Le conditionnel est un mode verbal qui, dans la plupart des langues romanes contemporaines, exprime le "futur du passé": le verbe ainsi conjugué dénote un état ou une action postérieurs à ceux que dénotent la proposition principale ou le contexte.
Le mode conditionnel peut aussi exprimer une éventualité, une incertitude, ou atténuer le propos.
Certaines langues signifient tout ou partie de ces valeurs par d’autres moyens.
Celles qui disposent de formes spécifiques dans ce but sont appelées «langues à conditionnel».
Langues à conditionnel et langues sans conditionnel
L'existence d'un même marqueur de la valeur temporelle de futur dans le passé et de valeurs modales, est un trait définitoire des conditionnels des langues romanes, à l'exception notable du roumain. On retrouve cependant des formes équivalentes dans d’autres langues: notamment les créoles, les langues germaniques, le chinois, le thaï et le vietnamien.
Langues romanes
Le conditionnel n'existe pas en latin. Dans les langues romanes, il est issu d'une périphrase verbale «infinitif + habēre («avoir»)». Cette périphrase apparaît en bas latin au début du iiiesiècle, où elle s'observe chez les écrivains et théologiens chrétiens, à partir de Tertullien.
On peut distinguer trois types de formation du conditionnel dans les langues romanes:
dans certaines langues, en particulier le florentin et le siennois, et par conséquent, l'italien littéraire, la désinence du conditionnel est issue du verbe habere conjugué au parfait;
certaines langues utilisent un système mixte de désinences, issues tantôt de l'imparfait et tantôt du parfait;
enfin, certaines langues, et en particulier les langues romanes de France et d'Espagne, utilisent des désinences issues de l'imparfait.
En français, le conditionnel, ou formes en «-rais», est un temps de l'indicatif. Bien que la tradition le reconnaisse comme un mode à part entière, cette approche est désormais minoritaire chez les grammairiens.
Sur le plan morphologique, on distingue deux formes du conditionnel:
une forme simple, le «conditionnel présent»: «il chanterait»;
une forme composée, le «conditionnel passé»: «il aurait chanté».
Le conditionnel présent se forme en ajoutant à la base du futur simple, la désinence -r-, [ʁ],
suivie des désinences de l'imparfait (-ais /ɛ/, -ait /ɛ/, -ions /jɔ̃/, -iez /je/, -aient /ɛ/),.
Le conditionnel passé est formé de l’auxiliaire "être" ou "avoir" au conditionnel présent, suivi du participe passé.
Le conditionnel a une valeur temporelle: il peut exprimer un futur vu à partir d'un moment du passé, ce qui lui vaut parfois le nom de «futur dans le passé».
Il peut également avoir des valeurs modales:
expression de l'hypothèse, du potentiel, de l'irréel, d'une demande ou d'un conseil atténué.
Langues germaniques
Les travaux linguistiques en langues anglaises ne traitent pas d'un temps verbal conditionnel mais de la conditionnalité et des différentes formes de son expression. Cependant, le linguiste André Rousseau suggère que le conditionnel dans les langues germaniques a une origine parallèle à celle du conditionnel dans les langues romanes. De même que la langue romane a formé son futur et son conditionnel à partir de l’auxiliaire habēre, le gotique a formé ces formes verbales avec l'auxiliaire haban «avoir».
Contrairement à une certaine stabilité du choix de l’auxiliaire entre le latin et les langues romanes, le germanique a abandonné l’auxiliaire haban au profit de skulan «devoir» pour le vieil-anglais et de wairþan «devenir» pour le vieux-haut-allemand, ces deux auxiliaires existant déjà en gotique.
Anglais
L'existence d'un «conditionnel» en anglais est sujette à débat. En anglais, il n’y a pas eu de processus de grammaticalisation de la périphrase would + V aboutissant à la création d’une forme synthétique dédiée,.
«Le débat «le conditionnel est-il un mode ou un temps de l’indicatif?» —aussi vieux que la grammaire française— n’est toujours pas vraiment réglé, même si la balance penche actuellement du côté du second membre de l’alternative.»
12André Rousseau, «Futur et ‘conditionnel’ dans les langues romanes et germaniques: pour une analyse résolument nouvelle» dans Bres, Azzopardi et Sarrazin 2012, p.77-84
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(it) Mario Squartini, «La relazione semantica tra futuro e condizionale nelle lingue romanze», Revue Romane, vol.39, no1, , p.68-96
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Wilhelm Meyer-Lübke (trad.Eugène Rabiet et Auguste Doutrepont), Grammaire des langues romanes, Paris, H. Welter,