| Louis Mandrin | ||
| Brigand | ||
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| Information | ||
| Naissance | Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs (Dauphiné) |
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| Décès | (à 30 ans) Valence (Dauphiné) |
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| Cause du décès | Condamné à mort | |
| Surnom | Belle Humeur Renard |
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| Condamnation | 27 juillet 1753 24 mai 1755 |
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| Sentence | Condamnation à mort | |
| Actions criminelles | Brigandage, contrebande | |
| Arrestation | 11 mai 1755 | |
| Signature | Signature de Mandrin.jpg | |
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Louis Mandrin, né le à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs (actuel département français de l'Isère) et mort supplicié le à Valence (Drôme), est un contrebandier français originaire de la province du Dauphiné.
Issu d'une famille de notables en déclin au XVIIIe siècle, Louis Mandrin entre en rébellion contre la Ferme générale en 1753. Il devient rapidement le chef des contrebandiers opérant entre le Dauphiné, le duché de Savoie (royaume de Sardaigne) et les cantons suisses. En 1754, il mène des campagnes de vente de produits de contrebande dans plusieurs villes du royaume, notamment Rodez, Autun ou Beaune. Mais ses exploits s'accompagnent de quelques assassinats d'employés de la Ferme. Les fermiers généraux demandent alors l'appui de l'armée royale pour lutter contre lui : il est arrêté dans le duché de Savoie en 1755 et déféré au jugement du tribunal de Valence (Dauphiné).
Condamné à mort, il subit divers supplices (brodequins, bris des membres, exposition sur une roue) avant d'être exécuté. Il jouit très vite d'une grande popularité, marquée entre autres par les chansons en son honneur, dont la célèbre Complainte de Mandrin.
Louis Mandrin est issu d'une famille bien établie, autrefois riche, mais en déclin au début du XVIII. Il est le fils aîné de François-Antoine Mandrin (mort en 1742), marchand de chevaux de Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, et de Marguerite Veyron-Churlet. Il a huit frères et sœurs.
Sa maison natale, située au centre du bourg de Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, a été construite en 1515 et acquise par un membre de la famille Mandrin en 1644. Cette maison de trois étages, ancienne châtellenie[réf. nécessaire], s'appuyait à l'époque sur des arcades. La maison formait « poële »[réf. nécessaire], ce qui faisait du rez-de-chaussée un espace ouvert sur l'extérieur.
À la mort de son père, Louis Mandrin devient chef de famille à l'âge de dix-sept ans[réf. nécessaire].
« Beau de visage, blond de cheveux, bien fait de corps, robuste et agile. À ces qualités physiques, il joint un esprit vif et prompt, des manières aisées et polies. Il est d'une hardiesse, d'un sang-froid à toute épreuve. Son courage lui fait tout supporter pour satisfaire son ambition »
— D'après La Gazette de Hollande, citée par A. Besson, Contrebandiers et gabelous.
Louis Mandrin aurait été surnommé « Belle Humeur », surnom sans fondement historique dont la plus ancienne citation trouvée se trouve au tout début de L'Abrégé de la vie de Louis Mandrin attribué à Claude-Joseph Terrier de Cléron, ouvrage de littérature de colportage qui n'est pas considéré comme une source historique fiable. Le surnom lui aurait été donné à l'armée, or Louis Mandrin n'a pas été militaire. L'auteur lui attribue aussi le surnom de « Renard » qui a eu moins de succès.
Son premier contact avec la Ferme générale, en dehors des relations fiscales ordinaires et obligatoires, daterait de 1748 : il conclut un contrat pour ravitailler avec « cent mulets moins trois » l'armée de France en Italie[pas clair]. Mais il en perd la plus grande partie durant la traversée des Alpes. À son retour à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, il ne lui reste que dix-sept bêtes dans un état déplorable. La Ferme générale refuse de le payer[réf. nécessaire].

Le , à la suite d'une rixe mortelle, Louis Mandrin et son ami Benoît Brissaud sont condamnés à mort. Mandrin prend la fuite, mais Brissaud est pendu sur la place du Breuil, à Grenoble.
Le même jour, Pierre Mandrin, frère cadet de Louis, est pendu pour faux-monnayage.
Mandrin déclare alors la guerre aux fermiers généraux.
Ceux-ci sont haïs par la population. Ces fermiers généraux perçoivent un certain nombre de taxes royales sur les marchandises, dont la plus connue est la gabelle (taxe sur le sel). Au lieu de les faire percevoir par des agents royaux, le roi délègue la perception à des fermiers : c'est le système de l'affermage : les fermiers (associés au sein d'une compagnie opérant à l'échelle du royaume) payent au roi un fermage (inférieur au montant escompté de la perception), puis se chargent de recouvrer les taxes. Ce système donne lieu à différents abus.
Mandrin intègre alors un groupe de contrebandiers, se livrant au commerce illicite du tabac, du coton imprimé et des horloges entre le royaume de France, les cantons suisses, Genève et la Savoie (alors partie du royaume de Sardaigne).
Mandrin en devient vite le chef. Se définissant lui-même comme « capitaine général de contrebandiers de France », il a plusieurs centaines de personnes sous ses ordres, en majorité des Savoyards. Le groupe est organisé comme une unité militaire.

En dehors de l'organisation militaire de son groupe, il use d'autres moyens pour défier l'administration. Il contraint celle-ci à lui acheter ses marchandises[pas clair] et donne volontiers reçu. Il peut distribuer à l'occasion des cadeaux aux uns et aux autres. Il libère les seuls prisonniers qui sont victimes de conflits avec l'administration des impôts, et se garde de s'entourer de brigands et d'assassins. Il essaie de commercialiser sa marchandise lors de grandes ventes publiques, le plus ouvertement possible, en ayant pris la précaution de poster ses hommes tout autour du lieu où il procède afin d'éviter les mauvaises surprises.
Les dépôts d'armes et de marchandises sont installés dans le duché de Savoie : il pense ainsi pouvoir échapper aux autorités françaises. Son aire d'influence en France va bien au-delà du Dauphiné et du Bugey et couvre pratiquement les régions actuelles de Auvergne-Rhône-Alpes, la Franche-Comté, ainsi qu'une partie de la Bourgogne.

En 1754, il commande des centaines d'hommes, recrutés parfois en prison à condition qu'ils ne soient « ni voleurs, ni assassins », en les libérant devant des geôliers stupéfaits[réf. nécessaire], et organise six campagnes de contrebande en s'installant par surprise dans des villes parfois éloignées de sa province d'origine : Rodez, Le Puy-en-Velay, Beaune, Autun.
Il achète en Suisse et en Savoie des marchandises, principalement du tabac et des étoffes, qu'il vend dans les villes françaises sans payer les taxes dues à la Ferme générale.
Au passage il n'hésite pas à tuer et voler les personnels des fermiers généraux[réf. nécessaire]. L'action demeure tout de même populaire.
Très vite, une interdiction d'acheter ces produits de contrebande est lancée.
À Rodez, Mandrin provoque les fermiers généraux en obligeant leurs employés, sous la menace des armes, à acheter ses marchandises.
Ne s'attaquant qu'aux fermiers généraux, il reçoit le soutien de la population et d'une partie de l'aristocratie locale. Il gagne l'admiration d'une personnalité telle que Voltaire.


La Ferme générale demande alors le concours de l'armée royale pour attaquer les contrebandiers et arrêter Mandrin. Des troupes légères et mobiles, les fusiliers de La Morlière et les chasseurs de Johann Christian Fischer, viennent en renfort des volontaires du Dauphiné[réf. nécessaire] déjà en place.
Mandrin se réfugie en Savoie près des deux villes frontières de Pont-de-Beauvoisin. Les fermiers généraux décident alors d'envoyer dans le duché en cinq cents hommes déguisés en paysans, sans autorisation du roi de Sardaigne, Charles-Emmanuel III.
Mandrin est arrêté au château de Rochefort-en-Novalaise (actuel département de la Savoie), grâce à la trahison de deux des siens[réf. nécessaire].
Lorsque Charles-Emmanuel III apprend cette intrusion française dans son territoire, il exige de Louis XV que le prisonnier lui soit remis, ce qui est fait[pas clair].
Les fermiers généraux, pressés d'en finir avec Mandrin, accélèrent son procès et son exécution.
Mandrin est jugé pour contrebande, attroupement armé et assassinat le et condamné à mort.
Il subit ensuite la torture des brodequins.
Le , il est conduit à l'échafaud sur la place des Clercs de Valence, où le bourreau brise ses membres à coups de barre de fer, puis l'expose face au ciel sur une roue de carrosse devant six mille curieux. Au bout de huit minutes, le bourreau l'étrangle sur ordre de l'évêque.
Il aurait enduré son supplice sans une plainte et aurait même demandé de poursuivre sa révolte contre le fisc.
Deux de ses frères cherchent à poursuivre un temps son action.
À Valence, au-dessous du plateau de Lautagne, un ensemble de grottes est appelé « les grottes à Mandrin ».
L'allée Louis Mandrin rappelle son souvenir.
Un peu plus loin, le chemin des Baumes (référence aux grottes) passe sous le site.

La mort de Mandrin marque le début de la légende du bandit justicier qui a lutté contre l'iniquité des taxes de l'Ancien Régime. Elle est portée dans tout le pays par une chanson, la Complainte de Mandrin, dont les auteurs sont inconnus.
Son nom-même, « Mandrin », devient à l'époque un nom commun. La proximité avec le mot « malandrin » aidant, l'expression « les mandrins » sert dans un premier temps à désigner la bande de Mandrin elle-même, puis toutes les bandes contrebandières de la région. Son portrait gravé et son aventure finissent par être colportés par toute la France, et au-delà.
Très populaire de son vivant puis à l'époque de la Commune de Paris (1871), Mandrin demeure, aujourd'hui encore, célèbre en Dauphiné et en Savoie, et dans une moindre mesure, dans le reste de la France.
Si Mandrin et sa bande, appliquant leur propre justice, laissent indéniablement des victimes derrière eux, ce n'est pas ce qui demeure de la légende. Dans l'imaginaire collectif, il reste aujourd'hui le brigand héroïque, qui vole les riches en défiant gentiment la maréchaussée. De nombreux lieux et festivités, en Auvergne-Rhône-Alpes, portent encore le nom de Mandrin, à la suite de son passage réel ou supposé, par exemple :
La Complainte de Mandrin, dont la date de composition est inconnue, est la plus célèbre des complaintes écrites à l'occasion ou après la mort de Mandrin. Les chansons sont alors diffusées par des colporteurs sous forme de livrets, sur lesquels sont imprimés les textes, sans partition, mais où est indiqué « sur l'air de… » (en règle générale un air bien connu). La tradition orale fait le reste, modifiant ici le timbre, et là un couplet.
Le thème musical serait inspiré d'un air de l'opéra comique de Charles-Simon Favart, qui aurait lui-même parodié en 1742, en passant du mode mineur au mode majeur, un prélude instrumental de l'opéra composé en 1733 par Jean-Philippe Rameau, Hippolyte et Aricie, acte I, scène III.
Des passages importants du texte s'écartent de la réalité :
Ces passages semblent faire écho à d'autres chants, principalement les Trente Voleurs de Bazoges, qui se réfèrent à des événements antérieurs de plusieurs siècles à la cavale de Mandrin. La forme même n'est pas tout à fait conforme aux complaintes de l'époque : pas de phrase d'introduction, peu de couplets, un semblant de refrain.
La Complainte de Mandrin est popularisée au XIXe siècle sous la Commune de Paris (1871), puis dans les mouvements de jeunesse des années 1930 et 1940.
Nous étions vingt ou trente,
Brigands dans une bande,
Tous habillés de blanc,
À la mode des…
Vous m'entendez ?
Tous habillés de blanc
À la mode des marchands.
La première volerie
Que je fis dans ma vie
C'est d'avoir goupillé,
La bourse d'un…
Vous m'entendez ?
C'est d'avoir goupillé
La bourse d'un curé.
J'entrai dedans sa chambre
Mon Dieu, qu'elle était grande !
J'y trouvai mille écus,
Je mis la main…
Vous m'entendez ?
J'y trouvai mille écus,
Je mis la main dessus.
J'entrai dedans une autre,
Mon Dieu, qu'elle était haute !
De robes et de manteaux
J'en chargeai trois…
Vous m'entendez ?
De robes et de manteaux,
J'en chargeai trois chariots.
Je les portai pour vendre
À la foire en Hollande.
J' les vendis bon marché,
Ils n' m'avaient rien…
Vous m'entendez ?
J' les vendis bon marché,
Ils n' m'avaient rien coûté.
Ces Messieurs de Grenoble
Avec leurs longues robes,
Et leurs bonnets carrés,
M'eurent bientôt…
Vous m'entendez ?
Et leurs bonnets carrés
M'eurent bientôt jugé.
Ils m'ont jugé à pendre,
Ah ! c'est dur à entendre !
À pendre et étrangler,
Sur la place du…
Vous m'entendez ?
À pendre et étrangler,
Sur la place du Marché.
Monté sur la potence
Je regardai la France,
J'y vis mes compagnons,
À l'ombre d'un…
Vous m'entendez ?
J'y vis mes compagnons,
À l'ombre d'un buisson.
Compagnons de misère,
Allez dire à ma mère,
Qu'elle ne me reverra plus,
Je suis un enfant…
Vous m'entendez ?
Qu'elle ne me reverra plus,
Je suis un enfant perdu !
Non datées :
La Mandrinade est une épitaphe populaire chantant les louanges de Mandrin.
Le Mandrin dont tu vois le déplorable reste,
qui termina ses jours par une mort funeste,
Des gardes redouté, des villes la terreur,
Par des faits inouïs signala sa valeur,
Déguisant ses desseins sous le nom de vengeance.
Deux ans en plaine paix il ravagea la France,
Dans ses incursions, ami des habitants,
Taxa d'autorité les caisses de traitants.
Lui seul à la justice arrachant ses victimes
Il ouvrit les prisons et décida des crimes.
Quoiqu'en nombre inégal, sans se déconcerter,
Aux troupes de son prince il osa résister,
Il fut pris sans pouvoir signaler son courage.
D'un œil sec et tranquille il vit son triste sort.
Fameux par ses forfaits, il fut grand par sa mort.

