Brainstorming

Page d’aide sur la paronymie

Cet article possède un paronyme, voir Brainstorm.

Page d’aide sur l’homonymie

Pour l’article homonyme, voir Brainstorming / Kimi Sae Ireba Nani mo Iranai.

Un brainstorming, prononcé en français [bʁɛn.stɔʁ.miŋ] Écouterⓘ, ou remue-méninges (ou encore remue-méninge) est une technique formalisée de résolution créative et collective de problème. Elle fut élaborée à partir de 1940 par Alex Osborn.

Étymologie et traductions

Storming of the Bastille (en), La Prise de la Bastille.

Brainstorming vient de « brain », le cerveau, et de « storming », non pas une tempête (« storm ») mais la prise d'assaut d'une position militaire par un commando ou un ensemble de combattants, comme on le retrouve dans « The Storming of the Bastille », la prise de la Bastille. Alors que la plupart des pays européens ne cherchent pas à traduire le mot, et l'emploient tel quel, en France, beaucoup de traductions ont été proposées : remue-méninges, suractivation du cerveau, tempête sous un crâne, cervorage (cerveau et orage), giboulée d'idées, etc. Elles sont toutes basées sur un faux-sens : celui de penser que « storming » veut dire « orage » ou « tempête ».

Au Québec et en France, le terme « remue-méninges » a été retenu officiellement comme terme équivalent à l'anglais « brainstorming » et est recommandé dans les textes officiels et administratifs. Remue-méninges peut également s'écrire sans le « s ». L'Office québécois de la langue française déconseille l'utilisation de brainstorming car il concurrence inutilement remue-méninges.

Un « remue-méninges »,, est, par ailleurs, et plus spécifiquement une réunion informelle ludique de collecte d'idées ou, pour les enfants, un casse-tête.

Principe général du brainstorming original

L'idée générale de la méthode est la récolte d'idées nombreuses et originales. Elle vise à séparer la fonction imaginative de la formulation de jugements.

Deux principes de base définissent le brainstorming : la suspension du jugement et la recherche la plus étendue possible.

Ces deux principes de base se traduisent par quatre règles :

Ainsi, les suggestions absurdes et fantaisistes sont admises durant la phase de production et de stimulation mutuelles. En effet, les participants ayant une certaine réserve peuvent alors être incités à s'exprimer, par la dynamique de la formule et les interventions de l'animateur.

C'est pour amener à cet accouchement en toute quiétude que l'absence de critique, la suggestion d'idées sans aucun fondement réaliste, et le rythme, sont des éléments vitaux pour la réussite du processus.

Méthode

Les trois phases de la réalisation d'un brainstorming

Phase 1 : Préparer

Phase 2 : Animer

– Débrider sa créativité en exprimant toutes ses idées sans réserve et sans autocensure
– Rebondir sur celles des autres et les améliorer car la quantité d'idées est importante

Phase 3 : Capitaliser et valoriser

– Reformuler, classer, hiérarchiser les idées sous une forme synthétique comme sous la présentation d'une grille de décision.

Efficacité comparée

Le remue-méninges traditionnel vise à apporter des solutions à un problème donné grâce à un recoupement d'idées effectué par un groupe de travail.

Rappelons que, selon Alex Osborn, un groupe pouvait — dans les années soixante — doubler sa créativité en utilisant le brainstorming.

Il faut attendre la création du CPS (Creative Problem Solving) — la version améliorée du brainstorming — pour voir publier des exemples concrets d'efficacité.

Des recherches empiriques sur l'efficacité de la technique apparaissent dès les années cinquante, soit en comparant différentes procédures de travail en groupe, soit en comparant les idées produites par des groupes et par un nombre équivalent de participants travaillant individuellement.

Ces recherches révèlent que le travail en groupe n'apporte aucun bénéfice en ce qui concerne le nombre ou l'originalité des idées générées.

En effet, si on soumet un même problème à des sujets qui doivent chercher une solution individuellement (groupe dit « nominal ») et à un groupe composé d'un nombre de membres égal aux sujets individuels, on constate que les sujets qui ont travaillé individuellement apportent (au total) plus de solutions originales et efficaces que le groupe.

Stasser explique qu'il existe une perte de productivité liée au fait que les membres d'un groupe discutent en priorité des informations qu'ils ont en commun au lieu de chercher des solutions originales et qu'ils ont tendance à se censurer par peur du ridicule, des conflits ou de l'exclusion.

Le tumulte (remue-ménage) qui règne pendant les séances de brainstorming crée aussi des interférences et risque de nuire à la production d'idées pertinentes avec le problème posé.

Inventaire chronologique d'études et d'enquêtes

Les quatre critères d'efficacité venant en tête sont :
  • La quantité
  • La qualité
  • L'originalité, la rareté (uniqueness)
  • L'utilité sociétale

Bénéfices collatéraux

Mais, tel qu'ils sont pratiqués habituellement, un brainstorming (ou un remue-méninges informel) peuvent aider à resserrer les liens ou à divertir et donc à avoir une fonction ludique de renforcement de la cohésion du groupe, c'est-à-dire de team building selon Bruce Tuckman.

Évolution

À partir de 1966, Sidney « Sid » Parnes (en), un des proches collaborateurs d'Alex Osborn a fait évoluer la méthode du brainstorming vers une méthode plus complète et plus structurée, le Creative Problem Solving.

Controverse

Pour certains, la technique du brainstorming relève du mythe, notamment Jonah Lehrer dans un article sur le GroupThink publié par The New Yorker en 2012. Jake Knape, l'auteur de la méthode du « Design sprint » a également développé un argumentaire critique à l'encontre du brainstorming et mis en garde contre les biais cognitifs que celui-ci risque de créer en particulier en présence de supérieurs hiérarchiques dans le groupe. Il lui préfère d'autres formes créatives comme le « brainwriting ».

Variétés de brainstorming

Technique pour résoudre en groupe un conflit particulier en recherchant toutes les solutions possibles avant de prendre une décision.
Un brainstorming peut avoir lieu de manière distante par messagerie instantanée, courriels ou Internet, à condition que les règles du jeu de la formule classique soient appliquées à la lettre. La force du brainstorming distant repose alors sur :
  1. l'abondance des échanges — pour peu qu'ils soient rapides —, qui permet aux ressorts de la synergie d'agir pleinement,
  2. le rapprochement simultané de personnes géographiquement voire culturellement éloignées.

Challenge-storming

Le challenge-storming est une synthèse de l'apport des sciences cognitives et d'une enquête en entreprise en matière de décisions créatives en équipe.

Précédé de cinq conditions sine qua non d'efficacité (et, si l'on peut, d'efficience) :

Le challenge-storming est une méthode en dix étapes qui cherche à éviter les pièges classiques du brainstorming traditionnel :

  1. S’attaquer à un problème partagé
    Toujours identifier précisément ce que nous voulons tous et ce qui nous empêche de l’atteindre. Ou bien ce dont l’équipe ne veut plus — ou bien ce dont le client ne veut plus.
  2. Se vider la tête des paradigmes inconscients (Brainwashing)
    Oublier explicitement ce que l'on a appris.
  3. Faire un inventaire exhaustif des solutions existantes dans le monde entier
    Toujours en connaitre au moins 80 % (loi de Pareto).
  4. Formaliser et hiérarchiser les critères partagés d’évaluation et de sélection
    Toujours préciser à l’avance les valeurs ou critères de choix (ou de sélection) partagés entre les différentes idées de base qui seront générées au cours du challenge-storming (et éventuellement les contraintes). Hiérarchiser les trois plus importantes.
  5. Créer la motivation en transformant le problème en défi partagé
    Toujours créer un défi « stretch » et une tension créative partagés et d’un niveau de difficulté accepté par tous, mais au moins 20 % d'augmentation de performance (et plutôt 30 ou 40 %).
  6. Imaginer les solutions des concurrents
  7. Trouver au moins trois bonnes solutions compétitives alternatives — sinon revoir sa copie
    Toujours (se) fixer un nombre minimum de solutions alternatives, de stratégies ou de possibilités d’action à trouver. Au moins trois !
  8. Choisir en équipe la meilleure des idées de solution possibles
    Pour en faire une solution partagée. Un outil : la grille tri-critères
  9. Prototyper
  10. Mettre en place une délégation créative et entretenir une tension créative

Être créatif dans la mise en œuvre : agilité, résilience, pugnacité, acceptation du changement.

Bibliographie sur le brainstorming

Il s'agit de livres décrivant la pratique du brainstorming dans un contexte professionnel en entreprise.

1940-1963

1963-1999

2000-2009

2005

2010

Notes et références

  1. ↑ Storming of the Bastille (en)
  2. ↑ Traduit à tort par tempête d'idées.
  3. ↑ Journal officiel du 22/09/2000, « brainstorming », Grand Dictionnaire terminologique, Office québécois de la langue française.
  4. ↑ Grand Dictionnaire Terminologique. Malgré cette recommandation, la traduction proposée n'a pas su s'imposer dans l'usage québécois de tous les jours et l'anglicisme reste la norme utilisée dans la presse écrite et dans les conversations, au détriment de sa traduction française proposée. Le Trésor de la langue française au Québec l'ignore complètement.
  5. ↑ La Commission générale de terminologie et de néologie, en France, et l'Office québécois de la langue française recommandent l'usage du mot « remue-méninges ». Voir le FranceTerme et « brainstorming », Grand Dictionnaire terminologique, Office québécois de la langue française.
  6. ↑ À la suite des rectifications orthographiques de 1990, il est aussi accepté d'utiliser « remue-méninge » (sans le s final).
  7. ↑ « « remue-méninges » sur FranceTerme », Journal officiel du 22/09/2000,‎ (lire en ligne)
  8. ↑ Daniel Danétis, Parler/créer : Pensée critique & création artistique, (lire en ligne), p. 130
  9. ↑ Didier Anzieu et Jacques-Yves Martib, La dynamique des groupes restreints, Paris, PUF, 1968 (3ème édition 2017), 400 p., p. 270
  10. ↑ « Le brainstorming / Tempête de cerveau », sur commentprogresser.com, (consulté le ).
  11. ↑ « CPS Success Stories », sur creativeeducationfoundation.org via Internet Archive.
  12. ↑ Paulus, P.B., Larey, T.S., & Dzindolet, M.T. (2001). Creativity in groups and teams. In M. Turner, Groups at work: Advances in theory and research (pp. 319–338). Hillsdale, NJ : Lawrence Erlbaum.
  13. ↑ Pour une liste d'expériences de ce type voir Diehl, M., & Stroebe, W. (1987). Productivity loss in brainstorming groups: Toward the solution of a riddle. Journal of Personality and Social Psychology, 53, 497–509 et Mullen, B., Johnson, C., & Salas, E. (1991). Productivity loss in brainstorming groups: A meta-analytic integration. Basic and Applied Social Psychology, 12, 3–24.
  14. ↑ Marshall Scott Poole & Andrea Hollingstead, Theories of Small Group, Sage, 2004. Il s'agit de la reprise de résultats expérimentaux obtenus en 1995.
  15. ↑ https://criticalandcreativethinking.files.wordpress.com/2011/07/the-brainstorming-myth1.pdf
  16. ↑ (en) « Log in », sur Psychology Today (consulté le ).
  17. ↑ « Jonah Lehrer on Brainstorming » [vidéo], sur YouTube (consulté le ).
  18. ↑ Osborn, Alex F. (1963) Applied imagination: Principles and procedures of creative problem solving (Third Revised Edition). New York, NY: Charles Scribner’s Sons.
  19. ↑ (de) Charles Hutchison Clark
  20. 1 2 Jean-Michel Briet et Jean-Louis Swiners (préf. Edward de Bono), L'intelligence créative : au-delà du brainstorming, Paris, Maxima, , 206 p. (ISBN 978-2-84001-385-3), p. 99-104 et 112-180
  21. ↑ (en) Jonah Lehrer, « Groupthink » Accès payant, sur newyorker.com, The New Yorker, (consulté le ).
  22. ↑ Knapp, Jake., Kowitz, Braden. et Pavillet, Marie-France. (trad. de l'anglais), Sprint : résoudre les problèmes et trouver de nouvelles idées en cinq jours, Paris, Eyrolles, 302 p. (ISBN 978-2-212-56606-2 et 2212566069, OCLC 980347083)
  23. ↑ Isaksen, Scott G., Dorval, K. Brian & Donald J. Treffinger (2003). Résoudre les problèmes par la créativité: la méthode CPS. Paris: Éditions d'Organisation, p. 108-109, « Le brainstorming avec Post-It ».
  24. ↑ (de) Pinnwandmoderation
  25. ↑ Alan Barker, Alan (1997). Brainstorming : comment libérer votre créativité en 30 minutes, Les Éditions JV & DS; p. 47-71.
  26. ↑ Roger Fisher, William Ury & Irwin Patton, « Organiser une séance d’imagination (de solutions) », dans : Comment réussir une négociation (1982), Seuil, 1991, p. 99-105
  27. ↑ Isaksen, Scott G., Dorval, K. Brian & Donald J. Treffinger (2003). Résoudre les problèmes par la créativité: la méthode CPS. Paris: Éditions d'Organisation, p. 109-113, « Le brainstorming par écrit (Brainwriting) »
  28. ↑ (en) « BrainSketching », sur mycoted.com (consulté le ).
  29. ↑ http://cpsb.com/cru/research/articles/GCQ_Isaksen_Gaulin.pdf
  30. ↑ http://rb.ec-lille.fr/l/Qualite/Qualite_Brainstorming.pdf

Voir aussi

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes