La famille de Fatima Zibouh est originaire de Tafersit, un village du Rif dont la moitié des habitants ont immigré en Europe et en particulier en Belgique, à Molenbeek-Saint-Jean. Elle est l'aînée d’une famille de quatre enfants: elle a deux sœurs et un frère. Son père travaille comme électricien. Elle raconte que sa mère n'a jamais été à l'école, tandis qu'elle est la première de la famille à faire des études universitaires et a obtenu un doctorat. L'entrée à l'université a été un «choc culturel» et une «immense découverte».
Études et carrière professionnelle
Fatima Zibouh est licenciée en sciences politiques de l'Université libre de Bruxelles, titulaire d’un Master spécialisé en Droits de l’Homme (Université catholique de Louvain) et d'un doctorat en sciences politiques et sociales (Université de Liège) en 2021. Sa thèse de doctorat porte sur les expressions culturelles et artistiques des minorités ethniques,.
À partir de 2007, elle est chercheuse puis collaboratrice scientifique au Centre d'Études de l'Ethnicité et des Migrations (CEDEM, Université de Liège),.
Elle préside également le think thankAula Magna, un groupe de réflexion «innovateur et transversal» sur l’avenir de Bruxelles,
Fatima Zibouh est responsable d'Actiris Inclusive, le service anti-discrimination et spécialisé sur les questions d'inclusion, discrimination et diversité au sein de l'organisme bruxellois de l'emploi,.
Mandats
En , après un appel aux candidatures externes, elle est proposée pour un mandat de cinq ans par le parti Ecolo comme membre suppléante du conseil d'administration du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme. Cette nomination est critiquée à l'époque par certaines politiques, notamment le sénateur Alain Destexhe, en raison du fait qu'elle porte un foulard. Fatima Zibouh réagit en déclarant qu'elle n'était pas un foulard ambulant,,.
En , elle intègre le conseil d’administration du Centre pour la justice intersectionnelle, association créée en 2017 à Berlin pour favoriser le plaidoyer, la recherche et la formation pour une politique de lutte contre la discrimination et une action égalitaire et inclusive.
Le , elle est désignée par l'ASBL Brussels 2030 comme co-chargée de mission dans la préparation de la candidature de Molenbeek-Saint-Jean, commune connue pour sa large population d’origine étrangère, au statut de capitale européenne de la culture en 2030 aux côtés du dramaturge flamand bruxellois Jan Goossens. Elle remplace, à ce poste, Hadja Lahbib, nommée ministre des affaires étrangères,. Comme en 2010, des personnalités politiques mettent en cause son choix pour cause de port du foulard, notamment le chef de groupe DéFI au Parlement de la région de Bruxelles-Capitale, Christophe Magdalijns. Le , dans le sillage de cette polémique, l'entrepreneur wallon Laurent Minguet publie un tweet sous forme de comptine appelant à lapider Fatima Zibouh. Ce tweet est condamné par l'Académie Royale de Belgique dont il est membre ainsi que par tous les groupes politiques parlementaires francophones et la ministre de tutelle de l'Académie, Valérie Glatigny.
Autres positions et actions
En 2019, Fatima Zibouh lance Women 100 (W100), «plateforme composée de cent femmes de diverses origines issues des quatre coins de la Région de Bruxelles-Capitale», dans le bur de promouvoir le changement social,.
En , Fatima Zibouh propose de fêter l’Aïd, Hanoukka ou donner un jour de congé pour le Ramadan dans les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles, afin de respecter toutes les traditions.
Controverse
Fatima Zibouh est exclue d'un débat sur l'antiracisme au Musée Juif de Belgique après des menaces et accusations d'instrumentalisation par l'Iran provenant de milieux juifs laïcs. Les intervenants du débat condamnent son exclusion et l'Union des Étudiants Juifs de Belgique déclare «soutenir à 100%» Fatima Zibouh et reconnait l'importance de son droit de parole.
Ses détracteurs lui reprochent des accointances avec les Frères musulmans, sans que ces accusations n’aient été démontrées,,.
Distinctions
2010: Désignation en tant que «Femme d'honneur», par l'Université de Liège (Faculté des Sciences Humaines et Sociales).
2014: Prix de l'Observatoire des politiques culturelles. Diwan Award de la Personnalité de l'année.
2019: Désignation en tant que VUB Fellow par le conseil d’administration de la Vrije Universiteit Brussel.
2020: Nommée Ambassadrice de la diversité, avec Chouna Lomponda, Sareh Jalilian et Yasmien Naciri, par le ministre MR des Affaires étrangères et de la Défense Philippe Goffin, afin de mettre «en avant leurs expériences de femmes issues de l'immigration et leur contribution à une plus grande diversité de la société belge»,.
2021: Sélectionnée dans la liste des Belgium's 40 under 40 pour faire partie de la première cohorte des 40 jeunes leaders de moins de 40 ans.
2025: Désignée Leader de l'année par le magazine Lobby,
Publications (sélection)
avec Corinne Torrekens, Carla Mascia et François Ghesquière, Politique d'intégration et région wallonne et à Bruxelles. Acteurs, enjeux et perspectives, L'Harmattan, coll.«Cahiers Migrations»,
La participation politique des élus d'origine maghrébine. Élections régionales bruxelloises et stratégies électorales, Academia, coll.«Cahiers Migrations» (no41), (ISBN9782872099696)
«Enjeux de mémoire autour des expressions culturelles et artistiques: écrire l’histoire des artistes belgo-marocains», Cahiers du CRHIDI, vol.46, (lire en ligne)
avec Corinne Torrekens, Marco Martiniello et Andrea Rea, «De l’européanisation à la régionalisation des politiques d’intégration des personnes issues de l’immigration: le cas de la Wallonie», Migrations Société, no151, (lire en ligne)
(en) «Muslim political participation in Belgium: an exceptional political representation in Europe», Muslim Political Participation in Europe, Edinburgh University Press,
«La représentation politique des musulmans à Bruxelles», Brussels Studies, no55, (lire en ligne)
«Le droit de vote des étrangers aux élections municipales de 2006 en Belgique», Migrations Société, no114, , p.141-149 (lire en ligne)
(avec Joseph Costanzo) "Mobilisation strategies of individual and institutional actors in Brussels' artistic and cultural scenes", in: Marco Martiniello (ed.), Multiculturalism and the Arts in European Cities, Routledge, 2014, (ISBN9781315758381)
(avec Marco Martiniello) "The Migration of Nigerian Women to Belgium: Qualitative Analysis of Trends and Dynamics", in: Christiane Timmerman, Marco Martiniello, Andrea Rea, Johan Wets (eds.), New Dynamics in Female Migration and Integration, Routledge, New York, 2015, (ISBN9781315885780)
(avec Eric Corijn, Alain Deneef, Myriam Gérard, Henri Goldman, Michel Hubert, Alain Maskens, Yvan Vandenbergh et Philippe Van Parijs), Demain, Bruxsels: une vision pour libérer notre ville, Petite collection Politique, 2019
↑Fatima Zibouh, «Culture, Ethnicité et Politique. Les expressions culturelles et artistiques des Belgo-Marocains à Bruxelles 2010 -2016», orbi.uliege.be, (lire en ligne, consulté le )
12Alain Lallemand, «Brussels2030 aura (aussi) le visage de Fatima Zibouh», Le Soir, (lire en ligne)
↑Tom Guillaume, «Fatima Zibouh écartée d'une conférence sur l'antiracisme: "Il y a eu des pressions extérieures et des menaces"», La Libre Belgique, (lire en ligne)