| Concha Bonita | |
| Livret | Alfredo Arias, René de Ceccatty |
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| Sources | Folies-Fantômes : mémoires imaginaires d'Alfredo Arias |
| Lyrics | Alfredo Arias, René de Ceccatty |
| Musique | Nicola Piovani |
| Mise en scène | Alfredo Arias |
| Décors | Françoise Tournafond, Julie Mertzweiller |
| Costumes | Françoise Tournafond, Patricia Faget |
| Lumières | Laurent Castaingt |
| Production | Ariel Goldenberg |
| Première | 5 décembre 2002 Théâtre National de Chaillot |
| Dernière | 12 avril 2003 Maison de la culture d'Amiens |
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Concha Bonita est une comédie musicale d'Alfredo Arias et René de Ceccatty de 2002, sur une musique de Nicola Piovani. L'héroïne éponyme de la pièce est une femme trans, Concha Bonita. L'action se déroule en cinq actes, entièrement chantés.
Dans sa jeunesse, Pablo, footballeur argentin professionnel, a quitté son pays pour Paris. En France, il a effectué sa transition et, en tant que femme, s'est baptisé Concha. Sublime et fantasque, on lui a vite accolé le surnom de « Concha Bonita ».
Les années passent. Riche, épanouie et heureuse, Concha mène une existence exaltante aux côtés de son amant Raimundo et de son coiffeur Carlos. Tout serait parfait si elle n'était pas hantée par l'homme qu'elle était jadis, Pablo, et l'idéal féminin qu'elle aspire encore à devenir, Evaavabette.
Mais son quotidien insouciant vole en éclat lorsque Myriam, son ancienne maîtresse de Buenos Aires, reprend contact avec elle. Myriam ne sait pas que Pablo est devenu Concha, tout comme cette dernière ignore totalement l'existence de leur enfant ! Or, leur fille Dolorès (dite Dolly) rêve de rencontrer ce père qu'elle n'a jamais connu.
Concha pourra-t-elle gérer cette « paternité » à retardement ? Dolorès acceptera-t-elle Concha dans sa vie ? Comment Myriam vivra-t-elle la transition de son ex amant ? Comment Raimundo et Carlos vont-ils épauler leur divine Bonita dans les nombreux changements à venir ? Les protagonistes ne sont pas au bout de leurs surprises...

Par ordre d'apparition
Le projet commence à germer dans l'esprit d'Alfredo Arias sous une forme littéraire : la trame, dans ses grandes lignes, est déjà présente dans son roman Folies-Fantômes : mémoires imaginaires (1997).

Pour transposer le projet sur la scène musicale, il fait appel au romancier et dramaturge René de Ceccatty ; Concha Bonita marque ainsi leur troisième collaboration, après Mortadela et Peines de cœur d'une chatte française. Arias décide de confier la partition à Nicola Piovani, compositeur oscarisé en 1997 pour La Vie est belle de Roberto Benigni.
Pour tenir le rôle principal, il pense d'emblée à l'une de ses connaissances, Catherine Ringer, autrice-compositrice-interprète et multi-instrumentiste inclassable du rock français, figure indissociable des Rita Mitsouko : « C'était inéluctable que je la choisisse pour le rôle-titre [...]. Avoir Catherine dans ce rôle, c'était comme un rêve, comme accéder à une pierre précieuse. Pour la première fois, elle a dû jouer un rôle. Il y avait en elle quelque chose de l'ordre de la régression, de l'enfantin lorsqu’elle découvrait une scène ». Pour camper Myriam (l'ancienne amante de Concha), Arias choisit l'artiste italiano-argentine Alejandra Radano qu'il a découverte en 2000, à Buenos Aires, dans une production de Chicago. Face aux vétérans Jacques Haurogné et Mauro Gioia, on retrouve également les jeunes Vincent Heden (Titanic ; Tintin et le Temple du soleil) et Claire Pérot (dont il s'agit du premier rôle sur scène). Enfin, les sopranes baroques Gaëlle Mechaly et Isabelle Desrochers se partagent le rôle de la diva fantasmée Evaavabette.
Le spectacle fait ses débuts au Théâtre National de Chaillot.
La comédie musicale reçoit un accueil diversifié des critiques. D'une façon générale, la presse salue le talent des interprètes (musiciens comme chanteurs), l'originalité de la proposition, le ton libre employé par Alfredo Arias ainsi que le travail effectué par Françoise Tournafond sur les décors et les costumes. Elle déplore en revanche le style trop familier de René de Ceccatty et l'absence d'irrévérence dans le traitement des thématiques. La musique de Nicola Piovani suscite également de nombreux débats.
Télérama évoque « éblouissant mélodrame musical, où, sur fond de paillettes, de strass et d'invraisemblables tenues hollywoodiennes dans des décors capitonnés de rose, se jouent aussi, subtilement, transgression, interdit, histoire de paternité, de maternité, d'amour, d'enfant... Bref, tout un monde exulte ici entre insolencе, dérision et bouleversant romanesque. On rit, on pleure devant une théâtralité à couper le souffle, une mise en scène digne des revues les plus inventives, une musique à fredonner sans fin, des musiciens et interprètes survoltés ».
Carlos Gomez, du Journal du Dimanche, se montre dithyrambique : « Arias sera toujours un auteur androgyne que l'ambivalence fascine. [...] Dans Concha, on change de sexe comme d'autres d'avis, mais sans jamais perdre le sourire. C'est presque court (1h40) drôle, léger, piquant, outrancier, mais toujours dominé, à l'instar d'une phénoménale Catherine Ringer et des robes hallucinantes de beauté qu'elle porte. On sort de là en se disant : "La vie est belle !" La faute à Nicola Piovani, mélodiste accrocheur ».
Le Figaro est particulièrement élogieux : « S'il est un spectacle musical à voir à Paris en ce début d'année, c'est bien Concha Bonita. Voici enfin une vraie création, avec de vrais chanteurs, un vrai texte, de vrais costumes et de vrais décors, et par-dessus le marché une vraie partition, avec une ligne mélodique qui vous emmène du début à la fin. Evidemment, comme toujours chez Alfredo Arias, l'histoire est un peu abracadabrante. [...] La prouesse du metteur en scène argentin est de savoir mélanger les genres : boulevard et comédie musicale, avec un zeste d'opérette. Mais sa plus grande réussite est d'avoir conçu des rôles sur mesure pour des artistes exceptionnels [...]. On n'est pas ici dans une comédie musicale pour premier âge, mais dans du Georges Feydeau ou du Eugène Labiche, esprit d'Arias en plus. Musicalement, cette comédie est excellente, avec une composition de Nicola Piovani merveilleusement interprétée par un orchestre que l'hétérogénéité de ses musiciens n'empêche pas d'être très soudé. Avec pareille richesse de genres, de caractères et de talents, ce spectacle est le meilleur antidote à l'épidémie de comédies qui frappe la France depuis trois ans. Ici, le marketing est une notion inconnue, et le public n'a rien d'une cible. Plus simplement, le metteur en scène a fait ce qui lui pas sait par la tête, comme tout créateur honnête, comme tout artiste digne de ce nom ».
Le Quotidien du médecin loue « une comédie enjouée et mélancolique » : « Une musique qui tisse les rythmes d'une Argentine perdue, en tango, mambo, bolero comme autant d'élancements nostalgiques et qui est magnifiquement vivante par la grâce de l'excellent orchestre dirigé par le pianiste Nicola Tescari à la tête d'une quinzaine d'interprètes. [...] Et puis, sur le plateau, dans les costumes de fantaisie pétillante imaginés par Françoise Tournafond, [...] les acteurs-chanteurs sont tous remarquables. [...] Vincent Heden dans la tendresse, Mauro Gioia dans la séduction inquiète, Jacques Haurogné dans la finesse bouleversante. [...] Isabelle Desrochers ou Gaëlle Mechaly, fortes de la discipline baroque, sont fines, fermes, idéales. Myriam bénéficie du métier de music-hall d'Alejandra Radano tandis que Claire Pérot qui a l'air d'avoir douze ans dans sa robe écossaise et se métamorphose en un clin d'œil, impose magistralement Dolorès-Dolly. [...] Catherine Ringer, rôle-titre et meneuse amusée avec coups de cils à la salle, se prête avec ardeur au jeu de la troupe. Son audace vocale, son tempérament puissant, sa grâce font merveille. Elle porte haut l'ironie d'Arias comme l'obscur chagrin qui court sous les airs entraînants ».
Le Pariscope juge le résultat trop sage mais encense le travail de la costumière-décoratrice Françoise Tournafond et les prestations : « Personnage excessif, émouvant, drôle, Catherine Ringer est l'interprète idéale, elle sait et peut tout faire. Une nature. Sa voix troublante et ambiguë se prête à toutes les fantaisies musicales et vocales. Son côté burlesque est accentué par les costumes extravagants et superbes de Françoise Tournafond, qui signe également le décor. [...] Avec un tel sujet et une étonnante interprète, on attendait une comédie plus folle, plus déjantée, moins nostalgique. Mais ne boudons pas notre plaisir, tous les comédiens chanteurs sont parfaits et Catherine Ringer est une meneuse de revue phénoménale ».
Le Nouvel Obs partage ce ressenti : « Les décors bonbonnières et les costumes de Françoise Tournafond sont d'une beauté extravagante, la mise en scène d'Arias frise le raffinement extrême, mais on n'y retrouve pas le grinçant, le trouble qui d'ordinaire en font la force. La musique de Nicola Piovani reste dans son rôle d'accompagnement [...] Manque à notre bonheur un grain de folie ».
Les Échos sont plutôt élogieux. En dépit des réserves émises quant au texte de René de Ceccatty, le journaliste Michel Parouty se montre enjoué : « Musicien des derniers Frederico Fellini, de Nanni Moretti, de Roberto Benigni, Nicola Piovani a composé une partition haute en couleur, riche en clins d'œil aux rythmes sud-américains, traversée par quelques réminiscences de Nino Rota. [...] Bel exemple de pluralité nationale et culturelle, [le] tout est une réussite, celle d'une véritable équipe, qui n'économise pas son énergie et qui est soutenue, ce qui est rare aujourd'hui, par un orchestre et non une simple bande. [...] Tous entourent Catherine Ringer, superbe Concha, voix ambiguë et troublante, charisme de reine, comédienne subtile, l'une de ces bêtes de scène qui savent tout faire et que les Anglo-Saxons pourraient nous envier. Dans le décor de Françoise Tournafond, aussi rose que l'était la villa hollywoodienne de Jayne Mansfield, Arias n'a pas son pareil pour faire naître l'émotion, la casser tout aussi vite, et mener son spectacle à la vitesse d'une revue. Derrière la féerie nostalgique, il parle de lui, de nous. Du monde d'aujourd'hui et de ses marges ».
La même problématique s'impose à Libération, qui juge le livret de Ceccatty « mince et convenu » et l'ensemble trop ambitieux. Eric Dahan admet toutefois que Concha Bonita surplombe bien d'autres projets musicaux parisiens : « Rencontre du théâtre de boulevard et des variétés, la comédie musicale tire sa noblesse de son populisme et de sa frivolité assumée. [...] Catherine Ringer trouve l'occasion de réaliser un rêve et ses fans ne sont pas volés : descente de grand escalier, transformations physique et vocale, mouvements chorégraphiques, on ne connait pas beaucoup de "performers" français possédant son métier ».
Tout en déplorant le manque de tonus du show et le ton inabouti du livret, Jean-Pierre Bourcier de La Tribune salue ses interprètes : « Catherine Ringer fait la nique à bon nombre de champions de la tessiture des deux sexes. [...] Alejandra Radano montre tout son abattage de professionnelle des comédies musicales, les vocalises d'Isabelle Desrochers formée chez William Christie sont impressionnantes, Mauro Gioia est un as de la chanson napolitaine, Jacques Haurogné un chanteur swinguant, le jeune Vincent Heden un vrai comédien de musical et Claire Pérot a déjà un nom dans le même genre. Dans la fosse, les quinze musiciens de l'orchestre donnent une belle chaleur à la petite troupe qui ne se prive pas d'étaler plumes magnifiques et beaux costumes [...]. Reste que le livret est d'un convenu désarmant. Trop bien élevé, il garde la ligne du mélo nostalgique. Tout comme la musique rabâcheuse, trop contrainte dans ses phrases chaloupées pour devenir entêtante. Quand au décor, si astucieux soit-il, son côté kitsch rappelle les opérettes des années 50. La sensibilité d'Arias ne perdrait rien d'un style plus pétaradant ».
Le Monde se montre plus sceptique et reproche au spectacle son manque de légèreté : « [Alfredo Arias] sait tout faire, trébuche parfois, mais son nom au haut d'une affiche est en général le signe que l'on va sortir avec la bouche en demi-lune. Mais cette Concha bonita, luna bonita a le croissant tombant et passablement tristoune. Avec Catherine Ringer dans le rôle principal de Concha, qui tire on ne pourrait mieux son épingle du jeu par une présence forte mais contenue – loin de ses excentricités scéniques chez les Rita Mitsouko –, on pensait trouver là de quoi jubiler. [...] Las ! L'atmosphère est de plomb. Faute à la musique d'abord, dont la platitude mélodique, rythmique, harmonique est confondante ».
La comédie musicale est éditée en cassette vidéo puis en DVD.
Le spectacle est joué en Italie courant 2005, toujours mis en scène par Alfredo Arias. L'adaptation est signée par Vincenzo Cerami et le compositeur original de la comédie musicale, Nicola Piovani. Le projet est porté par la Compagnia della Luna ; il se joue notamment au Teatro Ambra Jovinelli et au Teatro Brancaccio, à Rome.
Catherine Ringer, Mauro Gioia et Alejandra Radano reprennent leurs rôles.

Par ordre d'apparition,
La comédie musicale remporte un grand succès et s'étend sur une tournée de 105 dates qui s'achève en 2006.
La version italienne bénéficie d'une sortie en CD comprenant l'intégralité des titres.