
Le conte limousin est une catégorie littéraire qui englobe les écrits, produits sous les diverses formes que peut prendre le genre littéraire du conte, qui illustrent tel ou tel aspect du Limousin (épisodes merveilleux, faits historiques ; activités économiques ; vie quotidienne, etc.) ; et, en même temps, le conte limousin est rattaché au conte français, et il est donc un ensemble d'œuvres appartenant à la littérature française.
Le domaine littéraire du conte limousin recouvre des récits produits à l’oral comme des récits inventés sous forme écrite, des contes restitués en langue limousine comme des contes donnés en français, des contes populaires comme des contes savants.
Ce qui est exprimé dans les récits appartenant au domaine du conte, auquel appartient le conte limousin, a été mis en lumière par Bruno Bettelheim, dans son ouvrage Psychanalyse des contes de fées (ouvrage initialement publié en 1976) :
« Ils [les contes de fées] sont uniques, non seulement en tant que forme de littérature, mais comme œuvres d’art qui sont plus que toutes les autres comprises par l’enfant. (…)
En tant qu’œuvres d’art, les contes de fées présentent de nombreux aspects qui vaudraient d’être explorés en dehors de leur signification et de leur portée psychologiques qui font l’objet de ce livre. Notre héritage culturel, par exemple, trouve son expression dans les contes de fées et il est transmis à l’esprit des enfants par son intermédiaire. »
L'unicité qui existe dans les divers textes appartenant au domaine du conte, auquel appartient le conte limousin, a été éclairée à travers les leçons de Vladimir Propp, énoncées dans son livre Morphologie du conte (ouvrage initialement publié en 1928) :
« Quelles sont les conclusions que ce schéma permet de tirer ? D’abord, il confirme notre thèse générale sur l’uniformité absolue de la structure des contes merveilleux. Les variations de détail isolées ou les exceptions ne brisent pas la constance de cette loi.
Apparemment, cette première conclusion générale ne s’accorde pas du tout avec nos idées sur la richesse et la diversité des contes merveilleux. »
Le collecteur de contes effectue ce travail indispensable qui permet de garder trace de récits qui ne sont connus que dans la mémoire de personnes du Limousin qui connaissent tel ou tel récit merveilleux qui n'a pas été, jusque-là, transcris dans une forme écrite et publiable.
On peut citer, parmi les écrivains qui ont collecté des contes limousins (les collecteurs ont souvent recueilli la version d'un conte, qui est un récit déjà connu, une version qui est propre à la personne qui est sollicitée par la collectrice / le collecteur), deux auteurs qui ont joué un rôle important pour la connaissance du conte limousin.
La collecte des récits auprès des conteurs et des conteuses est faite aussi, naturellement, par des personnes qui n’ont pas pour but, dans leur travail, de produire des textes, soit ré-écrits à partir de telle ou telle version d’un conte, soit inventés autour de tel ou tel motif de conte limousin.
Ces personnes, qui sont des spécialistes dans divers domaines, ceux du folklore, de l’ethnologie, de la littérature populaire, de la langue limousine, ont, en fait, un autre objectif, qui est de proposer des recueils rassemblant des versions de contes, transcrites fidèlement (et non pas ré-écrites), à, partir de l’écoute de conteurs et de conteuses.
En matière de recueils de contes qui sont des anthologies de récits collectés auprès des conteurs et des conteuses par des collecteurs ou des collectrices, spécialistes de la culture populaire, il faut, bien sûr, citer ici le très important ouvrage de Paul Delarue et Marie-Louise Ténèze, Le Conte populaire français, publié en 4 tomes, entre 1957 et 1985, et réédités par Maisonneuve et Larose, en 2002. Cette grande et précieuse compilation de contes présente le texte intégral de plus de 200 récits, dont quelques-uns appartiennent au domaine du conte limousin.
Le savoir le plus reconnu dans le domaine du conte a donc été rassemblé par Paul Delarue qui a décrit le Conte français dans le passé dans la préface du tome premier de l’ouvrage dont il a été l’initiateur, et qui a été poursuivi par Marie-Louise Ténèze, Le Conte populaire français.
Concernant les siècles qui précèdent le XVIIe siècle, Jean Rouquette, traitant de la littérature d'oc pour toutes les régions concernées par cette littérature, a célébré le conte :
« C'est à ce moment (aux XIVe et XVe siècles) qu'on commence à suivre la création populaire de contes, de noëls, de poésie folklorique, de prières plus ou moins magiques (Lo Verbe à Dieu), et de chansons qui forment le capital de la littérature orales du Pays d'Oc. […]
Il se constitua à cette époque (ou même antérieurement), la plus merveilleuse des proses, celle du conte populaire, la plus riche d'expression, la plus sensible au rythme du sentiment, au sens profond du mythe. Cette littérature est orale, et on la trouve à cent états différents ; un conte avance dans le temps et dans l'espace, chargé des tours nouveaux, des trouvailles, des développements, voire des interprétations de chaque génération de conteurs. »
Pour la période qui est celle de la fin du XVIIe siècle, et celle du XVIIIe siècle, Paul Delarue évoque trois courants, pour ainsi dire.
Un domaine voisin de celui du conte est celui de la fable ; dans ce domaine de la fable figure le recueil de Jean-Baptiste Foucaud, Quelques fables choisies de La Fontaine, mises en vers patois limousin, publié en 1809 ; ce recueil se place dans l’héritage des courants du XVIIIe siècle, et il est, en quelque sorte, le « grand ancêtre » dans la catégorie littéraire qui est celle du conte limousin. Une vingtaine d’années plus tôt, un autre auteur limousin, François Richard composait des textes qui se rapprochent de ceux de Jean-Baptiste Foucaud, des poésies, et aussi des récits en forme de fables ou de contes.
Les récits de Jean-Baptiste Foucaud sont donc publiés à Limoges en 1809, et on constate que, dans les soixante années qui suivent cette publication, soit pendant deux générations, pour ainsi dire, le conte limousin est un genre ignoré des milieux littéraires et scientifiques, et cela est également vrai pour les contes de toutes les régions de France : « Vers 1860, La France ne possède encore aucun recueil de contes populaires qui aient été recueillis avec un minimum de garanties scientifiques. »

À l’inverse, les deux générations qui suivent, des années 1860 jusqu’à la fin de la première guerre mondiale, sont riches, pour le conte limousin, en publications, ou bien de recueils de contes « récrits » par des écrivains (comme André Léo, Jean Grange, ou Jérôme Tharaud et Jean Tharaud), ou bien de compilations de récits recueillis par des collecteurs (comme Pierre-Paul Dachy, Denis Roche, ou Georges-Michel Coissac).
Dans la génération suivante, celle qui suit la première guerre mondiale, ce qui est vrai pour le conte français, en général, est également vrai pour le conte limousin : « Entre les deux guerres mondiales, l’étude et les recherches sur le conte sont à peu près suspendues en France. »
Dans les deux générations les plus proches de nous, qui sont celles qui mènent de la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’à nos jours (en 2012), nous assistons, pour le conte français, comme pour le conte limousin, à la publication de recueils, assez nombreux, qui présentent, soit « des contes sophistiqués, arrangés par des écrivains », soit « des contes authentiques tels qu’ils sont sortis de la bouche du peuple » ; on comprend que cette collecte de contes se fait moins prolifique, au fur et à mesure que le temps passe ; il reste que tout le travail de collecte qui a été fait après 1945 nous a laissé de précieux recueils de contes, comme ceux de Paule Lavergne, ou ceux de Marcelle Delpastre, ou encore ceux de Claude Seignolle.
Pour le XXe siècle, Charles Camproux, traitant de la littérature d'oc dans toute son étendue géographique, a rendu hommage au genre littéraire du conte :
« Le conte, la nouvelle et le roman ont une importance non négligeable. La quantité n'en est pas très grande, sauf en ce qui concerne le conte, comme il est naturel pour une littérature écrite dans une langue essentiellement populaire. Il est inutile de signaler ici la multitudes des conteurs depuis Mistral. Il n'est aucune des nombreuses revues locales, félibréennes ou non, aucun des journaux, surtout hebdomadaires qui n'ait accordé leur place aux conteurs populaires. La réunion de tous ces contes en volumes constituerait à elle seule une bibliothèque. Beaucoup, d'ailleurs, sont demeurés anonymes. Cependant, ils sont, pour la plupart, écrits en une prose pleine de qualités littéraires bien que, ou plutôt parce que toujours très près du style même du peuple, de celui de ces conteurs dont les trouvailles quotidiennes resteront toujours inconnues pour n'avoir eu qu'une existence purement orale. »
Parmi les auteurs de cette « bibliothèque idéale » du conte limousin, le nombre d’écrivains féminins est assez important, représentant environ un tiers du total ; les auteurs qui ont présenté, dans les recueils qu’ils ont publiés, des récits en langue limousine est important également, avec environ un tiers des ouvrages qui contiennent des textes en langue limousine ; les auteurs liés au mouvement du félibrige sont présents dans cette liste, comme Marcellin Caze, Pierre Verlhac et Henri Monjauze, Eusèbe Bombal, Marguerite Priolo, et on peut relever le rôle joué par le Félibrige limousin (mouvement visant à la sauvegarde, l’illustration et la promotion de la langue limousine et de la culture spécifique du Limousin) dans la collecte des contes.
Cette « bibliothèque idéale » présente des œuvres qui sont vieilles de plus de 12 ans (en 2012), qui ont donc été publiées avant 2000, et qui sont donc comme des « classiques » du genre, et qui couvrent deux siècles de publication de recueils de contes :

La liste suivante inclut des contes, publiés plus récemment, soit dans des recueils, soit dans des revues :

La chasse volante, également connue sous le nom de Chasse fantastique, évoque le grand bruit d’une tempête nocturne, et aussi des vols d'oiseaux migrateurs, et également, dans l’esprit de certains, des cavaliers en chasse et des meutes de chiens, emportés dans les airs.
Voici la chasse volante, dénommée ici « chasse galerine », telle qu’elle est évoquée dans l’un des récits des recueils de notre « Bibliothèque idéale » : « À l'époque de l'Avent, il n'y a pas que les loups-garous qui se promènent. La chasse galerine se met en voyage. On dit que ce sont les âmes des enfants morts sans baptême et pourchassés par le démon. Ces pauvres enfants poussent des cris terribles, surtout la nuit, dans les bois, pour appeler à leur secours. Un chevalier qui traversait une forêt, en plein minuit, au temps de l'Avent, entendit ces cris et il comprit ce que c'était. Il planta son épée en terre, mit son mouchoir dessus et dit : « Je veux être parrain ». Les cris cessèrent aussitôt, et des voix demandèrent, de tous côtés :
Alors trois anges descendirent du ciel ; ils baptisèrent les enfants sur l’épée du chevalier ; et les bruits terrifiants cessèrent pour toujours dans cette contrée. »
Le Meneur de loups est un personnage légendaire, qui existe dans les contes du Limousin, comme dans les contes d’autres régions de France ; de telles personnes ont un pouvoir leur permettant de commander aux animaux.
Voici un meneur de loups dont le rôle, étrange et important, est mis en lumière dans l’un des textes de notre « Bibliothèque idéale » : « On raconte très sérieusement qu'un propriétaire de la commune de Laroche, près Feyt, canton d'Eygurande, village de Trémouline, n'eut jamais de moutons dévorés par suite de la précaution qu'il prenait de faire « enclaver » le loup. Les troupeaux du voisinage furent au contraire constamment décimés. Comme il est d'usage en ce pays, aussi bien que sur tout le plateau de Millevaches, de laisser au berger la tenue d'une ou de plusieurs bêtes à laine avec celles du maître, il arriva qu'une jeune bergère, nouvellement louée, adjoignit au troupeau une brebis qui lui appartenait. La brebis fut dévorée le jour même, le propriétaire ayant négligé de prévenir le meneur de loups. »
Le Loup-garou est un homme, et parfois une femme, qui ont la capacité de se transformer en un loup, ou en une créature proche du loup.
Voici comment est décrit un loup garou dans l’un des récits des recueils de notre « Bibliothèque idéale » : Au temps jadis, les gens croyaient beaucoup au loup-garou. C'est une bête, le loup-garou, qui marchait debout sur deux pattes et qui avait de la fourrure sur le dos, comme une sauvagine, une queue, et du poil aussi long que celui du loup, aussi raide que celui du sanglier. En réalité, ce n'était peut-être pas vraiment une bête. Si on le voyait la nuit, c'était une bête, et l'on pouvait en avoir peur. Mais le jour, c'était un homme ordinaire, à n'y rien connaître. On lui parlait, et il faisait son travail comme tout un chacun. C'était peut-être votre voisin, ou votre père. Une seule chose aurait donné à penser : dans son état d'homme comme dans celui de bête, le loup-garou se léchait les lèvres. Leu-leu - tout à coup, il sortait le bout de sa langue et se léchait les lèvres.
« Un matin, en se réveillant, le loup péta trois fois : prot !… prot !… prot !… - Diable !… dit-il, péter à jeun n’est pas bon signe. Je verrai bien ce qui m’arrivera… À présent, il me faut penser à déjeuner. Où vais-je me diriger ?… Le loup se trouvait au sommet de la Jarrige, en bordure du taillis, et, de là-haut, il voyait le village de Chastagnol, et aussi les bêtes qui commençaient à sortir des étables… - Tiens !… dit-il, je vais me rendre par là-bas… Il y a un peu de temps que je n’y suis pas allé. Et le loup de prendre la course, et de se diriger vers Chastagnol. »
« Une bergère dont le nom n’a pas été retenu – vous comprendrez pourquoi – gardait son petit troupeau dans les landes sauvages du Puy de Pauliat, qui domaine Obazine, en chantant les pastourelles que les veillées nous ont conservées. Comme dans les contes de tous les pays, la plupart évoquent l’apparition du beau seigneur, du prince charmant qui vient parfois surprendre, et même épouser la petite bergère. (…) Et notre bergère, en gardant ses moutons, rêvait que vers elle viendrait aussi un jour le gentil seigneur. Il fut soudain devant elle, à quelques pas. Beau certes, vêtu de riches habits, il eût été séduisant si, dans ses yeux froids, n’avait brillé une étrange lueur, comme une petite flamme dansante, diabolique. La bergère en fut glacée de terreur, car c’était bien le diable, qui avait si souvent hanté ses nuits. »
« Au bourg de Monteladone, il y avait autrefois une vieille femme qui vivait avec sa petite-fille Silvine. Autant la grand-mère était travailleuse et bien tenue, autant la petite-fille était sale et fainéante ; elle passait ses journées à courir le village et les champs en chemise et les cheveux au vent. Elle faisait toutes sortes de mauvais tours aux gens du village et se bataillait sans cesse avec les garçons. Pour toutes ces raisons, on l’avait surnommée la « Gorra » ; elle était devenue « Silvina la Gorra. »
Il faut ajouter à tout ce que l’on vient de dire que la grand-mère passait dans le village pour être un peu « fachinièra », c’est-à-dire sorcière. », un texte qui a été réédité dans Lemouzi, en 1991.
Les conteurs et conteuses des temps passés, comme ceux et celles d’aujourd’hui, disposent de divers moyens pour divertir les petits et les grands, à travers les récits qu’ils écrivent ou bien à travers les textes qu’ils restituent oralement ; l’une de ces pratiques est celle de la « formulette de fin ».
La « formulette de fin » est une manière malicieuse de clore un récit ; voici trois formulettes de fin qui sont utilisés dans le conte limousin, et que l’on retrouve, çà et là, dans le corpus de textes du conte limousin, tel que nous l’avons présenté, plus haut, comme la « Bibliothèque idéale » :

Deux revues ont joué (une de ces deux revues, Lemouzi, existe encore, et elle joue un rôle important dans le domaine du conte limousin) un rôle significatif dans la mise en valeur des contes limousins.
Les sites Internet qui traitent du conte limousin sont, à la fois assez peu nombreux, et également d'une richesse plutôt modeste en nombre de récits qui appartiennent au domaine du conte limousin.
Le conte limousin est mis en valeur avec beaucoup d'éclat, et avec un grand retentissement dans la vie culturelle de la région Limousin, à travers trois manifestations qui, par leur dimension, méritent d'être mises en lumière, parmi toutes les animations, rencontres, consacrées au conte limousin. Ces trois festivals sont connus comme : « Les Sortilèges de la pleine lune » ; « Coquelicontes » ; « Paroles de Conteurs ».
Le conte limousin a des prolongements dans la littérature romanesque ; on trouve ainsi, dans trois ouvrages de fiction, d'époque différente, et tous les trois œuvres d’auteurs liés au Limousin, l’un des thèmes des contes et des légendes du limousin, la chasse volante, un nom que l’on donne à un épisode de tempête nocturne, avec un fracas assourdissant, un vent violent, et des images et des bruits de cavaliers et de chiens, qui semblent emportés comme par une malédiction dans une course sans fin.
« Suzette se leva précipitamment comme pour se rendre sur-le-champ à l'endroit désigné, bien qu'on fût à peine en ce moment au milieu du jour. Cette impatience parut de bon augure au rusé devin, qui soupçonnait encore quelques écus dans la pochette de sa dupe. Il retint la jeune fille par un geste amical :
- Tu as bien le temps, dit-il ; reste un peu avec moi, tu es une bonne fille. Ah ça, j'espère que tu ne vas pas avoir peur ce soir, si tu entends derrière toi quelque chose d'extraordinaire ; surtout garde toi bien de faire le signe de croix !
- Et que pourrai-je entendre, bon Dieu ! demanda Suzette avec inquiétude.
- Mais… des cris effrayants, des voix qui te diront des injures, peut-être des claquements de fouet et le bruit de la “chasse volante”. Je t'ai avertie, ne te retourne pas, ou je ne réponds de rien. »

Le recueil de conte, dans la tradition des recueils de contes des temps passés, a été, et il est encore aujourd'hui, une publication qui a été, et qui est encore, souvent enrichie par des illustrations. Il en est ainsi de l'ouvrage de Geneviève Maury, « L'Enfant à la charrue, huit contes limousins du temps de guerre », publié en 1918, et qui a été illustré de gravures sur bois par François-Louis Schmied, artiste suisse, né en 1873, peintre, graveur, éditeur, personnalité du mouvement Art déco. Un second exemple de recueil illustré par un artiste de grande notoriété avec l'ouvrage de Gabriel Nigond, « Les contes de la Limousine », publié en 1903, et qui a été illustré par Fernand Maillaud, né en Indre en 1862, peintre, illustrateur, qui se rattache au courant du postimpressionnisme.
L'idée selon laquelle les récits anciens du conte limousin sont maintenant dans leur quasi-totalité comme « figés » dans la transcription écrite qui a été faite de ces récits par celles et ceux qui ont ou bien collecté ou bien récrit ces histoires, cette idée n'est pas juste. On peut dire, en effet, que le « merveilleux », loin d'être « figé » dans nos sociétés contemporaines, continue à vivre, à se construire, même si cela se fait dans un cadre qui n'est plus celui des veillées dans le cantou.
Cette dynamique du « merveilleux » est bien réelle et elle peut prendre des chemins comme celui de l' « histoire de soucoupes volantes », ou bien comme celui de la « légende contemporaine », une « rumeur », en quelque sorte, qui est ici plus souvent « rumeur rurale » que « rumeur urbaine » ; ces histoires circulent dans les familles, dans le monde du travail, dans les lieux publics ; les thèmes de contes modernes sont véhiculés par les radios, les journaux, les télévisions, les réseaux sociaux de l'Internet ; on voit vivre ici une littérature orale, dense et complexe, qui se retrouve, à son tour, transcrite dans des récits.
Des chercheurs ont bien identifié cette situation : « Nous voyons en effet que ces « voyages », en écrit ou « en corps », se poursuivent dans les récits d'enlèvement par des O.V.N.I. L'ethnologue Bertrand Méheust (note sur l'ouvrage cité ici : Bertrand Méheust, En soucoupes volantes : vers une ethnologie des récits d'enlèvements, Paris, Ed. Imago, 1992) montre bien comment s'hybrident des croyances populaires anciennes et le « légendaire soucoupique » et constate que la « mythologie fantastique » contemporaine se constitue de débris recombinés et resémantisés des anciens légendaires. »