| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Sépulture | |
| Nom de naissance |
Eugène Émile Paul Grindel |
| Pseudonymes |
Didier Desroches, Jean Du Haut, Maurice Hervent, Paul Edouard |
| Nationalité | |
| Activités | |
| Père |
Eugène Grindel (d) |
| Mère |
Jeanne Cousin (d) |
| Conjoints |
Gala Dalí (de à ) Nusch Éluard (de à ) Dominique Éluard (d) (de à ) |
| Enfant |
Cécile Éluard (d) |
| Parti politique | |
|---|---|
| Mouvements | |
| Genre artistique | |
| Site web |
|
Paul Éluard, nom de plume d'Eugène Grindel, né à Saint-Denis (Seine) le et mort le à Charenton-le-Pont (Val-de-Marne), est un poète français.
En 1916, il choisit le nom de Paul Éluard, nom emprunté à sa grand-mère maternelle, Félicie. Il adhère au dadaïsme et devient l'un des piliers du surréalisme en ouvrant la voie à une action artistique politiquement engagée auprès du Parti communiste et de l'Union soviétique.
Il est connu également sous les pseudonymes de Didier Desroches et Brun.
Paul Éluard naît à Saint-Denis, au 46 boulevard de Châteaudun (actuellement boulevard Jules-Guesde), le à 11 heures du matin. Son père, Clément Eugène Grindel (1870-1927), est comptable lorsque naît son fils mais ouvre, peu après 1900, un bureau d'agence immobilière. Sa mère, Jeanne Marie Cousin (1874-1955), est couturière. Éluard fréquente l'école communale de Saint-Denis, puis celle d'Aulnay-sous-Bois à partir de 1903,. Vers 1908, la famille s'installe à Paris, rue Louis-Blanc. Il entre comme boursier à l'école supérieure Colbert. Il obtient son brevet en 1912 et en juillet, sa santé apparaissant fragile, part avec sa mère se reposer à Glion, en Suisse. Une grave crise hémoptysique l'oblige à prolonger son séjour et il est contraint, à l'âge de seize ans, d'interrompre ses études car il est atteint de tuberculose. Il reste hospitalisé jusqu'en au sanatorium de Clavadel, près de Davos.
Il y rencontre une jeune Russe de son âge en exil Elena Diakonova, qu'il surnomme Gala. La forte personnalité, l'impétuosité, l'esprit de décision, la culture de la jeune fille impressionnent le jeune Éluard qui prend avec elle son premier élan de poésie amoureuse, un élan qui se prolongera dans tous ses écrits. Elle dessine son profil, et il ajoute à la main : « Je suis votre disciple ». Ils lisent ensemble les poèmes de Gérard de Nerval, Charles Baudelaire, Lautréamont et Guillaume Apollinaire.
Mobilisé en 1914, il part sur le front comme infirmier militaire avant d’être éloigné des combats en raison d’une bronchite aiguë. Cette expérience de la guerre et de ses champs de bataille le traumatise et lui inspire Poèmes pour la Paix (publiés en 1918).
Devenu majeur à 21 ans, le , il épouse Gala dès le suivant.
Le , il écrit à l'un de ses amis :
« J'ai assisté à l'arrivée au monde, très simplement, d'une belle petite fille, Cécile, ma fille. »
En 1918, lorsque la victoire est proclamée, Paul Éluard allie la plénitude de son amour à une profonde remise en question du monde : c'est le mouvement Dada qui va commencer cette remise en question, dans l'absurdité, la folie, la drôlerie et le non-sens. C'est ensuite le surréalisme qui lui donnera son contenu. Juste avant les surréalistes, les dadaïstes font scandale. Éluard, ami intime d'André Breton, est de toutes les manifestations dada. Il fonde sa propre revue, Proverbe, dans laquelle il se montre, comme Jean Paulhan, obsédé par les problèmes du langage. Tous deux veulent bien contester les notions de beau / laid, mais refusent de remettre en question le langage lui-même. En 1920, Éluard est le seul du groupe à affirmer que le langage peut être un « but », alors que les autres le considèrent surtout comme un « moyen de détruire ».

En 1922, il promet à André Breton de « ruiner la littérature » et de ne plus rien produire.
Le , il embarque à Marseille pour un voyage autour du monde. Le lendemain, paraît le recueil Mourir de ne pas mourir qui porte en exergue : « Pour tout simplifier je dédie mon dernier livre à André Breton. » Il est de retour à Paris au début du mois d'octobre comme si de rien n'était. Breton en dit : « Alors il m'a mis un petit mot, qu'il m'attendait hier [au café]. Cyrano, ni plus ni moins. C'est bien le même, à n'en pas douter. Des vacances, quoi ! ». Tout naturellement, il participe au pamphlet Un cadavre, écrit par les surréalistes en réaction aux funérailles nationales faites à l'écrivain Anatole France.
La vie d'Éluard se confond à présent avec celle du mouvement surréaliste. C'est cependant lui qui échappe le mieux à la réputation de violence et qui est le mieux accepté comme écrivain par la critique traditionnelle[réf. nécessaire]. Éluard se plie à la règle surréaliste résumée par cette phrase du Comte de Lautréamont : « La poésie doit être faite par tous, non par un. » Avec Benjamin Péret, il écrit 152 proverbes mis au goût du jour. Avec André Breton, L'Immaculée Conception. Avec Breton et René Char, Ralentir travaux.
Dès 1925, il soutient la révolte des Marocains et en , il adhère au Parti communiste français, avec Louis Aragon, Breton, Benjamin Péret et Pierre Unik. Ils s’en justifient dans le tract collectif Au grand jour.
C'est aussi l'époque où il publie deux recueils essentiels : Capitale de la douleur (1926) et L'Amour la poésie (1929).
En 1928, malade, il repart dans un sanatorium avec Gala, où ils passeront leur dernier hiver ensemble. C'est à ce moment que Gala, qui était ouvertement la maîtresse de Max Ernst, rencontre Salvador Dalí et quitte le poète pour le peintre. Paul Éluard dit à Gala : « Ta chevelure glisse dans l'abîme qui justifie notre éloignement. »
Peu après, il fait la connaissance de Maria Benz, une artiste de music-hall d'origine alsacienne surnommée « Nusch » avec qui il se mariera en 1934.
Les années 1931-1935 comptent parmi les plus heureuses de sa vie. Marié avec Nusch en 1934, il voit en elle l'incarnation même de la femme, compagne et complice, sensuelle et fière, sensible et fidèle. En 1931, il s'insurge contre l'Exposition coloniale organisée à Paris et signe un tract où est écrit : « Si vous voulez la paix, préparez la guerre civile ».
Avec plusieurs amis écrivains (René Char, André Breton, Louis Aragon, etc.), il attaque frontalement l’Exposition coloniale de 1931, qu'ils décrivent comme un « carnaval de squelettes », destiné à « donner aux citoyens de la métropole la conscience de propriétaires qu’il leur faudra pour entendre sans broncher l’écho des fusillades ». Ils réclament également « l’évacuation immédiate des colonies », et la tenue d'un procès sur les crimes commis.
Lors de la crise de l'« affaire Front Rouge », un poème de Louis Aragon poursuivi par la justice pour incitation à l'insurrection militaire, le groupe surréaliste se déchire sur l'alignement politique à adopter face aux exigences du Parti communiste français (PCF). Éluard, d'abord solidaire de Breton et défenseur de l'autonomie poétique surréaliste face au dogme du Parti, hésite. Cette période de tensions contribue à sa première exclusion provisoire du PCF en 1933 pour cause d'insubordination. Selon Le Maitron, « il semble plutôt avoir cessé de participer à la vie de sa cellule. »
Il se fait ambassadeur du surréalisme et voyage en Europe, afin de dénoncer le fascisme. Bien qu'engagé dans les milieux pacifistes, il déclare au sujet d'Hitler que « La mobilisation contre la guerre n’est pas la paix ». En , avec André Breton, il est en Tchécoslovaquie, une des rares démocraties européennes, où la capitale, Prague, les accueille avec chaleur. L'organe du Parti communiste hongrois les présente comme deux poètes, les plus grands de la France contemporaine. En Espagne en 1936, il apprend le soulèvement franquiste, contre lequel il s'insurge violemment. L'année suivante, le bombardement de Guernica lui inspire le poème Victoire de Guernica. Pendant ces deux années terribles pour l'Espagne, Éluard et Picasso ne se quittent guère. Le poète dit au peintre : « Tu tiens la flamme entre tes doigts et tu peins comme un incendie ». Des désaccords politiques mais aussi littéraires (refus de l’écriture automatique) conduisent à la rupture entre Éluard et le groupe surréaliste organisé autour d'André Breton en 1938.
En 1938, la rupture définitive est consommée entre Éluard et André Breton. Alors que Breton dénonce le totalitarisme soviétique et se rapproche de Léon Trotski rédigeant avec lui le Manifeste pour un art révolutionnaire indépendant, Éluard choisit de rester fidèle à la ligne stalinienne de Moscou et d'abandonner les méthodes surréalistes comme l'écriture automatique. Pour Breton et les surréalistes anti-staliniens, le choix d'Éluard est vécu comme un renoncement aux idéaux d'émancipation et de liberté du mouvement original au profit de la discipline d'appareil,,.
Durant les procès de Moscou (1936-1938), contrairement à Breton et d'autres intellectuels d'avant-garde qui ont fermement condamné les grands procès et l'élimination des vieux bolcheviks, Éluard observe un silence complet, refusant de critiquer les méthodes de l'URSS. Plus tard, bien que mobilisé dans l'armée française puis engagé plus tard dans la Résistance poétique clandestine, son alignement sans faille sur les directives changeantes du PCF, notamment son soutien à la ligne du PCF pendant le Pacte germano-soviétique (1939-1941), au gré des alliances de Moscou suscite des réprobations dans les milieux intellectuels non alignés,,.
Il est mobilisé dès dans l'Intendance, il s'installe avec Nusch à Paris après l'armistice (). Durant cette période, il héberge à Paris le couple d'artistes républicains espagnols Concha Méndez et Manuel Altolaguirre, exilé après l'arrivée au pouvoir de Franco. Ses premiers poèmes de résistance paraissent dans la clandestinité, dès 1941. Il y fustige la collaboration, y exalte ceux qui disent non, sauve les martyrs et les fusillés de l’oubli : « Péri est mort pour ce qui nous fait vivre ».
En , il s'installe chez des amis, Christian et Yvonne Zervos, près de Vézelay à proximité des maquis. Éluard demande sa réinscription, clandestine, au Parti communiste.
Les vingt et une strophes de Liberté, publiées dans le premier numéro de la revue Choix, sont parachutées par les avions anglais à des milliers d'exemplaires au-dessus de la France (ce poème est mis en musique par Francis Poulenc dès 1944).

En 1943, avec Pierre Seghers et Jean Lescure, il rassemble les textes de nombreux poètes résistants et publie un livre intitulé L'Honneur des poètes. Face à l'oppression, les poètes chantent en chœur l'espoir, la liberté. C'est la première anthologie d'Éluard où il montre sa volonté d'ouverture et de rassemblement. En , Éluard se réfugie avec Nusch à l'hôpital psychiatrique de Saint-Alban (aujourd'hui considéré comme le berceau de la psychothérapie institutionnelle), dirigé par le docteur Lucien Bonnafé (proche des surréalistes) et François Tosquelles, où se cachaient de nombreux juifs et résistants. Dans cet hôpital, il est séduit par les œuvres des patients, notamment celles d'Auguste Forestier, qui fabrique des petites statues avec des bouts de ficelle, de bois ou de métal, et il en rapporte à Paris, les faisant connaître à Picasso, Raymond Queneau, Jean Dubuffet, qui donnera à l'« art brut » ses lettres de noblesse.
À la Libération, il est fêté comme le grand poète de la Résistance.
Avec Nusch, il multiplie tournées et conférences. Mais le , pendant un séjour en Suisse, il reçoit un appel téléphonique lui apprenant la mort subite de Nusch, emportée par une hémorragie cérébrale. Terrassé, il écrit :
Vingt-huit novembre mil neuf cent quarante-six
Nous ne vieillirons pas ensemble.
Voici le jour
En trop : le temps déborde.
Mon amour si léger prend le poids d'un supplice.
Un couple d'amis intimes, Jacqueline et Alain Trutat (pour qui il écrit Corps Mémorable), lui redonnent peu à peu le « dur désir de durer ». Son recueil De l'horizon d'un homme à l'horizon de tous retrace ce cheminement qui mène Éluard de la souffrance à l'espoir retrouvé.
La bataille de Grèce n'est pas terminée, et son amour et sa lutte avec Nusch se poursuit au-delà de la mort :
Il y a les maquis couleur de sang d'Espagne
Il y a les maquis couleur du ciel de Grèce
Le pain le sang le ciel et le droit à l'espoir
Toi que j'aime à jamais toi qui m'as inventé
Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre
Tu rêvais d'être libre et je te continue.
Après la Libération, Éluard participe activement au Comité national des écrivains (CNE), chargé de juger et d'interdire de publication les auteurs ayant collaboré sous l'Occupation. Aux côtés de Louis Aragon et de Jean Paulhan, Éluard copilote l'instance de décision du CNE. Il participe directement aux délibérations qui établissent les critères d'exclusion du champ littéraire et valide les listes d'écrivains frappés d'interdiction de publier. Contrairement à Jean Paulhan ou François Mauriac qui rapidement réclament un droit au pardon et dénoncent les excès des listes noires, Éluard adopte une ligne de fermeté sans concession. Éluard théorise même une forme d'intransigeance : pour lui, les écrivains qui ont mis leur plume au service de l'occupant nazie ou du régime de Vichy ont trahi la fonction éthique de la poésie et de la littérature. Il considère que le mot étant une arme, la responsabilité de l'écrivain est supérieure à celle du citoyen ordinaire.
Quand la controverse sur l'Épuration s'intensifie, notamment lors du procès et de l'exécution de Robert Brasillach en 1945, Éluard soutient le refus du CNE d'accorder le pardon symbolique aux auteurs collaborateurs de premier plan. Il s'oppose aux tentatives de réhabilitation précoce et défend la légitimité du tribunal des pairs incarné par le CNE contre les critiques venant de la droite ou des milieux libéraux.
L'étude de Gisèle Sapiro, La Guerre des écrivains (1940-1953) (1999) souligne le rôle charnière de la figure d'Éluard. Son statut d'auteur du poème « Liberté » et de figure héroïque de la Résistance clandestine offre au CNE et au PCF une caution morale absolue. Cette autorité symbolique a permis de rendre inaudibles, dans les immédiates années d'après-guerre (1944-1946), les protestations contre la sévérité de l'Épuration littéraire.

Poète libertaire de la jeunesse surréaliste, Paul Éluard met sa plume au service direct du Parti communiste français (PCF) et du régime soviétique après la Seconde Guerre mondiale. Des intellectuels comme Éluard (ou Aragon) offraient au PCF et à Moscou une caution morale et artistique inestimable. Son statut d'ancien résistant et de grand poète national renforçait alors l'efficacité de la propagande auprès du public français. Éluard a la particularité d'associer la défense de la France et notamment l'héritage de la Résistance à la fidélité inconditionnelle à l'Union soviétique et à son chef,.

Éluard écrit des poèmes où Staline est présenté non seulement comme le héros de la victoire contre le fascisme, mais aussi comme l'incarnation de la paix mondiale, de la fraternité et de l'avenir de l'humanité. Le poète dépeint le dictateur soviétique comme une figure bienveillante, un « père des peuples » universel, effaçant complètement la violence totalitaire pour ne conserver que la dimension fraternelle et salvatrice de l'URSS.
Les archives du PCF et des organes soviétiques montrent que Moscou cherchait activement à capitaliser sur la notoriété internationale d'Éluard en tant que « Poète de la Résistance » et auteur du poème « Liberté ». Éluard est perçu par les services culturels moscovites comme un poète au tempérament plus « bourgeois », anarchisant ou romantique à l'origine. Moscou savait qu'il n'était pas un théoricien du marxisme-léninisme. Son adhésion est vue comme une conversion affective et éthique, ce qui le rendait paradoxalement encore plus précieux pour la propagande extérieure,,.
Pendant la Guerre froide (1947-1952), l'objectif principal de la diplomatie culturelle moscovite en Europe de l'Ouest était d'étendre le Mouvement mondial des partisans de la paix, dirigé par Frédéric Joliot-Curie pour paralyser le bloc occidental. Moscou encourage et finance, via les canaux du PCF et des organisations de masse, les voyages internationaux d'Éluard (en Pologne lors du Congrès de Wroclaw en 1948, en Grèce auprès des maquisards communistes, en Union soviétique, en Hongrie). Dans les rapports d'évaluation soviétiques, sa présence physique et ses lectures poétiques sont créditées d'un fort pouvoir de séduction sur les intellectuels non communistes d'Europe de l'Ouest. Dans les critères de l'appareil soviétique, la poésie d'Éluard accomplissait exactement ce que le réalisme socialiste recherchait : humaniser la figure de Staline pour le public occidental,.
En , Paul Éluard et Picasso sont invités à participer au Congrès pour la paix à Wrocław (Pologne). En juin, Éluard publie des Poèmes politiques préfacés par Louis Aragon. L'année suivante, au mois d'avril, c'est en tant que délégué du Conseil mondial de la paix, qu'Éluard participe aux travaux du congrès qui se tient à la salle Pleyel à Paris. Au mois de juin, il passe quelques jours auprès des partisans grecs retranchés sur les monts Gramos face aux soldats du gouvernement grec. Puis il se rend à Budapest pour assister aux fêtes commémoratives du centenaire de la mort du poète Sándor Petőfi. Il y rencontre Pablo Neruda.
En septembre, il est à Mexico pour un nouveau congrès de la paix. Il rencontre Odette, dite Dominique Lemort avec qui il rentre en France. Ils se marieront en 1951. Éluard publie cette même année le recueil Le Phénix entièrement consacré à la joie retrouvée.

En décembre 1949, lors des célébrations du 70ᵉ anniversaire de Joseph Staline, Paul Éluard publie le poème « Joseph Staline » dans un numéro d'hommage de L'Humanité et édité sous forme de plaquette de prestige par le PCF. Éluard utilise des métaphores quasi-religieuses ou spirituelles, mais transposées dans un cadre laïque et communiste. Staline n'est plus seulement un chef politique, il devient une force cosmique et morale. Dans ce texte, Éluard associe Staline à la lumière, à la chaleur du foyer et au renouveau de la vie. En célébrant Staline comme « l'homme ordinaire devenu extraordinaire », Éluard veut rendre le culte de la personnalité intime et accessible au public français. Cet engagement ne s'arrête pas aux textes imprimés. Éluard participe en tant qu'orateur à la mise en scène publique de cet anniversaire par le PCF. Lors du Rassemblement de la Mutualité, la présence physique d'Éluard sur scène, avec sa voix grave et son aura d'ancien poète résistant, apporte une charge émotionnelle intense à la cérémonie de propagande, transformant un événement de culte politique en un moment de communion poétique.
La poésie d'Éluard sert ainsi à redorer l'image de Staline en France : l'homme fort du Kremlin devient, sous la plume du poète, le seul rempart contre l'« impérialisme américain » et la menace d'une Troisième Guerre mondiale.
En 1950, avec Dominique, il se rend à Prague pour une exposition consacrée à Vladimir Maïakovski, à Sofia en tant que délégué de l'association France-URSS et à Moscou pour les cérémonies du . Il publie le recueil Hommages, qui inclut le poème Légion, dédié au groupe Manouchian.
Cette même année se situe l'un des moments les plus controversés de sa carrière intellectuelle et politique. Záviš Kalandra, écrivain, critique et militant communiste tchécoslovaque, avait été l'hôte enthousiaste de Paul Éluard et d'André Breton lors de leur voyage à Prague en 1935. Kalandra s'est ensuite écarté de la ligne stalinienne officielle pour adopter des positions trotskistes et critiques à l'égard des Procès de Moscou. Arrêté en 1949 par le régime communiste tchécoslovaque, Kalandra est jugé lors d'un procès-spectacle stalinien à Prague en juin 1950. À l'instar d'autres accusés, il passe aux « aveux » sous la contrainte et est condamné à mort. Dès l'annonce de la condamnation à mort, André Breton adresse une lettre ouverte désespérée à Éluard dans le journal Combat. Breton y rappelle à Éluard leur amitié commune avec Kalandra et le supplie d'intervenir publiquement auprès des autorités tchécoslovaques pour sauver la vie du poète. Paul Éluard, alors entièrement soumis à la discipline idéologique du Parti communiste français (PCF), refuse d'intervenir. Interrogé à ce sujet (notamment dans la revue Action), il répond par une phrase devenue célèbre, :
« J'ai trop à faire avec les innocents qui clament leur innocence pour m'occuper des coupables qui clament leur culpabilité. »
Après le rejet des appels et des recours en grâce de Kalandra et des ses co-condamnés, ils sont exécutés par pendaison le à la prison de Pankrác à Prague. Andrew Sobanet dans son étude consacrée aux écrivains français face au culte de la personnalité considère le procès et la mort de Kalandra comme le point culminant de la subordination idéologique d'Éluard au Parti communiste français (PCF).

En , il est à Genève pour une conférence sur le thème La Poésie de circonstance. Le , il représente « le peuple français » à Moscou pour célébrer le cent cinquantième anniversaire de la naissance de Victor Hugo.
Le à neuf heures du matin, Paul Éluard succombe à une crise cardiaque à son domicile, 52 avenue de Gravelle à Charenton-le-Pont. Les obsèques ont lieu le — en présence notamment de Louis Aragon, Jean Cocteau, Pablo Picasso, Jacques Duclos et Vercors —, au cimetière du Père-Lachaise où il est inhumé. Le gouvernement refuse les funérailles nationales.
L'écrivain Robert Sabatier a écrit :
« Ce jour-là, le monde entier était en deuil. »
Comme pour l'ensemble des intellectuels occidentaux, Moscou a maintenu une vigilance documentaire sur Éluard. Néanmoins, les archives soviétiques montrent qu'en raison de sa soumission sans faille aux grandes directives après 1945, notamment son refus d'intervenir pour Kalandra en 1950, Éluard demeure classé jusqu'à sa mort en 1952 dans la catégorie des « amis sûrs et inestimables de l'URSS », sans qu'aucune purge ou suspicion majeure ne vienne entacher sa relation avec l'appareil soviétique,.
La poésie d'Éluard est d'abord une exaltation lucide du désir. Capitale de la douleur (1926) montre que le monde de la maladie, de la solitude et de la mort, est toujours menaçant, mais c'est justement aussi ce qui donne son prix au bonheur. Son titre était à l'origine L'art d'être malheureux.
L'amour « égoïste » de L'Amour la poésie peut également s'ouvrir et œuvrer pour le bonheur de tous, comme en témoignent les poèmes des recueils La Vie immédiate (1932) et Les Yeux fertiles (1936), célébrant son amour partagé avec Nusch. La mort de Nusch est l'occasion d'un pari fou sur l'avenir, d'un authentique recommencement. Le Dur Désir de durer est un acte de foi envers le langage conçu comme une lumière capable de faire reculer les ténèbres de la souffrance.
Chez Paul Éluard, les exigences morales épurent le mot sans jamais éluder les bouleversements de l’homme, tant la logique de l’amour les soutient. « Pour lui, l’amour est la grande force révolutionnaire », souligne Jacques Gaucheron dans son livre Paul Éluard ou la fidélité à la vie. Il l’approfondit sans cesse, du désir le plus charnel à l’érotisme et jusqu’à cette ouverture au monde qu’est l’amour. Passer de « je » à « tu », c’est passer à « nous », au « nous » le plus vaste. L’amour, par nécessité intérieure, donne à voir, donne à vivre, donne à vouloir un monde sans mutilation qui s’épanouirait en investissant toutes les dimensions humaines. La seule exigence totalisante étant celle du bonheur. Éluard écrit : « Il ne faut pas de tout pour faire un monde. Il faut du bonheur et rien d’autre ».
L'exaltation de l'expérience amoureuse chez Éluard passe aussi par une sacralisation et un culte de la femme aimée, qu'on retrouve dans une majorité de ses poèmes.
Le langage de la poésie d'Éluard dépasse l'automatisme pur et ne se contente pas de mettre au jour le minerai de l'inconscient. Il cherche à rendre évidentes des associations de mots, d'images, qui pourtant échappent à tout lien logique. Car si, selon le vers célèbre du recueil L'Amour la Poésie, « La terre est bleue comme une orange », c'est que, pour le poète, tout est possible à qui sait « voir ». C'est en affranchissant la pensée de ses limites qu'il découvre l'absolu poétique. Chez Éluard, la parole affirme : « J'ai la beauté facile et c'est heureux » (Capitale de la douleur).

C'est également en combattant la mort et les atrocités liées à la guerre que le poète aspire à redonner un sens à la vie. On compte notamment, parmi ses écrits les plus engagés :
Jacques Gaucheron, auteur du livre Paul Éluard ou la fidélité à la vie, rencontre le poète après la guerre au Comité national des écrivains. Devenus amis, ils publient ensemble Les Maquis de France. Pour lui : « Paul Éluard est entré dans l’histoire littéraire lorsqu’il parle de poésie ininterrompue, ce n’est pas un vain mot ».
Cette cohérence tient à la profondeur de l’invention d’Éluard, qui n’est pas seulement une manière de dire, mais une manière d’être. L’intuition fondamentale du poète, explique Jacques Gaucheron, est précocement à l’origine de la revendication inconditionnelle du bonheur. Sa méditation poétique s’expérimente dans les remous de sa vie privée. On pense souvent à lui comme poète de la Résistance. Durant les années de l’occupation nazie, il est celui qui ne se résigne pas, qui n’accepte pas. Le sommet est atteint avec Liberté, qui sera diffusé dans le monde entier en 1942. Originellement écrit comme poème d'amour à l'intention de Nusch, dont le nom devait apparaître dans la dernière strophe, Paul Éluard décide finalement de conclure le texte par le mot « Liberté ». Il transforme ainsi le poème d'amour en poème engagé. Paul Éluard est un porteur d’espérance.
Mais il est aussi le poète de la résistance, sans majuscule. Il écrit contre l’ordre du monde. Sa lutte est tout aussi ininterrompue que sa poésie. Lorsqu’il écrit l'Immaculée Conception en 1930 avec André Breton, il se bat contre les traitements que l’on inflige aux aliénés, l’aliénation étant l’une des pires représentations de l’exclusion. Au sens que lui confère Éluard, la poésie est une entreprise de désaliénation. La poésie en devient donc « un art de langage, un art de vie, un instrument moral ».
Les liens très profonds qui unissaient Éluard et ses amis artistes, peintres et sculpteurs, se reflètent dans les nombreux poèmes qu’il leur a consacrés, sans compter ceux qu'il leur a dédiés. Il est aussi sans doute le poète chez qui la collaboration avec les peintres, qui va parfois jusqu'à la fusion de l'image et du texte, a été la plus importante, plus de quarante artistes ayant œuvré avec lui. Jean-Charles Gateau dit de lui : « Aucun poète de ce siècle, et je pèse mes mots, n'a eu comme Éluard l'amour de la peinture ». Toute sa vie, il sera un collectionneur passionné achetant, vendant, échangeant. Plus de 400 œuvres sont passées successivement dans sa collection. Dès le milieu des années 1920, il collectionne des objets d’Arts Premiers, collection qu’il poursuivra jusqu’à sa mort.
En musique classique, Francis Poulenc a utilisé ses poèmes dans plusieurs de ses œuvres, notamment les Sept Chansons (1936) pour chœur a cappella, la cantate Figure humaine (1943), avec en particulier son poème Liberté, la cantate de chambre Un soir de neige (1945) et de nombreuses mélodies pour voix et piano dont le cycle Tel jour telle nuit (1936-1937).
La compositrice française Elsa Barraine met en musique plusieurs poèmes d'Éluard comme Avis (1944) ou Poésie ininterrompue (1948).
Le chanteur argentin Jairo a composé et enregistré en 1977 une version du poème Liberté, parue dans un premier album éponyme en France (interprétation en 1988 au Bataclan publiée sur Youtube en hommage aux victimes des attentats de ).
Le compositeur québécois Michel-Georges Brégent reprend le poème "Couvre-Feu" sur son disque "Partir Pour Ailleurs" en 1979.
L'œuvre de Kaija Saariaho Grammaire des rêves (1988) pour soprano, alto, et cinq instruments a pour livret un montage de trois poèmes du recueil d'Éluard L'Amour la poésie.
Les Œuvres complètes en deux tomes sont établies par Marcelle Dumas et Lucien Scheler et publiées en 1968 par Gallimard dans la collection Bibliothèque de la Pléiade. À cette occasion un Album Éluard est réalisé.