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Esther Torrado Martín-Palomino est une sociologue et chercheuse espagnole spécialisée dans les réseaux de prostitution et le trafic de femmes et d'enfants.
Esther Torrado est fille d'immigrés andalous et a passé sa jeunesse dans le quartier de Vallecas à Madrid. Elle a commencé à travailler à 16 ans en parallèle de ses études. Elle a obtenu un doctorat en sociologie de l'Université de La Laguna (ULL) en 2014, avec sa thèse intitulée « Les nouveaux scénarios de l'immigration: le cas des mineur.e.s étranger.e.s non accompagné.e.s aux Canaries » et est spécialisée dans l'étude de la prostitution, de la pornographie et de la culture du viol. Elle a également obtenu une licence en sciences politiques et sociologiques de l'Université Pontificale de Salamanque et en travail social de l'Université Complutense de Madrid.
Depuis 2022, Esther Torrado est professeure titulaire au Département de Sociologie et d'Anthropologie de l'ULL et membre de l'Institut Universitaire des Études de la Femme de l'ULL, depuis sa création en 2007. Elle est également fondatrice de la Plateforme Abolitionniste des Canaries (PAC) et du Réseau Académique International d'Études sur la Prostitution et la Pornographie (RAIEPP). Elle est la principale chercheuse des groupes de recherche Sociologie du Travail et de l'Emploi et prend part au groupe de recherche Genre, Citoyenneté et Culture. Approches depuis la Théorie Féministe, dirigé par María José Guerra Palmero. Elle dirige actuellement le groupe de travail Violence Sexuelle (VIOSEX).
Elle a été directrice du premier « Diagnostic sur la Prostitution aux Canaries » réalisé pour l'Institut Canarien de l'Égalité (ICI) en 2016, intitulé Narratifs des Oppressions et des Vulnérabilités Multiples et rédactrice du rapport Perception sociale de la prostitution des femmes et analyses de la demande prostitutionnelle aux Canaries. La normalisation de la violence sexuelle contre les femmes vue comme un service, lui aussi réalisé pour l'ICI en 2017.
De 1995 à 1999, elle a été conseillère en urbanisme à la mairie de Casarrubuelos. En 2000, elle a été candidate à la Chambre des députés pour le parti politique Izquierda Unida IU (Gauche Unie), dans la circonscription de la Communauté de Madrid. Elle figurait en treizième position dans la liste.
Dans ses recherches, Esther Torrado a établi un lien entre la pornographie, la culture du viol et la traite d'êtres humains, et a mis en évidence les inégalités qui transforment les jeunes filles en victimes des réseaux mafieux de traite d'êtres humains. Dans ce sens, elle a étudié la sexualité et la consommation de pornographie de jeunes de 16 à 29 ans, ainsi que la perception de la violence de genre par des jeunes de 11 à 20 ans. Ces dernières recherches ont mis en lumière que la moitié d'entre eux ne croit pas en l'existence des violences machistes.
Esther Torrado a donné des conférences et participé à des ateliers, notamment dans la commune de Telde sur l'île de Grande Canarie, ainsi qu'à des reportages télévisés, où elle explique comment la consommation importante de pornographie érotise dans l'esprit des jeunes la violence contre les femmes.
Esther Torrado consacre son activité de recherche à mettre en évidence les inégalités sociales qui poussent les femmes à se prostituer, en soutenant que la prostitution n'est pas un choix libre, parce que la vulnérabilité fait toujours partie du recrutement de ces femmes. Elle considère également que le stigma qui entoure la prostitution doit retomber sur les puteros (les prostitueurs) que sur les femmes, poussées à se prostituer par des situations économiques ou sociales d'urgence. La chercheuse a présenté le rapport Perception sociale de la prostitution des femmes et analyses de la demande prostitutionnelle aux Canaries. La normalisation de la violence sexuelle contre les femmes vue comme un service, qu'elle a dirigé, devant la Commission de Gouvernance, Justice, Égalité et Diversité du Parlement des Canaries en 2019,. Elle y a affirmé qu'autour de 3 000 femmes exercent la prostitution aux Canaries et a dénoncé qu'une part du tourisme y est à visée prostitutionnelle.
La chercheuse a toujours soutenu que la vulnérabilité sociale et économique est un des facteurs déterminants dans le recrutement, par ce que n'est jamais une option libre pour les femmes et que ce problème vient des hommes qui envisagent que l'achat et la vente du corps d'une femme est une option tout aussi valable que n'importe quelle autre,. C'est pourquoi elle rappelle que les femmes immigrées sont les plus vulnérables, puisque beaucoup fuient des conflits ethniques, un mariage forcé, des violences sexuelles ou des mutilations génitales et se retrouvent dans des réseaux de traite et d'exploitation sexuelle.
Esther Torrado s'oppose à la régulation de la prostitution, la considérant comme la solution recherchée par les clients pour éviter une amende et se prononce en faveur d'une législation contre la prostitution. Dans ce sens, elle a soutenu de nombreuses initiatives abolitionnistes, comme la campagne publicitaire "Hola Putero", dans laquelle les demandeur de prostitution sont présentés comme les principaux responsables plutôt que les victimes.
D'autre part, elle met l'accent sur le fait que la violence dont souffrent les femmes prostituées est parmi les moins visibles.