Curcuma longa
| Règne | Plantae |
|---|---|
| Division | Magnoliophyta |
| Classe | Liliopsida |
| Ordre | Zingiberales |
| Famille | Zingiberaceae |
| Genre | Curcuma |
| Ordre | Zingiberales |
|---|---|
| Famille | Zingiberaceae |
Le curcuma (Curcuma longa) est une espèce de plantes herbacées rhizomateuses vivaces du genre Curcuma (famille des Zingibéracées) originaire du sud ou sud-est asiatique. De ses rhizomes, réduits en poudre, est extraite l'épice homonyme de couleur jaune (curry).
Le curcuma, ingrédient principal des carry ou curry, est particulièrement présent dans la vie socioculturelle du sous-continent indien, où il est considéré comme une plante exceptionnelle au regard de ses nombreuses propriétés (épice, conservateur de nourriture, agent colorant, cosmétique et médicinal). Répandu dans le Sud-Est de l'Asie depuis l'Antiquité, le curcuma fait l'objet de nombreuses études scientifiques dans le monde entier, afin de mieux connaître ses propriétés alimentaires et médicales,,.
Le curcuma représente également un enjeu économique pour l'Inde, son premier producteur mondial, ainsi que pour de nombreux autres pays producteurs.


Le curcuma est une plante vivace, herbacée, à courtes tiges qui peut atteindre une taille d'un mètre. Elle possède de nombreux rhizomes aromatiques, ellipsoïdes ou cylindriques, de couleur jaune à orange à l'intérieur.
Ses larges feuilles, oblongues ou elliptiques, lancéolées, sont alternées et réparties en deux rangées. Elles sont uniformément vertes, jusqu'à 50 cm de long et large de 7 à 25 cm.
Ses épis peuvent mesurer jusqu'à 20 cm. Ses fleurs sont stériles, mais le bouturage spontané des rhizomes permet la propagation.
Curcuma longa ne supporte pas les sols gorgés d'eau, requiert un grand ensoleillement et un sol très fertile. Il est particulièrement adapté aux régions soumises à la mousson et aux forêts de feuillus comme les forêts de teck.
Les cultivateurs distinguent la partie centrale du rhizome, appelée curcuma-mère, des « doigts » qui partent de cette racine centrale. Le curcuma-mère est davantage utilisé pour ses vertus médicinales, alors que les « doigts » sont plutôt consacrés aux usages alimentaires.
Le nom binominal du curcuma est Curcuma longa (Linné 1753). Selon World Checklist of Selected Plant Families (WCSP) (), les synonymes sont :
Il existe différents cultivars de curcuma, dont les compositions en curcumine, oléorésine et huiles essentielles varient :
La récolte des rhizomes de curcuma peut commencer quand la tige commence à sécher. Cela se produit environ sept à huit mois après la plantation. Les rhizomes sont retirés du sol et laissés au repos quelques heures pour stabiliser le taux d'humidité. Ils sont ensuite triés et nettoyés à l'eau (par immersion, agitation ou aspersion).
Le curcuma (Curcuma longa) est originaire du Sud ou du Sud-Est de l'Asie. Il est le résultat de nombreuses sélections successives au point que l'existence même d'une espèce sauvage de curcuma est remise en question, notamment sur la base de données génétiques.
De très nombreuses espèces sauvages ou cultivées ont évolué — et divergé — génétiquement : dans la majorité des taxons indiens du sous-genre Curcuma, le nombre de chromosomes d'un lot haploïde, longtemps estimé à 21, serait en fait de 7 (21 serait donc une triploïdie : 3 lots de 7); les chiffres publiés dans la littérature correspondent à des niveaux de ploïdie de 6x, 9x, 11x, 12x et 15x. La plupart des curcumas possèdent 42 ou 63 chromosomes (42 chez C. rubescens et C. mangga; C. aromatica est un groupe complexe composé de plusieurs espèces qui possèdent soit 42 soit 63 chromosomes). Dans le sous-genre Hitcheniopsis, qui diffère nettement morphologiquement et qui comprend principalement des espèces thaïlandaises, le nombre de chromosomes est un multiple de 11 (x=11). Curcuma et Hitcheniopsis représentent donc des unités évolutives indépendantes. X=7 peut être considéré comme un marqueur cytogénétique spécifique du sous-genre Curcuma.
Le curcuma est cultivé depuis l'Antiquité en Inde. Il est fréquemment mentionné dans la littérature en sanskrit à partir du IVe siècle de notre ère, notamment dans l'Atharva-Véda, où il est indiqué qu'un massage à la poudre de curcuma aide à soigner les malaises cardiaques.
Curcuma longa semble avoir été connu en Chine avant le VIIe siècle de notre ère : il apparaît dans le Bencao gangmu de Li Shizhen et le Xin Xiu Ben cao (659 EC).
Il est connu en Occident depuis l'Antiquité et décrit par Dioscoride dans sa Materia Medica.
Au XVIIIe siècle, le curcuma, sous son nom Terra merita ou safran des Indes, est importé en Europe par les grandes puissances navales (Hollande, Royaume-Uni, Portugal et France). Il est utilisé aussi bien pour ses propriétés tinctoriales que médicinales,,.
En Polynésie française, à Mangareva dans l'archipel des Gambiers, le dieu Rao était invoqué au moment de la plantation de Curcuma longa.
Sur l'île de La Réunion, le curcuma a été introduit par Joseph Hubert, au XIXe siècle.
A Wallis-et Futuna, le curcuma (ama en futunien), sert à fabriquer un cosmétique utilisé par les femmes lors des cérémonies coutumières.
Le nom curcuma procède du sanskrit : kunkuma, ranjani (ce qui donne la couleur). Le nom anglais turmeric est hérité du français terre mérite, lui-même issu du latin terra merita, qui désignait la racine, à cause de la substance terreuse de la racine et parce qu'elle était connue pour avoir de grandes vertus. Curcuma serait issu, selon certaines sources, du terme arabe d’origine perso-indienne kourkoum, « safran ». Le terme terra merita a également donné talmerital, utilisé au Moyen Âge.
Épice sacrée en Inde, il est donc normal que le curcuma hérite d'un grand nombre d'appellations en sanskrit, avec des connotations souvent religieuses,. Depuis l'Inde, le curcuma fut commercialisé sur la route des épices entre l'Orient et l'Occident. Il a ainsi traversé les pays, qui lui conférèrent de nouveaux noms, souvent donnés en regard de sa couleur jaune ou de ses propriétés.
Voici quelques exemples d'appellations vernaculaires dans différentes langues :
Le principe actif du curcuma est la curcumine.
Les composants principaux du rhizome de Curcuma longa sont :
Le rhizome de Curcuma longa est employé dans plusieurs médecines traditionnelles. Les recherches cliniques portent sur des préparations de curcuma, des extraits riches en curcuminoïdes ou de la curcumine. La composition et la biodisponibilité de ces produits varient, ce qui complique la comparaison et la généralisation des résultats.
Le curcuma est utilisé notamment dans les médecines traditionnelles indienne et chinoise, pour des troubles digestifs, des douleurs et diverses affections cutanées. La monographie de l'Organisation mondiale de la santé de 1999 recense, parmi les usages décrits dans les pharmacopées et les systèmes de médecine traditionnelle, les ulcères gastroduodénaux, les douleurs de la polyarthrite rhumatoïde et certains troubles menstruels. Elle distingue ces usages des indications soutenues par des données cliniques et des emplois populaires dépourvus de données expérimentales ou cliniques.
Dans sa monographie révisée de 2018, l'Agence européenne des médicaments retient un usage traditionnel du rhizome chez l'adulte pour soulager les sensations de plénitude, la digestion lente et les flatulences, notamment sous forme d'infusion. Cette indication repose sur l'ancienneté de l'emploi.
Une revue parapluie publiée en 2025 rapporte des résultats favorables pour certains paramètres métaboliques, inflammatoires et fonctionnels. Elle constate toutefois une qualité méthodologique généralement faible des méta-analyses et un niveau de certitude faible ou très faible pour la majorité des résultats évalués.
Pour l'arthrose du genou, une méta-analyse en réseau de 2025 suggère une réduction de la douleur par rapport au placebo, avec un faible niveau de certitude. Une évaluation critique publiée en janvier 2026 souligne également les limites méthodologiques des revues et le chevauchement important des essais qu'elles incluent.
Dans la dépression, une méta-analyse de 2021 observe une amélioration des symptômes, mais juge la qualité des preuves faible et les conclusions incertaines.
En cancérologie, une revue systématique publiée en 2025 relève des résultats encourageants pour certaines mucites liées aux traitements et pour la perte de poids. L'hétérogénéité des résultats et les risques de biais empêchent cependant de conclure clairement à l'efficacité de la curcumine comme traitement complémentaire du cancer, notamment sur la survie ou la progression de la maladie.
Une revue de chimie médicinale de 2017 souligne l'instabilité de la curcumine, sa faible biodisponibilité et sa capacité à interférer avec certains tests de laboratoire, ce qui peut compliquer l'interprétation des résultats expérimentaux. L'absorption dépend de la formulation ; la pipérine du poivre est notamment utilisée pour l'augmenter.
Les préparations orales peuvent provoquer des troubles digestifs, notamment nausées, reflux, diarrhée ou constipation. Des atteintes hépatiques ont également été rapportées avec des compléments contenant du curcuma ou de la curcumine. La Therapeutic Goods Administration décrit en 2023 un risque rare mais potentiellement grave, qui pourrait être plus élevé avec des doses importantes ou des formulations augmentant l'absorption. Son évaluation ne met pas en cause les quantités habituellement consommées comme épice alimentaire.
En France, l'Anses signale des risques d'interaction avec certains médicaments, dont les anticoagulants, les anticancéreux et les immunosuppresseurs, et déconseille la prise de ces compléments sans avis médical dans ces situations. Elle les déconseille également aux personnes souffrant de pathologies des voies biliaires. La monographie de l'EMA déconseille l'usage médicinal pendant la grossesse et l'allaitement, ainsi qu'avant 18 ans, faute de données suffisantes.
Le rhizome de curcuma est une tige souterraine vivace, généralement à peu près horizontale, émettant chaque année des racines et des tiges aériennes. Séché et réduit en poudre, le rhizome est utilisé comme épice. Sa saveur est poivrée et très aromatique.
La préparation de la poudre consiste à faire blanchir les rhizomes pendant une à trois minutes (pour retirer les éventuels champignons et moisissures ; éliminer les mauvaises odeurs et mauvais goûts ; pour éliminer l'air des rhizomes afin d'éviter l'oxydation pendant le stockage), les faire sécher au soleil pendant 10 à 15 jours (ou dans un séchoir à 65 °C), puis les moudre.
Il entre dans la composition de mélanges d'épices de la cuisine indienne :
Le curcuma entre également dans la composition de mélanges d'épices dans :
Le curcuma est aussi largement utilisé dans les cuisines du monde :
Le curcuma a longtemps été utilisé comme conservateur alimentaire par les Indiens. Le pigment jaune du rhizome de curcuma possède notamment les propriétés de réduire le nombre de bactéries et de supprimer l'oxydation des graisses.
Le jaune végétal curcuma est identifié avec le code NY3 dans le Colour Index. Le curcuma est utilisé comme indicateur de pH naturel (couleur jaune en milieu acide, couleur brun-orangé en milieu basique).
L'oléorésine de curcuma est extraite par solvant des tumérols (rhizomes de Curcuma longa L. concassés en poudre) et purifiée par cristallisation. Elle donne deux colorants alimentaires : E100(i) (curcumine) et E100(ii) (curcuma).
L'usage du curcuma comme colorant alimentaire remonte au moins au XVIIIe siècle, où il était utilisé par les droguistes pour falsifier certaines substances (huile de palme, huile d'œufs, sirop de chicorée).
Le curcuma est parfois employé, pour des raisons économiques, à la place du safran dans des plats comme la paella. Il apporte une coloration proche de celle de cette épice (surtout le curcuma rouge) et sa saveur propre, qui est moins complexe et puissante. Le curcuma est souvent étiqueté « safran » (des Indes, Bourbon, pays...) ou « safran curcuma » sur les marchés ou dans les commerces de produits exotiques.
Étant une plante tinctoriale notoire, le curcuma est utilisé dans l'industrie textile comme teinture jaune orangé. Il teint le coton, la laine et la soie, sans mordant, même si son pigment est très sensible à la lumière et se décolore facilement. La teinture de curcuma est traditionnellement utilisée pour le costume safran des sâdhus ou des moines bouddhistes.
En Grèce antique, les péplos portés pendant les Panathénées étaient teints avec du curcuma. Cette affirmation est cependant mise en doute par Suzanne Amigues, spécialiste des plantes dans l’Antiquité grecque.
En France, l'usage du curcuma pour les teintures se répand au XVIIIe siècle, principalement pour sa très belle couleur jaune, bien qu'elle ne tienne pas longtemps.
En Polynésie française (archipel des Gambiers), Curcuma longa servait à la teinture des costumes traditionnels de cérémonies, les tapa.
Au Moyen Âge, le curcuma était utilisé comme colorant pour cacheter les lettres à l'aide des sceaux en forme de petits pains à cacheter et comme couleur pour réaliser des enluminures, ou des peintures (comme dans l'art indien Patta Chitra).
En cosmétique, les shampooings indiens contiennent du curcuma, parmi d'autres épices.
En Europe, le curcuma était utilisé pour la teinture des savons (mélangé à de l'indigo pour obtenir des savons de couleur verte).
En Inde, pendant les fêtes de Divali, le curcuma fait partie des offrandes aux divinités. Le tilak, marque rouge apposée au front de la personne à bénir, est faite à partir d'un mélange de poudre de curcuma, de chaux ou de jus de citron.
Le curcuma est utilisé dans les cérémonies de mariage en Inde et dans certaines îles du Pacifique.
Le curcuma est également utilisé comme peinture corporelle sur les femmes enceintes et sur les enfants en Polynésie française, il était par exemple appliqué sur le ventre des femmes enceintes à partir de six mois de grossesse. Dans d'autres pays asiatiques (Birmanie, Cambodge, ancienne Cochinchine), il était utilisé en pâte ou en poudre pendant l'accouchement.
Le curcuma fut utilisé dans des rites funéraires en Inde et en Polynésie française : mélangé à de l'eau et associé à de la nourriture, il était déposé près des morts. Ce rite était supposé alimenter les morts au cours de leur dernier voyage ; Dans le sud-est asiatique (Cambodge, Birmanie), les corps étaient frottés avec du curcuma.
Il existe des huiles essentielles de curcuma.
En Inde, alors que les feuilles de palmier de Palmyre servaient de support pour l'écriture, elles étaient enduites de poudre de curcuma pour prévenir les attaques des insectes.
L'Inde est le premier producteur, consommateur et exportateur mondial de curcuma. En effet, c'est une des principales épices du curry, qui lui-même entre dans la composition de nombreux plats de la cuisine indienne. Le curcuma est également utilisé par considérations religieuses, comme cosmétique ou teinture, et entre dans la composition de nombreux remèdes traditionnels. Les autres producteurs asiatiques sont le Bangladesh, le Pakistan, le Sri Lanka, Taïwan, la Chine, la Birmanie et l'Indonésie. L'Inde produit entre 2,5 et 3 millions de tonnes d'épices par an, et le curcuma compte pour environ 57 % de la production d'épices. Environ 90 % de la production de curcuma indien est destiné à la consommation interne.
Dans une moindre mesure, le curcuma est également produit dans quelques pays d'Amérique Latine et des Caraïbes comme la Jamaïque, Haïti, le Costa Rica, le Pérou et le Brésil. Certains pays d'Afrique ont une production et sont exportateurs, comme l'Éthiopie.
L'île de la Réunion est également productrice de curcuma ; elle en a produit cinq tonnes en agriculture biologique en 2016. Le principal lieu de production est la Plaine des Grègues, quartier de la ville de Saint-Joseph.
Les plus gros importateurs de curcuma indien sont les Émirats arabes unis, les États-Unis, le Japon, le Royaume-Uni, l'Iran, Singapour, Sri Lanka et l'Afrique du Sud.
À la lumière des nombreuses études sur les propriétés médicales du curcuma, la plante bénéficie d'une augmentation de sa demande dans le monde entier dans le cadre des thérapies naturelles. Ainsi, l'International Trade Center a estimé une augmentation de la demande mondiale annuelle en curcuma à 10 %, en 2007. Selon l'American Botanical Council, le curcuma est en tête de classement des plantes qui se vendent le mieux aux États-Unis dans les compléments alimentaires à base de plantes, avec notamment une augmentation de 26 % des ventes en 2013.
Cette augmentation de la demande mondiale (et des achats spéculatifs), combinée à des phénomènes météorologiques défavorables sur les récoltes, entraînent une hausse du cours des prix du curcuma, comme ce fut le cas en 2009.
Les épices et particulièrement le curcuma sont perçus comme des occasions de développement de l'économie locale. C'est particulièrement le cas d'un pays comme l'Afrique du Sud qui exporte la totalité des épices produites sur son territoire, alors qu'une partie de la population consomme de grandes quantités de curcuma.
L'Inde, via son Institut agronomique national, souhaite monopoliser la production du curcuma. Par conséquent, l'Institut agronomique national a décrété l'interdiction d'exporter les cultivars de Curcuma longa et protège ainsi leurs patrimoines génétiques.
Le , l'University of Mississippi Medical Center obtient un brevet (174363) sur le curcuma pour le soin des blessures. Ce brevet, contesté en 1997 par l'India's Council of Scientific and Industrial Research au motif que ces propriétés sont connues de temps immémorial en Inde, notamment dans l'Ayurveda, est annulé la même année par l'Office américain des brevets. Cette affaire illustre un des problèmes posés par la brevetabilité du vivant : la biopiraterie.
La Commission européenne décide en 2005 d'étendre ses contrôles visant à détecter la présence de colorant Sudan dans les poudres de curcuma. Ce procédé d'adultération du curcuma est identifié depuis la fin des années 1980 grâce à l'amélioration des techniques d'analyse aux rayons X (colorant Sudan rouge isolé dans un échantillon de curcuma en provenance de Tanzanie en 1987).