Doukkala (région)

Doukkala
Culture
Surnom
Doukkala Blanche (en arabe : دكالة البيضاء , Dūkkālah al-Beidhaa) en opposition à la Doukkala Rouge, étant les Abda

Les Doukkalas ou Doukkala (en arabe: دكالة, Doukkala, en tamazight: ⵉⴷⵓⴽⴰⵍⵏ, Idukalen) désignent à la fois une région historique et géographique du Maroc correspondant à l'aire d'habitation des populations éponymes, et une confédération tribal arabo-berbère. Aujourd’hui, la Doukkala est une région à dominante arabophone. La région comprend les villes d'El Jadida, Sidi Bennour et Azemmour. Aujourd'hui, la Doukkala fait partie de la région administrative de Casablanca-Settat.

Toponymie

Le terme Dukkala constitue la contraction de deux termes berbères, à savoir « Adu » qui signifie « bas » ou « basse » et « Akal » qui signifie « Terre ». « Adukal », qui semble par ailleurs être le singulier de la forme berbère (Idukalen) du mot « Doukkala », signifie donc « la terre basse » ou simplement « la plaine ».

Histoire

Historiquement, le nom Doukkala fait référence à une confédération tribale masmoudienne ou sanhadjienne,, établie sur le territoire entre les actuelles villes de Casablanca et Safi,.

Dans l'Antiquité, des populations phéniciennes puis puniques y établirent quelques comptoirs commerciaux, tels Rusibis (El Jadida), Azama (Azemmour) et Tit (Moulay Abdellah Amghar), à partir desquels ils commerçaient avec les populations autochtones.

Révoltés contre les Almohades au XIIe siècle, les Doukkalas furent soumis par le calife Abd al-Mumin vers 1160 qui décida d'installer et de sédentariser, au sein de leur territoire, des tribus hilaliennes qu'il avait auparavant soumises dans l'Ifriqiya, et ce dans la perspective d'en finir avec les révoltes Imazighen telles que celle des Berghouatas au cours du siècle précédent.

À la suite de l'installation des Arabes hilaliens, « Doukkala » fait depuis référence aux tribus arabisées ou aux descendants arabes habitant une partie du territoire de l'ancienne population des Doukkala.

Traditions

Les Doukkalas, habitants de la région historique du Doukkala au Maroc, préservent une riche et diversifiée tradition, fortement influencée par l’agriculture, pilier de leur économie et de leur mode de vie. Nombre de ces traditions, dont certaines remontent à l’Antiquité, sont toujours pratiquées, bien que leur forme et leur symbolisme aient évolué au fil du temps. Parmi ces coutumes figure le rituel de la pluie, qui trouve son origine dans des pratiques ancestrales partagées avec plusieurs tribus arabo-amazigh du Maghreb, notamment les Chiadma, qui pratiquent ce rite sous la dénomination de « Laârossa Chta ». Ce dernier est similaire au célèbre rituel d’Anzar, connu sous le nom de Tislit n’ Anzar. Bien que cette tradition soit enracinée dans un culte ancien dédié à Anzar, le dieu de la pluie, aujourd’hui, le rite est largement islamisé, avec les Doukkalas le consacrant à Dieu.

Tislit n’ Anzar et la variante Doukkala « Taghenja »

Dans le cadre de ce rituel, similaire à « Tislit n’ Anzar », les participants invoquent la pluie en répétant des phrases incantatoires, dont la plus notable est « Taghenja Taghenja, mon Seigneur fait tomber la pluie » (en arabe: تاغنجا تاغنجاياربي تصب الشتا), qui reflète un lien spirituel avec le divin pour le rétablissement de l’équilibre naturel. Bien que le nom varie d’une région à l’autre, la pratique générale de cette invocation est observée dans toute la région du Doukkala, avec une version locale appelée « Taghenja » (en arabe: تاغنجا). La communauté associe désormais cette prière à la miséricorde d’Allah, non plus à Anzar, à la suite de leur islamisation progressive. Ce rite reflète non seulement l’adaptation des pratiques animistes aux croyances islamiques mais aussi la profonde connexion de la communauté avec la nature et les cycles agricoles.

La tradition de la fauconnerie

En plus des rituels liés à l’agriculture, le Doukkala est également reconnu pour sa tradition ancestrale de la fauconnerie , surtout au sein de la sous-tribu des Ouled Frej. Ces derniers ont transmis de génération en génération leur expertise dans la capture et l’entraînement des faucons. Cette forme de fauconnerie n’est pas seulement un art de chasse mais aussi un moyen de maintenir un équilibre avec la nature, où le faucon joue un rôle fondamental dans la régulation des populations d’animaux nuisibles.

Le tatouage berbère dans le Doukkala

Un autre aspect fascinant de la culture doukkala est l’ancienne tradition des tatouages (Oucham). Jusqu’au début du XXe siècle, les tatouages étaient largement pratiqués par les femmes de la région.

Ainsi, à travers ces pratiques, les Doukkalas perpétuent un héritage unique qui mêle influences arabo-amazigh, croyances pré-islamiques et coutumes liées à la terre. Même si de nombreuses de ces traditions ont subi les transformations liées à l’islamisation et à la modernité, elles continuent de constituer un pivot central de l’identité culturelle de la région.

Démographie

À la fin du protectorat français, dans les Doukkala vivaient 372 269 Musulmans, 2 680 Européens et 3 933 Juifs.

Au recensement officiel de 2004, la population de la région dans ses frontières actuelles était de 2 984 039 personnes.

Composition ethnique

La confédération tribale des Doukkala, établie sur le territoire des provinces d'El Jadida et de Sidi Bennour, est constituée de sept tribus :

À ces sept tribus s'ajoutent deux fractions des Chiadma et Chtouka, établies dans la région et étroitement liées, historiquement et culturellement, aux Doukkalas.

Azemmour, ville d'origine phénicienne située au nord de la région, a une population de souche constituée de citadins, musulmans et juifs, sans lien avec les tribus des alentours et dont les parlers, pré-hilaliens, se distinguaient des parlers hilaliens des Doukkala. Cette population a quitté la médina d'Azemmour et le parler local a disparu au XXe siècle.

Répartition ethnique

Au début du XXe siècle, la confédération des Doukkala est constituée de 55001 « tentes », réparties comme suit :

Géographie

Une « tazota », ancienne architecture typique de la région de Doukkala.

La région est divisée en trois sous-régions parallèles à la côte :


Personnalités liées

Voir aussi

Bibliographie

Notes et références

  1. ↑ Mohand Akli Haddadou, « Dictionnaire des racines berbères communes » Accès libre, sur haut commissariat à l'amazighité (consulté le )
  2. ↑ « akal - Dictionnaire Kabyle », sur www.dictionnaire-kabyle.com (consulté le )
  3. ↑ J. Goulven, « La région des Doukkala », Annales de Géographie,‎ , p.127 (lire en ligne)
  4. ↑ Bernard Lugan, Histoire de l'Afrique du Nord: Des origines à nos jours, Editions du Rocher, (ISBN 978-2-268-08535-7, lire en ligne)
  5. ↑ « Cinq », Encyclopédie berbère,‎ (lire en ligne)
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  7. ↑ J. Goulven , La région des Doukkala, Annales de Géographie, vol. 29, Numéro 158, 1920, p. 127
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