Diolas

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Diolas
Description de cette image, également commentée ci-après
Diola (vers 1902)
Autres
Langues Diola
Religions majorité : Islam, christianisme, minorité : animisme
Ethnies liées Manjaques, Mancagnes, Balantes, Baynunks, Felupes, Sérères

Les Diolas sont un peuple d'Afrique de l'Ouest établi sur un territoire qui s'étend sur la Gambie, le sud du Sénégal (en Casamance) et la Guinée-Bissau. Composés de plusieurs sous-groupes, leur identité est caractérisée par l'usage des langues diola et leur histoire marquée par leurs contacts avec les empires coloniaux britannique, français et portugais auquel il faut ajouter le rayonnement des Vénitiens qui sont les premiers Occidentaux à avoir abordé cette région en 1456.

Les Diolas sont principalement des cultivateurs et récolteurs de riz depuis plusieurs siècles (ce sont les propriétaires du riz casamançais avant même notre ère) et des récolteurs de vins de palme (Bunuck). Ils cultivent et récoltent également du manioc, des haricots, de l'arachide, etc. et ils récoltent du miel, etc. À cela s'ajoutent les activités de chasse, d'élevage, de pêche, etc. Les fruits (mangue, orange, mandarine, ananas, papaye, goyave, pamplemousse, etc.) ainsi que les légumes sont également présents dans les milieux diolas. L'autosuffisance alimentaire est un aspect très important en milieu Diola et elle a pu être atteinte durant les anciennes époques (voire jusqu'à une période récente). L'épargne occupe une place primordiale dans l'économie du Diola et elle permet de financer les besoins familiaux, communautaires ou des cérémonies religieuses, etc.

De nos jours, il existe une importante diaspora Diola, principalement, à Dakar, en France, au Royaume-Uni, au Portugal, aux États-Unis, au Canada, etc. (Il s'agit de la diaspora Diola ou Ajamat).

Ethnonymie

Selon les sources, on observe plusieurs transcriptions et dénominations : Diolas, Djola, Dyamate, Dyola, Jola, Jóola, Joolas, Kudamata, Kujamatak, Yola. Le terme « Diola » est un exonyme attribué par les autres peuples (notamment les Mandingues) ainsi que par les colonisateurs anglais, français et portugais. Les endonymes par lesquels ils se désignent eux-mêmes sont Ajamat, Ajamaat, Adjamat ou Adjamaat dérivant du mot ajamaat qui signifie « humain » (par opposition à l'animal). Mais il existe d'autres noms comme Felipes, Flup ou Floups en Guinée-Bissau.

Histoire

Les traditions orales sénégambiennes attestent que les peuples de Sénégambie dont les ancêtres des Diolas, apparentés aux Sérères et aux Peuls, sont originaires de la vallée du Nil. Les Diolas, à l'époque de l'Empire du Mali vivaient beaucoup plus à l'Est, vers le Mali. À la suite de l'avancée des Malinkés (ou Mandingues) conquérants, les Diolas (ou Joolas) migrèrent vers l'ouest, et s'installèrent en Casamance, Gambie et Guinée-Bissau où ils cohabitent avec d'autres ethnies comme les Balantes, les Manjaques, les Mancagnes, les Peuls ou les Sossés ou Mandingues. L'esclavage auquel ces derniers, déjà islamisés, soumirent les Diolas (et d'autres ethnies ayant des religions traditionnelles africaines) est un sujet tabou au Sénégal, tandis que leur résistance contre la traite négrière occidentale est, en revanche, magnifiée par la mémoire collective. Les Diolas fuyant l'esclavage fondèrent plusieurs villages indépendants en Casamance, en Gambie et en Guinée-Bissau.

Les Diolas comptent plusieurs sous-groupes : Ajamat, Kassa, Fogni, Bluff ou Blouff. Les Diolas de Fogni et de Bluff et les Mandingues, s'influencèrent mutuellement et partagèrent divers éléments culturels. Par exemple, les rois malinkés du Kaabu avaient souvent des origines diolas par ligne matrilinéaire. Cette cohabitation entre Diolas-Fognis et Malinkés, explique, par exemple, des patronymes qu'ils ont en commun comme Mané, Sané, Sonko ou Sagna. De plus, les Joolas de Fogni et ceux de Bluffs (département de Bignona, par exemple) ont adopté deux rites mandingues : l'excision et la danse du Kankuran, qui n'existaient pas dans la culture initiale des Diolas. L'excision n'existe pas chez les autres sous-groupes Diolas (Ajamat, Kassa…).

Culture

Le peuple Ajamat (ou Diola) vit en Gambie, en Casamance et en Guinée-Bissau. La société Diola était initialement égalitaire, sans castes. La culture traditionnelle Diola est caractérisée par des valeurs ancestrales comme le respect des ancêtres et des esprits de la nature, l'honneur, le courage, la solidarité entre membres d'un groupe, l'indépendance de celui-ci, la cohésion sociale, la réussite individuelle et communautaire. Leurs chefs ont combattu l'esclavage car selon la tradition Diola un membre du groupe ne peut être ni vendu ni arraché aux siens, et les autres doivent défendre le groupe même au prix de leurs vies. Pour la même raison, ils se sont opposés au recrutement forcé des jeunes hommes par la France coloniale pour les deux guerres mondiales (1914-1918 et 1939-1945) et aux taxations coloniales. Une figure de cette résistance est la grande prêtresse, devenue héroïne et martyre, Aline Sitoé Diatta (1920-1944).

La scolarisation a rapidement évolué de quelques unités pour mille en 1942 à pratiquement 100 % dans les années 1980. Le français est d'usage quotidien en Casamance à côté de la langue diola. Cette alphabétisation a fait des Diola le peuple le mieux scolarisé du Sénégal.

Fétiches (bekin) au Musée de la culture diola à Mlomp.
Le kajendo, outil traditionnel utilisé dans les rizières.

L'histoire comparée des Diolas en Gambie, en Casamance et en Guinée-Bissau reflète des différences de comportements significatives. En Gambie, l'Angleterre a pu éviter par le respect des traditions et des coutumes, les conflits vécus par les Portugais et surtout par les Français en Casamance. Les contacts des Portugais avec la Guinée-Bissau et la Casamance ont débouché sur de nombreux conflits et une guerre de libération dont l'aboutissement a été l'indépendance de la Guinée-Bissau.

Les Diolas, les Manjaks, les Mankagnes, les Balantes et les Cap-Verdiens n'ont jamais cessé de servir de trait d'union entre la Gambie, la Casamance et les îles du Cap-Vert. Le créole portugais est la passerelle culturelle entre ces groupes. En Guinée-Bissau, les Diolas, les Manjaks, les Balantes et les Pepels constituent les groupes les plus typiques.

En Gambie, un dialecte, l'aku, dérivé de l'anglais, constitue un facteur d'unité entre les ethnies. La Casamance apparaît comme un trait d'union entre la Gambie et la Guinée-Bissau, où les Diolas, les Mandingues, les Manjaks, les Mankagnes et les Balantes jouent un rôle prédominant. Ce lien est apparu de façon évidente dans les luttes pour l'indépendance de la Guinée et des Îles du Cap-Vert et par les changements de régime en Gambie qui ont secoué la Casamance. Chaque conflit a provoqué des mouvements de réfugiés au-delà des frontières politiques à l'intérieur de cette entité culturelle.

Jeunes filles lors du boukout de Baïla, en 2006.

Si la Gambie est à dominante musulmane, la Casamance est en grande majorité musulmane et de religions traditionnelle et chrétienne. Certains villages comme Brin, par exemple, sont entièrement catholiques tout en gardant également des habitudes de la religion initiale (traditionnelle Diola).

La lutte traditionnelle Diola est une lutte sans frappe. Les lutteurs combattent entre les villages par tranches d’âge. Elle est encore pratiquée par les garçons entre 7 et 30 ans dans certains villages de la Casamance : du département d'Oussouye. Les combats ont lieu avant ou à la fin de la saison de la culture du riz et durant la saison sèche: entre janvier et juin ou entre septembre et décembre. Exemples de villages organisant toujours des séances de luttes Mlomp, Kagnout, Youtou,Ehidj, Elinkine, Suzana, Éjatène, Éramé, Kasolol, Katon, Karuhey (milieu Ajamat), etc.

La circoncision chez les Diolas

Culture Diola. Sénégal, Casamance. Masque ejumba. Cornes de bovidé, enduit végétal, fibres de rônier, graines d' Abrus precatorius. Muséum de Toulouse.

Les Diolas sont un des peuples qui pratiquent la circoncision. Celle-ci a lieu lors du Boukout, cérémonie initiatique de passage de l'adolescence à l'âge d'adulte durant deux à trois mois (six mois à un an dans certains villages avant la période coloniale). Le boukout est le ciment de la culture Diolas, resserrant les liens familiaux entre chaque famille et affiliation. Les rites initiatiques autour de la circoncision assez particuliers en pays Diolas amènent à se poser des questions sur leurs origines. Ils évoquent selon certains la tribu perdue de Dan. "Les Diolas croyant à l'existence d'un Dieu unique (Atemit ou Ata Emit), leurs pratiques animistes pourraient avoir été influencées par les tribus rencontrées avec lesquelles ils ont cohabité durant le temps de l'exode jusqu'en pays Diolas".

Artisanat

Masques

Les diolas sont connus pour leurs masques reprenant l'image du bœuf ("Ejumba" ou "Ejumbi") et utilisés lors des cérémonies de circoncision. Le plus ancien connu date de 1750, acquis par un négrier en Casamance. « Il semble que mis à part des masques en terre cuite ou en métal, celui-ci constitue le plus ancien masque africain attesté dans les collections connues dans le monde. » [source insuffisante]

On peut citer aussi des "masques corne" et des "masques gorguy" comme faisant partie de la culture diola.

Instrument de musique

Le Bombolong, tambour à fente, est notamment utilisé par les Diolas, de même que l'Ekonting, instrument à corde.

Religion traditionnelle

Atemit sembe (Dieu est force et puissance)

La religion traditionnelle des Diolas est typiquement africaine. Les Diolas croient en un seul Dieu créateur : Atemit, puissance invisible à l'origine de toute chose, il est l'esprit et l'ordre d'essence cosmique : Atemit sembe (Dieu est force et puissance). Le nom de leur Divinité "Atemit = Atem " remonte à leur présence dans l'ancienne Égypte. Comme dans toutes les religions africaines, les ancêtres de la communauté servent d'intermédiaires entre Dieu et les hommes, entre le monde visible et le monde invisible, Dieu étant considéré comme trop élevé pour lui adresser des prières directes. Pour le Diola, les esprits jouent également un rôle dans l'ordre de la nature et leur relation avec Dieu. Chaque élément de la création ayant une essence divine, protégé par des esprits (Boechin), pour le Diola, le respect de la nature et de la vie est primordial. Le Diola est remarquablement respectueux des principes inscrits dans sa vie religieuse, dans sa conduite, dans son histoire, dans la nature et dans son travail. La religion régit toute la vie du Diola. Les cérémonies religieuses sont nombreuses et elles sont accompagnées de prières, de sacrifices ou d'offrandes, pour évoquer les ancêtres, les Boechin, permettant d'atteindre Atemit (ou Dieu) et les bienfaisances de sa création. Les cérémonies de l'initiation, liées aux diverses étapes de la vie, qui ont pour but de faire découvrir à l'homme ou à la femme Diola, les enseignements ésotériques. Les femmes et les hommes sont initiés séparément, ils ont leur propre Bois sacré (lieu de l'initiation). Les grands initiés peuvent devenir prêtre ou prêtresse. Il y a également la cérémonie de la circoncision pour les garçons. L'homme s'abandonne à la justice divine, ce qui explique le refus de la domination de l'homme par son semblable. Les conflits entre les Diolas et les pouvoirs administratifs du Sénégal depuis l'indépendance sont l'expression d'une volonté de conserver la tradition, la liberté culturelle et l'identité ou le développement économique, social et culturel.

Cependant, bon nombre de Diolas se sont convertis au christianisme, une religion introduite et propagée par les colons européens. La religion traditionnelle (d'origine Ajamat ou Joola) est de moins en moins pratiquée, ou elle subsiste sous forme de syncrétisme surtout avec le christianisme. De nombreux Diolas, se sont également convertis à l'islam. Il reste quand même un faible pourcentage de Diolas qui pratiquent uniquement la religion traditionnelle Ajamat. Les tenants de la religion traditionnelle Ajamat luttent pour préserver leur religion monothéiste.

Groupes

Sur la rive droite du fleuve Casamance se situent :

Sur la rive gauche du fleuve Casamance se situent :

Diembéring ou juwaat, au nord de Kabrus, habité par les éwaat (singulier awaat)

Badiane, Badiate, Badji, Bassène, Bodian, Batendeng, Batiga, Coly, Deme, Diabone, Diamacoune, Diatta, Diadhiou, Diamé, Diandy, Diassy, Diédhiou, Diémé, Djiba, Djibalène, Djiboune, Djicoune, Djihounouck, Ehemba, Goudiaby, Himbane, Lambal, Mané, Manga, Niassy, Ngandoul, Nyafouna, Sadio, Sagna, Sambou, Sané, Senghor, Sonko, Tamba, Tendeng, etc.

Personnalités diolas

Notes et références

  1. 1 2 (en) James Stuart Olson, The Peoples of Africa: An Ethnohistorical Dictionary, Bloomsbury Academic, (ISBN 978-0-313-27918-8, lire en ligne)
  2. ↑ Jean Lacroix, « La double quête du Vénitien Alvise Ca’ da Mosto. Pionnier de l’aventure africaine au Quattrocento 1455-1456 », Italies. Littérature - Civilisation - Société, no 2,‎ , p. 113–134 (ISSN 1275-7519, DOI 10.4000/italies.3465, lire en ligne, consulté le )
  3. ↑ (en) Joanna Davidson, « “We Work Hard”: Customary Imperatives of the Diola Work Regime in the Context of Environmental and Economic Change », African Studies Review, vol. 52, no 2,‎ , p. 119–141 (ISSN 0002-0206 et 1555-2462, DOI 10.1353/arw.0.0179, lire en ligne, consulté le )
  4. ↑ Stride, G. T.; Ifeka, Caroline , "Peoples and empires of West Africa: West Africa in history, 1000-1800", Africana Pub. Corp., 1971, p. 6.
  5. ↑ Source RAMEAU, BnF
  6. ↑ Diop, 1979
  7. ↑ Christian Roche, Histoire de la Casamance : Conquête et résistance 1850-1920, Karthala, 2000, 408 p. (ISBN 2-86537-125-5)
  8. 1 2 3 « Ajout de valeur au coton », sur doi.org, (consulté le )
  9. ↑ « Les Diola et le Butuk- Emitai : Histoire d'une résistance Diola ». Détours des Mondes, 2006
  10. ↑ Art Afrique

Bibliographie

Littérature orale

Études

Filmographie

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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