Colinet de Puisieux (également nommé « Colinet de Puisex » ou « Colin de Puisieux »), est le capitaine du Pont de Saint-Cloud. Reconnu coupable d’avoir livré ce pont aux Armagnacs, il est condamné à mort et exécuté aux Halles de Paris ; son corps, démembré, est suspendu au gibet de Montfaucon le 12 novembre 1411.
Contexte
En 1411, le royaume de France est divisé entre deux factions princières: les Bourguignons, soutenant Jean sans Peur, duc de Bourgogne et les Armagnacs, partisans du duc d’Orléans . Cette rivalité s’inscrit dans la guerre civile qui oppose les deux camps pour le contrôle de la régence et du gouvernement sous le règne de Charles VI. La maîtrise des ponts et des points de passages stratégiques autour de la capitale constitue un enjeu majeur. C’est dans ce contexte que, le 13 octobre 1411, sire Colinet de Puisieux, capitaine du pont Saint-Cloud, à l’incitation de son épouse — qui a été gagnée à la cause de la maison d’Orléans par son frère — vend ce pont et le livre aux Armagnacs qui s’en emparent,.
Considéré comme un traître, de Puisieux est arrêté alors qu’il se cache déguisé en prêtre, au sommet du clocher de l’église de Saint-Cloud.
Le roi achète de Puisieux à celui qui l’a capturé, puis le fait conduire à Paris,, où il avoue son crime,.
Exécution
Le jeudi 12 novembre 1411,, Colinet de Puisieux est conduit, avec plusieurs de ses complices, aux Halles de Paris pour son exécution. Dans la charrette qui les conduit au supplice lors d'une parade d'infamie, il est placé sur une planche plus élevée que les autres, tenant une croix de bois dans ses mains, vêtu en prêtre comme au moment de son arrestation,. Sur le lieu du supplice, il est entièrement dévêtu, décapité puis démembré. Ses quatre membres sont exposés aux quatre principales portes de Paris en signe de condamnation publique de sa trahison,,
Son corps est placé dans un sac et ensuite suspendu au gibet, . Les sources consultées ne précisent pas le nom du gibet. Il est donc possible qu’il s’agisse de celui de Montfaucon
Son épouse
L’épouse de Colinet de Puisieux, également arrêtée et enceinte au moment des faits, est incarcérée au Châtelet dans l’attente de son exécution (décapitation) après son accouchement. Elle échappe toutefois au supplice en mourant en couches durant sa détention.
Postérité
Le vendredi 15 septembre 1413, le corps de Colinet de Puisieux est retiré du gibet, ainsi que ses membres, qui sont toujours exposés aux portes de Paris.
Notes et références
Notes
↑Il est possible de supposer qu'il s'agisse du gibet de Montfaucon puisque le nom de Puisieux est tiré du livre de Firmin Maillard, Le gibet de Montfaucon (étude sur le vieux Paris) qui porte sur ce gibet.
↑La rage du peuple est énorme contre de Puisieux parce qu’on le tient pour responsable d’une grande part des malheurs que la ville et les environs ont soufferts, d’autant plus que tous les villages autour y avaient mis leurs biens, lesquels sont entièrement perdus par la trahison de Colinet. Certains affirment avec certitude que ledit Colinet a causé en France un dommage«de plus de deux millions [de livres], sans compter les nombreuses gens de bien qui étaient avec lui, dont il fait tuer les uns, rançonner les autres, et emmener d’autres encore en des lieux dont on n’a ensuite plus de nouvelles». Beaucoup de braves gens qui se trouvaient à l’intérieur furent tués
↑Le nombre de complices varie selon les sources: six (La Barre dans Mémoires pour servir à l’histoire de France et de Bourgogne…), sept (Tuetey dans Journal d’un bourgeois de Paris, 1405-1449 et Maillard, dans. Le gibet de Montfaucon: étude sur le vieux Paris), trois (Laboureur dans Histoire de Charles VI, Roy de France, escrite par les ordres et sur les mémoires et les avis de Guy de Monceaux et de Philippes de Villette…)
Barante, Amable-Guillaume-Prosper Brugière, baron de, Histoire des ducs de Bourgogne de la maison de Valois, 1364-1477, t.1, Paris, Ladvocat, (lire en ligne)
Nicolas de Baye, Journal de Nicolas de Baye, greffier du Parlement de Paris, 1400-1417, t.II, Paris, Renouard, , 350p. (lire en ligne)
Henri Gourdon de Genouillac, Paris à travers les siècles: Histoire nationale de Paris et des Parisiens depuis la fondation de Lutèce jusqu'à nos jours, vol.1, Paris, F. Roy, , 1221p. (lire en ligne)
Louis-François-Joseph de La Barre et Dom Des Salles, Mémoires pour servir à l'histoire de France et de Bourgogne: Contenant un journal de Paris, sous les règnes de Charles VI et de Charles VII; l'histoire du meurtre de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, avec les preuves; les états des maisons et officiers des ducs de Bourgogne de la dernière race, enrichis de notes historiques très-intéressantes pour un grand nombre de familles illustres; des lettres de Charles le Hardy, duc de Bourgogne, au sieur de Neufchastel du Fay..., Paris, Julien-Michel Gandouin et Pierre-François Giffart, , 743p.
Jean Le Laboureur, Histoire de Charles VI, roy de France, escrite par les ordres et sur les mémoires et les avis de Guy de Monceaux et de Philippes de Villette, abbez de Sainct-Denys, par un autheur contemporain religieux de leur abbaye: Contenant tous les secrets de l'Estat, et du schisme de l'Église, avec les interests et le caractère des princes de la chrestienté, des papes, des cardinaux, et des principaux seigneurs de France, t.2, Paris, Louis Billaine, (lire en ligne)
Firmin Maillard, Le gibet de Montfaucon (étude sur le vieux Paris): Gibets — Échelles — Piloris — Marques de haute justice. Droit d’asile — Les fourches patibulaires de Montfaucon — Documents historiques. Description — La légende des suppliciés. Scènes de la dernière heure, Paris, Auguste Aubry, , 106p. (lire en ligne)
Alexandre Tuetey, Journal d'un bourgeois de Paris, 1405-1449: Publié d'après les manuscrits de Rome et de Paris, Paris, H. Champion, libraire de la Société de l'histoire de Paris, , XLVIII-415p. (lire en ligne)