De nombreux manuscrits ont servi de base pour les multiples éditions et traductions des Mille et Une Nuits. Ils sont tous différents, variant dans leur lieu et époque d'origine, leur style d'écriture... Certains sont indépendants, d'autres font partie d'un ensemble mêlant divers manuscrits sur différents sujets. Ils ne sont pas forcément complets. Ceux qui le sont ne contiennent pas tous les mêmes contes, ne les présentent pas dans le même ordre ou proposent des variantes, même infimes, dans la relation d'un même conte. Enfin varie la numérotation des nuits, quand elle est présente,.
Quelques manuscrits peuvent être qualifiés de « forgeries », étant des faux créés à partir d'assemblages provenant de divers manuscrits. Aussi, les copistes peuvent intégrer dans leurs manuscrits des contes puisés dans d'autres recueils, tels que Kalila et Dimna, ou des histoires de Nasr Eddin Hodja (ou Jûha, ou Goha le simple). Pour finir, les traductions des Nuits se basent généralement sur quatre principales éditions du texte arabe, reprenant elles-mêmes différents manuscrits : celles de Calcutta I et II, celle de Breslau et celle de Boulaq,.

Si la mémoire collective retient des histoires de Shéhérazade sa transmission orale, il ne faut pas oublier que l'héroïne du conte-cadre s'est nourrie de la lecture de livres, d'annales et de vies de rois anciens. Ainsi, sous sa parole vive et derrière les conteurs qui se sont transmis les Nuits, il faut imaginer le travail des scribes qui, au fil des siècles, recomposèrent ces contes, puis les enregistrèrent « en lettres d'or ». Témoignent de cette aventure « écrite » des manuscrits et de rares petits cahiers de conteurs de maîtres à disciples. On y retrouve différents registres d'expression : langues littéraire et dialectale occasionnellement dans une langue moyenne, entre littératures savantes et populaires. S'enchevêtrent aussi les transmissions écrites et orales : les Nuits sont donc les deux à la fois. Les zones d'ombre sont multiples et étendues. Mais, aussi loin que nous remontons dans le passé, seuls les manuscrits nous permettent de « voir » le ou les textes.
Ces manuscrits, aux mains de savants ou de collectionneurs, ont souvent subi le lot des trésors : égarés, enfouis, perdus en mer, volés, falsifiés, disparus, en ne laissant éventuellement que de vagues indices de leur existence... Tout cela donne aux Nuits un parfum d'inachevé, texte vivant attendant un certain complément. Comme l'affirme Michel Melot : « La fascination qu'exercent Les Mille et Une Nuits est, je crois, due au fait que ce livre est une allégorie de la parole, du livre et de la vie. La fin du récit signifiera la mort de la récitante. Si l'auteur veut vivre, son livre doit rester ouvert. Et l'éternité sera ce temps où les livres ne se fermeront plus ».
Le manuscrit de Galland servit de base au premier traducteur de ces contes arabes, l'orientaliste Antoine Galland, pour sa traduction en français au XVIIIe siècle. Avant la création de ce document (peut-être au XVe siècle), six siècles sont passés pendant lesquels les Nuits ont été transmises par écrit comme par oral. La première trace connue du titre des Mille et Une Nuits se trouve sur un document conservé à Chicago datant du IXe siècle (voir plus bas). Puis, d'autres siècles ont vu la rédaction d'autres manuscrits, jusqu'aux plus tardifs du XIXe siècle. La plupart des manuscrits recensés sont conservés dans les bibliothèques européennes. Beaucoup de ces manuscrits ont servi pour des éditions imprimées, telles que celles de Calcutta. Mais ils ont souvent disparu, probablement détruits par les imprimeurs. Tous ces manuscrits sont globalement catégorisés selon leurs lieux de conservation.
Depuis la fin du XIXe siècle, plusieurs chercheurs ont comparé et essayé de classer ces différents manuscrits. Mais de nombreuses difficultés se dressent sur leur chemin. Déjà, ils sont dispersés dans des bibliothèques du monde entier. Majoritairement inédits, leur nombre est difficilement quantifiable. Surtout que chacun pouvait être composé de plusieurs volumes, sans compter les versions partielles des Nuits présentes dans des manuscrits indépendants.
Ibrahim Akel, dans la publication qu'il a dirigée intitulée Liste des manuscrits arabes des Nuits et publiée en 2022, donne un chiffre de cent-quatorze. Pour l'obtenir, il établit cette définition : « un manuscrit de langue arabe relève des Mille et une nuits s’il contient le récit-cadre des Nuits (identifié dans ANE sous le titre, The Story of Shahriyâr and His Brother n° 1, p. 370) ou bien, au cas où le début lui manque, s’il contient une division en nuits qui renvoie vers ce récit-cadre ». Toutefois, son équipe a également inclus dans sa liste des manuscrits ne correspondant pas tout à fait à cette définition, mais qu'elle a tenu à signaler, témoignant de l’intérêt qu’avaient certains copistes à tenter d’intégrer leur travail dans la « sphère des Nuits ». Cependant, elle ne tient pas compte des manuscrits des Cent et une nuits : malgré leur importance pour l’étude de l’histoire du texte, ils relèvent d’une tradition différente, tant par leur taille et par leur contenu. Ils doivent donc bénéficier de développements plus complexes.
Sauf quelques exceptions, tous les manuscrits listés sont incomplets et souvent en mauvais état : il peut leur manquer le début ou la fin, un ou plusieurs volumes, ainsi que quelques pages. Quinze sont complets (c'est-à-dire qu'ils comprennent un début, un milieu et une fin) et datent apparemment tous du XIXe siècle : ce sont donc les plus récents. Ceci s'explique notamment par le fait que les documents plus anciens ont souvent été très utilisés et donc, plus usés et dégradés. De plus, pendant la deuxième moitié du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle, l'incomplétude du manuscrit incomplet de Galland a poussé des scientifiques à partir en quête de manuscrits « complets » des Nuits. Des lettrés arabes se sont donc mis à composer de nouveaux manuscrits pour combler cette lacune. Si le titre complet du recueil est littéralement « le livre de Mille nuits et une nuit » (en arabe : كتاب ألف ليلة وليلة, kitāb Alf layla wa layla), certains documents en proposent une version abrégée, parlant plutôt de « Mille nuits » (Alf layla).
L'enjeu des Nuits est donc de collecter un nombre toujours plus important d'histoires afin de compléter le recueil et atteindre le fameux chiffre de mille et une nuits. La quête de nouveaux manuscrits encouragea des scribes adroits à en confectionner des faux dans un but lucratif. Dès le XVIIIe siècle, les « antiquaires » français et anglais ont bien conscience que les « originaux » des textes peuvent se fabriquer à la demande. Jean Jacques Antoine Caussin de Perceval, Antoine-Isaac Silvestre de Sacy, Jonathan Scott (en) ou Charles Lamb constatent la diversité des sources et de la circonspection avec laquelle il faut accueillir les « nouveaux » manuscrits, dont encore d'autres se font connaître aujourd'hui. Tous ces mystères permettent toutes sortes de déclaration, dont il est parfois impossible de déclarer la véracité. Par exemple, Joseph-Charles Mardrus déclare que sa traduction (datant de 1899-1904) repose sur un manuscrit qu'il aurait possédé, mais qui n'a jamais été recensé. De même qu'il dit s'être basé sur les quatre éditions arabes connues, tout en puisant aussi librement dans des recueils de contes analogues pour nourrir son propre travail.
Le savant franco-allemand Hermann Zotenberg a étudié différents manuscrits des Nuits de la Bibliothèque nationale de France et quelques autres ; il en a tiré une répartition en trois groupes dans la première partie du vingt-huitième tome des Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale et autres bibliothèques, bien qu'il ait lui-même admis que son classement n'était pas définitif. Par la suite, son système a été repris pour tous les manuscrits des Nuits, mais simplifié à deux branches,,,,, :
En 1896, des fouilles effectuées dans un cimetière du Caire (en Égypte) mirent au jour toutes sortes de manuscrits, traitant de droit, de commerce, de religion, de littérature... Ils font partie de la Geniza du Caire, riche dépôt de documents anciens. Si certains ont été écrits sur du papyrus, la plupart l'ont été sur du papier, support dont l'usage devint courant à Bagdad à partir du VIIIe siècle. Les musulmans détenaient cette technique de papeterie d'artisans chinois, emprisonnés en 751 après la bataille de Talas. C'est à Samarcande que se tint longtemps la fabrique de papiers la plus réputée du monde musulman. Deux siècles plus tard, ce matériau gagna l'Égypte afin de remplacer le papyrus. Quantité de documents exhumés au Caire seront ensuite dispersés au gré des ventes.
Parmi eux se trouve un ensemble de quatre feuillets au bord effrité, écrits en arabe et en écriture syrienne, inclus dans un lot acheté en 1947 par l'Institut oriental de Chicago (où il est conservé sous la cote 17618). Ils font partie d'un codex intitulé Kitâb fîhi hadîth alf layla (Un livre comprenant les contes des mille nuits). Comme beaucoup de documents dormants dans les bibliothèques, il restera ignoré jusqu'en 1949, où l'universitaire américaine Nabia Abbott le déchiffre. Le premier feuillet contient le brouillon d'une lettre destinée à Antioche, concernant un paiement. Daté de fin Safar 266 (octobre 879), il est écrit par Ahmad ibn Mahfuz al-Jurhamî, commerçant ayant apposé son nom en plusieurs endroits du document. Toutefois, l'examen du document semble faire pencher pour une origine plus ancienne. C'est la première mention connue du titre des Mille et Une Nuits (le titre exact sur le document peut être traduit ainsi : « Un livre de contes des Mille Nuits. Il n'y a de force ni de puissance qu'en Dieu le Très-Haut, le Très-Puissant. »). Il contient également de seize lignes du début du conte-cadre de Shâhriyâr et Shâh Zamân. Selon Abbott, il s'agit seulement d'une compilation de quelques contes extraits des Nuits. Il prouve que déjà à l'époque, les Nuits formaient un kitâb (livre),.
La ville allemande de Tübingen abrite dans sa bibliothèque universitaire (de) un manuscrit de 85 feuillets (dont le dernier n’appartient pas au manuscrit original), qui date probablement du XIVe siècle (coté M. a. VI. 33). S'y trouve notamment le conte Sûl et Shumûl (ou Soûl et Soumoûl), dont il manque le début, histoire méconnue, publiée en 1902 par Christian Friedrich Seybold (de) et décrite notamment par Victor Chauvin. Une note marginale nous apprend qu'il appartenait à un chrétien nommé Hannâ, tandis qu'une autre écrite en 1843 témoigne de la shahâda (témoignage de foi) d’un certain Muhammad Ibn ‘Uthmân, prouvant combien le document a été diffusé de mains en mains.
Nous savons qu'au IXe siècle, début de l'Âge d'or de la civilisation arabo-musulmane, nombre d'histoires contenues dans les Nuits ont été transcrites du sanskrit, du persan, tandis que d'autres ont sans doute été composées indépendamment. Personne ne peut dire avec certitude de quoi étaient composés les premiers exemplaires des Nuits. Mais certainement, au cours de cette longue transmission, le recueil a eu le temps de se décomposer et recomposer. Les manuscrits qui se succèdent marquent des étapes de compilation, d'évolution et de transformation du corpus. D'ailleurs, cette diversité joue en faveur de l'idée qu'il n'existe pas de source unique de l'ensemble des Nuits. Une chose est sûre : les versions que nous connaissons actuellement ne sont plus ce qu'elles étaient entre le IXe siècle et le XIVe siècle, estimation d'époque du manuscrit Galland.

Après la mort d'Antoine Galland, sa vaste collection de manuscrits a été déposée à l'actuelle Bibliothèque nationale de France (23 volumes en arabe, 25 en turc, 14 en persan, 9 en diverses langues, ainsi que plusieurs de traduction et d'autres de travaux personnels). Parmi eux se trouve le manuscrit Galland, dont les trois parties retrouvées reçurent les cotes 1506, 1507 et 1508 (en ordre inverse) du fonds arabe et sont actuellement cotées MSS arabes 3609, 3610 et 3611,. Cependant, Galland affirme avoir reçu quatre volumes : le quatrième est vraisemblablement perdu. Son deuxième volume a un format légèrement différent des deux autres, ses marges ayant été laissées intactes lors de la reliure. Parfois également appelé manuscrit syrien, c'est le plus ancien manuscrit volumineux des Mille et une nuits (les documents antérieurs n'étant que des fragments) et fait partie de la branche syrienne. Ces volumes ne sont que les parties disjointes d'un unique manuscrit composé de vingt-deux cahiers à la numérotation arabe, incomplet à la fin d'un nombre indéterminé de feuillets. En outre, il présente une lacune entre les folios actuellement numérotés 29 et 30 du tome II : il manque le premier feuillet du onzième cahier, qui contenait la plus grande partie de la nuit 102, toute la 103 et quelques lignes de la 104, correspondant au début de l'Histoire du Petit Bossu (de),.
Or, dans d'autres exemplaires des Nuits, il ne manquerait que quelques phrases, qui ont été ajoutées plus tard sur la marge du folio 30 : la lacune ne serait donc pas assez grande pour correspondre à un feuiller entier. Le feuillet perdu contiendrait donc une partie du récit, en prose ou en vers, qui n'a pas passé dans les autres copies et, comme le fameux manuscrit est le plus ancien d'entre eux, Zotenberg se demande s'il n'en serait pas le prototype. Cette hypothèse expliquerait le tour un peu bref du début du conte. La lacune engendrée par cette perte aurait été comblée par quelques lignes que le contexte pouvait suggérer aisément. Il doit à son ami et collègue Ignazio Guidi de pouvoir préciser cette conjecture, ayant examiné pour lui un manuscrit du XVe siècle conservé au Vatican, qui s'arrête à la nuit 282 comme celui de Galland (à peu près au même endroit), en plus d'en présenter la même rédaction. Mais le manuscrit romain contient toute l'Histoire du Petit Bossu : le passage correspond à celui manquant dans l'autre manuscrit décrit l'aspect du personnage et de ses bouffonneries. Mais les manuscrits de la rédaction égyptienne omettent cet épisode, visiblement à cause de leur tendance à condenser et abréger la narration.
Par endroits, il est annoté par un certain Wahaba, fils de Rizqallah, dont l'une est datée de 955 et l'autre 973 de l'hégire. Dans sa préface, Jean Jacques Antoine Caussin de Perceval conclue à tort de ces notes que cet homme est l'auteur même du recueil, erreur déjà constatée par Antoine-Isaac Silvestre de Sacy. L'auteur de ces notes est un kâtib chrétien qui a disposé du manuscrit, soit afin de le lire, soit pour le recopier. À la fin du second volume se trouve une note similaire de son père, fils de Yoḥanna, datée de 943 de l'hégire. Le texte des trois volumes conservés s'étend sur 282 nuits et comprend 35 contes, s'interrompant au milieu du conte Histoire de Camaralzaman, prince de l’isle des Enfans de Khaledan, et de Badoure, princesse de la Chine,. La copie originale s'interrompt au milieu de la Nuit 281, sa fin et la Nuit 282 ont été ajoutées après coup selon Chauvin au XVIIe siècle ou au XVIIIe siècle. Elle contient tous les contes compris jusque-là, sauf les contes que Galland a intercalés entre Histoire de trois Calenders et Les trois pommes (en) : Histoire de Zobéïde, Histoire d’Amine et Sindbad le marin. En outre, dans sa traduction, il a placé après Histoire de Camaralzaman les contes Histoire de Noureddin et de la belle Persienne et Histoire de Beder et de Giauhare (de) (sans les diviser en nuits), alors qu'ils se trouvent avant dans le manuscrit.
Une notice du milieu du deuxième volume stipule qu'il a été rédigé à Tripoli de Syrie en 955 de l'Hégire (1548-9). Toutefois, sa datation fait l'objet d'un débat important. Inhabituellement, il a tourné autour des types de pièces mentionnées dans le texte et des émissions de pièces réelles auxquelles elles font référence. Duncan Black Macdonald estime qu'il s'agit du texte évoqué par Al-Qurti, grand voyageur et historien contemporain du règne d'Al-Adid. Il fait mention à la fin du XIIe siècle d'un recueil de contes très populaire appelé Mille et Une Nuits. Paul Casanova le date du XIIIe siècle, comme il l'explique : « L’écriture est du style ayyoûbite (vers la fin des Ayyoûbites d’Égypte, 640 environ de l’Hégire). Pendant que j’étudiais le manuscrit à la Bibliothèque nationale en juin 1919, le hasard voulut que mon ami M. van Berchem, le maître incontesté de l’épigraphie arabe, s’y trouvât aussi. Sans le prévenir de la question, je lui soumis le manuscrit et il eut la même impression que moi. Je dois cependant ajouter que je crois avoir remarqué que l’évolution de l’écriture de Syrie retardait généralement sur celle de l’Égypte. Comme Galland dit, dans sa préface, qu’il a fait venir le recueil de Syrie, il est possible que le type ayyoûbite de ce manuscrit appartienne à une époque plus récente, peut-être à la fin du XIIIe siècle, mais sûrement pas plus tard ». D'après son caractère paléographique, Hermann Zotenberg le date de la seconde moitié du XIVe siècle. Muhsin Mahdi, l'éditeur moderne du manuscrit, pensait qu'il datait du XIVe siècle, tandis que Heinz Grotzfeld (de) le datait de la seconde moitié du XVe siècle. On admet toutefois qu'il est originaire de Syrie. Reproduit-il une partie du noyau des Nuits primitives ? Quoi qu'il en soit, il sert actuellement d'archétype et fonde l'aventure de la traduction manuscrite du recueil.
Au cours de sa vie, Antoine Galland, érudit en grec, hébreu, arabe, persan et turc, a multiplié les séjours en Orient. Louis XIV l'envoya par exemple à Constantinople pour étudier la position des chrétiens orientaux sur le dogme de la transsubstantiation. C'était dans le cadre de la lutte que ce roi menait contre les Protestants et qui devait aboutir à la révocation de l’Édit de Nantes en 1685. Galland voyagea aussi en Syrie, d'où il fait venir en 1702, grâce à son « ami alépin », ledit manuscrit. À ce moment-là, il a déjà traduit le conte de Sindbâd, d'après un manuscrit acquis lors d'un voyage en Orient : il l'a généreusement annoté de sa main. Il l'a visiblement complété par une autre copie depuis disparue. Il possédait bien un deuxième manuscrit du conte, mais ne comportant aucune mention de sa part et ne semblant pas avoir été employé. En tous cas, ces deux documents connus sont également conservés à la Bibliothèque nationale de France (cotes : arabe 3645 [manuscrit traduit] et 3646 [autre manuscrit]). Et, lorsqu'il eut en main ce premier manuscrit de Sindbâd, il estima qu’il appartenait à un ensemble plus vaste : Les Mille et Une Nuits,,,.
Entre 1697 et 1706, Galland travaille à Caen pour l'intendant Nicolas-Joseph Foucault, gérant ses riches collections. C'est à cette époque qu'il commence la traduction de son fameux manuscrit incomplet, pratiquant ce qu'il considère lui-même comme un passe-temps indigne d'occuper durablement l'esprit d'un homme d'étude. Il considère ces contes comme étant « fabuleux » (ce qui n'était alors pas un compliment), « mais agréables et divertissants ». Il songea à la publication afin de complaire à des protecteurs bien placés à la cour, qui étaient généreux dans leur aide à ses travaux et demandaient à en être remerciés. D'ailleurs, la dédicataire de la première édition, fille de l'un d'entre eux, fut une certaine marquise d'O, dame d'honneur de la duchesse de Bourgogne. On y apprend qu'il avait dans un premier temps commencé à faire imprimer la traduction de Sept Contes Arabes dont elle était la mécène, mais qu'il a dû retarder son projet : avant de débuter l’impression, il a découvert qu'ils faisaient partie d'un recueil prodigieux, Les Mille et Une Nuits. Il s'attela donc à s'en procurer un exemplaire, mais seulement quatre volumes du recueil lui ont été envoyés, alors qu'il estime qu'il en contient en tout trente-six. Cette division, l'a-t-il trouvée mentionnée dans une autre copie qu'il aurait utilisée ou se base-t-il sur une information de ses correspondants en Syrie ? Les sept contes sont sans doute ceux constituant celui de Sindbad le marin, d'après ce qu'il en dit : « Il y en a deux qui semblent avoir esté tirez [sic] d'Homère. En effet, l'on y reconnoît dans l'un la fable de Circé, et celle de Polyphème dans l'autre »,.
Le premier volume paraît à Paris en 1704, après approbation de Fontenelle et avec privilège du roi, « chez la veuve de Claude Barbin, au Palais, sur le Second Perron de la Sainte Chapelle ». Dans la préface de son édition, il présente son opinion sur les Nuits : « En effet, qu’y a-t-il de plus ingénieux, que d’avoir fait un corps d’une quantité prodigieuse de Contes, dont la variété est surprenante, et l’enchaînement si admirable, qu’ils semblent avoir été faits pour composer l’ample Recueil dont ceux-ci ont été tirés ? Je dis l’ample Recueil, car l’original arabe, qui est intitulé Les Mille et une Nuits, a trente-six parties, et ce n’est que la traduction de la première qu’on donne aujourd’hui au public. [...] Si les Contes de cette espèce sont agréables et divertissans par le merveilleux qui y règne d’ordinaire, ceux-ci doivent l’emporter en cela sur tous ceux qui ont paru, puisqu’ils sont remplis d’événemens qui surprennent et attachent l’esprit, et qui font voir de combien les Arabes surpassent les autres nations en cette sorte de composition ».
Toujours dans la préface, il promet même à son public de découvrir les Orientaux : « Ainsi, sans avoir essuyé la fatigue d’aller chercher ces peuples dans leurs pays, le lecteur aura ici le plaisir de les voir agir et de les entendre parler. On a pris soin de conserver leurs caractères, de ne pas s’éloigner de leurs expressions et de leurs sentimens ; et l’on ne s’est écarté du texte que quand la bienséance n’a pas permis de s’y attacher. Le traducteur se flatte que les personnes qui entendent l’arabe, et qui voudront prendre la peine de confronter l’original avec la copie, conviendront qu’il a fait voir les Arabes aux Français avec toute la circonspection que demandoit la délicatesse de notre langue et de notre temps. ». Toutefois, il y reconnaît à demi-mot des libertés prises avec le matériau d'origine, quand il explique ses écarts pour cause de bienséance : autrement dit presque en permanence. En effet, l'auteur des Nuits versait facilement dans le scabreux et avait l'habitude d'appeler un chat un chat. Pour la même raison, il a écarté les poèmes inclus à l'origine, dont la lascivité effrénée n'aurait pas manqué de choquer la fameuse marquise. Face à ce premier succès, il continua en publiant d'autres volumes,.
Caussin de Perceval estime que le manuscrit n'a pas servi pour plus de la moitié de la traduction de Galland, mais qu'il est précieux, disant : « le style en est bien plus correct et plus élégant que celui des autres manuscrits des Mille et une Nuits que j’ai lus, ou dont on a publié des morceaux ; et la différence à cet égard est si grande, que beaucoup d’Arabes n’entendent pas ce manuscrit. Les histoires y sont aussi plus étendues et plus détaillées ». Plusieurs indices prouvent que Galland a utilisé ce manuscrit : les gloses, en latin ou français, d'un grand nombre de mot, dans les marges du premier volume prouve combien il l'a étudié soigneusement et qu'il s'apprêtait à le traduire lorsqu'il les a écrites. De plus, dans le passage de sa dédicace où il parle de son manuscrit en quatre volumes, il affirme « mettre en français le premier volume que voici ». Et, à la fin du deuxième tome de sa traduction (qui aurait été publié en même temps que le premier), il déclare « Fin du second tome et de la première partie », ce qui correspond presque à celle de l'histoire des Dames de Bagdad, puisque le premier volume s'interrompt au milieu de l'histoire de la deuxième dame. De plus, l'Histoire du troisième Vieillard (du conte Le Marchand et le Démon) manquent dans le manuscrit comme dans la traduction.
Cependant, il existe des différences notables entre manuscrit et traduction, en plus des contes intercalés ou déplacés (chamboulant l'ordre des nuits). Les nuits 138 et 139 du manuscrit ne font qu'une dans la traduction : la 157. La 141 n'est pas reprise, ne contenant qu'une pièce de vers. La 148, 149, plus une partie de la 150 ne font qu'une : la 165. Tandis que la seconde partie de la 150 et la 151 figurent dans la 166. Les 174 et 175 forment la 188. Les 198 et 199 donnent la 209. À la limite, on peut admettre que le traducteur ait modifié les divisions des récits qui dans l'original sont souvent purement arbitraires. Mais quel motif l'a poussé à modifier l'ordre des contes ? Galland signale à la fin de la centième nuit : « La cent et unième et la cent-deuxième Nuits sont employées dans l'original à la description de sept robes et de sept parures différentes, dont la fille du visir [sic] Schems-eddin Mohammed changea au son des instruments. Comme cette description ne m'a point parue agréable, et que d'ailleurs elle est accompagnée de vers, qui ont à la vérité leur beauté en Arabe, mais que les François ne pourroient goûter, je n'ai pas jugé à propos de traduire ces deux nuits ». Effectivement, la rubrique de la nuit 100 est immédiatement suivie de celle de la 103 : le passage supprimé occupent sur l'original les 80 et 81. Cette note prouve qu'il n'a pas utilisé le document avec la désinvolture qu'on lui a reprochée, en se fondant sur une comparaison de documents disparates.
Dans sa préface, Caussin de Perceval explique les libertés stylistiques prises par Galland, qu'on peut comprendre en faisant « attention à la différence du génie des langues, et à la nature de l’ouvrage. M. Galland savoit très-bien l’arabe ; mais il ne croyoit pas pour cela que tout ce qui étoit traduit littéralement de l’arabe pût plaire à des lecteurs français. Il vouloit faire un ouvrage agréable dans sa langue maternelle, et il a réussi ; mais pour y parvenir, il falloit se conformer au goût de la nation. M. Galland a donc été obligé, non-seulement de retrancher, d’adoucir, d’expliquer, mais même d’ajouter ; car les auteurs orientaux, qui tombent souvent dans des répétitions, ou qui s’appesantissent sur des détails inutiles, laissent quelquefois à deviner bien des choses ; et leur narration vive comme leur imagination, est souvent trop rapide, et même obscure pour nous. En s’attachant servilement à son original, M. Galland n’auroit fait probablement qu’un ouvrage insipide ». Afin d'en convaincre le lecteur, il présente en parallèle deux traductions du début du conte cadre : une littérale de l'original (rédigé « dans cette prose poétique et rimée, qui est particulière aux Arabes ») et celle de Galland. Il explique par la même raison que les vers « tirés la plupart de différens [sic] poètes arabes, et dont plusieurs ont peu de rapport au sujet » n'ont pas été traduits : il aurait fallu les traduire en vers mais Galland ne s'y est pas essayé. Zotenberg complète en supposant que c'est sûrement parce que Galland souhaitait donner à ses contemporains un texte élégant et agréable à lire qu'il s'est trouvé obligé d'ôter ou ajouter des mots de l'original.
En parallèle, à peine son travail de traduction débuté, il essaya de trouver de quoi compléter les lacunes de son manuscrit. Sa tentative prendra le reste de sa vie, étant convaincu que le recueil contient bien les mille et une nuits évoquées par le titre. Sa dernière correspondance sur le sujet date de 1712 (trois ans avant sa mort) : « Le 17, j'avais reçu une lettre de M. Brue datée à Péra le 16 juin, par laquelle il me mandait que jusqu'alors il n'avait encore pu trouver l'ouvrage entier des Mille et Une Nuits en arabe, et qu'il avait prié un effendi de le découvrir en quelque endroit que ce fut, pour le faire copier au cas qu'on ne voulût pas le vendre ». Mais ses efforts demeurèrent vains.
Malgré tout, entre 1704 et 1709 paraissent les huit volumes qu'il traduisit, complétés de sa version du conte de Sindbâd. Il l'intercale entre la 69e et la 90e nuit, décalant ainsi le conte Les trois pommes (en) et chamboulant pour la première fois l'ordre des nuits fourni par son manuscrit. Cependant, une fois le manuscrit exploité, il manque de matière ; ses éditeurs le pressent, lui réclamant d'autres nuits. Il décide alors (surtout à partir du volume X) de rajouter les récits que lui a communiqués, soit oralement, soit par écrit, son correspondant syrien maronite Hanna Dyâb, qu'il rencontre à Paris en mars 1709 chez le voyageur Paul Lucas.
Ces nouveaux contes lui permettront ainsi d'alimenter les quatre derniers tomes de son édition. Mohamed Abdel-Halim, dans sa biographie parue en 1964 Antoine Galland, sa vie et son œuvre, dit à ce sujet : « Hanna aimait conter, Galland aimait écouter ses récits : dès le 25 mars (1709), il note que son ami lui narra « quelques contes arabes fort beaux » et qu'il lui promit de les mettre par écrit. Le 4 mai, au cours d'une visite à Paul Lucas, Hanna entre autres sujets commença probablement « L'histoire d'Aladin », achevée le lendemain (référence au Journal de Galland). Le 6, c'est le « conte arabe d'un cousin et d'une cousine, Camar-eddin et Bedre el-Bodour, qui furent élevez et à la fin mariez ensemble » (sic). À dater de ce jour, Galland note soigneusement, dans son Journal, le résumé des récits de son ami. C'est le cas [...] du « Cheval enchanté » (13 mai), de « La Ville d'or » (15 mai), des « Deux sœurs jalouses de leur cadette » (25 mai), du « Prince Ahmed, et de la fée Pari-Banou » (22 mai), du « Sultan de Samarcande » (23 mai), de l'histoire cadre d'un recueil de contes intitulé les Dix vizirs (27 mai), d'« Ali-Baba » (27 mai également), d'« Ali Cogia, marchand de Bagdad » (28 mai), des « Figues et des cornes » (31 mai) et de « Hassan, fils du vendeur de ptisane » (2 juin). À partir du 7 juin, Galland est trop préoccupé par sa nomination au Collège royale, par les démarches qu'il lui faut faire, par la harangue d'inauguration, et par la version du « Coran » demandée par l'abbé Bignon, pour noter (dans son Journal) autre chose que les détails les concernant ».
Au sujet d'Hanna, Abdel-Halim explique : « Il semble qu'il se soit plutôt inspiré de sources diverses. Le 27 mai, il entretient Galland du recueil intitulé Les Dix vizirs et le « Journal » ne mentionne ses récits que sous le nom de « contes », ou « contes arabes, écrits », ou « racontés », par Hanna. La plupart d'entre eux n'ont pas été retrouvés dans les versions dignes de confiance des Mille et une Nuits. On ne peut les considérer que comme un groupe à part dans la version de Galland, rattachés aux neuf premiers tomes à défaut d'autres contes en attendant l'acquisition d'un manuscrit complet du recueil authentique ». Ces contes, Galland déclare les avoir traduits pour les intégrer dans la deuxième partie du neuvième volume, ainsi que dans le dixième de sa traduction. Toutefois, Zotenberg constate que les dates de son journal prouvent que la composition du neuvième volume, dont le manuscrit était déjà achevé au cours de 1709 et qu'il avait déjà communiqué à plusieurs personnes, fut modifié plus tard de sa main et qu'il y inséra des contes du maronite. Aussi, il estime que Dyab n'a pas inventé ces contes, pensant que sa narration n'était pas totalement improvisée. Il possédait sûrement un texte dont il montra à Galland une copie partielle, qui a autant disparu que le quatrième volume de Galland. Il suppose que ces contes pourraient se trouver dans d'autres exemplaires des Nuits.
De plus, début 1710, il s'aperçoit que la veuve Barbin, sous la pression du public, avait inclus d'autorité dans le tome VIII de son édition deux contes turcs déjà traduits par François Pétis de La Croix dans ses Mille et un jours (lequel jura n'y être pour rien). Il s'agit d'Histoire du prince Zeyn Alasnam, et du roi des Génies et d'Histoire de Codadad et de ses frères (de) (dans laquelle est enchâssée l'Histoire de la princesse de Deryabar), qui furent depuis intégrés dans l'édition d'Édouard Gauttier d'Arc, ainsi que des éditions étrangères. Galland, particulièrement furieux, décida alors de changer d'éditeur pour se tourner vers Delaulne, qu'il connaissait déjà,. Au final, sa traduction demeurera incomplète, ne comportant pas toutes les nuits qu'il aurait souhaitées. Depuis, d'autres personnes ont cherché le fameux quatrième volume manquant, envoyé d'Alep et dont la trace s'est perdue,.
Pour son travail, Galland s'est aussi appuyé sur d'autres sources au sujet desquelles il ne fournit aucune information. En effet, certains contes contiennent des descriptions absentes de son manuscrit, mais trouvables dans des documents plus tardifs. Zotenberg cite comme exemple les Histoires des frères du Barbiers (dans Histoire du bossu) : au début de chaque récit, la traduction mentionne le nom de son héros, alors que seul un d'entre eux figure dans le manuscrit de Galland, venant donc d'une autre source. Aussi, pour Histoire de Camaralzaman, le manuscrit ne contient ni la mention de l'île des enfants de Khâledân, ni le récit détaillé de la naissance et l'éducation du prince, ni ses entretiens avec sa mère. Le commencement d'Histoire de Noureddin et de la belle Persienne présente dans la traduction la longue discussion entre le roi et ses courtisans sur les femmes, absente du manuscrit. Or, à Paris, il n'y a à cette époque que deux autres manuscrits des Nuits, appartenant tous deux à la branche égyptienne, comptant entre 800 et 900 nuits, présentés plus bas. L'un est un manuscrit turc acquis en 1660 pour la bibliothèque de Mazarin. L'autre est celui possédé par Benoît de Maillet, mais déposé en 1738 à la Bibliothèque royale, soit bien après la mort de Galland, dont la traduction ne se rattache pas particulièrement au contenu du document. En outre, le Journal de Galland comprend quatorze résumés de contes, mais il n'en a publié que neuf, dont celui d'Ali Baba et les Quarante Voleurs (qu'il consigne le 27 mai 1709, vraisemblablement emprunté à un recueil turc). Pourquoi les cinq autres n'ont pas été édités ? D'où lui venaient ces résumés ? Peut-être d'un autre manuscrit, car on retrouve ces contes dans des copies plus tardives que la sienne. Toujours dans son journal, il est question d'une version arabe du conte d'Aladdin, recueillie auprès de Dyâb, mais qui reste introuvable,.
Une copie directe du manuscrit Galland, copiée dans la ville syrienne d'Alep en 1592/1593, est conservée à la Bibliothèque du Vatican (elle appartient donc à la branche syrienne). Elle est la deuxième partie du Cod. 1592 en deux volumes T.V.A. Ar. 782 et a été numérisé.
Le manuscrit Galland a également servi de base pour une grande partie du manuscrit Chavis (voir plus bas), une tentative dans les années 1780 par Denis Chavis de forger un manuscrit arabe plus complet des Nuits, qui a lui-même eu une influence sur le développement des éditions et des traductions des Nuits.
René R. Khawam, dans sa volonté de retrouver Les Mille et Une Nuits d'origine, s'est basé sur le manuscrit Galland (qu'il nomme « Ms A », c'est-à-dire manuscrit A), pour sa traduction, ainsi que sur le manuscrit du Vatian Ar. 782 (qu'il appelle « Ms A1 »).
Le manuscrit Galland a fourni le noyau de l'interprétation française phare d'Antoine Galland des Nuits, Les mille et une nuits, contes arabes traduits en français, publié en 1704-1717. Les méthodes savantes modernes sont :

Jacques Cazotte et Dom Denis Chavis complétèrent la traduction de Galland dans les volumes XXXVIII à XLI du Cabinet des fées (Genève, 1784-1793) sous le titre Continuation des Mille et Une Nuits, contes arabes, puis en édition séparée. D'après l'avertissement au début du volume XXXVIII, Dom Denis Chavis, « Arabe de nation, prêtre de la congrégation de St. Bazile, appelé à Paris par le Gouvernement, & sous les auspices d'un ministre éclairé [monsieur le baron de Breteuil] », affirma apporter la partie manquante du manuscrit Galland. Ce Syrien enseignait l'arabe à la Bibliothèque royale, où il rencontra Jean Paul Barde, l'éditeur du Cabinet des fées, qui souhaitait publier une suite des contes orientaux. Il lui proposa alors la suite tant attendue, faisant croire qu'il voulait enrichir la littérature française grâce à ses contes. Soucieux de cohérence, Chavis commence cette « suite » exactement là où Galland s'était arrêté dans son manuscrit (non sans l'avoir au préalable recopié, afin d'obtenir un « original » complet). Daté de 1772, ce nouveau manuscrit contient en effet des contes absents chez Galland (il porta la cote 1723 du supplément arabe de la BnF et actuellement la 3637),,.
Mais il tarde à achever sa traduction. Son éditeur prend alors contact avec Jacques Cazotte, dont il connait la réputation de conteur, afin de mettre en forme le travail. « Dom Chavis, dans un mauvais langage moitié français, moitié italien, donnait à Cazotte le cadre des contes ; celui-ci, alors âgé de 70 ans, prenait la plume à minuit, au retour des sociétés où il passait ses soirées. Il écrivait jusqu'à quatre ou cinq heures du matin, tellement qu'en deux hivers, il termina son entreprise. Cazotte, au reste, ne fit cet ouvrage que pour apprendre à ceux qui regardaient sa piété comme une preuve de l'affaiblissement de son esprit, que les mêmes moyens qui lui avaient mérité parmi les gens de lettre quelque réputation, lui restaient encore. Le canevas de quelques-uns de ces contes, celui de Maugrabi, par exemple, est tout entier de sa composition ; mais ce qu'il est bon de remarquer, c'est que dans la plupart des autres, Cazotte a personnifié ses idées spirituelles. Qu'on les lise sous ce point de vue, et on sera très-étonné de trouver un traité de perfection morale sous la forme d'un conte de fée ». Par la suite, cette édition connut tant de succès qu'elle fut traduite plusieurs fois en anglais.
Jean Jacques Antoine Caussin de Perceval remarque que cette continuation est très différente du travail de Galland et si éloignée du goût oriental : « On en peut juger par ces expressions : les drapeaux de Mars, l’égide de Minerve, tome 3, pag. 337 ; l’enfant de Vénus, l’écharpe d’Iris, ibid, p. 339 ; ou bien encore par cette description de la litière de la fille du visir, au commencement de l’histoire des dix visirs, tom. 3, pag. 8. Cette voiture étoit de cristal de roche. Les moulures et les charnières étoient d’or cisel » ;. L’impériale en forme de couronne… Cette litière avoit la forme d’un petit temple à l’antique. ». À la lecture de cet ouvrage, Patrick Russell, ayant collecté un ensemble d'histoires arabes du même style que les Nuits, y trouva le fond de presque tous les contes des premier et troisième volumes de cette continuation. Jonathan Scott (en) la tenait pour apocryphe, jusqu'à avoir découvert dans un manuscrit persan la substance de plusieurs des contes qu’elle renferme.
Mais en réalité, Dom Denis Chavis fabriqua son édition à partir de récits issus d'un manuscrit arabe de la Bibliothèque royale. Caussin de Perceval en dit « J’ai trouvé à la Bibliothèque Impériale le manuscrit où M. Chavis a puisé presque tous les contes dont il a donné l’idée à M. Cazotte, et que celui-ci s’étoit chargé d’embellir, en les tournant à sa manière, et les revêtant des couleurs de son imagination. En comparant ce manuscrit avec l’ouvrage de M. Cazotte, j’ai reconnu qu’il avoit tellement amplifié la matière en la surchargeant de descriptions, d’incidens, d’épisodes, de réflexions, que plusieurs des contes originaux étoient presque méconnoissables. J’ai aussi remarqué que M. Cazotte avoit été quelquefois induit en erreur par son interprète, qui n’a pas toujours bien saisi le sens de l’auteur, et la suite des événemens : ce qui a obligé le rédacteur à inventer lui-même pour corriger les défauts de raison, de vraisemblance ou d’intérêt qu’il trouvoit dans le canevas qu’on lui présentoit ». Il décrit ce document ainsi : « de forme in.4°, contenant 742 pages, est une acquisition faite depuis quelques années, qui n’a point encore de numéro ». Même s'il reconnaît à Cazotte son mérite d'ingénieux écrivain, il estime que son travail ne peut faire suite au travail de Galland. Suivant les traces de cet orientaliste, il a retrouvé l'original des contes arabes qu'il a traduit plus fidèlement, occupant tout le huitième et le quart du neuvième volume de sa propre continuation. Certes, il reconnait qu'ils ne font aucunement partie des Nuits, puisqu'ils ne figurent dans aucun manuscrit du recueil qu'il ne connaît et que le manuscrit qu'il a déniché ne mentionne jamais leur appartenance aux Nuits. Mais après tout, Galland lui-même a bien inclus des contes qui n'en faisaient pas initialement partie et que ces contes supplémentaires ne s'éloigne pas du genre.
De plus, Guillaume-Stanislas Trébutien note que, parmi ces nouveaux contes, la plupart de ceux qui reposent sur un fond oriental mutilent les noms et la couleur locale y est substituée par la couleur française. Les autres sont inventés par Cazotte, tels que Les prouesses et la mort du capitaine Tranchemont et de ses braves. Conte de Dobil-Hasen. Les histoires du Maugraby et de L'Amant des Planètes sont des imitations embellies de la traduction de Galland. Selon Trébutien, la seule histoire qui semble véritablement orientale, d'ailleurs trouvable également dans un recueil de contes arabes, c'est Histoire de Sinkarib et de ses deux visirs. Il est convaincu que la plus grande partie des autres contes appartient à Cazotte.
Cela dit, Édouard Gauttier d'Arc, dans des notes de l'introduction au premier tome de sa traduction Les Mille et une nuits (1822-1823), remarque qu'une grande partie de ces contes se retrouve dans le Bahari Danich (en) d'Inaiet Ullah (en). Il juge le résultat à la fois infidèle et surchargé d'ornements faux et ridicules. Puis, un savant du collège de France retraduisit ces contes d'après les manuscrits utilisé par les éditeurs, pour rajouter une suite de contes issus d'un de ses manuscrits qui appartient aux Nuits.
Dans le même esprit, au XIXe siècle circulent deux textes arabes de l'histoire d'Aladin ; on s'aperçut par la suite qu'ils ont été forgés de toutes pièces :
La première édition arabe de Calcutta, dite Calcutta I, est le nom donné à une édition en deux volumes des Mille et Une Nuits, publiée en 1814 et 1818 par la Compagnie britannique des Indes orientales, sous la direction du Fort William College pour les langues orientales de Calcutta. Il fut édité par S.U.B.M. (Shuekh Uhmud bin Moohummud) Sheerwanee (ou Ahmed, ou Ahmad ibn Muhammad al-Shirwânî al-Yamanî), qui y enseignait l'arabe depuis 1810. Il indique que son premier volume échappa de peu à la disparition : « Presque tout le premier tirage s'est perdu dans un naufrage ». C'est probablement ce qui explique son inachèvement. Comportant une page de titre en anglais et une préface persane de dix lignes de l'éditeur, il ne contenait que les deux-cents premières nuits,,. Toutefois, Édouard Gauttier d'Arc, dans des notes de l'introduction au premier tome de sa traduction Les Mille et une nuits (1822-1823), affirme que l'éditeur était le mollah Firouz qui, dans une note persane placée en tête de l'édition, prétend que les Nuits ont été composées par un Arabe de Syrie, afin d'instruire les Européens désirant apprendre sa langue.
Selon l'Encyclopédie des Mille et Une Nuits (ANE) d'Ulrich Marzolph, le texte contient une partie du manuscrit de Patrick Russell. Ce dernier, issu de la branche syrienne des Nuits, fut écrit probablement à Alep par ou pour Russel en 1770. Dérivé du manuscrit Galland, il compte presque le même nombre de nuits que lui (deux-cent-quatre-vingt). En partie détérioré, il est actuellement conservé à Manchester, dans la John Rylands Library. Par la suite, le manuscrit est largement diffusé. Nous en connaissons plusieurs copies, exécutées en Angleterre ou en Inde, généralement écrites en Nasta‘lîq. Il y a celle que possédait le linguiste William Jones, dont il ne reste que des fragments publiés par Richardson en 1776 (la 162e nuit). Il y a aussi celle conservée à la British Library de Londres, copiée en Inde pour John Leyden. Une autre encore fut réalisée en 1770 et est conservée au Bureau de l'Inde de Londres,.
De même, l'édition puise probablement dans le manuscrit coté DEL AR 1308 de la British Library de Londres. Très abîmé, il date probablement du XIXe siècle et fait partie de la branche syrienne. Sur les marges de quelques feuillets, il contient des gloses en persan. Son contenu est pratiquement identique à celui de Russell et contient cent quatre-vingt-deux nuits. En effet, d'après Ibrahim Akel, la comparaison laisse supposer que l'édition se base sur le manuscrit londonien et non pas sur le manuscrit de Leyden copié sur celui de Patrick Russel.
D'après l'ANE, l'éditeur a également complété le texte avec des histoires provenant d'autres sources, environ 36 contes, notamment de l'édition Louis-Mathieu Langlès de Sindbad le Marin (1814) et du Livre de Sindbad (Les Sept Vizirs). Dans l'ensemble, l'édition est conforme aux sources anciennes.
En tête du premier tome, un avertissement persan prévient que cet ouvrage est destiné à ceux souhaitant parler arabe. Fleischer constate que les pages sont ponctuées d'expressions en langue vulgaire, qui ne sont pas des preuves de négligence du correcteur, mais d'une volonté de l'auteur. Au contraire, on peut supposer qu'elle a subi une révision grammaticale et lexicologique. Le texte même témoigne que cette édition est arrangée pour les écoles, châtiée avec un soin excessivement méticuleux. Tout ce qui est contraire à la grammaire y a été suupprimé, hormis quelques oublis. Des voyelles finales ont même été souvent ajoutées et, afin d'éloigner les difficultés du texte et tout ce qui était tenu pour contraire au bel usage, des changements et suppressions ont été opérées. Cette édition se rapproche particulièrement du manuscrit Galland.
Il en existe des exemplaires à Bonn (Allemagne) et à Copenhague (Danemark). Elle a donné lieu à une traduction lithographiée en hindoustani par le munschi Schams Uddin Ahmad en deux volumes à Madras en 1836 sous le titre Hikâyat uljalila (Brillante histoire), pour le collège de Saint George, afin de rendre ce recueil accessible à ses compagnons. Elle a aussi été traduite en danois par Rasmussen.
Le poète anglais John Payne a basé sa traduction de 1884 des Contes de l'arabe sur les éditions de Breslau et de Calcutta des Mille et Une Nuits.
L'édition de Breslau (de l'ancien nom de Wrocław, en Pologne), aussi dite de Habicht, fut publiée entre 1825 et 1843 ; elle est bilingue : allemand et arabe. Commencée par Max Habicht (aidé de Karl Schall (de) et Friedrich Heinrich von der Hagen), avec les huit premiers tomes publiés jusqu'en 1939, elle fut achevée à sa mort par Heinrich Leberecht Fleischer, qui s'occupa des derniers. Elle compte en tout quinze volumes de petit format carré. Réputée complète, bonne, mais composite, elle compte approximativement 130 contes. Cette édition a été largement critiquée car elle ne correspond à aucun corpus arabe connu ; elle est globalement un faux. Elle s'appuie tant sur des manuscrits arabes des Nuits que sur des recueils analogues. L'auteur a réuni comme bon lui semblait des contes trouvés à droite à gauche pour les intégrer dans le conte-cadre. Cela dit, il a largement employé des manuscrits issus du Maghreb (région ayant relativement conservé les versions anciennes), qui n’avaient pas été modernisés au fil du temps,,,.
L'édition est présentée comme « complétée et entièrement traduite pour la première fois à partir d’un manuscrit tunisien » (aussi appelé manuscrit de Habicht publié après l'édition)... en réalité forgé par un collaborateur de Habicht, le traducteur juif tunisien Mordecai ibn al-Najjâr (ou Mordechai, ou Mardochai, ou Mardochée Naggiar), comme le prouve en 1909 Duncan Black Macdonald. Selon Nikita Elisséeff « Cette supercherie dérouta longtemps ceux qui travaillaient sur les Mille et une nuits, jusqu’à ce que Macdonald ait donné une analyse détaillée des sources du professeur allemand volume par volume, et détruit ainsi un mythe ». Ce document, descendant du manuscrit Galland bien qu'étant de la branche égyptienne, se base sur des manuscrits conservés à Paris selon MacDonald et a aujourd'hui disparu. Il sera entretemps copié par un Européen pour donner un manuscrit en deux volumes conservé dans la bibliothèque d'État de Berlin (coté Do. 183-184),.
L'édition se base aussi sur un manuscrit égyptien que Richard Francis Burton décrit comme étant « hideux ». Friedrich Rückert considère qu'elle se base principalement sur Antoine Galland, avec des ajouts de Jean Jacques Antoine Caussin de Perceval, Édouard Gauttier d’Arc et Jonathan Scott (en),. L'I'lam al-Nas, recueil d'histoires de l'écrivain égypto-ottoman Muhammad Ma'ruf Diyab al-Itlidi (également al-Atlidi) publié en 1689, est la source la plus importante d'anecdotes historiques et morales contenues dans différentes traductions des Nuits, telle que celle de Breslau.
L'édition comporte des versions antérieures de contes de l'édition de Boulaq. Dans les contes qu’il a sélectionné et dont nous connaissons des versions anciennes, on constate que les textes ont été corrigés, toujours dans le même sens. Un des buts du travail était de fournir à ses contemporains un ensemble de contes acceptables et de bonne qualité (cohérents), qu'ils viennent des Mille et Une Nuits ou pas. Et rien n'y serait contraire à la šarī‘a, la loi islamique. En étudiant ses suppressions, on constate qu'il est très hostile au recours à la magie et à la consommation de vin, éléments généralement éliminés dans ses versions. Il défend le couple, dans le respect des règles de la loi islamique et de la hiérarchie sociale, loin des aventures légères et passionnées des personnages de bien des contes des Nuits. Tout comme il était loin de l’indulgence coupable des auteurs pour l’amour des garçons, pas plus admissible.
Duncan Black Macdonald, dans son Encyclopaedia of Islam publiée en 1938, dit : « Il est difficile de parler de cette édition sans impatience, Habicht ayant créé arbitrairement un mythe littéraire et apporté la plus grande confusion dans l'histoire des Nuits. Il met sur la première page : "Nach einer Handschrift aus Tunis" sans jamais avoir eu sous la main de manuscrit tunisien; et il n'est nullement sûr qu'une version tunisienne ait jamais existé [...]. Les meilleurs textes de sa version dérivent, mais indirectement, du manuscrit de Galland ». Il considère que Habicht devrait être décrit « comme le compilateur réel d’une nouvelle version des nuits et non comme l’éditeur d’une nouvelle version déjà existante »,.
Burton donne un jugement sévère : « Cette version allemande est, s'il est possible, plus critiquable encore que l'original arabe. Elle est dépourvue de tout charme stylistique, élude consciencieusement la moindre difficulté, fourmille de bévues invraisemblables et s'avère totalement inutile pour dépeindre les mœurs ou servir d'ouvrage de référence. On ne peut expliquer ces défaillances qu'en supposant que l'éminent professeur a délégué la tâche à ses collaborateurs sans prendre la peine de réviser leur travail bâclé ».
Fleischer, dans un article publié en 1827 (alors que tous les volumes n'avaient pas encore été publiés), déclare qu'Habicht a « acquis des droits incontestables à la reconnaissance des orientalistes, dont les vœux se réunissaient depuis longtemps pour cette publication ». Il remarque que dans cette édition, on n'y retrouve plus « la pureté de la langue ancienne : on y remarque déjà presque toutes les anomalies grammaticales de l'idiome vulgaire d'aujourd'hui, quelquefois dans un singulier mélange avec les formes littérales ; et un grand nombre de mots et de phrases rappellent au lecteur à chaque instant, qu'à l'époque de la rédaction de cet ouvrage, la vie des villes avait appauvri la langue d'un côté en l'enrichissant de l'autre. Mais c'est précisément ce qui donne aux Mille et Une Nuits un nouvel intérêt scientifique, et qui les recommande à l'étude de quiconque désire s'instruire des modifications que la langue a successivement subies jusqu'à celles où elle en est aujourd'hui ». Cependant, il reproche à cette édition de ne se baser que sur un seul manuscrit alors qu'il en existe bien d'autres, venant tous d'une source commune et se ressemblant suffisamment pour se suppléer. Ledit manuscrit, tout en étant bien rédigé, comporte quelques fautes ; elles sont surtout présentes dans le premier volumes, mais se raréfient au fil du texte et sont rares dans le deuxième. Il se propose donc de les analyser, grâce à l'aide de Caussin de Perceval et un certain monsieur Aydé (professeur égyptien d'arabe littéral, sis rue des Canettes, à Paris). Dans le texte déjà paru, il constate dans la partie de l'édition alors publiée des irrégularités orthographiques et grammairiennes, y compris lorsque tel ou tel manuscrit affiche la forme régulière, au point de formuler une série d'observation, en espérant faciliter pour Habicht une éventuelle correction de son texte et ainsi contribuer à la perfection d'un ouvrage qu'il juge aussi intéressant. Il se propose même d'en faire autant pour les futurs volumes si ce travail est jugé utile.
Elle servira notamment de base à des traducteurs comme Richard Francis Burton (modérément) et Joseph-Charles Mardrus (pour certains détails),.
La première édition de Boulaq, dite Boulaq I (selon l'Encyclopédie des Mille et Une Nuits), ou plus généralement Boulaq, est la première édition imprimée complète des Mille et Une Nuits en arabe, en 1835. Elle sert de référence aux traductions « complètes » du recueil. Elle a été produite par l'imprimerie de Boulaq (un quartier du Caire, en Égypte) en 1835 en deux volumes et sur 1 330 pages imprimées en utilisant le procédé d'impression typographique. Il s’agit également de la première édition imprimée dans un pays arabe par un non-Européen. Cette édition représente la version standard de la branche égyptienne. La première page était décorée de gravures sur bois et l'ensemble du texte était encadré de doubles marges sur chaque page. Nikita Élisséeff y dénombre cent soixante contes. L'édition de Boulaq a été préparée par 'Abd al-Rahman al-Sifti al-Sharqawi (ou ‘Abd al-Raḥmān al-Ṣafatī al-Šarqāwī) et Matba'ah al-kubra, sur la base d'un manuscrit complet... aujourd'hui perdu. Il est possible que celui-ci ait été détruit après impression de l'édition, pratique courante à l'époque. Cela dit, il existe encore des manuscrits semblables, tels que celui conservé à la Bibliothèque de recherche de Gotha (de) en Allemagne, coté A 2638, achevé en 1759 et acheté au Caire en 1809 par le voyageur allemand Ulrich Jasper Seetzen. Cette édition a contribué à vulgariser la branche égyptienne.
L'édition comporte un ensemble de contes qu’on peut appeler « modernes », parce que datant du XVIe siècle au XVIIIe siècle siècle, occupant 745 pages. À contrario, les « contes anciens » que l'on retrouve dans le manuscrit cairote Dâr al-Kutub 113523 z (voir plus bas) n’en occupent qu’environ 154 et les contes médiévaux 431 pages. Il est possible que la présence de ces « contes anciens » vienne d’une sorte de « devoir de mémoire » à l’égard des anciennes Mille et Une Nuits. Y figurent des anecdotes sur les califes surtout abbassides (Hārūn al-Rašīd, al-Ma’mūn, al-Mutawakkil), leurs vizirs (en particulier les célèbres Barmékides), des musiciens et poètes de la cour, ainsi que des contes plus simples de nigauds et de maîtres d’école stupides, représentants d'un Iraq imaginaire. En analysant le vocabulaire de ces textes, on constate qu’ils ont été au moins réécrits à l’époque mamelouke, si ce n'est plus tard. Cela indique que ces thèmes continuaient d’intéresser un large public, ainsi que les textes mêmes des anciennes Mille et Une Nuits avaient disparu au moment où l’auteur de la composition du recueil de Boulaq, puisque l’expression arabe étant d’une époque bien postérieure. Le choix des contes est personnel à l'auteur de l'édition.
Dans la version de l’épilogue des Nuits présente dans cette édition, Shéhérazade présente au roi les trois enfants qu’elle a eus de lui au cours des 1001 nuits, puis le roi l’épargne et l’épouse. L'auteur de l'édition propose ici le modèle de la bonne épouse telle qu’il la conçoit. Sans précautions, il est difficile de tirer de son recueil un état des contes à l’époque mamelouke. Le double critère adopté (qualité du conte et compatibilité avec les normes islamiques) en a certainement éliminé quelques-uns parmi ceux que l’auteur pouvait encore connaître. Depuis le XVIe siècle, quantité de ces contes, qui datent du siècle précédent, ont été placés au début des Nuits, car ils posent les fondations des contes modernes. Les premiers de ces contes figurent également au début de cette édition, bien sûr corrigés quand l'auteur le jugeait nécessaire. Deux des quatre contes qui étaient initialement groupés au début du recueil (comme on le constate dans le manuscrit Galland) ont été déplacés plus loin dans le livre. Le conte-cadre de cette édition débute par les malheurs conjugaux de deux « rois Sāsān » qui sont frères (dont on peut penser qu’ils sont des Sassanides). Cela semble s’inscrire dans la tradition d’Ibn al-Nadīm qui, vers la fin du Xe siècle, dans son Kitab-al-Fihrist, attribue bien à un roi de Perse cette aventure avec Shéhérazade.
Cette édition est la plus utilisée par les traducteurs. Ce fut la principale source de la traduction anglaise révolutionnaire d'Edward William Lane (1839-1841). Dans la préface de sa célèbre traduction anglaise des Mille et Une Nuits, Richard Burton commente l'édition de Boulaq comme suit, en présentant brièvement la seconde édition méconnue de Boulaq, aussi appelée Boulaq II,:
« Le lecteur sera bien disposé à accepter les détails techniques suivants. [John Frederick] Steinhaeuser et moi avons commencé et terminé notre travail avec la première édition Bulak (« Bul. ») imprimée au port du Caire en 1251 de l'Hégire (1835 après J.-C.). Mais lorsque j'ai préparé mon manuscrit pour l'impression, j'ai trouvé le texte incomplet, beaucoup d'histoires étant données en abrégé et pas mal d'autres impitoyablement mutilées, la tête ou les pieds manquant. Comme la plupart des scribes orientaux, l'éditeur n'a pu s'empêcher d'apporter des « améliorations », qui n'ont fait que dégrader le livre ; et son seul titre d'excuse est que la deuxième édition Bulak (4 vol. 1279 de l'Hégire = 1863 après J.-C.), bien qu'elle ait été « révisée et corrigée par le cheik Mahommed Qotch Al-Adewi », est encore pire ; et on peut en dire autant de l'édition du Caire (4 vol. 1297 de l'Hégire = 1881 après J.-C.). »
Peut-être cette édition cairote de 1881 fait partie des éditions de l’Ezbékieh (en), au Caire, mentionnée dans la note des éditeurs de la traduction de Joseph-Charles Mardrus. De plus, Mardrus dit avoir basé sa traduction « sur l’édition égyptienne de Boulak, qui lui a paru la plus riche en expressions de pur terroir arabe et, à différents points de vue, la plus parfaite (quoi qu’en ait pu penser Burton). Elle est, en outre, la plus concise ».
En tous cas, Boulaq sert de base pour l'édition version de Beyrouth des pères jésuites écourtée de plusieurs contes, revue et disloquée, établie par Salhani, en cinq volumes, publiés entre 1888 et 1890. Elle comprend des contes supplémentaires en appendice, dont il existe deux éditions : « une pour les Orientaux dans laquelle nous avons corrigé les fautes les plus grossières, et une autre pour les Orientalistes dans laquelle nous avons entièrement respecté le texte, sauf à signaler quelques corrections au bas des pages ou entre parenthèses ». Malek Chebel qualifie celle de Beyrouth de « nettoyée », étant destinée aux enfants et aux familles. Cela dit, elle conserve la plupart des poèmes absents de la plupart des traductions étrangères.
Dans le commerce des livres anciens, un exemplaire de l'édition en deux volumes de 1835 était proposé pour 300 000 euros.
Selon Robert Irwin, elle s'est avérée « plus précise que les représentations mutilées et semi-familières des manuscrits utilisés dans les compilations de Calcutta I et de Breslau » et a contribué de manière significative à la stabilisation du corpus des Mille et Une Nuits. Selon Ulrich Marzolph, les éditions Boulaq et Calcutta II « ont presque complètement remplacé tous les autres textes et ont formé l'idée générale des Mille et Une Nuits. Pendant plus d’un demi-siècle, il n’a été ni mis en doute ni nié que le texte des éditions de Boulaq et de Calcutta II était le texte vrai et authentique ».
René R. Khawam déplore que cette édition ait largement éclipsée les autres, ne valant pas et de loin, celle de Calcutta I. D'après lui, afin d'établir son texte, l'éditeur fut étroitement surveillé par les clercs de l'université islamique. Il choisit de se baser sur des manuscrits récents (notamment de la fin du XVIIIe siècle), déjà généreusement édulcorés. En ce début de XIXe siècle souffle un vent d'austérité puritaine sur le monde musulman. L'importance de ce phénomène a parfois été sous-estimée par les historiens et les retombées sont encore sensibles depuis. C'est ainsi que certains passages sont arrangés pour ne pas montrer au lecteur un khalife imprudemment déguisé en homme du peuple et menacé de se faire rosser. On ne se soûle plus de vin, mais l'on bois sagement du jus de fruit. Enfin, pour obtenir le chiffre de mille et une nuits, l'éditeur n'a pas peur des ajouts fantaisistes, issus d'autres œuvres. Et lorsque cette matière même finit par s’épuiser, il prend soudain l'initiative d'écourter ses Nuits. D'une dizaine de pages et plus en début d'ouvrage passent à quelques lignes vers la fin. Or, Khawam estime cet objectif vain, rappelant que ce chiffre est une expression signifiant « beaucoup » en arabe.
Duncan Black Macdonald, dans son Encyclopaedia of Islam publiée en 1938, dit : « En juin 1807, Seetzen, alors au Caire, nota dans son journal qu'Asselin avait découvert que les manuscrits des Nuits qui circulaient en Égypte étaient une compilation d'un certain shaykh mort environ vingt-six ans auparavant, et dont Seetzen laissa malheureusement le nom en blanc dans son journal ; que le recueil original ne comprenait que deux cents Nuits lorsqu'il vint aux mains de ce shaykh, lequel combina le reste à l'aide d'histoires séparées empruntées à des œuvres déjà connues ». Dès 1807, il était donc connu que les sources dont allait s'inspirer cette édition étaient des plus suspectes. Beaucoup de lecteurs arabes cultivés, qui ont lu comme tout le monde les Nuits dans cette édition, sont depuis au fait de ces lacunes. Cependant, le respect de la prétendue bienséance et le poids du dogmatisme religieux empêchent de modifier la situation. En mai 1985, la presse internationale a relayé la diffusion au Caire d'une nouvelle édition des Nuits, semblerait-il plus conformes à la leçon des manuscrits originaux. Cependant, les religieux veillaient et ont obtenu que ladite édition fut saisie et détruite, craignant la mise en péril de l'image sourcilleuse que l'Islam d'alors entend donner de lui au monde.
Malek Chebel considère toutefois que cette édition, sur laquelle il a travaillé, est non expurgée. Elle laisse passer nombre d'expressions idiomatiques arabes indiquant bien le double caractère naturaliste et également sulfureux de la littérature orale ancienne.

La seconde édition arabe de Calcutta, dite Calcutta II, ou Macnaghten (du nom de son éditeur, William Hay Macnaghten), fut publiée en quatre volumes, entre 1839 et 1842. Comptant toutes les nuits, elle se base sur des manuscrits égyptiens proches de ceux de Boulaq, dont René R. Khawam estime qu'elle partage les défauts majeurs. Elle a contribué à vulgariser la branche égyptienne,.
Elle tire essentiellement sa substances d'un manuscrit égyptien possédé par Turner Macan (également éditeur du Shâhnâmeh persan), qu'il tenait des héritiers de Salt, consul général d'Angleterre en Égypte. Après la mort de Macan, le manuscrit devint la propriété de la famille Allen (désormais éteinte : elle résidait à Leadenhall Street, Londres), avant que sa trace ne se perde. Il semble aujourd'hui perdu. On sait aussi que l'éditeur possédait un manuscrit complet en quatre volumes, appartenant à la branche égyptienne et copié en 1829 par ‘Alî Sultân Ibn ‘Alî Sultân Ibn Muhammad Sultân et par ‘Alî Matar. C'est le même copiste que celui de Khuda Bakhsh Oriental Public Library (en) de Patna, n° 2637-2640, achevé un mois plus tard. L'édition doit également aux éditions antérieures, surtout celle de Calcutta I et de Boulaq, ainsi que, occasionnellement, celle de Breslau. Elle sert aussi de référence aux traductions « complètes » du recueil,,. Nikita Élisséeff y dénombre cent soixante contes. Dans cette édition aussi, les anecdotes historiques et morales ont généralement pour source l'I'lam al-Nas.
Richard Francis Burton, qui s'en est essentiellement servi pour sa traduction, la considère comme étant de loin la moins corrompue et la plus complète. Elle a aussi beaucoup servie à Henry Whitelock Torrens pour sa traduction incomplète, à Enno Littmann, ainsi qu'à Joseph-Charles Mardrus (pour certains détails).
Cette édition servira de base à celle lithographiée de Bombay, en quatre volumes, reproduisant son texte.
La bibliothèque de l’Université de Strasbourg possède un manuscrit arabe des Mille et Une Nuits du XIXe siècle appelé « manuscrit Reinhardt » ou « manuscrit Strasbourg » (coté arabe 4278-4281). Rattaché à la branche égyptienne, il est présenté comme un travail de commande effectué en 1831 pour M. Reinhardt, vice-consul d’Allemagne au Caire. Cet ensemble assez chaotique a pour but de réunir l’ensemble des contes des Mille et Une Nuits depuis les origines. Ce texte est l’un des plus tardifs et l’un des plus grands du recueil de contes (le double de la taille de l'édition de Boulaq). De plus, il comporte une dizaine de contes tout-à-fait inédits, dont des romans arabes de chevalerie, qui n’ont jamais été diffusé, ni dans les pays arabes ni en Europe. Cependant, comme le souligne le philologue Aboubakr Chraïbi, peu de chercheurs y avaient accordés de l'attention. Ces contes sont difficiles à dater, mais ils ont apparemment été écrits après les contes des Mille et Une Nuits, permettant de les qualifier de « contes néo-classiques ». Au XVIIIe siècle, à l'époque de l'édition de Boulaq, les auteurs de recueils des Nuits étaient prêts à y mettre n’importe quelles histoires pour en accroître le volume. Ils y ajoutaient notamment ces longs romans populaires (ou sîra) qui avaient toujours été des créations désordonnées, très éloignées des contes des Nuits. Dans son ouvrage de 1996, Chraïbi constate cette « tendance générale à amplifier les recueils de contes au fur et à mesure des copies… à choisir les longs romans et à négliger, contrairement à la majorité des manuscrits égyptiens du XVIIIe siècle, les courtes anecdotes en provenance de la littérature savante »,,,. Cependant, ce manuscrit aussi comporte des anecdotes historiques et morales, qui ont généralement pour source l'I'lam al-Nas.
L'Europe conserve la plupart des manuscrits connus des Nuits, tels que ;
La Bibliothèque nationale de France abrite d'autres manuscrits :
La ville anglaise de Londres en possède plusieurs :
Tout comme celle d'Oxford :
À Manchester, ils sont à la John Rylands Library :
En Écosse :
Saint-Pétersbourg possède plusieurs :



Différentes villes asiatiques possèdent des manuscrits des Nuits :
Le Caire (Égypte) abrite quelques manuscrits, tels que :
Certains d'entre eux sont conservés dans la bibliothèque Dâr al-Kutub, tels que :