Cheikh-El-Molk

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Cheikh-El-Molk
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Cheikh-El-Molk (شیخ‌الملک) (savant de l’Empire) de son nom, Mohammad Hassan Shahabi (Chehabi) de Sirdjan (en persan : محمدحسن شهابی سیرجانی) né en 1275 de l’Hégire, soit en 1858 ou 1859, à Sirjan et mort en juin 1922 à Kerman, est un enseignant et administrateur iranien de la fin de la période qâdjâre

Issu d’une famille de notables et d’anciens propriétaires terriens de Zeydabad, dans la région de Sirjan, dans la province de Kerman, il contribue à la diffusion de l’enseignement du français en Iran.Directeur de la section persane à l’Exposition universelle de 1900 à Paris, il exerce différentes fonctions administratives durant la période constitutionnelle. Il a par ailleurs participé à la concession pétrolière d’Arcy.

Franc-Maçon, membre de la loge parisienne La Clémente Amitié, il est cofondateur en 1906 de la loge maçonnique « Le Réveil de l’Iran », rattachée au Grand Orient de France.

Biographie

Origines familiales et formation

Mohammad Hassan naît à Sirjan, dans la province de Kerman. Il est le fils de Najafqoli et le petit-fils de ‘’‘Hâdj Darvish Youssef-Ali’’’, notable de Zeydâbâd, localité située dans la région de Sirjan. La famille adopte ultérieurement le patronyme Shahabi.

L’importance de sa famille à Zeydâbâd est documentée dès le milieu du XIXe siècle. Dans sa description de la province de Kerman sous le règne de Nassereddine Shah, Khwâja Mohammad-Amin Monshi Kermani mentionne ‘’‘Hâdj Mohammad-Ali’’’, père de Hâdj Darvish Youssef-Ali, comme propriétaire de la forteresse de Zeydâbâd et comme un homme réputé pour sa générosité et ses distributions de nourriture. Il présente son fils Hâdj Darvish comme son égal par la munificence et souligne ses relations avec les mystiques et les savants de la région.

La même description présente Zeydâbâd comme une localité importante du Sirjan qâdjâr : environ quatre cents foyers y sont recensés, ainsi qu’une vingtaine de boutiques, deux bains, deux mosquées, une ‘‘hosseiniyeh’’, quatre moulins et plusieurs jardins. La position de Hâdj Mohammad-Ali comme propriétaire de la forteresse et la réputation de Hâdj Darvish replacent ainsi l’ascendance de Cheikh-El-Molk parmi les propriétaires et notables locaux de Zeydâbâd.

Mohammad Hassan reçoit d’abord une éducation traditionnelle. Il étudie la calligraphie persane auprès de son oncle Mirza Abol-Hassan, puis la grammaire et la littérature persanes et arabes, le droit religieux et les textes classiques. Après un séjour d’études à Kerman, il se rend à Chiraz en 1880.

À Chiraz, il fréquente notamment l’école d’Agha Baba Khan. Il poursuit l’étude de la calligraphie auprès de Molla Abdallah, de la littérature arabe auprès de Hâdj Seyyed Agha et du droit religieux auprès de Seyyed Aboutaleb Jahromi. Il exerce également comme enseignant et se voit confier l’éducation de membres de la famille de Fath-Ali Khan Saheb-Divan.

En 1882, il entreprend un pèlerinage vers les villes saintes chiites d’Irak. Il voyage par Bouchehr et Bassora, puis séjourne à Nadjaf, Karbala, Kâzimayn et Samarra. Il revient à Chiraz au début de l’année 1883.

Apprentissage du français

Son intérêt pour la médecine et les sciences européennes l’amène à apprendre le français. Il commence son étude méthodique à Chiraz en décembre 1884 auprès de Mirza Nasrollah Khan. Après son arrivée à Téhéran en 1888, il poursuit sa formation et fréquente le milieu du Dar ol-Fonoun.

Il rédige en français un récit autobiographique intitulé ‘‘Ma vie d’étudiant’’, consacré à ses années de formation et à ses voyages. Le texte est daté de 1309 de l’Hégire, soit 1891 ou 1892.

En 1896, il participe à la fondation, à Rasht, d’un établissement d’enseignement moderne consacré notamment à l’apprentissage du français, le ‘‘Dâr al-Ta‘lim-e Zabân-e Farânseh’’.

Exposition universelle de 1900 et séjour en France

Sur la recommandation de Mirza Malkom Khan, Mohammad Hassan participe à l’organisation de la présence persane à l’Exposition universelle de 1900 à Paris.

Le pavillon de la Perse est placé sous l’autorité du commissaire général de la Perse, le général Antoine Kitabgi Khan où Cheikh El Molk en assure la direction. Installé dans la rue des Nations, le pavillon s’inspire notamment de l’architecture persane d’Ispahan et comporte une salle du trône aménagée à l’occasion de la visite de Mozaffareddine Chah.

Lors de son séjour en France, Mohammad Hassan reçoit du souverain le titre de « Cheikh-El-Molk » (le Savant de l’Empire [perse]) ainsi qu’une décoration de l’ordre du Lion et du Soleil.

Il a par ailleurs été promu officier des Palmes académiques de la République française par le président Émile Loubet.

Sa présence dans les milieux savants parisiens est également attestée par les travaux de la Société d’anthropologie de Paris. En 1902, Léon Azoulay le mentionne comme « professeur de langue persane à Paris » parmi les personnes ayant contribué à la constitution du musée phonographique de la Société.

Il fut en effet professeur de langue et littérature persanes à l'École des langues orientales (Inalco).

Ses séjours français le mettent par ailleurs en relation avec des milieux intellectuels et maçonniques franco-iraniens. Au plus tard en 1906, il appartient à la loge parisienne La Clémente Amitié, appartenant au Grand Orient de France.

Activités administratives

Selon l’historien Mohammad-Ebrahim Bâstâni Pârizi, Cheikh-El-Molk intervient au début du XXe siècle dans les opérations liées à la concession D’Arcy. Il aurait joué un rôle d’intermédiaire lors des premières recherches pétrolières conduites en Iran en relation avec les équipes de William Knox D'Arcy et de l’ingénieur George Bernard Reynolds. Accordée en 1901, la concession D’Arcy constitue l’un des actes fondateurs de l’industrie pétrolière moderne en Iran et marque le début de l’ère pétrolière au Moyen-Orient, selon l’encyclopédie Iranica.[source insuffisante]

Après la révolution constitutionnelle de 1906, le ministère iranien de la Justice lui confie des missions liées à l’établissement et à la réorganisation de juridictions provinciales.

Une décision du Conseil des ministres persan datée du 21 juin 1913 lui accorde une indemnité de trois cents tomans en compensation de pertes subies au cours de missions judiciaires effectuées à Ispahan et dans le Fars« پرداخت خسارت به آقای شیخ‌الملک » [« Indemnisation de M. Cheikh-El-Molk »], décision du Conseil des ministres persan, 21 juin 1913, reproduite dans la base juridique ‘‘Nezamat’’.[réf. nécessaire]

Franc-maçonnerie

Lors de son séjour en France, Cheikh-El-Molk rejoint la loge parisienne La Clémente Amitié, relevant du Grand Orient de France. La date exacte de son admission n’est pas connue dans les sources publiées disponibles, mais son appartenance est attestée au plus tard en novembre 1906. L’historienne Mangol Bayat le décrit en effet comme un « membre récent » de ‘‘La Clémente Amitié’’ lorsqu’elle retrace la formation du futur ‘‘Réveil de l’Iran’’.

Le 29 novembre 1906, Cheikh-El-Molk fait partie des dix francs-maçons iraniens et français réunis à Téhéran au domicile du musicien français Alfred Jean-Baptiste Lemaire afin d’envisager l’établissement d’une loge maçonnique permanente dans la capitale. Dans les documents des archives du Grand Orient de France exploités par Bayat, il apparaît sous le nom de « Mohammad Hasan Shaikh al-Molk Sirjani ».

Parmi les autres participants figurent notamment Ebrahim Khan Hakim al-Molk, Mirza Fazlollah Lava al-Molk, Hâdj Sayyah Mahallati, Hâdj Hossein Amin al-Zarb et Entezam al-Saltaneh, ainsi que des francs-maçons français établis à Téhéran.

Trois jours plus tard, dix-sept francs-maçons, parmi lesquels les membres de ce premier groupe, se réunissent au domicile d’Ebrahim Khan Hakim al-Molk. Ils décident à l’unanimité de demander l’affiliation de leur future loge au Grand Orient de France.

Le 23 décembre 1906, le groupe se réunit dans un local spécialement loué pour la nouvelle loge et choisit le nom de ‘Réveil de l’Iran’ (’‘Bidâri-ye Irân’’). Le 28 décembre suivant, le comité nouvellement élu, présidé par Lemaire, adresse au conseil du Grand Orient de France une demande formelle d’admission.

La loge « Le Réveil de l’Iran » est officiellement incorporée au Grand Orient de France en novembre 1907. Son développement s’inscrit dans l’essor des réseaux maçonniques d’inspiration française au sein d’une partie des élites iraniennes durant la période constitutionnelle.

La participation de Cheikh-El-Molk à ce groupe fondateur prolonge ainsi les liens qu’il avait auparavant établis avec les milieux intellectuels et maçonniques français.

La loge Réveil de l’Iran est considérée comme la première loge maçonnique iranienne régulièrement rattachée à une grande obédience européenne. Active pendant la Révolution constitutionnelle persane, elle joue un rôle pionnier dans la diffusion des idées constitutionnelles, réformistes et libérales parmi les élites iraniennes.

Activité parlementaire

Cheikh-El-Molk entretient également des liens avec le Majles dès les premières années du régime constitutionnel. En 1907, un télégramme adressé au Parlement par les habitants de Sirjan est ainsi transmis « par l’intermédiaire de Cheikh-El-Molk ». Mohammad-Ebrahim Bâstâni Pârizi indique par ailleurs que Mohammad Hassan Cheikh-El-Molk Sirjani accède ultérieurement à la représentation au Majles durant la troisième législature, ouverte en décembre 1914. Les procès-verbaux parlementaires de cette législature attestent effectivement la présence parmi les députés d’un homme désigné sous le titre de « Cheikh-El-Molk » : lors de la séance du 14 Esfand 1293 (mars 1915), celui-ci est notamment affecté à la sixième section du Parlement.

Écrits

Notes et références

  1. 1 2 3 4 Bakhtiari 1999, p. 170-172.
  2. 1 2 3 Monshi Kermani 2012, notice « زیدآباد ».
  3. 1 2 3 4 Bâstâni Pârizi 1985a, p. 55-59.
  4. 1 2 Bâstâni Pârizi 1985b, p. 71-76.
  5. ↑ Rousselet 1901, p. 81-82.
  6. ↑ Azoulay 1902, p. 652.
  7. 1 2 3 Bayat 2009, p. 135.
  8. 1 2 Bâstâni Pârizi 1985d, p. 81-84.
  9. ↑ Bayat 2009, p. 135-136.
  10. 1 2 Bayat 2009, p. 136.
  11. ↑ Bayat 2009, p. 137.
  12. ↑ Vaziri 1991, p. 140-149.
  13. ↑ Bayat 2009, p. 137-138.
  14. ↑ Bayat 2009, p. 135-138.
  15. ↑ (en) Hamid Algar, « Freemasonry ii. In the Qajar Period », sur Encyclopædia Iranica.

Bibliographie