Erdara est un terme basque pour désigner les autres langues du monde. Au Pays basque, l'erdara désigne principalement la langue française et la langue espagnole.
Erdara est un terme basque utilisé pour désigner toute langue différente de l'euskara (la langue basque), en particulier les langues romanes voisines comme l'espagnol ou le français. Le mot possède également des acceptions figurées et stylistiques, et est lié à plusieurs formes dialectales ou dérivées.
Erdara vient de erdi-era et signifie littéralement « moitié-façon », ou avec un sens plus large, « savoir parler à moitié ». Donc cela fait référence à « celui qui ne sait pas parler le basque ». Étymologiquement, erdara semble construit sur la racine erdi (« moitié ») avec le suffixe adverbial -(k)ara, ce qui le rapprocherait d’un terme signifiant littéralement « à moitié (parler) », en opposition au euskara. Antonio Tovar a défendu cette origine.
Le mot erdara, documenté dans presque tous les dialectes basques (sauf en souletin), est très ancien. Sa forme évolue selon les régions :
Le terme Erdara veut littéralement dire « langue étrange ou étrangère » et n'est pas péjoratif.
Il désigne le plus souvent :
Bien que l'erdara s'apparente à toutes les autres langues différentes de l'euskara, la langue basque est principalement en contact linguistique avec le français ou l'espagnol. Ainsi, ce terme est donc actuellement utilisé comme un synonyme pour désigner les deux langues, c'est-à-dire la langue espagnole dans la partie du Pays basque qui appartient à l'Espagne (Pays basque espagnol) et la langue française dans la partie qui appartient à la France (Pays basque français).
De la même manière que euskara a donné euskaldun (bascophone, littéralement « celui qui possède la langue basque » ), erdara a donné erdaldun (« celui qui possède une langue étrange ou étrangère »). Ce dernier mot, erdaldun, est à peu près un synonyme du mot français « allophone », particulièrement fréquent au Canada où il désigne une personne dont la langue maternelle n'est ni le français ni l'anglais. Les concepts d'erdaldun et d'euskaldun sont strictement linguistiques et n'impliquent pas que la personne en question soit basque ou étrangère. Les bascophones appellent erdaldun un Basque qui ne parle pas euskara et euskaldun une personne d'origine basque ou pas mais qui parle la langue basque.
La notion d'erdara peut également être retrouvé dans d'autres langues. Le français possède le mot allophone et allophonie, soit la personne et l'ensemble des personnes qui ont pour langue première une autre langue que la ou les langues locales. En hébreu lo'azit (לועזית) désigne en principe toute autre langue que l'hébreu (de לועז, lo'ez, "étranger, non-hébreu/non-Hébreu, non-juif/non-Juif"), mais qui en pratique désigne l'alphabet latin en général et l'anglais en particulier (langue du mandat britannique sur la Palestine).
Exemples d'usage :
Le mot a donné lieu à des expressions populaires et des dérivés variés :
Ces formes apparaissent notamment dans les dialectes du biscayen et du guipuscoan, souvent avec des connotations péjoratives, humoristiques ou critiques.
L'opposition entre euskara et erdara reflète une réalité linguistique mais aussi sociale. Parler "erdara" signifiait souvent être intégré à une société dominante non basque, ou s'éloigner de la tradition.
Certaines citations expriment une tension entre les deux langues : « Ez dakit nik euskeraz Aita Gurearik, ta eranzungo dot erdera. » (« Je ne sais pas dire le Notre Père en basque, alors je répondrai en espagnol. »)
L'usage de l’erdara était souvent imposé dans l'éducation, l'administration et la religion. Des écrivains basques bilingues l'utilisent, parfois avec ironie ou distance, pour commenter leur propre bilinguisme ou les effets de la domination culturelle.