| Naissance | Saint-Jean (Nouveau-Brunswick) |
|---|---|
| Décès |
(à 78 ans) North Hatley (Québec) |
| Nom de naissance |
Brian Jacckson Merrett |
| Nationalité |
canadienne |
| Formation |
autodidacte |
| Activité | |
| Conjoint |
Jennifer Harper (divorce); Lucinda Lyman |
| Site web |
(en) www.merrettimages.ca |
|---|
Brian Jackson Merrett (né le 28 juillet 1945, décédé le 21 septembre 2023) est un photographe canadien connu principalement pour sa contribution à la préservation de l’héritage architectural de Montréal. Membre cofondateur d’Héritage-Montréal, il contribue à diverses campagnes pour faire reconnaitre la valeur patrimoniale d’édifices comme la Maison Shaughnessy qui deviendra le siège du Centre canadien d'architecture, la Gare Windsor et la maison Van Horne. De son engagement pour la préservation de l’architecture découle son militantisme en faveur d’un espace urbain vert, respectueux de son passé et qui ne soit pas uniquement soumis aux intérêts mercantiles de promoteurs immobiliers ou déshumanisé par des réseaux routiers résultat de la destruction de quartiers entiers.
Brian Jackson Merrett naquit en 1945 à Saint-Jean (Nouveau-Brunswick) où son père, John Campbell Merrett, important architecte montréalais, était sous contrat pour la planification de la ville. Par la suite, il devait grandir à Senneville, localité en banlieue de Montréal, dans une maison conçue par son père. Celui-ci l’initia dès l’âge de sept ou huit ans à porter attention à l’alignement et au tracé des formes de l’espace urbain. Un jour qu’il revenait d’une leçon de piano, son père arrêta le véhicule dans lequel il se trouvait et, positionnant le jeune Brian au milieu d’une petite route, lui demanda combien il voyait de coupoles sur l’édifice opposé au terrain de football devant lequel ils se trouvaient. « Un seul », répondit Brian. Puis se déplaçant sur les côtés de la route, son père lui posa la même question. « Maintenant, deux », dit Brian qui réalisa que la première coupole en cachait une autre. « C’est ce que l’on appelle ‘alignement’ », commenta son père. De retour à la maison, son père devait lui montrer sur sa table de travail les plans de l’alignement des édifices du campus MacDonald de Sainte-Anne-de-Bellevue sur lequel il travaillait. La composition et l’alignement des angles de vue devaient devenir une composante essentielle du travail photographique de Brain Merrett par la suite.
Sa première initiation à la photographie se fit à l’âge de douze ans alors que la compagnie Popsicle avait organisé un concours dont le premier prix était un voyage aux chutes Niagara et le deuxième un appareil photo 35 mm. Il gagna le second prix.
Il suivit d’abord des cours en dessin technique et architectural avant de se tourner vers la photographie au cours de la décennie 1960, se formant en 1968 et 1969 auprès du photographe commercial Lennart Koraen et commençant déjà à photographier des ensembles architecturaux sur films argentiques noir-et-blanc qu’il développait lui-même,.
« Quand nous perdons des morceaux de notre passé, nous perdons notre histoire. Et sans l’apport de celle-ci, nous ne pouvons pas en toute connaissance de cause forger notre avenir, nous ne pouvons pas éduquer correctement nos enfants, nous ne pouvons pas profiter de la vaste perspective que nous offrent les témoins visuels de cette histoire. - Brian Merrett cité par Le Devoir. »
Sa carrière débuta véritablement en 1969 lorsqu’il reçut un contrat de la firme d’architecte de son père dans le cadre de la rénovation de l’édifice du XIXe siècle qui abritait le siège de la Banque de Montréal sur la Place d’Armes à Montréal. Sa tâche était de photographier les chapiteaux des colonnes du bâtiment afin de produire des images de référence pour les sculpteurs. Du haut d’un échafaudage, alors qu’il photographiait cette place où des immeubles historiques se font face, à côté d’un géant de verre et d’acier incongru datant des années 1960, il prit conscience des tragiques erreurs commises dans l’environnement architectural urbain.
Déjà engagé en faveur de l’environnement comme directeur-publicité de la Société pour la lutte à la pollution, il fera partie de 1969 à 1972 du comité d’action de la ville de Westmount contre la construction de l’autoroute Ville-Marie qui devait traverser une partie de cette ville ainsi que le quartier de la Petite Bourgogne à Montréal. La même année, il fut approché par le groupe « Ami de la gare Windsor », édifice patrimonial construit en 1887 dans un style d'inspiration romane médiévale pour servir de siège social à la compagnie Canadian Pacific.
Dans le début des années 1970, Merrett emménagea dans un appartement de la rue Saint-Marc dans le centre-ville avec sa première épouse, Jennifer Harper, également photographe. Tous deux commencèrent à photographier leur quartier, elle se concentrant sur les gens, lui sur les édifices.
« Le langage sans mots de la photographie, cette voix visuelle, engendre-t-il une communication entre la tête et le cœur ? Beaucoup de mes premières œuvres documentaires étaient un cri de désapprobation. C’était une manière têtue de regarder, saisir et présenter des images de paysages urbains. Et puis, j’ai fait mon premier voyage en Europe, où j’ai découvert un milieu bâti à échelle humaine et l’interaction des gens avec leur environnement. Mon regard a changé; la passion l’a emporté sur la raison : le cœur a pris le pas sur la tête, pour cette fois ! - Brian Merrett cité par Musée des Beaux-Arts du Canada. »
En 1972, Merrett devait entreprendre un voyage de deux mois en Europe avec son épouse. Ce voyage de découverte eut une profonde influence sur sa conception de la préservation de l’héritage architectural urbain. Dès son arrivée à Paris, il réalisa que l’Amérique du nord n’était pas seule à être confrontée à l’omniprésence de l’automobile et à la spéculation immobilière se faisant au détriment de l’architecture patrimoniale. Il fut surpris par la vigueur des protestations qui s’étalaient sur des édifices condamnés aussi bien que dans le métro parisien dénonçant en particulier la construction d’une autoroute sur la rive nord de la Seine. Continuant son voyage, il constata le même genre de réaction dans des villes aussi différentes que Trieste et Manchester. Il réalisa que les thèmes de la destruction des édifices historiques, l’environnement et la crise du changement climatique s’entrecroisaient et devaient devenir la base de sa pratique photographique. Les photographies prises pendant ce « grand tour » furent réunies dans un livre intitulé Holiday Pictures of Europe/L’Europe en vacances (1972).
.
À son retour au Canada, il fut personnellement confronté à ce genre de difficulté. La rue sur laquelle il garait habituellement son véhicule devant être remplacée par une bretelle de l’autoroute Ville-Marie, il fut dirigé pour une place de stationnement vers la maison Shaughnessy, résidence de style Second Empire construite en 1874 et 1875 pour le compte du magnat du rail Duncan McIntyre, résidence servant maintenant de foyer pour ainés tenue par des religieuses. Celles-ci acceptèrent de le laisser photographier la maison tout en le prévenant que l’édifice devait bientôt être démoli par un promoteur voulant construire un hôtel sur le site. Il devait montrer ces photos à diverses personnes dont l’architecte et philanthrope Phyllis Lambert. Convaincue de la valeur historique de l’édifice celle-ci acheta la propriété, la fit déclarer patrimoine architectural et l’incorpora dans le Centre canadien d’architecture qu’elle avait créé.
En 1975, on lui demanda d’être parmi les membres-fondateurs d’Héritage Montréal, organisme dont la mission est de protéger et de promouvoir le patrimoine architectural et historique de la région métropolitaine de Montréal.
Peu après, en tant que membre d’Héritage Montréal, il s’impliqua dans le dossier de l’hôpital Royal Victoria, hôpital fondé en 1893 par deux magnats des chemins de fer qui firent construire un édifice dans le style baronnial écossais s’inspirant du Royal Infrimery d’Édimbourg. La question épineuse était de savoir si et quelles parties de l’hôpital pouvaient être démolies pour laisser place à des laboratoires modernes. La solution, acceptée par Merrett, était de conserver le noyau original, tout en permettant la démolition et le remplacement des additions subséquentes, une solution qui avait également été adoptée par le Centre canadien d’architecture où les additions à la structure originelle avaient été démolies pour mieux mettre en valeur l’édifice originel.
De 1983 à 2001, Merrett devint le photographe du Musée des beaux-arts de Montréal.
En 1983 également, avec Mark London, alors président-directeur général d’Héritage Montréal, il documenta la reconversion d’anciens édifices industriels des États-Unis, un concept alors inconnu à Montréal, ainsi que la revitalisation des rives de cours d’eau en milieux urbains, dossier fortement discuté alors en lien avec la transformation des rives du Saint-Laurent sur l’ile de Montréal.
Poursuivant divers projets personnels, il coécrivit avec François Rémillard, historien, deux ouvrages sur le patrimoine architectural du Québec : Belles demeures historiques de l’ile de Montréal (1976) et Belles demeures historiques de Québec et de sa région (2022) .
En 2021, toujours avec Héritage Montréal, il s’engagea dans la lutte pour la préservation de la Résidence Fulford, construite en 1885 pour James Edward Major et particulièrement remarquable pour son architecture XIXe siècle. Suite à cette campagne, l’édifice devait être classé monument historique par la ministre de la Culture du Québec.
Divorcé de sa première épouse, et remarié avec Lucinda Lyman, Merrett vécut ses dernières années à North Hatley (Québec), où il fit partie du comité de planification de la ville, faisant campagne pour préserver la caractère traditionnel de cette petite municipalité de village située sur les bords du lac Massawippi.
Il devait s’éteindre le 21 septembre 2023, atteint de sclérose latérale amyotrophique (SLA) qui lui avait fait perdre l’usage de la parole.