| Djeddars | ||
Djeddar de Frenda | ||
| Localisation | ||
|---|---|---|
| Pays | Algérie | |
| Commune | Frenda | |
| Wilaya | Wilaya de Tiaret | |
| Coordonnées | 35° 06′ 47″ nord, 1° 12′ 45″ est | |
| Géolocalisation sur la carte : Algérie
| ||
| modifier |
||
Les djeddars sont un ensemble de monuments funéraires berbères de l’Antiquité tardive situés près de Frenda, dans la wilaya de Tiaret, en Algérie. Au nombre de treize, ils se caractérisent par leur plan carré et leur élévation pyramidale en gradins. Édifiés entre le IVe siècle et le VIIe siècle, ils sont généralement interprétés comme des mausolées destinés à des membres des élites locales.
Les djeddars se trouvent à une trentaine de kilomètres de Tiaret, dans la région de Frenda. Ils sont répartis sur deux hauteurs séparées d'environ six kilomètres : le djebel Lakhdar, au nord, et le djebel Araoui, également désigné sous le nom de Ternaten, au sud.
Le premier groupe comprend trois monuments, désignés par les lettres A, B et C, tandis que le second en comprend dix, de D à M. Les appellations locales redjem et chouchet sont également rapportées pour ces constructions.
Les djeddars sont des monuments funéraires de l'Antiquité tardive dont la construction s'échelonne sur plusieurs siècles. Ils sont généralement interprétés comme des mausolées destinés à des membres des élites locales berbères. Leur chronologie précise et l'identité de leurs commanditaires restent discutées. Gabriel Camps distingue plusieurs phases de construction entre les monuments du djebel Lakhdar et ceux du djebel Araoui.
Selon Gabriel Camps, les monuments A et B du djebel Lakhdar sont les plus anciens. Il les situe au IVe siècle ou au début du Ve siècle, notamment à partir de datations de fragments de bois provenant du monument C et du cercueil du monument B. Les monuments du djebel Araoui sont plus récents. Les inscriptions remployées et les éléments architecturaux du djeddar F conduisent à situer sa construction au plus tôt dans la première moitié du VIe siècle. Les différences architecturales entre les deux groupes suggèrent ainsi plusieurs phases de construction, sans permettre d'établir avec certitude l'identité des souverains ou des dynasties qui les auraient fait édifier.
Selon Adrien Berbrugger, la construction des djeddars serait postérieure à l'occupation byzantine. Les observations de Gabriel Camps conduisent toutefois à distinguer plusieurs phases, dont les plus anciennes pourraient être antérieures à la période byzantine.
Gabriel Camps rapporte également la tradition transmise par Ibn Khaldoun, d'après le chroniqueur Ibn al-Raqiq (en), au sujet de monuments situés près de Tiaret. Le récit évoque une inscription montrée au calife fatimide al-Mansur, qui aurait attribué leur construction à un personnage nommé Soleïman le Sederghos, en commémoration d'une victoire sur des rebelles. Camps rapproche ce nom de celui de Salomon, général byzantin, tout en soulignant qu'il n'est pas possible d'identifier avec certitude les monuments mentionnés dans ce récit aux djeddars du djebel Lakhdar.
L'origine architecturale des djeddars s'inscrit dans des traditions funéraires plus anciennes d'Afrique du Nord. Gabriel Camps envisage une filiation avec les monuments en pierres sèches et les constructions funéraires protohistoriques, tout en soulignant les particularités des djeddars. Ginette Aumassip évoque également la continuité possible entre les tombeaux en pierres sèches connus en Afrique du Nord depuis la préhistoire et les monuments funéraires plus tardifs, parmi lesquels le Medracen et le Mausolée royal de Maurétanie constituent des exemples particulièrement monumentaux.
Les bazinas protohistoriques présentent généralement une forme conique à degrés, tandis que les djeddars se distinguent par leur soubassement carré et leur élévation pyramidale,. Cette architecture présente des différences avec celle du Medracen et du mausolée royal de Maurétanie. Pour Camps, la forme carrée, peu fréquente dans le Tell, et les aménagements associés aux monuments invitent à examiner les liens entre les djeddars et les traditions funéraires des régions plus méridionales, sans que leur origine précise puisse être établie avec certitude.
Les djeddars sont de grands monuments funéraires construits en pierres de taille, caractérisés par un soubassement carré et une élévation pyramidale à degrés. Ils comprennent des couloirs, des galeries et, selon les monuments, une ou plusieurs chambres funéraires aménagées autour d'un noyau central. Leurs dimensions et leur organisation intérieure varient sensiblement.
Les deux groupes de monuments sont séparés d'environ six kilomètres. Trois djeddars, désignés par les lettres A, B et C, se trouvent sur le djebel Lakhdar, tandis que les dix autres, de D à M, sont situés sur le djebel Araoui, également associé au nom de Ternaten. Plusieurs monuments de ce second groupe sont dans un état de ruine très avancé.
Le djeddar A, situé sur le djebel Lakhdar, possède une base carrée dont les côtés mesurent entre 34,30 et 34,80 mètres, pour une hauteur totale d'environ 17 mètres. Son soubassement comprend plusieurs assises de pierres de taille, surmontées d'un couronnement pyramidal formé de dalles calcaires disposées en degrés au-dessus d'un noyau de remplissage. Une enceinte extérieure délimitait une vaste cour de plus de 50 mètres de côté. À l'est se trouvait un aménagement comprenant un podium et un petit édifice associé au culte. L'entrée, intégrée au dispositif oriental, donnait accès à un couloir conduisant à une galerie autour du noyau central. Plusieurs chambres étaient disposées aux angles de cet ensemble. Des auges de pierre ont également été signalées le long de la façade orientale et pourraient avoir servi à des dépôts ou à des libations.
Le décor du djeddar A associe des motifs géométriques, notamment des triangles, des chevrons, des rosaces à six pétales et des étoiles, à des représentations figurées. Celles-ci comprennent des oiseaux, dont des colombes encadrant un calice, des chevaux, un bovidé, une antilope bubale, un félin et des scènes de chasse. Une figure humaine nue, une chasse à l'autruche et une représentation interprétée par Gabriel Camps comme celle d'un « maître des animaux » ont également été décrites. Camps envisage que certaines de ces figures puissent évoquer le défunt. L'iconographie comprend des motifs interprétés comme chrétiens, sans que tous les reliefs puissent être rattachés à une signification religieuse précise.
Le djeddar B est le plus petit des trois monuments du djebel Lakhdar : sa base mesure environ 11,55 mètres de côté. Son soubassement comportait six assises de pierre, mais son couronnement est détruit. Contrairement au djeddar A, il ne possède pas le même réseau de galeries et de chambres. Son noyau central recouvrait une fosse funéraire bordée de dalles placées sur chant, dans laquelle un cercueil en bois a été signalé lors des recherches archéologiques.
Le djeddar C présente des dimensions proches de celles du djeddar A, avec une base d'environ 34,60 mètres de côté. Son organisation intérieure est comparable, mais son couronnement est beaucoup moins élevé et aucun décor n'est conservé. Fatima Kadra l'avait considéré comme inachevé. Gabriel Camps discute cette hypothèse en raison de la présence d'une inscription de dédicace à l'accès oriental, aujourd'hui illisible,.
Le djeddar F, situé sur le djebel Araoui, est le plus grand des monuments de l'ensemble. Sa base mesure environ 46 mètres de côté et sa hauteur totale est estimée à près de 18,5 mètres. Son organisation intérieure comprend deux galeries carrées concentriques desservant dix-huit chambres autour de deux espaces funéraires centraux. Une galerie axiale orientée d'est en ouest conduit vers le centre, où les pièces principales sont couvertes d'une voûte. Des blocs inscrits, des claveaux et des éléments de portes provenant de constructions antérieures ont été remployés dans l'édifice. Des fresques ont également été signalées dans les chambres centrales, notamment une figure nimbée vêtue d'une tunique et d'un manteau, tenant un objet interprété comme une crosse, ainsi qu'une scène montrant deux personnages assis.
Les autres monuments du djebel Araoui présentent des dimensions et des aménagements variés. Le djeddar D mesure environ 16 mètres de côté. Le monument E possède une organisation intérieure comparable à celle des djeddars A et C. Le djeddar G atteint environ 25 mètres de côté et comporte un aménagement cultuel à l'est. Le monument J, dont les côtés mesurent près de 30 mètres, est le deuxième plus grand de ce groupe et possède également une annexe orientale ainsi qu'une enceinte. Le monument H est presque entièrement arasé, tandis que les monuments I, K, L et M ne sont plus conservés que sous la forme de tumulus.
Les bases carrées des djeddars varient ainsi d'environ 11,50 mètres pour le monument B à 46 mètres pour le monument F. Certains éléments architecturaux portent des marques de tâcherons comprenant des noms tels que Ballenis, Acoraiu, Ami, Cillia, Cilloa, Zarutum, Bannopus ou Bannorus. Plusieurs de ces noms présentent des rapprochements possibles avec l'onomastique berbère ou romaine ; certaines marques sont inscrites de droite à gauche, dans une écriture rapprochée des traditions punique ou libyque.
Les inscriptions conservées sont parfois très altérées. Le djeddar A comporte une inscription latine à l'entrée orientale, dont la lecture demeure partielle. Pierre Salama et Claude Lepelley ont consacré une étude particulière à cette inscription, publiée en 2006, à partir notamment d'une photographie prise en 1952. Leur travail reprend un document épigraphique dont les premières lectures n'avaient permis d'identifier qu'un nombre limité de lettres sans signification assurée. Les données épigraphiques disponibles ne permettent pas d'identifier avec certitude les occupants de l'ensemble des monuments.
L'ornementation des djeddars associe ainsi des motifs géométriques, des représentations animales et des scènes de chasse à des éléments interprétés comme chrétiens, notamment les colombes entourant un calice et les fresques du monument F. Certains motifs présentent des parallèles avec ceux relevés dans des sites plus septentrionaux, dans des territoires que les historiens associent au royaume d'Altava.
Yves Modéran envisage que les trois monuments du djebel Lakhdar puissent dater du IVe siècle ou du début du Ve siècle et avoir été construits pour des princes locaux encore païens, éventuellement issus de régions sahariennes. Cette hypothèse remettrait en question l'idée d'un contrôle romain continu de la région jusqu'en 455. Pour les monuments du djebel Araoui, dont certains présentent des fresques chrétiennes et des éléments architecturaux remployés, il envisage une phase de construction plus tardive, entre la fin du Ve siècle et le VIIe siècle, associée à des chefs d'un pouvoir berbéro-romain ayant succédé à l'administration romaine en Maurétanie Césarienne.
Les recherches archéologiques sur les djeddars du djebel Lakhdar ont notamment été conduites par Fatima Kadra en 1968 et 1969. Ses fouilles ont contribué à préciser l'organisation des monuments A, B et C. Son ouvrage consacré aux monuments funéraires de la région de Frenda constitue une référence pour leur étude.
Selon une tradition locale, les djeddars auraient été construits par les Djohala ou Djouhala, des géants qui auraient habité la région avant l'avènement de l'islam. Cette tradition est rapportée dans l'entrée « Djohala » de l'Encyclopédie berbère.
Les djeddars ont également été évoqués dans la littérature consacrée à l'Afrique du Nord médiévale. Jonathan M. Bloom mentionne l'intérêt qu'aurait porté le calife fatimide al-Muizz à ces monuments.
Les djeddars sont considérés comme un ensemble important du patrimoine archéologique de la wilaya de Tiaret. Ils sont inscrits au patrimoine national depuis 1969 et figurent sur la liste indicative de l'UNESCO dans le cadre d'un dossier sur Les Mausolées Royaux de l'Algérie antique. Les autorités algériennes ont engagé des démarches en vue d'une inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO. Une candidature avait été préparée par le Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH).
La Direction du tourisme et de l'artisanat de la wilaya de Tiaret indique que le « cercle Frenda » a été classé comme site archéologique le .