| Fantômas | |
Couverture du premier volume de la série Fantômas coécrite par Pierre Souvestre et Marcel Allain, éditions Arthème Fayard, 1911. Artiste anonyme ; les illustrations de couverture des volumes suivants seront l'œuvre de Gino Starace,,. | |
| Alias | Génie du crime Maître de tout et de tous L'Homme aux cent visages |
|---|---|
| Origine | France |
| Sexe | Masculin |
| Activité | Criminel |
| Ennemi de | Jérôme Fandor Commissaire Juve Hélène Gurn |
| Créé par | Pierre Souvestre Marcel Allain |
| Interprété par | René Navarre (1913–1914) Edward Roseman (1920–1921) Jean Galland (1932) Jean-Michel Smet (1937) Marcel Herrand (1947) Maurice Teynac (1949) Jean Marais (1964–1967) Helmut Berger (1979) |
| Voix | Paul Bernard (1946–1947) Raymond Pellegrin (1964–1967) Roger Carel (1973–1974) Philippe Clay (1984) Med Hondo (1991) |
| Première apparition | Fantômas (1911) |
| Dernière apparition | Fantômas mène le bal (1963) |
| Épisodes | 43 |
| Éditeurs | Arthème Fayard (1911–1963) |
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Fantômas est un personnage de fiction français créé en 1911 par Pierre Souvestre et Marcel Allain. Sévissant dans la France de la Belle Époque, ce criminel est l'archétype du génie du mal, insaisissable et mystérieux. Défiant les forces de l'ordre, et en particulier le commissaire Juve et le journaliste Jérôme Fandor, Fantômas poursuit ses activités criminelles grâce à son art du déguisement et de l'évasion.
Lancée à grand renfort de publicité en , les aventures de Fantômas connaissent un immense succès littéraire. Entre 1911 et 1913, les deux auteurs publient en étroite collaboration dans la collection « Le Livre populaire » des éditions Fayard, trente-deux volumes à raison d'un par mois, chaque couverture étant illustrée par Gino Starace.
Le rythme effréné et l'écriture quasi-automatique, presque industrielle, produisent des incohérences et des inventions poétiques qui impressionnent les avant-gardes littéraires, et notamment les Surréalistes. Rapidement, Fantômas s'impose comme un mythe littéraire, dont les aventures reprennent tous les procédés du roman populaire, allant jusqu'à relever du Grand-Guignol où l'horreur et la violence se mêle à l'humour noir.
Après la mort de Pierre Souvestre survenu en 1914, Marcel Allain reprend seul la série et publie onze romans inédits entre 1926 et 1963.
Dès 1913, le succès littéraire de la série entraîne la production de cinq adaptations cinématographiques réalisées par Louis Feuillade, avec René Navarre dans le rôle de Fantômas. Les aventures du criminel sont à nouveau adaptées au cinéma durant les années 1930–1940, avant de faire l'objet d'une libre adaptation humoristique par André Hunebelle avec Jean Marais et Louis de Funès durant les années 1960.
Cette comédie populaire, qui connaît un grand succès, imprime durablement l'image d'une série burlesque auprès du public, bien éloignée du style sombre des romans. Malgré une apparition à la télévision en 1979 le temps de quatre épisodes qui tentent de revenir au ton d'origine, les aventures de Fantômas changent de support pour principalement se poursuivre en bande dessinée à partir de la fin du XXe siècle.
Le personnage-titre s'inscrit dans la tradition littéraire des génies du mal, « perversions du surhomme romantique » imaginées par divers auteurs sous le Second Empire. Parmi ces personnages fictifs, on distingue notamment Rocambole (avant sa reconversion héroïque) et son mentor Sir Williams, conçus par Pierre Ponson du Terrail, ainsi que le colonel Bozzo-Corona, « parrain » prétendument immortel de la société secrète criminelle des Habits noirs, une création de Paul Féval.
Ce type de protagoniste criminel s'acclimate ensuite « sans difficulté aux nouveaux contextes » de la fin du XIXe siècle, observe l'historien Dominique Kalifa. Ainsi, Fantômas compte d'immédiats prédécesseurs littéraires apparus à la Belle Époque, tel Zigomar, criminel encagoulé créé par Léon Sazie, ou comme Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur de Maurice Leblanc, hors-la-loi moins terrifiant mais non dénué d'ombres.
Le Fantôme de l'Opéra inspire également un passage du Fiacre de nuit (1911), un volume où Fantômas fait s'écraser un énorme luminaire sur la clientèle du grand magasin « Paris-Galeries », à l'instar du lustre qu'Erik le Fantôme précipite sur les spectateurs de l'Opéra-Garnier dans le roman de Gaston Leroux, paru un an plus tôt,.
Fantômas se fonde aussi sur des antécédents historiques, en particulier la figure de Ravachol, un terroriste anarchiste de l'Ère des attentats (1892-1894). Sujet de complaintes populaires, Ravachol est alors transfiguré en hors-la-loi incarnant « simultanément les deux figures du héros de la littérature populaire, l'ignoble crapule et le vengeur, le bandit et le justicier ». Ce criminel est ainsi perçu comme le successeur de Louis Mandrin et de Rocambole, tout autant que comme un prédécesseur de Fantômas.

Les deux créateurs de Fantômas se rencontrent en 1907, alors que Pierre Souvestre, journaliste mondain, embauche Marcel Allain comme secrétaire pour l'aider à gérer son magazine Le Poids lourd, consacré à l'automobile. Efficace, Marcel Allain devient rapidement son prête-plume, puis finit même par co-signer leurs articles communs. Les deux hommes débutent leur association littéraire avec Le Rour, un roman-feuilleton sportif et policier publié dans les colonnes du journal L'Auto entre janvier et . Ce récit, qui connaît un grand succès, est suivi entre janvier et d'un second feuilleton policier toujours dans L'Auto, intitulé L'Empreinte, dans lequel ils introduisent les personnages de Juve et Jérôme Fandor.
Deux mois plus tard, Pierre Souvestre signe le un contrat avec Joseph-Arthème Fayard dans lequel il s'engage à lui livrer mensuellement vingt-quatre volumes d'une série policière. Le contrat stipule une rémunération de 2 000 francs par récit, augmentée de 3 centimes par volume en cas de tirages supérieurs à 50 000 exemplaires. Quelques jours plus tard, Pierre Souvestre et Marcel Allain proposent à leur éditeur une première trame et le nom du protagoniste, « Fantômus », que Joseph-Arthème Fayard aurait transformé par inadvertance en Fantômas, selon Allain.
Portraits photographiques des comédiens incarnant Juve et Jérôme Fandor, protagonistes de La Royalda de Pierre Souvestre et Marcel Allain (journal culturel Comœdia, et ). | ||
Entre juillet et , Pierre Souvestre et Marcel Allain publient dans la revue culturelle Comœdia La Royalta présenté comme un grand roman théâtral et policier. Dans ce roman-feuilleton, les auteurs mettent à nouveau en scène le commissaire Juve et le journaliste Jérôme Fandor. Pierre Souvestre remet le manuscrit du premier volume de la série Fantômas en à Fayard.
Le premier volume de la série est publié en dans la collection « Le Livre populaire » — collection à très bon marché de romans policiers et sentimentaux lancée en 1905 par Fayard — au prix de 65 centimes.

Selon Marcel Allain, à cause du rythme de production exigé par Arthème Fayard, les volumes du roman ont été initialement dictés par lui et Pierre Souvestre à l'aide d'un dictaphone, puis saisis la nuit par des dactylos. Par ce procédé, Fantômas impose un style débridé (qui évoquera aux surréalistes l'écriture automatique) ainsi que des intrigues sombres et tortueuses construites autour des crimes de son (anti)héros à l'imagination sans limite, intrigues animées par des courses poursuites échevelées qui font appel à toutes les ressources de la technologie de l'époque (automobile, train, paquebot — et même fusée dans les années 1960) et baignées dans une atmosphère poético-fantastique.

Fantômas ressuscite par ailleurs, pour les lecteurs contemporains, la société de la Belle Époque et notamment un Paris disparu, dans la lignée des feuilletonistes du XIXe siècle (en particulier Eugène Sue et ses Mystères de Paris), les apaches succédant aux mohicans d'Alexandre Dumas dans la jungle urbaine européenne. L'insaisissable bandit, l'« armée du crime » dont il dispose ainsi que ses adversaires font également de brèves échappées en Afrique et en Amérique, jusque dans l'espace dans le dernier épisode rédigé par Marcel Allain seul.
Pierre Souvestre et Marcel Allain collectionnent les faits divers qui émaillent la presse française mais aussi anglo-saxonne, participant à la psychose d'insécurité relayée par cette presse. Les deux auteurs compilent les coupures de journaux dans un dossier intitulé « l'armoire aux trucs », où ils puisent leur inspiration,. Pour protéger Juve de l'attaque de l'« exécuteur muet » ophidien dans Juve contre Fantômas (), Souvestre et Allain revêtent le policier d'une ceinture et de brassards cloutés similaires à l'attirail de Jean-Jacques Liabeuf, un « tueur de flics ». Fantômas endosse une panoplie similaire afin d'échapper à Juve dans le volume Le Train perdu (),.
L'actualité trouve ainsi sa place dans la saga. Le Train perdu évoque une importante grève maritime internationale survenue l'année même de la publication du volume, qui empêche Fantômas et les apaches de quitter l'Angleterre. Le naufrage du Gigantic dans La Fin de Fantômas () fait écho à celui du Titanic.
Couvertures de Gino Starace représentant Fantômas sous deux de ses déguisements emblématiques : à gauche, la tenue noire de « rat d'hôtel », composée d'une cagoule et d'un collant ; à droite, un loup et un costume de soirée. | ||
Fantômas relève de la figure du surhomme qui, dans certains cycles de romans populaires, incarne une volonté de puissance et de domination dépassant le seul crime crapuleux. Le personnage apparaît ainsi comme une personnification du mal, caractérisée par une violence meurtrière associée à la vengeance et à la mort, note l'historien Dominique Kalifa.
« Génie du crime » affublé de plusieurs surnoms (le « maître de l'effroi », le « tortionnaire », « l'insaisissable », etc.), le visage et la véritable identité de Fantômas demeurent inconnus.
Dans des indications rédigées en 1958 à l'intention des illustrateurs de bande dessinée,, Marcel Allain décrit le terrible bandit sous trois apparences, sans compter les nombreux et habiles déguisements qui le rendent totalement méconnaissable.
Au naturel, il apparaît comme un quadragénaire athlétique, élégant et courtois (bien qu'assassin impitoyable), « glabre, avec un visage long et distingué, l'air autoritaire, les traits un peu américains ».

Pour accomplir ses forfaits, il adopte parfois l'apparence traditionnelle du « gentleman coupable » popularisé par Arsène Lupin, dont les aventures inspirent fortement le volume initial de la série fantômassienne : vêtu d'un smoking, coiffé d'un haut-de-forme et le visage dissimulé par un loup de velours, conformément à l'illustration anonyme de la couverture du premier roman.
Toutefois, aux yeux de son cocréateur, la silhouette « légendaire » de Fantômas demeure celle du criminel portant un collant noir (sans cape) ainsi qu'une cagoule ne laissant voir que ses yeux, « en somme, la tenue du rat d'hôtel »,.

Inspecteur de la Sûreté de Paris, « d'aspect énergique, actif, remuant, resté jeune malgré la quarantaine, […] intelligent, persévérant, volontaire, audacieux », Juve est l'ennemi acharné, voire obsessionnel, de Fantômas. Il réside au 142 de la rue Bonaparte à Paris. Sa vie est vouée à la capture — ou à la destruction — du monstre.
À la fin du trente-deuxième volume, lors du naufrage du paquebot Gigantic, le génie du crime révèle à Juve qu'il n'est autre que son propre frère, suscitant l'indignation puis la stupeur du policier. Les deux ennemis jurés sont ensuite engloutis dans les flots avant d'avoir pu sceller leur réconciliation. Lorsque Marcel Allain reprend seul l'écriture de la série à partir de 1926, il dédaigne cette révélation dramatique : se réveillant sur un toit avec Fandor, l'inspecteur se contente de ridiculiser ce prétendu lien familial par une brève allusion, selon le principe de la continuité rétroactive.
Anciennement Charles Rambert, fils d'Étienne Rambert et d'Alice, deux victimes de Fantômas. Impliqué malgré lui dans un meurtre commis par le génie du crime, Fandor devient l'allié et l'ami indéfectible de son « père spirituel » Juve. De fait, l'inspecteur lui fournit une nouvelle identité afin de le protéger du criminel ayant décimé sa famille.
Jeune, sportif, gouailleur et tête brûlée, Charles Rambert se mue en Jérôme Fandor, journaliste intrépide œuvrant au périodique La Capitale, conformément à la figure héroïque du jeune reporter prisée par la fiction populaire, de Rouletabille à Tintin,. Fandor devient également le fiancé d'Hélène, que Fantômas tente de lui arracher.
Belle, intelligente et intrépide, Hélène est fiancée à Fandor et affronte à ses côtés Fantômas, son père présumé. Dévoré par un amour paternel jaloux et exclusif, le génie du crime veille constamment sur elle, tout en s'acharnant à la séparer de son fiancé.
Conformément à la tradition feuilletonnesque des mystérieuses origines exotiques, le volume La fin de Fantômas révèle qu'Hélène est la petite-fille de l'empereur des Indes,. Marcel Allain néglige cet élément lorsqu'il reprend l'écriture de la série en 1926, après la mort de Souvestre (à qui il attribuera plus tard l'idée indienne). Désormais, Fantômas apparaît comme le véritable père de la fiancée de Fandor.

Lady Maud Beltham est dépeinte comme une femme blonde, belle et distinguée, appartenant à la haute société. Ses origines sont imprécises, mais elle est présentée comme une Anglaise possédant des terres en Écosse et finançant un sanatorium à Glasgow.
Elle rencontre Fantômas pour la première fois en Afrique, durant la guerre du Transvaal, alors qu'il sert comme sergent d'artillerie sous le nom de Gurn. À son retour en Europe, celui-ci assassine Lord Beltham, l'époux de Maud. Devenue veuve, Lady Beltham poursuit sa relation amoureuse avec le criminel. Décrite comme foncièrement honnête, mais partagée entre ses sentiments et ses scrupules moraux, elle devient occasionnellement la complice de Fantômas, tout en intervenant parfois en faveur de ses adversaires, Juve et Fandor.
Le personnage se caractérise principalement par la force de ses sentiments, sa jalousie et son courage. À l'image des principaux protagonistes, Lady Beltham apparaît sous diverses identités d'emprunt, notamment celles d'une mère supérieure de couvent ou d'une grande-duchesse russe. Elle participe à plusieurs enlèvements et affrontements, mais demeure guidée par un sens de l'honneur qui la conduit au suicide après avoir commis un meurtre qu'elle estime injuste. Malgré son importance dans certaines intrigues, elle apparaît essentiellement dans la première partie du cycle et y occupe généralement un rôle secondaire, en dépit de la notoriété acquise plus tard par le personnage en tant que compagne de Fantômas.

Solitaire par nature, le surhomme maléfique des romans populaires — Zigomar ou Fantômas — s'entoure néanmoins de complices « minables, truands misérables, pierreuses et rôdeurs de barrière, des pieds nickelés sans envergure »,. Par son sang-froid et sa distinction, Fantômas se démarque de ces « petits artisans » du crime, auxquels il impose fermement son autorité dès qu'ils manifestent quelque velléité d'indépendance. Il obtient leur obéissance par l'argent ou la menace, néglige parfois de les payer et n'hésite pas à les tuer s'ils le trahissent,.
Reflets littéraires de la figure mi-pittoresque, mi-inquiétante de l'apache, incarnation médiatique des « classes dangereuses » urbaines de la Belle Époque, les hommes de main de Fantômas sont étroitement liés à l'imaginaire de la pègre des bas-fonds parisiens. Ce milieu interlope est alors mis en chanson sur le registre tragique et pathétique dans les cabarets et cafés-concerts, en particulier par Eugénie Buffet et Aristide Bruant. La « poésie de la pègre » atteint son apogée à Paris entre 1900 et 1930, une mode illustrant le « goût manifeste pour l'encanaillement qui affecte alors les avant-gardes du temps », observe l'historien Dominique Kalifa. La culture populaire se nourrit également de ce voyeurisme des bas-fonds, notamment à travers la mise en scène sensationnaliste des faits divers à la une de la presse illustrée.
Cet imaginaire se décline dans la paralittérature de l'époque, où les apaches forment, selon la chercheuse Anne-Marie Thiesse, une « tribu parisienne spécialisée dans le crime et la relance de l'action ». D'après le chercheur Gabriel Thoveron, les comparses de Fantômas émanent directement des cloaques dépeints par Aristide Bruant, tant dans son répertoire de chansonnier que dans son roman Les Bas-fonds de Paris (1897). Cette œuvre-fleuve reprend le thème des liaisons clandestines entre la haute société et les bas quartiers, un lieu commun alors très populaire dans l'enquête journalistique et la littérature industrielle. En témoigne le personnage du souteneur Raquedalle, « répugnant produit des trottoirs parisiens », qui s'enrichit grâce à la prostitution avant de finir par devenir l'héritier d'une noble famille de Bohême. Les Bas-fonds de Paris est republié en cinq volumes chez Fayard entre et , tandis que la série Fantômas commence à paraître le mois suivant, également dans la collection « Le Livre populaire »,.
Dominique Kalifa voit dans le cycle romanesque de Pierre Souvestre et Marcel Allain une vaste « encyclopédie de l'apacherie », peuplée d'« apaches de papier » conformes aux figures codifiées de l'« arsouille » dans le roman populaire. Aussi les apaches de Fantômas apparaissent-ils jeunes, violents, paresseux, ivrognes et débauchés. Affichant un débraillé ostentatoire, ils sont reconnaissables à leur casquette, leur foulard et leurs « bottines criardes ». Leurs compagnes, des « reines du trottoir » à la poitrine non corsetée et aux jupons dégrafés, sont elles-mêmes présentées de manière négative, à l'image de la dévoyée Nini Guinon, une pierreuse éprise du bel apache Paulet, gigolo de son état. Décrite comme une adolescente de seize ans, « mignonne et fluette », issue, comme Paulet, d'une famille simple et honnête, Nini refuse néanmoins de travailler et sombre dans la délinquance, jusqu'à participer avec son amant à des crimes crapuleux, et notamment au meurtre d'un garçon de recettes. Le récit explique la déchéance de Nini par sa « nature vicieuse » et celle de Paulet par sa fainéantise, double caractérisation qui illustre un déterminisme social répandu à l'époque dans la littérature zolienne ou populaire, en écho aux théories sociologiques et scientifiques contemporaines. À travers de tels couples, qui se nouent et se dénouent au fil des volumes, certains apaches truculents deviennent des figures familières au point d'inspirer presque de la sympathie, mais leur sauvagerie rappelle la cruauté de Fantômas et contribue à la tonalité grand-guignolesque du cycle.
Cette contre-société criminelle n'est pas circonscrite à la Zone et aux « fortifs », puisque l'ensemble romanesque transpose aussi les bouges et les coupe-gorges des bas-fonds dans les faubourgs ouvriers de Paris. Ainsi, les apaches se réunissent à Belleville aussi bien qu'au bistrot Le Marronnier bleu, situé avenue de Saint-Ouen, mais surtout Au rendez-vous des Aminches, le cabaret borgne du père Korn, dont l'issue de secours débouche sur l'insalubre rue de la Charbonnière, dans le quartier de la Goutte-d'Or,. Ils y jouent au zanzibar, dansent « la sonneuse » (une variante brutale de la valse chaloupée), boivent des mêlé-cass et des mominettes, commandent des « saladiers de rouge »,,,, et usent volontiers d'un argot conventionnel et aisément compréhensible, que Souvestre et Allain puisent chez Aristide Bruant et dans des glossaires de la langue verte.

Les « mauvais garçons » dépeints par les deux co-auteurs s'inscrivent ainsi dans la filiation textuelle des Mystères de Paris, en reprenant le motif de son estaminet mal famé, le Tapis-Franc. Les apaches prolongent plus largement une représentation livresque des milieux louches parisiens héritée de la première moitié du XIXe siècle, telle que l'a étudiée l'historien Louis Chevalier dans son ouvrage sur les « classes laborieuses et classes dangereuses » de la capitale,. Cette tradition s'illustre en particulier dans le roman-feuilleton d'Eugène Sue, dans certaines œuvres de La Comédie humaine de Balzac, ainsi que dans Les Misérables de Victor Hugo, où les « escarpes » Claquesous, Gueulemer, Babet et Montparnasse forment la bande criminelle de Patron-Minette,,, « polype monstrueux » jailli de la « fosse des ténèbres ».
Les apaches de Fantômas se mettent régulièrement au service du roi du crime, qui apparaît davantage comme leur employeur occasionnel que comme leur chef en titre. Par ailleurs, ils agissent souvent pour leur propre compte, se livrant au vol, à l'assassinat, à la contrebande et à des actes de vengeance. Dans le premier volume, leur association de malfaiteurs est appelée « bande des Chiffres » (dont chaque membre adopte pour pseudonyme un nombre correspondant au total des meurtres qu'il a personnellement commis), puis « bande des Ténébreux » dans le douzième volume (Le Magistrat cambrioleur). Toutefois, ces appellations restent occasionnelles et ne désignent jamais durablement le groupe.

Parmi les apaches récurrents, le sinistre Bedeau, « d'âge mûr, mais déjà vieilli par la débauche », doit son surnom à sa manière de dévaliser les passants : il les « sonne » en leur heurtant la tête contre le bord du trottoir, comme un bedeau faisant sonner les cloches d'une église. D'autres « gouapes » et « marlous » portent également des sobriquets imagés et feuilletonesques, sans prétention à l’exactitude documentaire sur les mœurs des voyous parisiens. La bande compte ainsi le myope et trapu Œil-de-Bœuf, son compère longiligne Bec-de-Gaz, le laideron Beaumôme, l'élégant Mort-Subite, le Barbu, le lugubre Bébé et Ma Pomme. À leurs côtés se tiennent leurs « marmites », des prostituées telles que la Grande Ernestine, Fleur-de-Rogue (qualifiée de « porte-poisse » en raison de la fin tragique de ses amants), la Panthère (qui sera battue à mort par son concubin Bec-de-Gaz), et la belle Adèle. Ancienne femme de chambre,, cette dernière devient gigolette, forme un ménage à trois avec Œil-de-Bœuf et Bec-de-Gaz, puis finit par accéder au statut de demi-mondaine. Elle s'établit alors dans le monde sous le nom d'Adèle de Rivoli, consacrant une ascension sociale qui la distingue des autres pierreuses.

La mère Toulouche est une vieille receleuse associée aux apaches. Réminiscence de la Chouette dans Les Mystères de Paris et de la mère Flipart dans Les Drames de Paris, elle est décrite comme une mégère corpulente, coutumière de méfaits aussi macabres qu'outranciers. Elle extrait ainsi sans rechigner un magot de la poitrine du cadavre décomposé de Tom Bob, un détective anglo-saxon qu'elle a assassiné en lui déchiquetant la gorge à coups de dents, avant de laper son sang pour éviter de tacher le plancher.
Dans le volume Le Mort qui tue, la Toulouche tient une brocante miteuse à l'enseigne de « L'Amateur de curiosités », quai de l'Horloge, entre le Pont-Neuf et la rue de Harlay. Non loin de là, dans l'enceinte du Palais de Justice, Nibet, gardien véreux, officie au « Dépôt » de la préfecture de police. Il se livre avec la Toulouche à un trafic de marchandises, évacuées par voie fluviale depuis la cave humide de la boutique de bric-à-brac, qui communique avec la Seine,,.
Nibet tente d'assassiner Fandor tandis que le journaliste parcourt les égouts passant sous le Palais de Justice, à la recherche du cadavre disparu de Jacques Dollon, un peintre prétendument mort par suicide dans une cellule du Dépôt. Avec la complicité de Nibet, Fantômas a éliminé Dollon, escamoté sa dépouille, puis prélevé l'épiderme de ses mains afin d'égarer la police scientifique grâce à des gants en peau humaine. Pour la chercheuse Annabel Audureau, les souterrains obscurs qui servent de théâtre sordide à la contrebande de la Toulouche et aux crimes de Fantômas apparaissent comme un défi symbolique et carnavalesque à l'ordre établi, en tant qu'envers du décor de l'autorité judiciaire qui s'exerce à proximité, en surface.

Bouzille est un chemineau âgé d'une cinquantaine à une soixantaine d'années, présenté comme un personnage sympathique, grand buveur, toujours vêtu d'éléments dépareillés : chapeau d'épouvantail, large pantalon d'équitation, bottines de modèles différents. Entre deux séjours en prison, qu'il effectue de préférence durant l'hiver afin de bénéficier gratuitement du chauffage, il exerce une multitude de petits métiers, notamment ceux de fripier, d'employé de la morgue, de marchand de coco ou de colporteur. Bouzille s'improvise aussi « noyé professionnel », feignant à plusieurs reprises de se noyer dans la Seine afin d'empocher une partie de la prime versée à ses sauveteurs,.
Contre rémunération, ce trimardeur rend régulièrement service à Juve et à Fandor, tout en acceptant à l'occasion de travailler pour Fantômas. Grâce à son opportunisme et ses agissements aux marges de la légalité, « côtoyant les pires crimes, sans jamais y prendre part, risquant le bagne à tout moment et, malgré tout, demeurant honnête et toujours souriant », Bouzille préserve ses intérêts et parvient à conserver de bonnes relations avec les parties adverses. Le maître du crime va même jusqu'à l'empaqueter comme un colis postal afin de lui éviter de tomber sous les balles lors d'une fusillade entre les apaches et la police dans le cabaret du père Korn,,,.
Le personnage serait en grande partie inspiré d'un clochard que le père de Pierre Souvestre hébergeait dans ses remises pendant l'hiver. Jouant fréquemment un rôle comique dans le cycle Fantômas, Bouzille relève du type du « vieux roulant », figure pittoresque et inoffensive devenue progressivement marginale à la Belle Époque, tandis que s'imposent des représentations criminelles du vagabond et du nomade, nourries notamment par le retentissement de l'affaire Joseph Vacher et largement diffusées dans la presse, la littérature médicale ainsi que certains romans populaires comme Zigomar.





Depuis 1987, les douze dernières aventures sont régulièrement rééditées dans le texte intégral et original aux éditions Robert Laffont dans la collection « Bouquins ». Dans cette même collection, les premiers épisodes sont à nouveau publiés depuis 2013 sous la direction de Loïc Artiaga et Matthieu Letourneux, en incluant des préfaces de Dominique Kalifa et Robin Walz.

À partir de 1926, Marcel Allain reprit seul, après la mort de son collègue, l'écriture de Fantômas. Cette série fut publiée dans trente-quatre fascicules hebdomadaires de seize pages par la Société parisienne d'édition entre avril et , puis en livres par Arthème Fayard, sauf, semble-t-il, le dernier. Les nouveaux titres publiés par Fayard comportent quasi systématiquement le nom « Fantômas », plus vendeur.
À compter de 1932, les rééditions — désormais abrégées — de la précédente série de trente-deux volumes (par Souvestre et Allain) n'échappent pas à la règle puisque les titres d'origine sont modifiés afin d'inclure également le nom « Fantômas ». En outre, la couverture de chacun des trente-deux volumes réédités entre 1932 et 1934 s'orne d'une photographie en noir et blanc en remplacement de l'illustration originelle de Gino Starace.

Dès 1913, Louis Feuillade adapte cinq romans au cinéma. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale vient cependant interrompre sa série d'adaptations cinématographiques :
Les aventures de Fantômas en version en noir et blanc et muette sont à nouveau adaptées après-guerre :
Des adaptations en noir et blanc et parlantes ont également été réalisées et incluent :
Les films en couleurs et parlants incluent :
Dans ces trois derniers films, le personnage de Fantômas est incarné par Jean Marais, mais c'est Raymond Pellegrin qui lui prête sa voix.
Une nouvelle adaptation, Fantômas de Frédéric Tellier, est prévue en 2027.
En 1979, quatre épisodes de Fantômas sont produits pour la télévision par Antenne 2 (France) et Hamster Films (Allemagne). Chaque épisode de 90 minutes est basé sur l'un des 32 romans de Pierre Souvestre et Marcel Allain. La série a été produite par Claude Barma et écrite par Bernard Revon. Les musiques sont de Georges Delerue. Le casting principal recense Helmut Berger (Fantômas), Jacques Dufilho (le commissaire Juve), Pierre Malet (Jérôme Fandor) et Gayle Hunnicutt (Lady Beltham).
Ces téléfilms ont été édités en DVD par l'INA en 2011 dans sa collection « Les Inédits fantastiques ».
Quelques émissions radiophoniques ont été diffusées. Fantômas (-) a été diffusé sur RTF en 60 épisodes et dirigé par René Guignard, écrit par Georges Janin avec la voix de Paul Bernard (Fantômas). Un autre feuilleton radiophonique également intitulé Fantômas (-) a été diffusé sur RTF de 256 épisodes, dirigé par Claude Mourthé et écrit par Henri Béhar ; cette émission reprend les voix de Roger Carel (Fantômas), Alain Mottet (Juve), Claude Nicot (Fandor), Catherine Rich (Lady Beltham) et Jean Rochefort (narrateur).
La Fin de Fantômas () a été diffusé sur France Culture, durée de 130 minutes, et dirigé par Arlette Adrian, Claude Calvez, Anna Sibert, Jean-Jacques Vierne, écrit par Pierre Dupriez et Serge Martel ; elle inclut les voix de Philippe Clay, Jean-Marc Thibault, Yves Rénier, Claude Piéplu, Marie-Hélène Breillat et Germaine Montero. La Naissance de Fantômas (13- a été diffusé sur France Culture, 10 épisodes, dirigé par Claude Guerre, écrit par Cécile Wajsbrot et Didier Jouault. Version fictionnelle d'évènements réels avant la création et la publication de Fantômas ; elle reprend les voix de Fred Personne (Pierre Souvestre), Daniel Dublet (Marcel Allain), Raymond Jourdan (Louis Feuillade), C. Sauvage, J. Kircher, D. Massa, J.-C. Durand et Jean-François Delacour.
Un dernier feuilleton intitulé Fantômas () a été diffusé sur France Culture et reprend la voix de Med Hondo en tant que Fantômas.

Dès les années 1910, Fantômas exerce une influence importante sur les milieux d'avant-garde. La diffusion des films de Louis Feuillade à partir de 1913 contribue à faire connaître le personnage au-delà du public de la littérature populaire et attire l'attention d'écrivains et d'artistes tels que Guillaume Apollinaire, Blaise Cendrars et Max Jacob. Cendrars voit notamment dans la série une « Énéide des temps modernes », tandis qu'Apollinaire et Max Jacob participent en 1913 à la création de la Société des amis de Fantômas.
L'intérêt de ces écrivains tient notamment aux caractéristiques du héros de Pierre Souvestre et Marcel Allain. Maître du déguisement, capable d'emprunter une multitude d'identités, Fantômas échappe aux catégories ordinaires et évolue dans une société transformée par l'automobile, le chemin de fer, le téléphone et les autres innovations techniques. Son aptitude à utiliser ces moyens au service du crime, tout en déjouant constamment les institutions chargées de le poursuivre, en fait une incarnation de certaines inquiétudes liées à la grande ville et à la modernité industrielle.

Louis Aragon reprend cette matière dans Anicet ou le Panorama (1921), où Fantômas apparaît aux côtés d'autres éléments issus de la culture populaire. Le personnage intéresse également les futurs surréalistes, qui voient dans ses aventures une forme de fantastique propre à la vie quotidienne. Les déguisements, les coïncidences, les apparitions soudaines et les bouleversements de situations font entrer l'insolite dans un environnement familier et contribuent à brouiller la séparation entre le réel et l'imaginaire.
Cette lecture conduit à une véritable mythification de Fantômas. Son univers souterrain, ses déplacements dans les profondeurs de Paris et son caractère insaisissable favorisent son rapprochement avec le Minotaure et le motif du labyrinthe. Le criminel n'est plus seulement celui que la police doit capturer : il devient celui qui connaît les passages secrets d'un monde dont les apparences dissimulent une réalité plus obscure. Les surréalistes peuvent ainsi voir dans ses aventures une exploration symbolique de l'inconscient et des forces que la raison cherche à maintenir hors du champ de la conscience.

Cette réinterprétation accompagne l'intérêt des avant-gardes pour les productions de la culture populaire. Le roman-feuilleton, le cinéma et les faits divers fournissent à ces artistes des matériaux susceptibles de renouveler les formes littéraires et picturales. Fantômas présente à cet égard une particularité supplémentaire : son identité constamment changeante lui permet de passer d'un média à l'autre sans perdre son caractère reconnaissable.
L'influence du personnage se manifeste également dans les arts plastiques. En 1915, Juan Gris réalise Pipe et journal (Fantômas), une nature morte cubiste dans laquelle un exemplaire d'un roman de Fantômas est intégré à la composition. Le personnage apparaît ensuite explicitement dans une œuvre d'Yves Tanguy intitulée Fantômas, réalisée en 1925. Chez ces peintres, la référence au criminel populaire s'inscrit dans des recherches qui remettent en question les modes traditionnels de représentation et les rapports entre les objets, les images et les mots.
L'intérêt de René Magritte est plus directement lié au cinéma de Feuillade. Son tableau L'Assassin menacé, peint en 1926-1927, reprend notamment la composition d'une scène de Fantômas et transpose dans la peinture une situation caractéristique de l'univers du feuilleton : un personnage menacé, des témoins dont les intentions demeurent incertaines et une violence qui peut surgir à tout moment,,. Magritte s'intéresse ainsi moins à la représentation littérale du criminel qu'aux mécanismes d'étrangeté et d'incertitude associés à son univers.
La fascination pour Fantômas se prolonge en Belgique chez le poète et cinéaste Ernst Moerman, qui fait du personnage le double poétique de Jean Cocteau, son principal modèle artistique. Dans son recueil Fantômas 1933, dédié à Cocteau, Moerman mêle ainsi les deux figures : le criminel devient le véhicule d'une poésie et d'une vie placées sous le signe de l'aventure, de la métamorphose et de l'imaginaire cinématographique, Cette identification se prolonge dans Monsieur Fantômas, réalisé en 1937, où Moerman transpose l'univers du criminel dans un registre poétique et surréaliste.
« Allongeant son ombre immense / Sur le monde et sur Paris, / Quel est ce spectre aux yeux gris / Qui surgit dans le silence ? / Fantômas, serait-ce toi / Qui te dresses sur les toits ? »
— Robert Desnos, Complainte de Fantômas, in Fortunes, Gallimard, 1953
La réception de Fantômas ne se limite toutefois ni à la peinture ni au premier surréalisme. Robert Desnos lui consacre une complainte radiophonique, interprétée sous la direction d'Antonin Artaud, tandis que son apparition dans le Dictionnaire abrégé du surréalisme d'André Breton et Paul Éluard, publié en 1938, consacre définitivement Fantômas comme l'une des figures de l'imaginaire du mouvement.
Au fil de ces réappropriations, Fantômas change donc de statut. Créé comme un criminel de roman-feuilleton, il devient pour les avant-gardes un symbole de la ville moderne, de l'identité instable et de la transgression. Son univers permet en outre de rapprocher la culture populaire des recherches menées par les écrivains et les peintres sur le rêve, le hasard et l'irrationnel. Cette capacité d'adaptation explique en partie la longévité du mythe et sa circulation entre littérature, cinéma et arts plastiques.
Jean Cocteau déclare dans Le Figaro littéraire, en 1961 :
« Fantômas nous enchante d'un bout à l'autre par sa désobéissance aux règles et par le courage instinctif avec lequel il survole l'intelligence si dangereuse par le contrôle qu'elle oppose à l'audace et par son frein qui paralyse le cours vertigineux du génie. (…) Notre époque éprouve, dirait-on, les angoisses de la vieillesse qui se retourne vers son passé. (…) Bref, on réédite les fables modernes : Arsène Lupin, Rouletabille, Chéri-Bibi sortent de leur tombe. (…) Mais Fantômas les surclasse sous le masque et la cape que Rastignac eût aimé porter pour vaincre ce Paris que le monstre légendaire tient sous son pied comme un dragon qui terrasserait saint Georges. »
La dimension subversive de Fantômas connaît une nouvelle actualisation avec Julio Cortázar. Dans Fantomas contra los vampiros multinacionales, publié en 1975, l'écrivain argentin reprend le personnage dans le contexte politique des dictatures latino-américaines et lui attribue cette fois une fonction de résistance aux pouvoirs autoritaires. Pour ce faire, Cortázar met en scène le héros masqué de la bande dessinée mexicaine Fantomas, la amenaza elegante (es), l'un des nombreux avatars du criminel créé par Pierre Souvestre et Marcel Allain.
Irma Vep (Musidora) dans une scène du film Les Vampires réalisé par Louis Feuillade, et affiche de Guy Arnoux représentant l'actrice dans ce même rôle. | ||
Après le succès des films Fantômas en 1913-1914, Louis Feuillade réalise Les Vampires (1915), un film à épisodes qui met à nouveau en scène des malfaiteurs aux aventures rocambolesques. Le cinéaste reprend la silhouette noire et encagoulée du génie du mal, mais en la généralisant à l'ensemble des membres de la bande des Vampires. Parmi eux se distingue leur égérie Irma Vep, interprétée par Musidora. Compagne du chef de la bande, cette femme fatale s'impose comme la figure emblématique du serial, devant les différents « Grands Vampires » (Satanas, Vénénos...) qui se succèdent à la tête de l'organisation criminelle. Pendant féminin de Fantômas, Irma Vep doit une grande part de sa notoriété à son costume noir moulant de « souris d'hôtel », qui renforce l'attrait érotique du personnage,,,,.
Parallèlement, la tradition littéraire des génies du crime de la Belle Époque — tels Zigomar, Fantômas, Ténébras d'Arnould Galopin ou Miramar de Guillaume Livet — se prolonge durant l'entre-deux-guerres. Cette période voit l'apparition de plusieurs personnages du même genre, parmi lesquels Barrabas de Maurice Level (dans une mise en roman d'un film de Feuillade), Diabolos de F.-J. Janin (dans la mise en roman du serial américain Fantômas), Démonios de Roger-Henri Jacquart, Démonax de Robert Lortac, ainsi que Férocias de Marcel Allain,,. Ce dernier, pressé par ses éditeurs de livrer de nouveaux volumes de Fantômas, tente de reproduire la recette de son plus grand succès avec d'autres criminels, comme Tigris ou Fatala, avatar féminin du Tortionnaire,.
Judex, le justicier français interprété par René Cresté, et The Shadow, le ténébreux vengeur américain. | ||
Cette lignée de malfaiteurs ne compose pas l'unique descendance culturelle de Fantômas. En réaction aux critiques qui l'accusent d'exalter le crime, Louis Feuillade tourne Judex (1916), long-métrage dont le protagoniste est un redresseur de torts. Ce vengeur, coiffé d'un chapeau de feutre à large bord et drapé d'une grande cape noire, est délibérément conçu comme une version positive de Fantômas. Le film Judex, exploité aux États-Unis, constitue une inspiration manifeste du personnage américain The Shadow, justicier de pulp et prototype de super-héros, qui devient ensuite lui-même l'une des sources d'inspiration de Batman.
La parodie s'empare du personnage dans Spectras contre Loufock-Holmès (1926), où l'humoriste Pierre Henri Cami met en scène un affrontement entre le maître du crime et le roi des détectives, dépeint ici comme un imbécile. Signé Furax, un feuilleton radiophonique de Pierre Dac et Francis Blanche, raconte les méfaits d'un génie du crime répondant au nom d'Edmond Furax.
Créée en 1961, Fantomette est une héroïne de la littérature enfantine,.
Fantômas a notamment inspiré Diabolik, une série de bande dessinée italienne, créée en 1962 par les sœurs Angela et Luciana Giussani. Tout de noir vêtu, Diabolik est un criminel masqué qui se joue de la police. Accompagné dans ses aventures par sa maîtresse Eva Kant, il est pourchassé par son adversaire attitré, l'inspecteur Ginko. Le succès de Diabolik en Italie a suscité de nombreuses imitations dans d'autres fumetti « pour adultes », dont les titres emploient également la lettre « K » : Kriminal, Satanik, Sadik ou Demoniak.
Toujours dans cette veine italienne, Paperinik (« Fantomiald » en français), alter ego de Donald Duck, est un super-héros créé par Guido Martina et Giovan Battista Carpi en 1969. Initialement dépeint comme un « vengeur diabolique », le personnage s'inspire notamment de Fantômas et de Diabolik, deux archétypes de l'anti-héros criminel, dont il détourne les codes sur un mode parodique. Donald devient Fantomiald après avoir découvert, dans une villa abandonnée, le journal et l'équipement d'un ancien voleur masqué surnommé Fantomius. Le pseudonyme et le masque bleu de ce prédécesseur de Fantomiald évoquent la représentation cinématographique de Fantômas dans les films réalisés par André Hunebelle.
Outre les fumetti, le Roi du crime influence également les comics. Convoquant tous les héros du patrimoine littéraire au sein d'un vaste univers intertextuel, le scénariste Alan Moore et le dessinateur Kevin O'Neill intègrent ainsi le personnage de Fantômas à leur série La Ligue des gentlemen extraordinaires, où il devient membre des « Hommes Mystérieux » (en français dans le texte), l'équivalent tricolore de la Ligue britannique,. Par ailleurs, le scénariste Grant Morrison et le dessinateur Igor Kordey créent en 2002 le super-héros Fantomex dans la série New X-Men de Marvel Comics ; si son nom s'inspire directement de celui de Fantômas, son apparence et son caractère empruntent davantage à Diabolik, lui-même dérivé du criminel français.
En 1999, Mike Patton nomme son groupe de metal avant-gardiste Fantômas d'après le personnage de fiction.
Fantômas est davantage connu aujourd'hui dans l'imaginaire populaire par le biais des comédies d'aventures avec Louis de Funès et Jean Marais. Le masque caractéristique et les gadgets technologiques (dont la Citroën DS volante) du bandit, le Juve hystérique et maladroit et le Fandor ambigu (pour cause puisque le même acteur — Jean Marais — interprète le criminel et son irréductible ennemi, le journaliste Fandor) de cette trilogie cinématographique n'entretiennent aucun rapport avec la saga littéraire de Pierre Souvestre et Marcel Allain, le seul élément fidèle demeurant la propension au déguisement des personnages principaux.
Contrairement à son rival Arsène Lupin, Fantômas semble être désormais cantonné à cette série cinématographique, malgré la télésuite de Claude Chabrol et Juan Bunuel dans les années 1970, avec Helmut Berger en Fantômas, Gayle Hunnicutt et Jacques Dufilho et les divers projets d'adaptations annoncés depuis.

