Engin forestier

Les engins forestiers sont les véhicules et matériels mécaniques spécifiquement destinés au travail en forêt
(sylviculture, bûcheronnage, débardage, etc.). Ces engins, d'abord dérivés de matériels militaires ou agricole ont fortement évolué, en particulier avec l'apparition de tracteurs ou porteurs articulés et de pneus spéciaux permettant une meilleure maniabilité dans le milieu boisé et sur les pentes.

Les machines de bûcheronnage sont encore réservées aux résineux (aux troncs biens droits, légers et faciles à ébrancher) ; plutôt de diamètres, faibles et moyens.
Les constructeurs ne disposent pas encore de machines adaptées aux feuillus, qu'on récolte de façon bien plus rentable à des diamètres plus larges que ceux des résineux.

On constate depuis les années 1980, notamment dans l'hémisphère-Nord, une forte tendance à la mécanisation des coupes

Histoire de la mécanisation en forêt

Ancien charroi de débardage (vers 1900)
Moteur Donkey (machine à vapeur) adapté au débardage dès 1881. Il est ici posé sur deux patins en troncs d'arbres. Ces "patins" permettaient de le tirer dans les bois (Comté de Tillamook, Oregon, octobre 1941)
Grant County, Oregon, 194. Bûcheronnage mécanisé dans la Malheur National Forest ; chargement de grûmes sur plateau sur voie ferrée
Les engins mécaniques ont grandement facilité certains travaux (désouchage en particulier), en encourageant les plantations d'arbres, au détriment de la régénération naturelle souvent
Engins à tête de coupe Valmet 911.3 en action de coupe rase, forêt de Hedmark, Norvège (2008)
Porteur moderne

Dans le monde entier, après la Première Guerre mondiale puis après la Seconde Guerre mondiale, les États ont encouragé la culture des résineux ou d'essences à croissance rapide pour la construction et l'économie. De plus les usines qui fabriquaient les chars d'assaut ont cherché après l'armistice de 1918 de nouveaux débouchés. Ils ont notamment proposé aux forestiers des camions porteurs et des engins tout-terrain à chenille dérivés des matériels militaires mis au point pour les champs de bataille.

Certains engins agricoles (tracteurs équipés de broyeur, charrue ou sous-soleuses ont aussi été détournés de leur vocation première pour élargir les possibilités de mécanisation de l'exploitation forestière.

La seconde moitié du XXe siècle a historiquement été en Europe et notamment en France marquée par une phase de plantation sylvicole intensive (forêt de guerre, pour partie financées avec les dommages de guerre, dans le cadre de la reconstruction). la poursuite de cette tendance a été permise et facilitée par la mécanisation de la plantation développée à l’occasion de la création des forêts de guerre en zone rouge (séquelles de guerre) après la Première Guerre mondiale, puis par le besoin de cellulose de pin pour la pâte à papier et de bois d'œuvre bon marché. Les forêts subventionnées (enrésinements des années 1960-1970, populicultures des années 1970 à 90) et le développement des futaies et coupes rases au détriment du taillis sous futaie ou de la futaie jardinée ont naturellement encouragé la voie de la mécanisation, induisant des faciès boisés d’aspect parfois très artificiels (monocultures « en rangs d’oignons ») et un bouleversement de l'emploi et du métier forestiers (le bûcheron qui travaillait dangereusement dans la nature, tend à devenir ouvrier technicien travaillant dans une cabine, en faisant appel à des compétences croissantes en mécanique, hydraulique, électronique et informatique).

La méthode avait pour partie été rodée en zone tropicale avec les plantations industrielles d’hévéas qui ont en quelque sorte préparé celles de palmier à huile ou d’eucalyptus. En Europe de l’Ouest, au XXe siècle, elle semblait plus en accord avec la rationalisation et standardisation de la sylviculture et une volonté de maîtriser et « améliorer » le « matériel végétal » et sa génétique (provenance certifiée, expérimentation d'arbres OGM prônées dans les années 1990 et en cours de développement par exemple avec les peupliers transgéniques de l'INRA).

En France, le CEMAGREF a compté parmi ses premières missions le développement de la mécanisation et des engins forestiers.

À la fin des années 1990, une « sylviculture durable » au travers des écolabels ou écosociolabels tels que le FSC accorde théoriquement une importance particulière au choix des engins forestiers et aux périodes d'utilisation, afin de moins déranger la faune et moins abîmer l'humus, les racines et les sols fragiles.
En effet, les engins modernes ont un impact environnemental et social : ils ont eu un impact négatif sur le nombre d'emplois forestiers. Ils peuvent encourager une intensification de la sylviculture (coupes encore plus précoces prônées par la « sylviculture dynamique ». Ils accélèrent et accentuent l'artificialisation des forêts (plantations monospécifiques, géométriques, standardisées et équiennes) et peuvent faciliter une surexploitation du milieu.

Usages

Ils sont utilisés à tous les stades de la sylviculture, de la préparation du terrain à la récolte en passant par l'aménagement forestier ;

Typologies d'engins "forestiers"

Les engins vraiment spécifiquement forestiers sont les :

On trouve de nombreux engins porte-outils polyvalents et dans certaines forêts des engins destinés à pulvériser des engrais (On a par exemple pulvérisé des boues d'épuration liquides aux USA dans de nombreuses forêts durant une trentaine d'années, malgré des risques sanitaires importants pour les animaux dont le gibier).
Dans certains pays et dans certains massifs, des forestiers ont recours à des engins pour pulvériser des pesticides (désherbants, insecticides, fongicides). De telles pulvérisations ont été faites par hélicoptère ou avion parfois, en Amérique du Nord par exemple).

Des engins de type génie civil sont utilisés pour construire et entretenir les routes forestières, pistes et layons ainsi parfois que des pare-feu (dans les régions sèches).

Dans certains pays comme la France, des engins de type agricole entretiennent parfois des cultures cynégétiques en pleine forêt. Elles sont destinées à nourrir les chevreuils, cerf et sangliers.

En zone tropicale, des bulldozers et pelles mécaniques sont très utilisés pour tracer les pistes utilisées pour aller chercher le bois et pour le débarder. Dans certains pays on trouve aussi des machines à faire du charbon de bois, des scieries mobiles ou portatives.

Des quads sont utilisés pour le déplacement des personnels ou de petits matériels.

Il est parfois prospectivement évoqué l'utilisation de dirigeables pour l'exploitation forestière.

Le marché des engins forestiers

En France

4 entreprises occupent l'essentiel du marché spécifiquement forestier en France : John Deere (débusqueurs à pince notamment), Camox, Logset (développement de cisaille forestière pour le marché bois énergie), HSM connus pour leurs machines à grue et grappin. Valmet et LKT Trstená (constructeur) sont également présent. Un nombre important de matériel agricole est également utilisé, mais non évoqué ici. Quelques marques émergentes sont Logset, Sogedep, HSM, Equip’ Forêt…

Chaque année, la FCBA étudie les ventes de matériels d’exploitation forestière neufs vendus en France. Elle montre que les ventes augmentent régulièrement, et que la crise de 2008 n'a pas eu d'effet sur ces ventes.

La tempête Klaus a eu peu d'impact sur les ventes car ayant touché une région où la foresterie est déjà ultra-mécanisée.
Le niveau des ventes de machines devrait chuter en 2009 à la suite du contexte de crise qui a affecté le secteur des scieries et de la pâte à papier, bien que le secteur bois-énergie reste soutenu.

Alternatives

Câble-mât Larix Lamako, sur un tracteur agricole (2010).

D'autres moyens que mécanique sont utilisés, dont par exemple :

Ce sont des alternatives qui ont retrouvé de la vigueur et une bonne rentabilité dans certains contextes ou qui ont été localement testés ou soutenus pour des raisons écologiques, mais ils sont devenus et restent encore marginaux en termes de surface ou tonnages traités.

Avantages

La sécurité des bûcherons et ouvriers et leur confort de travail ont été grandement améliorés par la mécanisation et les progrès de l'ergonomie et du blindage des cabines. Mais au détriment du nombre d'emplois par hectare, tonne ou cubage de bois traitée. Deux ou trois machines et leurs conducteurs remplacent aujourd'hui le travail de plusieurs centaines de personnes.

Inconvénients

La mécanisation encourage les cultures monospécifiques et équiennes sur de grandes surfaces, traitées en coupes rases (ici sur l'île René-Levasseur au Canada, où quelques corridors biologiques ont été provisoirement maintenus, pour certains néanmoins fragmenté par des routes)

L'usage intensif d'engins en forêt a plusieurs inconvénients :

Référentiels de bonnes pratiques

En France, le Règlement National d’Exploitation Forestière (RNEF), le Règlement national des travaux et services forestiers (RNTSF) et le document regroupant l'intégralité des textes essentiels ont été publiés en complément des clauses générales des ventes de bois. Il contient les prescriptions relatives à l'exploitation forestière qui étaient antérieurement dispersées dans plusieurs documents (clauses générales des ventes de bois sur pied, clauses communes territoriales), et vise à ce que l'exploitation diminue son impact environnemental et sur la régénération de la forêt, respecte les biens et personnes, dans toutes les phases de la mobilisation des bois.

Certains acteurs de la sylviculture, tout en recherchant à optimiser les rendements par la mécanisation, tentent de minimiser certains de ses impacts environnementaux, par exemple avec des engins moins bruyants et polluants, en utilisant des pneus limitant les effets de tassement du sol, en utilisant des huiles biodégradables dans les tronçonneuses. Un moyen de protéger les sols et les cours d'eau était de travailler quand ils sont gelés, ce qui est rendu difficile par la diminution moyenne du nombre de jours et nuits de gel (Cf. Réchauffement climatique).

Les pneus des engins forestiers (et de chantier en général) sont des sources de propagules (d'espèces invasives éventuellement) et peuvent parfois salir les routes avec de la terre, ce qui rend les embruns routiers ensuite plus salissants. Il est recommandé (et localement obligatoire) de nettoyer les pneus des engins avant de sortir d'une zone de chantier.

Liste des fabricants

Galerie


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Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

Vidéographie

Notes et références

  1. ↑ Alphonse Nanson Génétique et amélioration des arbres forestiers ; Les presses agronomiques de Gembloux (Gembloux - BEL) - 2004
  2. ↑ testé en France par la Coopérative Forestière Bourgogne-Limousin de 2005 à 2009 dit « Bräcke Planter », à adapter sur une machine d’exploitation forestière ou sur une simple pelle mécanique permet de planter un terrain non préparé à partir de plants en godet, dans les rémanents de la coupe précédente, sur un terrain pas trop pentu ; PEUCH D., PAILLOT E., BOBINET G., MOULIN M. [2009]. La plantation mécanisée de douglas avec le « Bräcke Planter » : quels enseignements après quatre années d’utilisation ? FCBA Info, septembre 2009 (11 p., 6 fig.).
  3. 1 2 3 4 5 Les ventes d’engins forestiers en 2008
  4. ↑ étude faite par l’AFOCEL en 2005 et 2006 ; Cacot E. [2008] ; « Organisation des chantiers d’exploitation forestière ». Rendez-Vous techniques 19 : 26-29 (4 p., 2 fig., 5 tab., 2 réf.).
  5. ↑ Ammer CH., Mosandl R. 2007. Wich grow better under the canopy of Norway spruce – planted or sown seedlings of European beech ? [forestry.oupjournals.org Forestry] 80(4) : 385-395 (11 p., 1 tab., 5 fig., 49 réf.).
  6. ↑ Règlement National d’Exploitation Forestière ; Validé par l'ONF le 21 décembre 2007, publié au Journal officiel du 08/03/08, il peut être mis à jour (avec publication au Journal Officiel et mise à jour sur le site Internet de l'ONF (présentation, et téléchargement)
  7. ↑ ONF? Règlement national des travaux et services forestiers, 2012, consulté 2012-12-16
  8. ↑ ONF, intégralité des textes essentiels , et version anglaise, version allemande, version espagnole, et version italienne