a été invalidée par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) dans son arrêt fondateur du (Baldassi et autres c. France, requête no 15271/16). La Cour a condamné la France à l'unanimité pour violation de l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme protégeant la liberté d'expression.
Dans cet arrêt, la CEDH établit la portée politique du boycott en droit européen :
Cette jurisprudence européenne primant sur le droit interne contraint le droit français à distinguer la discrimination illicite envers des personnes de l'exercice légitime du droit politique de boycotter des États, des institutions ou des entreprises.
Se basant sur le Code civil suisse, le Tribunal fédéral a jugé en 1960 que :
« Le boycott viole le droit de la personnalité tendant au libre exercice d'une activité économique ; il est donc en principe illicite. Seul n'agit pas d'une manière contraire au droit celui qui, par le moyen du boycott, défend des intérêts légitimes manifestement prépondérants et qu'il ne peut sauvegarder d'aucune autre manière […] La preuve des motifs justifiant le boycott incombe à l'auteur de celui-ci. »
En 1975, un appel au boycott contre une boucherie à laquelle il était reproché de ne pas respecter les règles d'hygiène et de formation a été jugé illicite,. Les personnes affirmaient avoir alerté une autorité sans succès. Selon le tribunal, ils auraient encore dû saisir l'autorité supérieure avant de pouvoir recourir à la menace d'un boycott.
En Norvège, en 2021, un projet de boycott d'une entreprise par des travailleurs a été considéré illégal.
L’État d'Israël s'est doté d'une loi antiboycott.
« si l’exemple de l’Afrique du Sud est régulièrement mis en avant, on ne peut accorder au boycott tout le mérite de la fin de l’apartheid. Il n’en fut pas moins un élément déterminant, mais qui doit être analysé dans un contexte bien plus large »