L'éthos de la science est l'ensemble des caractères et des normes morales encadrant l'activité des membres de la communauté scientifique d'après le sociologue américain Robert King Merton.
En grec ancien, le terme ethos désigne régulièrement la « coutume, l'usage, la manière d'être » d'une personne, d'une communauté ou d'un groupe social. Dans le cadre de la sociologie des sciences développée par Robert K. Merton, l’ethos scientifique est un concept qui renvoie à un ensemble de normes structurant les comportements attendus des chercheurs. Ces principes ont pour fonction de garantir la production et la diffusion de connaissances considérées comme fiables et légitimes au sein de l'institution scientifique. Merton défend principalement ce concept à partir d'une « analyse fonctionnelle » du développement de la science au-travers les activités et valeurs des « praticiens » de science dans l'Angleterre du XVIIe siècle.
Merton est l’une des figures majeures de la sociologie américaine du XXᵉ siècle. Ses travaux couvrent de nombreux domaines, notamment la sociologie des sciences, à laquelle il a apporté une contribution fondatrice. Son intérêt pour la sociologie des sciences s’est développé dans le contexte politique et intellectuel des années 1930, une période marquée par les tensions internationales et d’importants débats sur les rapports entre science, société et institutions.
Si la sociologie des sciences peut se réclamer de nombreux précurseurs, Robert K. Merton est généralement considéré comme le fondateur du premier grand courant de cette discipline, qualifié d'« institutionnaliste », en ce qu'il considère la science en tant qu'institution, c'est-à-dire en tant que « structure sociale normée ». Dans un article de 1942 passé à la postérité, d'abord intitulé « Science and Technology in a Democratic Order » puis connu sous le nom de « The Normative Structure of Science », Merton distingue trois sens du mot science, qui peut référer à :
Avec ce dernier point, Merton pose les bases de sa thèse de l'ethos de la science, dont il éclaire les présupposées dans l'article, « Paradigm for the Sociology of Knowledge » publié en 1945. Dans le détail du « schème d'analyse » qu'il propose pour l'étude des aspects sociologiques de la connaissance, il propose de prendre appui sur les « fondations culturelles : valeurs, ethos, climat d'opinion, Volksgeist, Zeitgeist, type de culture, mentalité culturelle, Weltanschauimgen, etc. » L'étude sociologique de Merton ne se concentre alors que sur ce dernier aspect de la science. Il le définit ainsi : « L'ethos de la science est l'ensemble des valeurs et de normes empreintes d'affectivité qui est réputé contraindre l'homme de science. »
Merton identifie un ensemble de quatre normes qui constituent l'éthos de la science :
Ces quatre normes, qui sont intériorisées par les scientifiques pendant leur apprentissage et entretenues par leur insertion institutionnelle dans le système, font de la science un système social distinct et relativement autonome, qu'elles stabilisent et régulent en la protégeant d'abus internes et en lui permettant de résister aux influences et intrusions des acteurs politiques et économiques. Elles rendent possible l'exercice d'un libre examen rationnel.
Cet ensemble de normes n'est pas livré par Merton sur la base de ses intuitions des réalités du monde scientifique. C'est le résultat de l'examen, d'un point de vue sociologique, de la révolution scientifique et technique que connut l'Angleterre à la fin du XVIIe siècle. D'abord influencé par Durkheim, puis découvrant les travaux d'Ernst Troeltsch et de Max Weber sur « l'affinité élective » (Wahlverwandtschaft) entre éthique protestante et esprit du capitalisme, Merton soutient que certaines valeurs issues du puritanisme ont contribué à accélérer le développement des activités scientifiques dans ce contexte. Si l'astronomie et la médecine étaient déjà investies par la bourgeoisie montante d'une forme d'utilitarisme — car présentant le « double intérêt de rendre raison des phénomènes de la nature et de présenter une utilité pratique » — c'est bien l'hypothèse d'une « corrélation » entre le puritanisme anglais et l'activité scientifique qui retient son attention. Ainsi, à partir d'un corpus de déclarations de porte-paroles spirituels du puritanisme, Merton établit cette adéquation en soulignant l'adhésion des hommes de sciences croyants aux valeurs de labeur, rigueur, empirisme, libre examen et rationalisme. Il écrit : « La science incarne des modèles de comportement qui conviennent aux goûts puritains. » L'enjeu de la démonstration consiste à repérer comment l'activité scientifique s'institutionnalise en puisant dans les répertoires culturels disponibles de son époque.
De manière plus générale, d'après Merton, c'est dans une société démocratique que ces normes ont le plus de chance d'être respectées[réf. nécessaire], favorisant le développement de la science.
Dans la logique Mertonienne, un système de récompense est élaboré par la science en tant qu'institution pour ceux qui respectent ses normes et participent aux objectifs de cette institution. La reconnaissance basée sur ce système de récompense est le moteur des changements scientifiques. Ainsi, selon Merton, ce système donne une grande importance à l'originalité et à la priorité, ce qui aboutit à des problèmes récurrents de fraude, de plagiat et à des disputes de priorité[Passage contradictoire (Voir plus haut, au sujet du désintéressement.)]. Cela mène aussi à un phénomène de découverte multiple par des chercheurs indépendants.
Un des sujets qu'aborde Merton est l'évaluation par les pairs. Merton la définit comme une pratique systématique et présente dans toutes les sphères de l'institution. Le juge est chargé d'évaluer les performances d'un individu dans un système social, cette pratique vise à déterminer l'acceptabilité d'une publication.
La récompense par le brevet pose des questions relatives à la propriété intellectuelle qui va dans une certaine mesure à l'encontre de deux normes de l'ethos : le communisme et le désintéressement.