Erica Mann (architecte)

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Erica Mann
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Biographie
Naissance
Décès
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KenyaVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Erica SchoenbaumVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités

Erica Mann, née Schoenbaum en à Vienne et morte le , est une architecte et urbaniste qui a vécu et travaillé au Kenya après avoir fui l'Europe durant la Seconde Guerre mondiale.

Elle participe au plan directeur d'urbanisme de 1948 pour la transformation de Nairobi en capitale coloniale. Elle joue aussi un rôle dans l'aménagement de Mombasa et d'autres régions du Kenya. Elle participe à différents projets de développement visant à améliorer les conditions de vie des populations locales, notamment les coopératives féminines. Elle dirige, au cours de sa vie, de nombreuses ONG kényanes pour y parvenir.

En 1996, la conférence Habitat II des Nations Unies reconnaît son projet « Les femmes de Kibwezi », mis en place pour faciliter l'indépendance des femmes en zone rurale. En 2003, elle reçoit le titre de Architect Laureate for Kenya.

Biographie

Erica Mann naît sous le nom d'Erika Schoenbaum à Vienne (Autriche-Hongrie) en 1917. Elle grandit en Roumanie à Rădăuți et suit sa scolarité à Bucharest avant d'étudier à l'École des Beaux Arts de Paris. Elle épouse Igor Mann, un vétérinaire polonais expatrié pour fuir l'Allemagne nazie, quelques semaines après leur rencontre,. À la fin de l'année 1940, les Mann, juifs non-pratiquants, s'échappent de l'Europe menacée par le nazisme en traversant le Danube, la Palestine et l'Égypte avant de passer quelques mois dans un camps de réfugiés géré par les Britanniques en Rhodésie du Nord.

En 1942, le couple déménage au Kenya, alors sous protectorat de l'Empire britannique. Ils deviennent citoyens britanniques en 1948, bien qu'Erica Mann ne se sente pas toujours acceptée par la communauté anglaise expatriée au Kenya. Le couple Mann est alors connu pour l'organisation d'évènements mondains où se rencontrent des invités de toutes nationalités : collègues, artistes, hommes politiques et autres membres de l'intelligentsia. Ce brassage ethnique et leurs propres origines isole les Mann de la communauté coloniale britannique.

Ils ont trois enfants : Oscar, Rhodia et Kenny. Ils participent tous à la narration du film Beautiful Tree, Severed Roots réalisé par Kenny à propos de leur mère.

Carrière

Peu après l'installation des Mann au Kenya colonial, l'administration coloniale constitue un service d'urbanisme à Nairobi. Erica Mann y candidate et l'intègre pour travailler sur le plan directeur de la ville, document permettant la transformation d'une ville en capitale coloniale selon des impulsions données exclusivement par des techniciens européens. Bien que certains éléments du plan original existent toujours, comme les banlieues de Jericho et Ofafa conçues par Mann,, elle explique dans les années 1990 que le plan urbain actuel de Nairobi n'est pas celui qu'elle et ses collègues ont établi en 1948, à l'exception de certains des grands boulevards.

Mann est rapidement reconnue en tant qu'urbaniste pour son talent et son travail acharné, et est régulièrement chargée du développement de nombreux projets pour Nairobi, notamment dans le cadre de missions de recherche et analyse de données pour la prise de décision stratégiques en matière d'urbanisme. Elle est attirée par les idées ékistiques, un mouvement moderne et futuriste qui permet une approche holistique des plans urbains. Mann s'intéresse à la maison africaine traditionnelle qu'elle défend, dans ses discours et ses écrits, contre la conception de l'architecture vernaculaire africaine comme une forme « primitive »,,. Elle voit dans le métier d'urbaniste une voie « idéale » pour une femme, puisqu'elle lui permet de « faire appel à sa capacité innée de construire un environnement ordonné et plaisant pour elle, sa famille et la communauté dans laquelle elle vit ».

Elle se tient informée des idées des architectes et autres penseurs du monde entier, et promeut le travail d'architectes « écologiques » et novateurs dans les revues qu'elle créé : Build Kenya (Construire le Kenya) et Plan East Africa (Planifier la ville d'Afrique de l'Est),. En 1952, elle commence à travailler sur le plan urbain de Mombasa, et déménage aux alentours de la ville en 1962, où elle habite pendant dix ans. Elle s'installe ensuite dans la Province nord-orientale du Kenya.

Suite à l'indépendance du Kenya en 1963, Mann fait partie des Blancs qui continuent à travailler sous le nouveau gouvernement. Elle soutient l'indépendance et travaille avec enthousiasme sous le Président Jomo Kenyatta, qui applique des principes de continuité avec le régime britannique et transforme progressivement l'administration. Mann représente le Kenya postcolonial (le Kenya indépendant) à l'occasion de diverses conférences et séminaires internationaux et, entre 1964 et 1968, elle prend occasionnellement la tête d'expositions professionnelles à l'étranger. Ses intérêts s'étendent au-delà de l'urbanisme : elle travaille sur les questions du développement économique et des droits humains, et s'identifie aux idéaux socialistes. En 1972, elle fonde le Conseil pour l'Écologie Humaine au Kenya (Council for Human Ecology: Kenya, aussi connu sous le sigle CHEK), qui s'intéresse à l'indépendance des femmes en zone rurale et à la protection de l'environnement. De nombreux efforts humanitaires se développement sous l'égide du CHEK. Par exemple, le projet « Les femmes de Kibwezi », avec le soutien du CHEK, permet à Mann d'aider plusieurs milliers de femmes à subvenir à leurs propres besoins. D'abord un projet de développement rural, « Les femmes de Kibwezi » met en place des formations d'apiculture, de maçonnerie et d'élevage de lapins à destination des femmes,. En 1996, la conférence Habitat II des Nations Unies reconnaît l'utilité publique du projet. Mann est dès lors reconnue pour son catalogage de l'architecture et des connaissances indigènes du Kenya. Elle s'engage, par la suite, pour la conservation des pratiques et sagesses traditionnelles kényanes en ce qui concerne les plantes médicinales.

Elle prend sa retraite en 1984 et s'adonne à une collection unique de plantes grasses africaines dans un jardin conçu avec minutie qui retient l'attention internationale, notamment celle des Jardins botaniques royaux de Kew à Londres. Sa collection privée d'art africain est une des plus grandes du continent.

Reconnaissance

Erica Mann est nommée Architect Laureate for Kenya en 2003,,. Elle meurt quatre ans plus tard, le 4 juin 2007, juste avant son 90e anniversaire. Aux funérailles, un ancien président de l'Association des Architectes du Kenya explique qu'Erica Mann était «  une femme isolée dans une foule d'hommes, ce qui la poussa à rejoindre l'Union Internationale des Femmes Architectes et à devenir une membre particulièrement active de l'Association Kényane des Femmes Universitaires  ». Dans ses mémoires, Mann écrit : «  J'ai toujours essayé de faire quelque chose de mes mains et de mon esprit en me laissant guider par mon cœur. De ce point de vue, je me suis toujours vu comme une personne parachevée, puisque j'ai fait bon usage de tous les talents dont le Créateur m'a doté »[réf. souhaitée].

Peu après sa mort, Betty Caplan décrit Erica Mann dans un article nécrologique intitulé « Une femme de substance », comme « une urbaniste, architecte, écologiste, chargé de projet, conservatrice, apicultrice, défenseure de l'égalité des femmes qui parlait sept langues, une joaillère, potière, artisane, jardinière et collectionneuse.  ».

En 2013, la vie d'Erica Mann au Kenya est immortalisée dans un long métrage documentaire intitulé Beautiful Tree, Severed Roots (en français : « Arbre magnifique, racines sectionnées ») réalisé par sa propre fille, Kenny,. Le titre est une référence au nom de jeune fille d'Erica, Schoenbaum, qui signifie « bel arbre ».

Notes et références

  1. 1 2 3 4 5 6 7 (en) Douglas Kiereini, « How a couple’s tenacity saw the birth of Kabete vet school », Business Daily Africa,‎ (lire en ligne)
  2. 1 2 3 4 5 6 7 (en) Rachel Lee, « Erica Mann and an Intimate Source », ABE Journal,‎ (lire en ligne)
  3. 1 2 3 (en) Rhodia Mann, « Courage and hard work that left an indelible mark », Nation Media Group,‎ (lire en ligne)
  4. 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) Betty Caplan, « A Woman of Substance », The East African,‎ (lire en ligne)
  5. ↑ (en) Jenny Jina et Altaf Jina, Family, Entrepreneurship, and Service: Count Hassanali R. Dedhar of Eldoret, FriesenPress, (ISBN 9781039177116), p. 209
  6. 1 2 (en) « Erica Mann », sur greyscape.com (consulté le )
  7. 1 2 3 4 5 6 7 (en) Benjamin Tiven, « On The Delight of the Yearner: Ernst May and Erica Mann in Nairobi, Kenya, 1933–1953 », Journal of Contemporary African Art,‎ (DOI 10.1215/10757163-2142278 Accès payant, lire en ligne)
  8. ↑ (en) Anil Agarwal, Mud, Mud: The Potential of Earth-based Materials for Third World Housing, , 100 p. (ISBN 9780905347189, lire en ligne), p. 80
  9. ↑ (de) Women in Architecture Berlin. Facetten weiblicher Baukultur, , 176 p. (ISBN 9783986120108), p. 146
  10. ↑ (en) Erica Mann, « Women of Kibwezi - A Case Study of the Kibwesi Women's Integrated Rural Development Programme », HABITAT,‎ (lire en ligne)
  11. ↑ (en) Christoph Bernhardt, Andreas Butter et Monika Motylinska, Between solidarity and economic constraints : global entanglements of socialist architecture and planning in the Cold War period, (ISBN 9783110654066), p. 163-164
  12. ↑ (en) Rachel Lee, Arrival cities: migrating artists and new metropolitan topographies in the 20th century, Leuven University Press, (ISBN 978-94-6270-226-4), p. 263

Liens externes