
Le bugaku (舞楽) est la danse traditionnelle japonaise accomplie pour sélectionner les élites, principalement des cours impériales japonaises. Pendant plus de mille deux cents ans, cette danse est restée un secret distinctif des classes supérieures.
La danse se caractérise par des mouvements lents, précis et majestueux. Les danseurs portent des costumes traditionnels bouddhistes élaborés, qui comprennent généralement des masques tout aussi beaux. Le motif de la musique et de la danse est souvent répété à plusieurs reprises. La représentation a lieu sur une plate-forme carrée, généralement de 5,5 m sur 5,5.

Quelques danses bugaku représentent des batailles légendaires, d'autres rapportent des rencontres avec des personnages divins ou des bêtes mythiques comme le phénix ; une célèbre pièce montre deux dragons qui s'ébattent.
Les antiques manuels d'instruction décrivent précisément les mouvements raffinés et les postures que doivent réaliser les artistes de gagaku et de bugaku. Les descriptions de ces manuels utilisent souvent des métaphores naturelles pour décrire comment doivent être leurs mouvements. Les danseurs peuvent être incités à se comporter comme un arbre se balançant dans une brise fraîche.
Le bugaku trouve ses origines dans des danses indigènes telles que le yamatomai, l'azuma-asobi, le kumemai et le gosechi no mai, auxquelles vinrent s'ajouter, à partir des VI-VII siecles, des danses masquées importées du gigaku continental, elles-mêmes classées selon un style chinois (tōgaku) ou coréen (komagaku). Sous le système administratif ritsuryō, un département dédié, le gagaku-ryō, encadrait des enseignants (maishi) et des élèves (maishō) dont les prestations étaient réparties en saho (style chinois) et uho (style coréen); lors des cérémonies officielles, les interprètes devaient y être régulièrement inscrits.
Le répertoire du gagaku, musique de cour dont le bugaku constitue le volet dansé, est traditionnellement divisé entre le bugaku proprement dit (musique pour la danse) et le kangen (musique purement instrumentale), aux côtés d'un répertoire autochtone appelé wagaku ou kunuburi no utamai et d'un répertoire vocal, l'utaimono. Les formes musicales ne relevant pas officiellement du gagaku étaient regroupées sous le nom de sangaku, qui deviendront par la suite les précurseurs d'autres formes musicales et théâtrales japonaises, en particulier le sarugaku et le nô.
Dès le milieu de l'époque de Heian, le gagaku-ryō déclina et ses fonctions furent décentralisées vers l'ōutadokoro (ou gakusho). Ayant survécu au déclin des rituels de cour durant l'époque Sengoku, le gagaku bénéficia d'une certaine protection de la part du gouvernement militaire (bakufu) durant l'époque d'Edo. Le gouvernement de l'ère Meiji institua à nouveau un gagaku-ryō au sein du nouvel appareil d'État, rassemblant en un département formel des musiciens issus des trois principaux centres de pratique du gagaku : Kyoto, Nara et Osaka. Aujourd'hui, le gagaku et sa forme dansée, le bugaku, sont exécutés au sein du Kunaichō (département de la musique de l'Agence de la maison impériale); de nombreux groupes pratiquent le gagaku à travers le Japon, notamment la Nippon gagaku-kai, fondée en 1962 par des amateurs et passionnés, activement engagée depuis lors dans la diffusion et la promotion de cette musique.
Amaterasu, la déesse du Soleil, s'est cachée dans une grotte parce qu'elle a été blessée par le comportement inacceptable de son frère Susanō. Près de l'entrée de la grotte, la déesse Ame-no-uzume retourne un baquet à bain et commence à danser dessus devant l'assemblée des dieux inquiets. Comme Ame-no-uzume est déjà à moitié nue avec les vêtements qui tombent, les dieux se mettent à rire bruyamment. Lorsque Amaterasu entend cette agitation, elle sort pour voir ce qui se passe. Le monde retrouve ainsi la lumière du Soleil. La famille impériale du Japon descend dit-on d'Amaterasu et Ame-no-Uzume est considérée comme la déesse patronne de la musique et la danse.
Cette histoire provient de la mythologie japonaise shinto. Elle peut être dite au début de la danse à titre de divertissement pour les dieux. Comme les empereurs japonais descendent d'Ameterasu, la royauté et la divinité sont souvent étroitement associées. Lorsque la culture bouddhiste arrive au Japon en provenance de Corée et de Chine au VIIe siècle, elle introduit les traditions de danse-théâtre qui mettent en scène des costumes élaborés et des processions. la danse de cour bugaku s'inspire largement de la culture bouddhiste importée mais intègre également de nombreux aspects shinto traditionnels. Au cours du temps, ces influences se mélangent et au fil des ans se développent en quelque chose de typiquement japonais, le bugaku.
Le gagaku est la musique de cour qui accompagne la danse bugaku. Tadamarō Ono est un musicien de palais dont la famille a joué pour les empereurs du Japon pendant près de mille deux cents ans. Cela fait de lui le représentant de la 39e génération dans une lignée familiale ininterrompue de musiciens gagaku de cour. Les musiciens doivent se consacrer entièrement, corps et esprit, à leur rôle d'accompagnement, afin d'être personnellement impliqués dans la représentation du bugaku dans la même mesure que le sont les danseurs.
Les traditions du gagaku et du bugaku sont les plus anciennes musiques et danse de cour existantes connues au monde. Les autres danses et musiques de cour, y compris les influences à l'origine du bugaku, ont depuis longtemps disparu.
Au sein des nouvelles cultures modernes florissant au Japon, on peut être surpris qu'une telle tradition lente et ancienne a survécu. Cela semble conforter l'idée que la culture japonaise est toujours accueillante et en expansion. Ainsi tout en acceptant de nouvelles cultures, le peuple japonais éprouve un sentiment d'obligation de garder ces traditions vivantes.
De secrète qu'elle était, la danse bugaku est devenue accessible au grand public après la Seconde Guerre mondiale et a même fait le tour du monde en 1959. Un ensemble de danses et de musique bugaku, le Dainichidō bugaku, est inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité depuis 2009.