Bithynie

La Bithynie dans l'Asie mineure antique.

La Bithynie (en grec ancien Βιθυνία / Bithunía) est une région historique de l'Asie mineure située sur la côte nord, entre le détroit du Bosphore, la Propontide, le Pont-Euxin, la Paphlagonie, et bornée au sud par la Galatie et la Phrygie.

Les villes principales de Bithynie sont Nicomédie et Nicée, qui se disputent le titre de capitale selon l'époque, ainsi qu'Héraclée du Pont (actuelle Karadeniz Ereğli), Pruse (actuelle Bursa) et Chalcédoine (actuelle Kadıköy).

Elle est actuellement située en Turquie.

La Bithynie entre indépendance et grands empires

Haut du corps d'une statue de jeune fille. Chalcédoine (Turquie), marbre, vers 550 av. J.-C. Les yeux et le style vestimentaire font écho aux ateliers grecs indigènes.

Selon Hérodote et Xénophon dans l’Anabase, les Bithyniens et les Thyniens, fondateurs du pays, sont des tribus thraces. Ils forment d’abord un État indépendant avant d’être annexés par Crésus, roi de Lydie. Ils passent ensuite sous domination perse, où la Bithynie est incluse dans la satrapie de Phrygie.

Avant Alexandre le Grand, la Bithynie, déjà profondément hellénisée, retrouve son indépendance. Nicomède Ier est le premier roi de cette seconde période d’indépendance. Durant son long règne (r. –) le royaume connaît la prospérité et jouit d’une position respectée parmi les petits royaumes d’Asie mineure.

Le jeune César reçoit de Rome la mission de demander au roi Nicomède IV le renfort de sa flotte. Il aurait servi d’échanson à la cour du roi et aurait partagé sa couche,. Nicomède IV est renversé par son voisin Mithridate VI, souverain du royaume pontique. Restauré sur le trône par la République romaine, il lègue par testament son royaume à Rome en 74 av. J.-C. La Bithynie devient alors province romaine. Bien que sise en Thrace, Byzance dépend alors, par périodes, de la province de Bithynie, notamment durant le mandat de gouverneur de Pline le Jeune.

Liste des rois de Bithynie

Drachme du royaume de Bithynie à l'effigie d'Héraclée pontique.

Bithyniens célèbres

Le plus célèbre des Bithyniens est probablement Antinoüs, l’amant de l’empereur romain Hadrien. Un des tyrans de la ville grecque d' Héraclée du Pont, Denys d'Héraclée, est également lié à la région. L’impératrice Cornelia Salonina, épouse de l’empereur Gallien, en serait originaire. Le rhéteur Dion de Pruse, (40-120 après J-C) connu pour ses nombreux discours, est un autre Bithynien célèbre. Quant à Sainte Hélène, la mère de l'empereur romain Constantin Ier le Grand (306-337), elle est née à Drepanum en Bythinie vers 248-249.

La création de la province romaine

La province romaine de Bithynie et du Pont, vers 120.
Article détaillé : Bithynie et Pont.

En , le roi Nicomède IV de Bithynie meurt sans héritier mâle légitime. Il a légué son royaume au Sénat romain, son allié depuis les guerres mithridatiques. Le Sénat accepte le legs de Nicomède IV et charge le gouverneur d’Asie (Iunius Iuncus) d’organiser la nouvelle province devenue romaine. Mais au début de l’année 73 av. J.-C., Mithridate VI se saisit de l'opportunité que lui offrent les problèmes de succession en Bithynie pour envahir la nouvelle province romaine. La population l’accueille en libérateur.

Une autre chronologie est proposée par l’historien François de Callataÿ en s'appuiyant sur des arguments numismatiques. D'après lui, la mort de Nicomède IV interviendrait dès l’hiver 76/75 av. J.-C et les dernières émissions de 75/74 et 74/73 av. J.-C. faites en son nom seraient posthumes. Mithridate, de son côté, frappa soudainement de nombreuses séries dans l’hiver 76/75 Dans cette autre chronologie, l’ensemble de l’année à Rome aurait été consacrée à l’examen du testament de Nicomède et des procédures de contestation organisées par Mithridate. Concernant la Bithynie, elle aurait été provincialisée dans l’hiver 75/74 av. J.-C. et confiée à Iuncus, qui cumulait la province d’Asie et de Bithynie avant de transmettre cette dernière à Aurelius Cotta. François de Callataÿ place le début de la guerre contre Mithridate (menée par Lucullus) au début de l’année au lieu, initialement, du début de l’année 73.

Tétradrachme en argent à l'effigie de Mithridate VI, frappé dans le royaume du Pont, en

Si on s'en tient à la première chronologie, de nombreux Romains n'ont pas oublié les massacres perpétrés en 88 av. J-C lors de la Première guerre de Mithridate menée par Sylla contre Mithridate. Ils se réfugient donc dans Chalcédoine (une cité de Bithynie), à l'entrée méridionale du Bosphore. Le proconsul Aurelius Cotta, nommé en premier gouverneur de la province de Bithynie, échoue à résister à Mithridate. Pendant ce temps, le proconsul de Cilicie, Lucius Lucinus Lucullus (un des plus riches citoyens de Rome) récupère les légions de Servilius Isauricus en Cilicie. Lucullus réussit à maîtriser Mithridate et le contraint à lever le siège de Cyzique (une cité de Mysie). Après quoi il écrase l’armée de Mithridate et réussit à réoccuper la Bithynie. En , grâce à la flotte qu'il a improvisée, il bat la flotte pontique et oblige Mithridate à regagner ses États par la mer. Lucullus envahit aussitôt le royaume du Pont en passant par Amisos (actuelle Samsun), cité ravagée par le passage des armées. Après l’hiver 72-71 av. J.-C., Lucullus et ses troupes se font battre par la cavalerie adverse. Mais il se maintient dans les montagnes à la frontière avec la Cappadoce qui l’approvisionne. Mithridate décide alors de replier ses troupes et lève le camp pour aller en Arménie chez son gendre Tigrane II d'Arménie qui n’a jusqu'alors jamais répondu à ses appels à l’aide. Lucullus préfère ne pas poursuivre Mithridate et occuper stratégiquement les terres du Pont.

Après être reparti dans la province d’Asie, il met en place en place des réformes administratives qui le rendent populaire auprès du peuple, des troupes militaires et des financiers romains. Début , Lucullus se rend au Pont pour réduire les dernières résistances et il prend les deux capitales Sinope et Amaseia. Ainsi, dès que l’ordre est rétabli, Lucullus invite le Sénat à envoyer une commission d’organisation pour organiser la nouvelle province du Pont. Au terme de trois années de guerre, Lucullus a donc le contrôle sur quatre provinces : l’Asie, la Bithynie, la Cilicie et le Pont. De plus, il a renvoyé Mithridate du royaume du Pont et envahi l’Arménie qui appartenait à Tigrane dès

Pour ce qui est des détails de la provincialisation de la Bithynie, ils sont plus ou moins inconnus. L’organisation a dû être très sommaire, dans la mesure où un an au plus s’est écoulé entre la transformation de la région en province et le début de la guerre. Il semblerait que Iuncus ait soumis à l’impôt provincial toutes les cités de l’ancien royaume, sauf Héraclée qui était une cité indépendante. On sait que la Bithynie fut réunie avec la province de l’Asie pour former un seul espace douanier.

À la fin de l’année , Lucullus est victime d’une coalition d’intérêts réunissant Pompée, les publicains et une partie du Sénat autour de Cicéron, et la conséquence fut la non-prorogation de son commandement extraordinaire. Il est démis d’abord de la province de la Cilicie puis de celle d’Asie ainsi que de ses légions puis il abandonna ses commandements sur la Bithynie et sur le Pont (réoccupé par Mithridate). Grâce à la Lex Gabinia de contre la piraterie et la Lex Manilia de sur la poursuite de la guerre contre Mithridate, Pompée devient le grand commandant de l’Asie et de l’Orient romain en lieu et place de Lucullus.En , Pompée apprend le suicide de Mithridate alors qu’il est en Syrie.

Entre et 62 av. J.-C., la réorganisation administrative des trois provinces d’Asie, de Cilicie et de Bithynie en Asie est achevée par Pompée. La Lex Pompeia régit la réorganisation de la Bithynie en nouvelle province de Bithynie-Pont. Une exception dans l’histoire de la provincialisation romaine, elle interfère directement avec les institutions grecques qui régulaient la Bithynie avant l’arrivée des Romains. Il est probable que le texte se divisait en plusieurs rubriques énumérant les réformes institutionnelles locales, identifiant les différentes entités administratives, fixant les limites des territoires, reconnaissant les privilèges de chaque communauté. Pompée, ajoute la Bithynie au royaume du Pont, puis procède au redécoupage du territoire entre les cités : onze cités pontiques viennent s’ajouter aux huit cités bithyniennes. La Lex Pompeia est une des rares initiatives institutionnelles romaines faite dans une province. On peut la considérer comme un cas particulier car les Romains la plupart du temps n’interviennent pas dans les institutions civiques des territoires qu’ils provincialisent. La Bithynie est une exception. En général, quand les Romains organisent une province, ils prennent une loi fondamentale (la lex Sempronia de Asia pour l’Asie par exemple) et définissent les cités libres, les frontières et les taxes. La Lex Pompeia quant à elle, modifie les institutions de la Bithynie par le biais de réformes inspirées du modèle oligarchique romain : réduction de la démocratie pour donner plus de pouvoir aux notables, création de censures locales, imposition d’un cens pour les candidats aux magistratures, formation de Conseils permanents et non plus tournants, imposition de règles générales relatives à la gestion des citoyennetés locales qui allaient à l’encontre de la tradition grecque... Tout cela dans le but de favoriser l’ordre et de limiter la pression populaire. Mais pourquoi spécifiquement en Bithynie ? Mithridate a réussi à rallier de très nombreuses régions grecques et la Bithynie était pour lui lors des guerres mithridatiques. Donc, on peut voir la lex Pompeia comme une punition romaine afin de limiter les pressions démocratiques, en s’appuyant sur les notables généralement plus conservateurs. On peut donc affirmer que le non-interventionnisme romain relève d’une question de pragmatisme, les formes de domination s’adaptant au contexte local de chaque province.

À la fin des années , on ne compte plus que trois provinces romaines en Anatolie : l’Asie, Bithynie et Pont et la Cilicie.

La Bithynie province byzantine

Bithynie et thèmes byzantins vers 842

Aux débuts du christianisme, la Bithynie est mentionnée deux fois dans le Nouveau Testament : dans les Actes des Apôtres, où Paul de Tarse et ses compagnons sont empêchés de s'y rendre (XVI, 7), ainsi que dans la première épître de l'apôtre saint Pierre adressée à diverses communautés d'Asie mineure dont nommément la Bithynie (I, 1).

Saint Abraham y fut évêque de Cratea (aujourd’hui Guerede en Turquie) au Ve siècle.

Pendant l’Antiquité tardive et tout le Moyen Âge, de nombreux monastères furent fondés en Bithynie et s’y maintinrent. Le pays était aussi une province maritime, avec des chantiers navals très actifs qui contribuèrent au déboisement de la région (l’art de la charpenterie de marine en bois s’est transmis jusqu’à nos jours, par exemple à Chromna, aujourd’hui Kurucaşile). Il est intégré aux thèmes byzantins des Optimates et des Bucellaires.

La Bithynie resta byzantine jusqu’en 1328 lorsqu’elle est conquise par les Ottomans, la population devenant ensuite petit à petit turque et musulmane (les derniers Grecs sont expulsés en 1923 selon les dispositions du traité de Lausanne). La Bithynie était une province de l'Empire ottoman jusqu'à l'effondrement de ce dernier en 1923.

Notes et références

  1. ↑ Xénophon, Anabase [détail des éditions] [lire en ligne], VI, 2.
  2. ↑ Suétone, Vie de 12 Césars : Le Dieux Julius, Livre de Poche no 718 Paris 1973 (ISBN 225300326-3) p. 42.
  3. ↑ Robert Étienne, Jules César, Fayard, , p. 43.
  4. ↑ Suétone, Vies des douze Césars - César, 2 et 49.
  5. ↑ Bertrand Lançon, Constantin (306-337), PUF (Presses Universitaires de France), (ISBN 2 13 049656 3), p. 10
  6. ↑ Henri-Louis Fernoux 2004, p. 120-121.
  7. ↑ https://www.aelf.org/bible/Ac/16
  8. ↑ https://www.aelf.org/bible/1P/1

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes