| Alias |
Webster Craig, Duncan H. Munro, Niall Wilde |
|---|---|
| Naissance |
Sandhurst (Angleterre, Royaume-Uni) |
| Décès |
Liverpool (Angleterre, Royaume-Uni) |
| Activité principale | |
| Distinctions |
| Langue d’écriture | Anglais britannique |
|---|---|
| Genres |
Œuvres principales
Eric Frank Russell, né le à Sandhurst en Angleterre et mort le à Liverpool, est un écrivain britannique de science-fiction.
Une grande partie de son œuvre a d'abord paru dans des magazines américains, en particulier Astounding, dont il a été l'un des premiers collaborateurs britanniques réguliers. Admirateur de Charles Fort, il a tiré de ses idées son premier roman, Guerre aux invisibles (1939). Son œuvre associe l'humour à la satire de la bureaucratie et de l'autorité ; elle comprend aussi des récits antimilitaristes, dont la nouvelle ...And Then There Were None (1951), reprise dans le roman La Grande Explosion (1962).
Sa nouvelle Allamagoosa a reçu le prix Hugo de la meilleure nouvelle courte en 1955. Après sa mort, La Grande Explosion a été inscrite au palmarès du prix Prometheus (1985) et Russell a été admis au Science Fiction and Fantasy Hall of Fame (en) (2000). En France, ses romans ont été traduits à partir de 1952 et quatre d'entre eux ont été réunis en 2010 dans l'omnibus Prisonniers des étoiles.

Eric Frank Russell naquit le à Sandhurst, où son père était instructeur à l'académie militaire. Sa famille déménagea souvent : il grandit en Égypte, au Soudan et dans plusieurs régions d'Angleterre. Après des études tournées vers les sciences et les techniques, il fut tour à tour standardiste, métreur et dessinateur pour l'administration, et servit dans le King's Regiment de 1922 à 1926. Installé à Liverpool dans les années 1930, il y représenta la société d'ingénierie Frederick Braby & Co., qui l'employa encore pendant ses débuts d'écrivain.
Sa première nouvelle, The Saga of Pelican West, parut dans Astounding en 1937. Passionné d'astronautique, il fut l'un des membres fondateurs de la British Interplanetary Society. Avec Leslie J. Johnson, secrétaire de la société, il écrivit une autre nouvelle parue en 1937, Seeker of Tomorrow ; la société lui fit aussi rencontrer d'autres auteurs, dont Olaf Stapledon et Arthur C. Clarke.
Les revues britanniques publiant peu de nouvelles de science-fiction, il se tourna, comme John Wyndham, vers les pulps américains. Il fut l'un des premiers auteurs britanniques à collaborer régulièrement à Astounding : le premier selon les archives de l'université de Liverpool, le deuxième après John Russell Fearn selon The Encyclopedia of Science Fiction, qui ajoute que son style, imité de la prose américaine, le faisait souvent passer pour un Américain.
Admirateur de Charles Fort, il fut pendant de nombreuses années le représentant britannique de la Fortean Society (en). Son premier roman, Sinister Barrier (Guerre aux invisibles), inspiré d'une formule de Fort, parut en mars 1939 dans le premier numéro de la revue Unknown, puis en volume en 1943 au Royaume-Uni et, dans une version nettement plus longue, aux États-Unis en 1948.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il servit dans la Royal Air Force. The Encyclopedia of Science Fiction situe dans l'après-guerre une partie de ses meilleurs textes, comme Metamorphosite (1946), Hobbyist (1947) et Dear Devil (1950). En 1955, Allamagoosa lui valut le prix Hugo de la meilleure nouvelle courte ; selon les archives de l'université de Liverpool, il fut le premier écrivain britannique à recevoir un prix Hugo. Vers 1960, il n'écrivait presque plus de textes nouveaux ; son dernier roman, With a Strange Device, parut en 1964.
Il mourut à Liverpool le . En 1993, sa fille, Erica Metcalfe, donna ses archives à l'université de Liverpool : manuscrits, correspondance, dont celle qui concerne la Fortean Society, bibliothèque personnelle et trophée Hugo.
Russell signa quelques nouvelles des pseudonymes Webster Craig, Duncan H. Munro et Niall Wilde (parfois orthographié Naille Wilde), et emprunta une fois le nom de Maurice G. Hugi.
Les archives de l'université de Liverpool voient dans l'humour le trait le plus distinctif de son écriture, et The Encyclopedia of Science Fiction estime que ses récits excentriques ont notablement contribué à l'humour en science-fiction. Cet humour sert souvent la satire de l'autorité et de la bureaucratie, comme dans Allamagoosa.
Russell écrivit aussi des récits graves, dont une série de nouvelles antimilitaristes : Late Night Final (1948), ...And Then There Were None (1951), que l'encyclopédie qualifie de satire pacifiste, et I Am Nothing (1952). Selon la même source, ses derniers romans, plus sérieux que ses nouvelles ironiques, ont moins bien vieilli.
Il écrivit enfin pour les pulps des récits d'épouvante, dont certains parurent dans Weird Tales. Damien Broderick et Paul Di Filippo le jugent habile dans ce registre, dont il a fait passer les frissons dans Guerre aux invisibles. Ses textes fantastiques furent réunis en 2006 dans Darker Tides.
Les archives de l'université de Liverpool rattachent à l'influence de Fort un thème récurrent de son œuvre : des humains livrés à des forces extérieures. Guerre aux invisibles développe l'hypothèse fortéenne selon laquelle l'humanité appartiendrait à d'autres êtres : des créatures d'énergie invisibles, les Vitons, manipulent les hommes, attisent leurs conflits et se nourrissent de leurs émotions douloureuses. Stan Barets résume l'idée en comparant l'humanité à un cheptel dont ces êtres se nourrissent ; Joe De Bolt juge le roman d'une écriture fruste, mais prenant.
D'autres romans reprennent cette veine. Le Sanctuaire terrifiant (1948) s'appuie sur une autre suggestion de Fort, qui voyait dans la Terre un asile pour les fous d'autres planètes. Stan Barets voit dans Sentinelle de l'espace (1953) une variation sur le thème des extraterrestres dissimulés parmi les humains. Dans Three to Conquer (1956), des extraterrestres parasites envahissent la Terre, mais se révèlent plus faciles à repérer qu'ils ne l'avaient prévu, car le héros est télépathe ; Stephen E. Andrews et Nick Rennison citent ce roman parmi les lectures conseillées sur le thème de l'invasion.
Guêpe (1957) est un récit d'agent secret dont le cadre transpose à peine le Japon de la Seconde Guerre mondiale ; The Encyclopedia of Science Fiction y relève une anticipation juste et drôle du terrorisme urbain. Stan Barets range ce roman et Plus X parmi des récits de guerre qui oscillent entre roman policier et espionnage, souvent ingénus et un peu datés, mais rachetés par l'humour.
La Grande Explosion (1962), qui reprend ...And Then There Were None, suit les vaisseaux que la Terre envoie vers ses anciennes colonies, quatre siècles après la dispersion de l'humanité dans les étoiles. La Libertarian Futurist Society, qui l'a inscrite en 1985 au palmarès du prix Prometheus, y voit la fable d'une planète anarchiste néo-gandhienne menacée d'une prise de pouvoir militaire. En 1999, Edward James a publié dans la revue Anarchist Studies une étude sur Russell en tant qu'anarchiste, et The Encyclopedia of Science Fiction rattache plus largement ses visions à ce qui deviendra la science-fiction libertarienne.
The Encyclopedia of Science Fiction relève dans Guerre aux invisibles des stéréotypes racistes, dont une invasion de l'Amérique sur le modèle du « péril jaune ». Elle note toutefois que la nouvelle Jay Score (1941) présente un personnage noir sans condescendance. La série qu'ouvre cette nouvelle, réunie dans Men, Martians and Machines (1955), met en scène un équipage d'explorateurs mêlant des humains de diverses origines, des Martiens et un robot héroïque, ce qui la rapproche, selon l'encyclopédie, de Star Trek. Selon la même encyclopédie, des nouvelles ultérieures comme The Undecided (1949) ou Postscript (1953) peuvent se lire comme antiracistes ou comme favorables à l'égalité de tous les êtres doués de raison, thème le plus explicite dans Fast Falls the Eventide (1952).
Outre le prix Hugo de 1955, Russell a été deux fois finaliste de ce prix en 1956. Il l'a été dans la catégorie du meilleur roman pour Call Him Dead, version en feuilleton de Three to Conquer, et dans celle de la meilleure nouvelle longue pour Legwork. Dear Devil et Symbiotica ont été finalistes des prix Hugo rétrospectifs de la meilleure nouvelle longue, attribués en 2001 et en 2019. Les recueils The Best of Eric Frank Russell (1978) et Major Ingredients (2000) se sont classés respectivement dixième et sixième du prix Locus du meilleur recueil.
En 1985, La Grande Explosion est entrée au palmarès du prix Prometheus, dans la catégorie Hall of Fame, en même temps que Trader to the Stars de Poul Anderson ; Guêpe a été finaliste de la même catégorie en 1998. Russell a été admis à titre posthume au Science Fiction and Fantasy Hall of Fame en 2000. Selon The Encyclopedia of Science Fiction, les recueils Major Ingredients (2000) et Entities (2001) témoignent de l'attrait durable de son œuvre, et le roman Design for Great-Day (1995), qu'Alan Dean Foster a développé à partir d'une longue nouvelle de Russell parue en 1953, lui rend hommage.
En France, Guerre aux invisibles a paru dès 1952 dans la collection « Le Rayon fantastique », et la plupart de ses autres romans ont été traduits dans les années 1970. En 2010, l'omnibus Prisonniers des étoiles a réuni quatre romans et cinq nouvelles, avec une préface de Marcel Thaon et une postface de Francis Valéry consacrée à la mythologie fortéenne de Guerre aux invisibles.
Les éditions françaises indiquées sont celles que recensent la BDFI et nooSFere.
| Parution originale | Titre original | Titre français | Éditeur et collection | Numéro | Parution française |
|---|---|---|---|---|---|
| 1939 | Sinister Barrier | Guerre aux invisibles | Hachette et Gallimard, coll. « Le Rayon fantastique » | 10 | 1952 |
| Denoël, coll. « Présence du futur » | 132 | 1971 | |||
| 1948 | Dreadful Sanctuary | Le Sanctuaire terrifiant | Opta, coll. « Club du livre d'anticipation », avec La Grande Explosion | 69 | 1978 |
| 1953 | Sentinels from Space | Sentinelle de l'espace | Librairie des Champs-Élysées, coll. « Le Masque Science-fiction » | 11 | 1974 |
| 1956 | Three to Conquer | non traduit | |||
| 1957 | Wasp | Guêpe | Opta, coll. « Club du livre d'anticipation », avec Plus X | 53 | 1974 |
| Presses Pocket, coll. « Science-fiction » | 5156 | 1983 | |||
| 1958 | The Space Willies | Plus X | Opta, coll. « Club du livre d'anticipation », avec Guêpe | 53 | 1974 |
| Presses Pocket, coll. « Science-fiction » | 5272 | 1987 | |||
| 1962 | The Great Explosion | La Grande Explosion | Opta, coll. « Club du livre d'anticipation », avec Le Sanctuaire terrifiant | 69 | 1978 |
| 1964 | With a Strange Device | Les Faiseurs de crimes | Fleuve noir, coll. « Polar », trad. Christophe Claro | 40 | 1998 |
| 1995 | Design for Great-Day, avec Alan Dean Foster | non traduit | |||
Les recueils de nouvelles parus en anglais sont les suivants :
| Titre | Contenu | Éditeur et collection | Numéro | Année |
|---|---|---|---|---|
| Guêpe / Plus X | deux romans | Opta, coll. « Club du livre d'anticipation » | 53 | 1974 |
| La Grande Explosion / Le Sanctuaire terrifiant | deux romans | Opta, coll. « Club du livre d'anticipation » | 69 | 1978 |
| Prisonniers des étoiles | quatre romans et cinq nouvelles | Bragelonne, coll. « Les Trésors de la SF » | 10 | 2010 |
| Parution originale | Titre original | Titre français | Traduction | Première publication en français | Numéro | Parution française |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1938 | Impulse | Impulsion | Marcel Battin | Le Livre de poche, anthologie Histoires d'extraterrestres | 3763 | 1974 |
| 1947 | Hobbyist | Violon d'Ingres | Opta, Fiction spécial (L'Âge d'or de la science-fiction, première série) | 8 | 1965 | |
| 1948 | Late Night Final | La Fin du voyage au bout de la nuit | Opta, Fiction spécial (L'Âge d'or de la science-fiction, deuxième série) | 9 | 1966 | |
| 1950 | Dear Devil | Cher démon | Bruno Martin | revue Fiction | 192 | 1969 |
| 1952 | Fast Falls the Eventide | Quand vient la nuit | Bruno Martin | revue Fiction | 194 | 1970 |
| 1952 | A Little Oil | Le Forgeur d'âmes | revue Galaxie (première série) | 33 | 1956 | |
| 1953 | This One's on Me | Mutants à vendre | Patrick Ségalen | revue L'Aube enclavée | 4 | 1972 |
| 1953 | Boomerang | Boomerang | Paul Hébert | Le Livre de poche, anthologie Histoires de robots | 3764 | 1974 |
| 1953 | Bitter End | Triste fin | Bruno Martin | Opta, Fiction spécial (L'Âge d'or de la science-fiction, troisième série) | 19 | 1971 |
| 1955 | Allamagoosa | Allamagoosa, puis Le Chioff (2010) | Julie Twardowski (2010) | revue Nemo | 1 | 1986 |
| 1965 | Meeting on Kangshan | Rendez-vous sur Kangshan | Yves Hersant | revue Galaxie (deuxième série) | 40 | 1967 |
Il publia aussi deux ouvrages documentaires :