Dolle Mina

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Dolle Mina
Action de Dolle Mina en 1973 interpellant le pape (à l'époque Paul VI) à propos de la pilule contraceptive.
Cadre
Type
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Pays
Organisation
Fondateurs
Michel Korzec (d), Alex Korzec (d), Dunya Verwey (d), Rita Hendriks (d), Huub Philippens (d), Anne Marie Vankan (d), Claudette van Trikt (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Dolle Mina (littéralement « Folle Mina ») est un groupe féministe néerlandais fondé en 1969. Le mouvement mène des actions spectaculaires et ludiques pour revendiquer l'égalité des droits entre les hommes et les femmes. Il est actif de 1970 à 1978, puis, après des décennies de silence, connaît un nouvel essor et attire des milliers de nouveaux membres. En 2025, Dolle Mina reçoit le prix Joke Smit, considéré comme la plus importante récompense féministe des Pays-Bas.

Débuts

Action de Dolle Mina (1970).

Contexte

La première vague féministe aux Pays-Bas, entre 1880 et 1925 environ, les revendications se concentrent sur l'obtention du droit de vote pour les femmes et leur accès à l'enseignement supérieur. Lorsque ces objectifs sont atteints, le mouvement, également affecté par la crise économique des années 1930, est en perte de vitesse.

Pendant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), les femmes exercent en nombre des métiers jusque là réservés aux hommes mais, après la guerre, les ouvrières sont renvoyées chez elles et exclues des syndicats et autres organisations sociales. La nouvelle norme sociale veut que les femmes ne travaillent pas à l'extérieur, mais trouvent leur bonheur en s'occupant bénévolement de leurs maris, en élevant les enfants et en gérant le foyer,. Aux Pays-Bas, les femmes qui travaillent sont licenciées dès leur mariage ; pour les fonctionnaires, cette situation est encadrée par la loi. Elles sont juridiquement incapables, donc les femmes mariées ne peuvent pas accomplir d'actes juridiques, comme la conclusion d'un contrat, de manière indépendante et ce, jusqu'au 1er janvier 1957,.

Dans les années 1960, un mouvement féministe refait surface, principalement dans les pays occidentaux, qui se préoccupe principalement de la légalisation de l'avortement, l'accessibilité et le remboursement de la contraception et le développement de services de garde d'enfants. Cette période d'activisme est connue sous le nom de deuxième vague féministe, et aux Pays-Bas, le groupe militant Dolle Mina en est une composante importante et reconnue,.

Création du groupe Dolle Mina

Dunya Verwey, Michel Korzec (nl), Alex Korzec et Rita Hendriks, tous issus de la Socialistische Jeugd (Jeunesse socialiste) d'Amsterdam, de tendance marxiste, sont à l'origine du collectif Dolle Mina en décembre 1969. Le collectif découle du mouvement néerlandais Provo. Ses fondateurs sont aussi inspirés de l'occupation de l'université, le Maagdenhuisbezetting à Amsterdam durant l'été précédent et du mouvement des femmes aux États-Unis. Marjan Sax figure parmi les premières à rejoindre le mouvement. Les fondateurs partent du constat personnel que, dans les milieux progressistes aussi, les rôles sont répartis de façon traditionnelle : les hommes monopolisent la parole tandis que les femmes préparent les sandwichs,,.

Dolle Mina, qui considère les autres mouvements féministes trop conformistes, veut attirer l'attention sur l'inégalité des droits entre les hommes et les femmes grâce à des actions publiques ludiques. Elles visent un changement plus fondamental de la société, l'instauration d'une société socialiste démocratique.

La particularité de Dolle Mina tient à l'utilisation de l'humour et de la provocation dans les manifestations. Les actions induisent parfois un renversement des rôles entre femmes et hommes : les activistes interpellent les hommes en pleine rue, les abordent en adoptant les comportements qu'elles veulent condamner, comme le fait de pincer les fesses. Ces actions attirent l'attention des médias et leur permet de faire connaître leurs revendications.

Le nom

Le nom Dolle Mina est un hommage posthume à la féministe Wilhelmina Drucker (1847-1925), à l'origine de la Vrije Vrouwen Vereeniging (Association des femmes libres). À la fin de sa vie, elle pense que se concentrer sur le droit de vote était une erreur et qu'il faut se concentrer sur les situations que vivent les femmes, l'essentiel restant à faire pour changer la situation des femmes. Dolle Mina serait le surnom de Wilhelmina Drucker mais d'après l'historienne Selma Leijdesdorff (nl) son surnom aurait été Ijzeren Mina (Mina de fer), adapté en Dolle Mina, Mina la folle, par Nora Rozenbroek,.

Revendications

Manifestation de Dolle Mina pour protester contre le manque de crêches

Dolle Mina tient son premier congrès le 4 avril 1970 à Arnhem. Après de longues discussions, une déclaration est adoptée, affirmant que Dolle Mina œuvre pour l'égalité des chances de développement entre hommes et femmes.

Dans ce cadre Dolle Mina revendique l’égalité salariale entre hommes et femmes, la prise en charge des contraceptifs par l’assurance maladie, l'accès à la pilule contraceptive et le droit à l’avortement. Pour faciliter le travail des femmes, le mouvement demande aussi la création de crèches, la surveillance des enfants dans les cantines scolaires et lutte contre les discriminations dans l'attribution de logements aux mères célibataires,.

Actions

Premières actions : 23-24 janvier 1970

Le groupe Dolle Mina d'Amsterdam organise sa première action avec l'occupation, le 23 janvier 1970, de l'école de commerce Nijenrode qui refuse l'admission d'étudiantes. Nora Rozenbroek, porte-parole du groupe, interpelle avec fermeté le conseil d'administration de l'école,,.

Lors de la deuxième journée d'action, le 24 janvier 1970, Dolle Mina organise une manifestation contre le mariage, ou plus précisément contre la situation des femmes dans le mariage, devant l'Hôtel de ville d'Amsterdam où sont célébrées les unions. De façon volontairement provocante, elles comparent les femmes mariées aux esclaves noirs. « À l’instar de l’esclave, la femme permet à l’homme d’économiser d’importantes sommes en cumulant les fonctions de femme de chambre, de gouvernante et de cuisinière, sans être rémunérée. ».

Le groupe défile ensuite dans la ville, nouant des rubans roses pour condamner les toilettes pour hommes (populairement surnommées krullen : boucles) pour revendiquer le « droit d'uriner », car il n'existe alors pas de toilettes publiques pour les femmes,. « Pourquoi les hommes peuvent-ils se soulager dans tous les coins de rue de la ville ? Pourquoi pas les femmes ? N’en ont-elles pas besoin ? Ou devraient-elles se contenter de le faire dans un pub ? (Elles n’ont même pas le droit d’y entrer seules). » (Nora Rozenbroek).

Après cela, Dolle Mina dénonce le harcèlement de rue en sifflant et interpellant les hommes dans le centre de la ville. Nora Rozenbroek déclare dans le journal Het Vrije Volk qu'elles souhaitent dénoncer l'absurdité du harcèlement masculin : « Ils sifflent uniquement parce qu'ils vous considèrent comme un objet sexuel, et non comme un être humain à qui l'on peut parler. »,.

S'inspirant des féministes de la première vague qui voulaient se libérer des corsets, les Dolle Mina brûlent un corset au pied de la statue de Wilhelmina Drucker, qui a donné son nom au groupe,.

L'émission d'actualités Brandpunt (nl) diffuse, le 24 janvier 1970, un reportage sur ces différentes actions et fait découvrir ce mouvement aux néerlandais.

Presse féminine

Le 20 février 1970, un groupe prend d'assaut les bureaux de l'éditeur De Geïllustreerde Pers (nl), qui distribue le magazine féminin Margriet (en), avec le slogan « Il y a quelque chose de louche dans les magazines féminins ». Les manifestantes vaporisent du désodorisant dans la rédaction du journal Margriet et exigent que le magazine « ne saoule plus les femmes avec des chroniques mielleuses, des recettes et des histoires romantiques. ». « Les magazines féminins qui mettent principalement l’accent sur le rôle actuel des femmes et non sur celui qu’elles pourraient et devraient avoir – ces magazines féminins-là, nous voulons les amener à penser différemment. » (Nora Rozenbroek, Het Parool).

Concours de beauté

Les Dolle Mina repassent à l'action à l'occasion de l'élection de Miss Cinema, un concours de beauté organisé en parallèle d'un festival de cinéma en 1970. Les Dolle Mina le qualifient d'indigne et scandaleux. Elles distribuent des tracts, affublées de têtes de vache en papier mâché ou de faux seins, pour souligner la comparaison avec un marché aux bestiaux mais sont empêchées d'entrer dans la salle. Elles improvisent alors une action alternative et « kidnappent » le réalisateur Pim de la Parra qui se prête au jeu et se déclare solidaire du mouvement. Elles entament une discussion avec des membres du jury et des candidates mais, dans la soirée, le concours reprend son cours.

Pour le droit à l'avortement

Action Baas in eigen buik pour le droit à l'avortement

Le 14 mars 1970, Dolle Mina mène une action pour la légalisation de l'avortement lors d'un congrès de gynécologues à Utrecht. Le slogan, devenu célèbre, Baas in eigen buik (littéralement : maîtresse dans mon propre ventre) est inscrit au rouge à lèvre sur les ventres des Mina.

En novembre 1970, Dolle Mina publie le livre noir Dolle Mina klaagt aan (Dolle Mina accuse), dans lequel des femmes témoignent de leurs avortements.

Autres actions

Des préservatifs sont également distribués dans les écoles d'économie domestique pour dénoncer la morale sexuelle puritaine qui y régne.

Dolle Mina s'oppose au recensement de 1971 par une campagne de dessins à la craie avec le slogan Dolle Mina ne compte pas. Le mouvement proteste également contre l'arrestation d'Angela Davis.

Bien que Dolle Mina soit un mouvement mixte, durant les actions, les femmes sont au premier plan, tandis que les hommes restent en retrait.

Le 1er mai 1973, sur proposition de Dolle Mina, Meta van Beek devient la première médiatrice des Pays-Bas, à la fondation De Ombudsvrouw, en tant que référente pour les travailleuses.

Popularité

Les actions de Dolle Mina sont spectaculaires et font régulièrement la une des journaux, aussi bien aux Pays-Bas qu'à l'étranger. De Telegraaf qualifie le collectif de « petit groupe trop sûr de lui », au comportement antipathique. Le député Hubert Kronenburg (nl) (ancien membre du Parti des fermiers) essaie - sans succès- de faire empêcher légalement ces « actes insensés ». Cependant le groupe bénéficie d'un accueil plutôt favorable dans la population, comme le montre un sondage réalisé en avril 1970 par le Algemeen Handelsblad,.

Si le noyau dur des militants reste limité à quelques personnes, le nombre de membre atteint rapidement des proportions inattendues : jusqu'à 5 000 membres répartis dans 35 sections à travers le pays,,.

Évolution du mouvement

Les Dolle Mina sont divisées entre les problématiques féminines et les tensions liées au genre, et les contradictions de la société socialiste et la lutte des classes. L'orientation marxiste que certains souhaitent insuffler au mouvement engendre un mécontentement parmi nombre des membres fondatrices.

La journée d'action Op de Vrouw Af, organisée en collaboration avec plusieurs magazines féminins et l'organisation Man Vrouw Maatschappij marque le déclin de Dolle Mina qui a pratiquement disparu en 1978.

Renouveau au 21e siècle

Le 23 janvier 2013, Dunya Verwey, accompagnée d'autres Dolle Mina de la première heure, mène une campagne pour l'installation de toilettes dans les trains Sprinter.

Après une absence de plusieurs décennies, Dolle Mina réapparaît sur la scène publique en 2025 et organise à nouveau des actions. Le mouvement est relancé, avec la participation des membres fondatrices Dunya Verwey et Claudette van Trikt, d'une part, parce que les causes défendues dans les années 1970 ne sont pas tout à fait gagnées et, d'autre part, parce que les droits acquis, comme l'avortement, sont menacés. Elles brûlent à nouveau un corset le 23 janvier 2025, exactement 55 ans après la première manifestation,.

Le 8 mars 2025 (Journée internationale des femmes), la participation de Dolle Mina à la Marche féministe fait l'objet d'un reportage sur la chaîne NOS. Par la suite, un noyau dur avec la jeune génération de Dolle Mina se forme. et des groupes se constituent dans plusieurs villes des Pays-Bas.

En juillet 2025, Dolle Mina obtient la gratuité des toilettes publiques pour tous à la foire de Tilbourg : les toilettes assises utilisées surtout par les femmes étaient payantes et les urinoirs utilisés par les hommes gratuits. À Amsterdam, des manifestations ont lieu devant une église où se tient un rassemblement contre l'avortement et, dans plusieurs villes, dont La Haye et Utrecht, des groupes Dolle Mina demandent la protection de l'accès à l'avortement, la liberté de choix en la matière et le retrait de l'avortement du droit pénal.

En août 2025, après le meurtre d'une jeune fille tuée alors qu'elle rentrait chez elle à vélo après une soirée à Amsterdam, Dolle Mina organise, avec d'autres associations féministes ou sympathisantes, des promenades nocturnes à vélo dans plusieurs villes des Pays-Bas afin de sensibiliser le public à la sécurité des femmes dans l'espace public. Elles organisent le même mois une marche contre les féminicides aux Pays-Bas, à Rotterdam puis à Groningue,,.

Le groupe Dolle Mina d'Utrecht, en collaboration avec le collectif Schaamteloos, mène une campagne pour l'introduction du terme vulvalip (lèvres vulvaires) dans le Grand Dictionnaire Van Dale de la langue néerlandaise. La campagne qui comprend des tracts adressés aux médecins généralistes et des affiches dans les abribus, aboutit avec l'introduction du mot dans le dictionnaire. Le terme Schaamlippen (lèvres honteuses) continue cependant d'y figurer.

En février 2026, Dolle Mina publie chez l'éditeur Luitingh-Sijthoff : Minafest: Vrouwen willen vóóruit, niet terug! (Minafeest : Les femmes veulent avancer, pas reculer !), avec des contributions, entre autres de Lisa Loeb (nl), Tessel ten Zweege (nl), Hillie Molenaar (nl), Anja Meulenbelt, Marjan Sax, Merol et Joke Smit.

Distinction

En 2025, le prix Joke Smit est attribué à Dolle Mina pour son retour à l'activisme et le caractère actuel et toujours pertinent du mouvement. Le prix Joke Smit est considéré comme la plus importante récompense féministe des Pays-Bas. Il porte le nom de la féministe Joke Smit (1933-1981).

Dolle Mina en Belgique

Un groupe Dolle Mina se constitue en 1970 en Belgique sur le modèle néerlandais. Il est actif surtout en Flandre et à Bruxelles. En Wallonie, le mouvement des Marie Mineur s'inspire également de Dolle Mina.

Publications

Bibliographie

Filmographie

Références

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Annexes

Articles connexes

Liens externes