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CR (Au Royaume-Uni) :
En danger critique
Statut CITES
Le Chat sauvage d'Écosse est une population de Chat sauvage d'Europe (Felis silvestris silvestris) établie en Écosse. Autrefois largement réparti à travers toute la Grande-Bretagne, ses effectifs ont drastiquement décliné depuis le début du XXe siècle sous l'effet de la destruction de son habitat et des persécutions humaines. Il est désormais confiné au nord et à l'est du pays. Des suivis menés par piège photographique dans les Highlands écossais entre 2010 et 2013 ont révélé que le chat sauvage fréquente avant tout les forêts mixtes. Les individus échantillonnés au cours des dernières années présentant un taux élevé d'hybridation avec le chat domestique (Felis catus), la population sauvage est considérée comme fonctionnellement éteinte dans la nature. Il est par conséquent classé « en danger critique d'extinction » au Royaume-Uni.
Felis grampia est le nom scientifique proposé en 1907 par Gerrit Smith Miller Jr. qui a décrit pour la première fois la peau et le crâne d'un spécimen de chat sauvage originaire d'Écosse. Il a soutenu que ce mâle capturé à Invermoriston était de même taille que le Chat sauvage d'Europe (Felis silvestris), mais s'en distinguait par un pelage plus sombre aux marques noires plus prononcées et par des coussinets plantaires noirs. En 1912, Miller le classe au rang de sous-espèce sous le nom de Felis silvestris grampia, après avoir réexaminé 22 peaux originaires d'Écosse conservées dans les collections du Musée d'histoire naturelle de Londres. Lorsque Reginald Innes Pocock révise la taxonomie du genre Felis à la fin des années 1940, il dispose de plus de 40 spécimens de chats sauvages écossais au sein du musée. Il reconnaît formellement Felis silvestris grampia comme un taxon valide.
Les analyses morphologiques et génétiques indiquent que le Chat sauvage d'Écosse est issu du Chat sauvage d'Europe. La population de Grande-Bretagne a été isolée de la population continentale il y a environ 7 000 à 9 000 ans à la suite de la montée du niveau de la mer consécutive au Dernier maximum glaciaire. Depuis 2017, le groupe d'experts sur la classification des félidés du Cat Specialist Group de l'UICN reconnaît Felis silvestris silvestris comme le seul nom scientifique valide pour l'ensemble des populations du Chat sauvage d'Europe et relègue F. s. grampia au rang de synonyme, estimant peu probable que le chat sauvage écossais soit suffisamment différencié pour justifier un statut sous-spécifique distinct.
Le mâle présente une longueur tête-corps comprise entre 57,8 et 63,6 cm pour une queue longue de 30,5 à 35,5 cm, tandis que chez la femelle, la longueur tête-corps varie de 50,4 à 57,2 cm avec une queue mesurant entre 28 et 34,1 cm. La longueur condylobasale du crâne va de 82 à 88 mm chez les femelles et de 88 à 99 mm chez les mâles. Les mâles pèsent entre 3,77 et 7,26 kg, tandis que les femelles sont plus petites et pèsent de 2,35 à 4,68 kg.
Le pelage du Chat sauvage d'Écosse présente des rayures bien définies. Sa queue annelée est touffue et se termine par une extrémité noire arrondie. Il se distingue du chat domestique par des rayures nettes sur les joues et les pattes arrière, ainsi que par l'absence totale de taches rondes, de marques blanches et de revers coloré sur les oreilles. Il est plus lourd que le chat domestique, possède des os de membres plus longs et un crâne plus robuste. Sa corpulence est également plus imposante, mais son tractus gastro-intestinal s'avère plus court.
Le Chat sauvage d'Écosse est présent en Grande-Bretagne depuis le début de l'Holocène, époque à laquelle les Îles Britanniques étaient reliées à l'Europe continentale par le Doggerland. Il était autrefois commun dans l'ensemble de la Grande-Bretagne. Dans le sud de l'Angleterre, il a probablement disparu au cours du XVIe siècle. Vers le milieu du XIXe siècle, son aire s'était réduite au centre-ouest du Pays de Galles et au Northumberland en raison des persécutions par l’Homme, avant de se limiter à l'ouest et au nord de l'Écosse vers 1880. En 1915, il ne subsistait plus que dans le nord-ouest de l'Écosse. À la suite de la diminution du nombre de gardes-chasse après la Première Guerre mondiale et de la mise en œuvre d'un programme de reboisement, la population a augmenté de nouveau pour atteindre son étendue moderne. L'urbanisation et l'industrialisation ont toutefois empêché toute nouvelle recolonisation vers le sud de l'Écosse.
Sa répartition contemporaine comprend les monts Cairngorms, l'île de Black Isle, l'Aberdeenshire, les Angus Glens et la péninsule d'Ardnamurchan,. Il occupe les milieux boisés, les fruticées et les lisières de forêts, mais évite les landes à bruyères et les fourrés d'ajoncs. Il privilégie les zones éloignées des terres agricoles et évite les couches de neige supérieures à 10 cm d'épaisseur.

Entre mars 1995 et avril 1997, trente-et-un chats sauvages d'Écosse ont été équipés de colliers émetteurs dans la région des Angus Glens et suivis pendant au moins cinq mois. En toute saison, ils se montraient principalement nocturnes, leur activité tend à diminuer lorsque la lumière de la lune est plus faible la nuit et que le temps devient venteux. Le domaine vital d'un mâle chevauche celui d'une ou plusieurs femelles, tandis que les territoires de ces dernières se recouvrent rarement. Les adultes occupent des territoires plus vastes que les juvéniles. Ils délimitent et défendent leur territoire par un marquage olfactif à l'aide de leurs déjections . Dans le parc national de Cairngorms et ses abords, la superficie du domaine vital est estimée entre 2,44 et 3,8 km2.
Le Chat sauvage d'Écosse se nourrit principalement de lapins de garenne (Oryctolagus cuniculus) et de campagnols agrestes (Microtus agrestis). Des fèces prélevées dans la forêt de Drumtochty ainsi que sur deux autres sites des Highlands contenaient des restes de lapins, de mulots sylvestres (Apodemus sylvaticus), de campagnols agrestes et de campagnols roussâtres (Myodes glareolus), ainsi que d'oiseaux . Les proies non consommées sont enfouies dans des caches afin d'être gardées pour plus tard.

Les mâles atteignent la maturité sexuelle vers l'âge de 10 mois et les femelles avant l'âge de 12 mois. Une femelle observée est entrée en œstrus au début de mars et a mis bas au début de mai après une période de gestation de 63 à 68 jours. Un second œstrus est survenu un mois plus tard et une deuxième portée est née en août. Les chatons ouvrent les yeux entre 10 et 13 jours ; leurs yeux, d'abord bleus, virent au vert vers l'âge de sept semaines.
Dans la nature, l'accouplement se déroule entre janvier et mars. La taille des portées varie de un à huit chatons, avec une moyenne de 4,3 petits. Les femelles mettent rarement bas en hiver. Les petits naissent dans une tanière dissimulée sous un pierrier, dans un tas de rémanents ou sous des racines d'arbres. Ils commencent à apprendre à chasser vers 10 à 12 semaines et sont totalement sevrés à 14 semaines. Ils se séparent de leur mère vers l'âge de six mois. La mortalité des chatons au cours de l'hiver 1975-1978 a été particulièrement forte, la majorité ayant succombé à la faim.
En captivité, certains individus ont vécu jusqu'à l'âge de 15 ans, mais leur espérance de vie dans la nature est nettement plus brève en raison des collisions routières et des maladies transmises par les chats harrets.
Classé « en danger critique » au Royaume-Uni, il est menacé par l'hybridation avec les chats domestiques, à laquelle s'ajoutent la dégradation continue de son habitat et sa considération historique d'animal nuisible, ayant conduit à son élimination,,.
Une longue controverse dans l'Aberdeenshire a opposé la société énergétique suédoise Vattenfall à la préservation du Chat sauvage d'Écosse. Le gouvernement écossais considère en effet la forêt de Clashindarroch, située près de la ville de Huntly, comme un « paradis pour les chats sauvages ». La Scottish Wildcat Association a affirmé que le déboisement de cette forêt pour implanter des éoliennes anéantirait la population locale, estimée à au moins 35 individus en 2018, soit une part majeure de la population subsistante connue. En 2021, une pétition en ligne initiée par des militants a recueilli plus de 800 000 signatures en faveur de la sauvegarde du site. Vattenfall a cependant affirmé que ses projets ne représentaient aucun danger pour l'animal,.
L'hybridation avec les chats harrets est considérée comme la menace la plus grave qui pèse sur l'espèce. Il est probable que l'ensemble des chats sauvages écossais actuels possèdent aujourd'hui au moins une part d'ascendance domestique. Les chats domestiques non vaccinés et infectés peuvent en outre transmettre des maladies mortelles aux individus sauvages, à l'image du calicivirus, du coronavirus félin, du spumavirus félin, de l'herpèsvirus félin, du virus de l'immunodéficience féline (FIV) et du virus leucémogène félin (FeLV).
Les chats sauvages ont par ailleurs souvent été abattus pour protéger le petit gibier, ayant longtemps été considérés comme des nuisibles.
Le Chat sauvage d'Écosse a obtenu un statut d'espèce protégée en vertu de la loi britannique sur la vie sauvage de 1981 (Wildlife and Countryside Act 1981). Depuis 2007, il figure comme espèce prioritaire sur le plan d'action britannique pour la biodiversité (Biodiversity Action Plan).
Le plan d'action pour la conservation du Chat sauvage d'Écosse (Scottish Wildcat Conservation Action Plan) a été élaboré par le groupe de travail dédié, établissant les priorités d'action nationales et définissant les responsabilités des organismes ainsi que les axes de financement entre 2013 et 2019. Sa mise en œuvre a été coordonnée par le Scottish Natural Heritage. Dans la nature, les mesures de conservation comprennent la capture, la stérilisation et le relâchement des chats harrets, ainsi que l'euthanasie des individus malades, dans le but d'enrayer l'hybridation et la transmission d'infections.
En 2014, les membres du projet ont étudié neuf zones potentielles avant d'en retenir six offrant les meilleures chances de réussite pour des actions programmées dès 2015 : Morvern, Strathpeffer, Strathbogie, Strathavon, Dulnain et les Angus Glens. Une zone isolée et préservée de la péninsule d'Ardnamurchan a également été désignée comme sanctuaire pour l'espèce.
En 2018, les efforts officiels ont été fédérés sous l'égide de Scottish Wildcat Action, une coalition d'organismes publics et universitaires, avec une sélection resserrée de cinq secteurs prioritaires : Strathbogie, les Angus Glens, le nord de Strathspey, Morvern et Strathpeffer. Dès 2019, la population sauvage d'Écosse a toutefois été jugée non viable et au bord de l'extinction .
En 2023, l'agence NatureScot autorise le lâcher de chats sauvages nés en captivité dans la région des Cairngorms au cours de l'été. Les premiers individus, sur un groupe initial de 19 félins, sont relâchés début juin 2023. Au printemps 2024, au moins deux femelles relâchées l'année précédente donnent naissance à des portées,. En août 2025, 35 individus avaient été réintroduits au total, avec un bilan de sept naissances en 2024 et cinq en 2025, conduisant à des projets d'élargissement du programme de réintroduction.
En 2026 est publiée la stratégie écossaise pour le chat sauvage (Scotland's Wildcat Strategy 2025-2045). Elle présente la vision à l'horizon 2045 et le calendrier des objectifs fixés, comprenant notamment l'extension et le renforcement des populations au-delà des seuls Cairngorms vers le reste des Highlands, l'amélioration du statut de l'espèce sur la liste rouge de l'UICN, la restauration de ses habitats ainsi que la gestion et le contrôle des populations de chats domestiques en divagation, harets et hybrides.

Un programme d'élevage conservatoire a été mis en place dans le cadre du plan d'action pour la conservation du Chat sauvage d'Écosse, reposant sur des individus capturés dans la nature ayant validé les tests génétiques et morphologiques attestant d'un taux d'hybridation inférieur à 5 %. Parmi les structures participantes figurent la réserve d'Alladale, le Zoo de Chester, le British Wildlife Centre, le Parc de Port Lympne, le Highland Wildlife Park, le New Forest Wildlife Park et le centre d'Aigas.
Ce programme d'élevage a fait l'objet de critiques de la part de la Captive Animals Protection Society, association opposée à la captivité animale en parcs zoologiques, affirmant que cette initiative relevait « moins de la conservation que de la volonté des zoos de remplir leurs cages ».
Six chatons ont vu le jour au Highland Wildlife Park en 2015. Entre 2011 et 2016, 15 naissances viables de chatons ont été recensées dans cet établissement. En décembre 2016, la population captive était estimée à environ 80 individus.
Un autre nom vernaculaire local couramment attribué au Chat sauvage d'Écosse est celui de Highland tiger (« tigre des Highlands »), .
Le Chat sauvage d'Écosse constitue un symbole emblématique des contrées sauvages calédoniennes. Il est considéré, avec le chat de Kellas, comme la source d'inspiration probable de la créature mythologique écossaise du cat-sìth. Depuis le XIIIe siècle, il forme le symbole emblématique du Clan Chattan. La plupart des membres du clan arborent le félin sur leur badge d'armoiries, arborant la devise « Touch not the cat bot a glove » (où le scots bot signifie « sans »), faisant référence à la réputation de férocité de l'animal. Le clan Chattan prend part aux actions de protection de l'espèce depuis 2010.
En 2010, à l'occasion de l'Année internationale de la biodiversité, la Royal Mail britannique a émis une collection de dix timbres consacrés aux mammifères menacés, dont l'un illustre le Chat sauvage d'Écosse,.
Le félidé a fait l'objet d'un documentaire sorti en 2017 sous le titre The Tigers of Scotland, narré par l'acteur écossais Iain Glen . Le programme de lâchers de 2024 a fait l'objet d'un documentaire en deux parties sur BBC Alba intitulé Wildcats: Cait ann an Cunnart. En 2019, l'animal formait le thème principal du premier numéro du Journal of Matters Relating to Felines, une revue étudiante publiée au sein de l'Université d'Aberdeen.