L'aurillacois (en occitan: orlhagués) est un dialecte de la langue occitane. Il est classé comme étant une variante septentrionale du languedocien, lui-même dialecte.
Plaque de la rue Vermenouze à Aurillac, porte le nom de l'auteur aurillacois. Le nom en aurillacois, ici Carrièra d'Aurenca, est présent.
L'ancien nom «carladézien», utilisé pour désigner la variante du languedocien parlée en Haute-Auvergne, est un terme qui date de la période du revivalisme linguistique du mouvement du félibrige à la fin du XIXesiècle. C'est néanmoins un terme daté et erroné; le milieu scientifique lui préfère maintenant le nom aurillacois («Orlhagués» en occitan).
Ce fait peut en partie expliquer que les natifs de cette contrée de l'Auvergne ne parlent pas l'auvergnat mais bien une variante du languedocien, et que ce parler ait pris très tôt une forme écrite (dans les actes et sentences) et littéraire (chez les troubadours).
De son côté, l'abbaye d'Aurillac, dont le territoire est parfois considéré comme un démembrement du Carladez, a été dès le Xesiècle un foyer d'étude, avec un scriptorium et une école très réputés qui ont formé de nombreux clercs et savants de réputation internationale, parmi lesquels Gerbert d'Aurillac. L'abbaye avait une multitude de dépendances qui ne s'étendaient pas vers le Nord-Est (notamment le reste de l'Auvergne), mais bien vers le Sud-Ouest qui correspond sensiblement à l'aire linguistique languedocienne. Bien que son importance démographique soit restée assez limitée, le bassin d'Aurillac a de ce fait pu bénéficier très tôt d'un enseignement littéraire de très grande qualité avec l'école abbatiale, à laquelle s'ajoute au XIIIesiècle l'école des Cordeliers, puis au XVIesiècle l'un des plus anciens collèges des Jésuites. Les filles ont aussi pu bénéficier très tôt d'un enseignement scolaire avec les couvents des bénédictines d'Aurillac et des Clarisses de Boisset.
Particularités
L'aurillacois, ou anciennement «carladézien», désigne traditionnellement le dialecte parlé dans l'ancienne vicomté de Carlat ou Carladès. Cette dénomination tend à être remplacée par celle d'aurillacois qui est définie par les universitaires comme le parler dont l'aire correspond à l'arrondissement d'Aurillac et fait partie du languedocien, comme le rouergat et quercynois voisins.
Différent de l'auvergnat, l'aurillacois se voyant être une variété septentrionale du languedocien, il se distingue donc aussi des autres parlers cantaliens, qui eux sont des variétés nord-occitanes. C'est le cas du sanfloran (région de Saint-Flour), typiquement auvergnat, qui se rapproche du parler brivadois (région de Brioude) et du parler mauriacois (région de Mauriac) qui quant à lui possède des traits communs avec le dialecte limousin. Le parler aurillacois est par contre très proche du rouergat, parler qui tient également du domaine linguistique du languedocien.
Le linguiste Albert Dauzat attire l'attention sur l'existence des deux espaces linguistiques du Cantal, l'un septentrional qui relève de l'auvergnat et le second méridional, langue des félibres, variante du languedocien septentrional, lorsqu'il remarque: "En Auvergne, il faut voir la physionomie du paysan à qui on récite des vers de Vermenouze, et son ahurissement devant l'orchestration trop savante de son idiome, dont il ne reconnaît plus la simple et primitive mélodie" [...] "Vermenouze ne peut être goûté que dans l'arrondissement d'Aurillac et ses confins".
En 1894, Arsène Vermenouze (1850-1910) publie le manifeste félibréen qui fonde en l'École Auvergnate (Escolo oubernhato ou Escolo Auvernhato), avec Marcellin Boule (1861-1942), Eugène Lintilhac (1854-1920) et le chanoine Courchinoux, futur directeur du journal aurillacois La Croix du Cantal. Vermenouze est une des figures principales du languedocien aurillacois. L'année suivante, en 1895, les fêtes félibréennes sont organisées à Vic-en-Carladez, les seules qui aient eu lieu en Auvergne. L'École Auvergnate a posé des plaques en marbre blanc avec leur nom écrit en lettres d'or pour signaler les lieux où ont vécu le troubadourPierre de Vic, à Vic, Auguste Bancharel (1832-1889), à Reilhac.
L'orthographe adoptée par ce mouvement, qui comprenait beaucoup d'universitaires et de savants distingués, a l'avantage d'être très proche de l'orthographe des chartes et des actes notariés de la région en langue occitane.
Écriture et graphies
Il existe deux manières d'écrire l'aurillacois:
L'écriture mistralienne: Proche de l'orthographe française, elle a été popularisée par les membres du Félibrige et par la revue La Cabreta (Lo Cobreto en version phonétique) mais est avant tout une graphie utilisée au XIXe siècle puis dans la première moitié du XXe siècle. Celle-ci apparaît au début du XXIe siècle totalement abandonnée.
L'écriture occitane classique: Norme utilisée majoritairement et promue tant par les écrivains que par les universitaires. Elle est historiquement et linguistiquement la suite et l'évolution de l'ancienne scripta utilisée dès le Moyen Âge pour rédiger en ancien occitan.
Bavardages sur la place d'un bourg d'Auvergne, tapisserie, Victor Fonfreide, 1920.
Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux enfants des campagnes entraient à l’école sans savoir parler couramment le français. Leur langue maternelle était le patois, si bien qu’au milieu du XIXesiècle, dans le voisinage même d’Aurillac, certains curés étaient obligés de faire leur prône en dialecte cantalien.
C’est surtout les jours de foire et de marché que, lorsque les paysans venaient vendre leurs produits de leur ferme et faire leurs achats que dans les auberges, dans les cafés, sur le foirail, on pouvait se rendre compte que l'occitan restait encore bien vivace et que la région formait une unité linguistique.
Malgré l’école, malgré la caserne, malgré le chemin de fer, c’était toujours le patois qui servait à désigner les particularités de la vie rustique et commerciale ainsi qu'à exprimer, en les maintenant vivaces, les usages, les coutumes, les croyances, les superstitions, les proverbes.
Comme les langues régionales de façon générale, le dialecte aurillacois est menacé de disparition. Avec la télévision, l'accent lui-même est en forte régression.
Il est pratiqué par les plus anciens et il est encore fréquent d’entendre, dans les rues d’Aurillac, les personnes âgées parler aurillacois. La génération du baby boom, encore issue des campagnes, le comprend et le parle. Leurs enfants le comprennent un peu sans le parler. Les cantaliens nés post années 80 qui parviennent à le traduire sont peu nombreux. La population reste cependant très attachée à sa langue, comme le montre l'enquête réalisée en région Auvergne, en 2006, par l'IFOP.
Ainsi, depuis quelques années a été créée une école Calendreta bilingue français/occitan, laïque et associative, la Calandreta del Vernhat, située boulevard de Canteloube à Aurillac. Elle compte 41 élèves en 2021. Plusieurs associations occitanes actives existent à Aurillac et dans le Carladès. Celle Carladés abans! a été créée à la fin des années 2010.
Des maisons d'éditions en dialecte aurillacois existent également à Aurillac comme l'Ostal del libre - lié à la libraire Découvertes Occitanes d'Aurillac - ou encore Lo Convise qui publie également une revue du même nom. Des dictadas, des dictées événements ayant lieu dans tous les territoires occitanophones, en occitan aurillacois sont régulièrement tenues et des réunions sur la défense et promotion de la langue le sont aussi à Aurillac notamment grâce à l'appui de l'Institut d'Estudis Occitans - Orlhagués. Des films en occitan sont également réalisés et diffusés à Aurillac.
Sylvain Chardonnet, «Les carrières d'Aurillac et de ses environs au Moyen Âge. L'apport de la toponymie occitane», Revue de la Haute-Auvergne, Aurillac, Société de la Haute-Auvergne, vol.82, , p.221-233 (lire en ligne).
Raymond Four, « Phonétique occitanienne (dialecte d’Aurillac) », Revue de la Haute Auvergne, 1904, rééditée par l'Institut d'études occitanes de Paris (2016), lire en ligne.
Frances H. Titchener, L'École auvergnate - Étude sur la renaissance méridionale dans le Cantal, préface de Jean Anglade, 1928, Paris Champion, in-8°, 109 p. Thèse de linguistique, présentée à l'Université de Harvard, après un séjour en Auvergne. Traite de quelques troubadours cantaliens (Brayat, Jean-Baptiste Veyre); De l'orthographe des félibriges; Arsène Vermenouze; Du Dialecte d'Aurillac, phonologie, morphologie.
Duc de La Salle de Rochemaure, Récits carladéziens. En français et en langue d'oc, préface d'Arsène Vermenouze, 1906. Réédition en 2020 avec une présentation de Bernard Belaigues
Jean Lhermet, Contribution à la lexicologie du Dialecte aurillacois, thèse complémentaire, Paris, Société de publications romanes et françaises, 1931, et Laffitte reprint 1978.
Maurice Dage (1903-1994, ancien instituteur, fils d'un hôtelier de Vic-sur-Cère), Noël Lafon, Dictionnaire carladézien occitan-français, Mots et expressions en usage dans la haute vallée de la Cère cantalienne au XXesiècle, édition par Michelle Baudry, Éditions du Convise, 2006, Aurillac.
Textes et littérature
Corpus juridique
Sentence de Guillaume d'Achillosas, bailli des montagnes d'Auvergne, entre Monseigneur l'Abbé et les Consuls d'Aurillac, dite deuxième paix, du 9e jour avant la fin d' (version de la charte imprimée en dialecte par les soins du Conseil municipal), Aurillac, Imprimerie Picut, 1841. Publiée par le baron Jean-François-Amédée Delzons.
Le moyen occitan cantalien, (recueil de 68 actes notariés dont 66 des XIVe, XVeetXVIesiècles, en langue occitane d'époque et en orthographe originale), Jean Vezole, Lo Convise, 2005, Aurillac.
Eugène Pagès, Théâtre auvergnat - Teatre oubernhat, patois carladézien, 1932
Littérature politique et satirique
Auguste Bancharel, Poesias satiricas e politicas, 1990.
Littérature
J S Mathieu, Causotos (petites choses), Dialecte auvergnat cantalès-carladezien, avec traduction française en regard, 1935,
Chansons
Joan Ladoux, Canson carladeza, (chansons du Carladès), 1934, Béziers, in-8°, 203 p.
Récits, contes, fictions
Joan de Cabanas
Trobas en Carlades, Fé frança familha, 1976, Aurillac.
Mestierals d'Auvernha [Métiers d'Auvergne], poèmes de dialecte occitan caraldézien. Avant-propos de Maurice Delort de Vic-en-Carladez, éditions Gerbert, 1974, Aurillac.
Jules Prax (1864-1940), Récits occitans, réunis par Noël Lafon, Lo Convise, 1994, Aurillac.
Terèsa Canet, conteuse, De Source sure et forcément secrète: Del vent sabent e perpinson, livre bilingue occitan-français avec CD, Ostal del libre, 1999, Aurillac.
Les Fraisses èran tombats, IEO-Ostal del libre, 1981, Aurillac.
Les Omes de l'ecir, IEO-Ostal del libre, 1987, Aurillac.
Las Vaissas avián folhat, Ostal del libre, 2009, Aurillac.
Noël Lafon, Écrits occitans cantaliens, (anthologie, guide littéraire et historique, l'écrit d'oc dans l'espace cantalien du XIe au XXIesiècle), Lo Convise, 2009, Aurillac.
Joan Vezole
Contes mai qu'a meitat vertadièrs, IEO-Ostal del libre, 1985, Aurillac.
Contes pas tròp messorgièrs, IEO-Ostal del libre, 1996, Aurillac.
Racontes per gardar la santat, Ostal del libre, 2004, Aurillac.
Biais de dire dins lo Cantal, Lo Convise, 2007, Aurillac.
Livres et recettes de cuisine
Revues et périodiques
La Cabreta revue du Félibrige d'Auvergne, Aurillac.
Lo Convise, revue publiée par l'association du même nom, Aurillac.
Marilou Duclos, Regrets auvernhats, Lo Convise, 1999, Aurillac.
Raymond Four, (Glénat - Troyes 1919) Cendre et poussière, poésies de jeunesses, Éléments de grammaire languedocienne (1901). Phonétique occitanienne (RHA, 1905), Cansouns d'Auvernho (1913), 1919, avec une préface de Félix de La Salle de Rochemaure.
Étienne Marcenac, (Arnac - Uzols, Saint-Santin-Cantalès 1956), À l'Ombre des bouleaux, Paris, Albert Messein, préface de Joseph de Pesquidoux, 1932, Offrandes à l'absente, Avignon, Aubanel, 1942, Le Rouet des rèves, 1958.
Fernand Prax (Paris 1890 - 1970), d'une famille de Marmanhac, Récits occitans, 1994.
François Raynal (Paris 1902 - 1964), d'une famille originaire de Salsignac, dans le Cantal, félibre.
12La Salle de Rochemaure, La Langue cantalienne et son dialecte carladézien, préface d'Arsène Vermenouze, 1906.
↑(oc) Domergue Sumien, «Classificacion dei dialèctes occitans», Linguistica occitana - VII, Montpellier, (lire en ligne)
↑La Salle de Rochemaure, Les troubadours cantaliens.
↑Sylvain Chardonnet, «Les carrières d'Aurillac et de ses environs au Moyen Âge. L'apport de la toponymie occitane», Revue de la Haute-Auvergne, Aurillac, Société de la Haute-Auvergne, vol.82, , p.221-233 (lire en ligne)
↑(ca) Diego Cerezo Moya, A la recerca de l’occità: tres dialectes del nord, (lire en ligne).
↑C'est dans cette autre partie du Cantal, qu'a été fait le premier dictionnaire de dialecte de la région: François de Murat, Dictionnaire du patois de la Haute-Auvergne, 1792.
L'Institut d'Études occitanes du Cantal, créé en 1974, organise des cours d'occitan pour adultes dans le département et, entre autres manifestations culturelles, un festival de contes qui en sera, en 2010, à son 30eanniversaire: les Rapatonadas.
L'Ostal del libreassociation loi de 1901, dont l'objet est l'édition et la diffusion de produits culturels occitans, publie en moyenne deux titres par an et tient à Aurillac la librairie "Découvertes occitanes", spécialisée dans la culture occitane et régionale.