Fort de Marchovelette

Fort de Marchovelette
Image illustrative de l’article Fort de Marchovelette
Entrée du Fort de Marchovelette

Lieu Intersection de trois villages : Marchovelette, Champion et Boninne
Drapeau de la Belgique Belgique
Fait partie de Position fortifiée de Namur
Type d’ouvrage Fortification
Construction 1892
Utilisation Défense de Namur
Utilisation actuelle Formation aux explosifs
Ouvert au public  Non
Appartient à Drapeau de la Belgique Belgique
Contrôlé par Armée belge
Événements Première Guerre mondiale
Deuxième Guerre mondiale
Coordonnées 50° 30′ 24″ nord, 4° 56′ 06″ est
Géolocalisation sur la carte : Belgique
(Voir situation sur carte : Belgique)
Fort de Marchovelette

Le fort de Marchovelette est l'un des neuf forts semi-enterrés construits dans le cadre de la position fortifiée de Namur (PFN) à la fin du XIXe siècle en Belgique. Il a été édifié entre 1888 et 1892selon les plans du général Henri Alexis Brialmont. En (Première Guerre mondiale) et en (Seconde Guerre mondiale), le fort est un des plus lourdement bombardés par l'armée allemande. En 1914, il a explosé sous les coups de l'artillerie et ne s'est pas rendu.

Architecture et situation

Le fort de Marchovelette est un petit fort triangulaire de la position fortifiée de Namur très semblable au fort d'Évegnée. Les petits forts de Namur sont en raison de leur taille inférieure moins bien pourvus en artillerie, en artilleurs et en fantassins. Ce personnel fait partie des troupes de forteresse relevant de l'armée d'active. Un massif central en béton protège le bureau de tir (centre nerveux du fort) ainsi que les magasins et les coupoles de tir. Au sommet du massif central, le massif dispose d'un phare à éclipse. Le fort est armé par deux coupoles à un canon de 120 mm, d'une coupole à deux canons de 150 mm et d'un affût cuirassé pour un obusier de 210 mm.

Position fortifiée de Namur en 1914.

La défense des glacis est confiée aux fantassins à l'usage desquels des banquettes de tir coiffent le massif central à trois petites coupoles à éclipse pour un canon de 57 mm chacune à un saillant. Un personnel d'observation est disposé sur les clochers des environs, sur les carrefours et points dominants et communique les informations par téléphone.

Modèle de petit fort Brialmont.
Cour intérieure du fort après sa conquête par les Allemands.

Le fort se situe à environ 7 km au nord-est de la ville de Namur à 195 m d'altitude sur une éminence du plateau agricole doucement vallonné bordé par la naissance du ravin de Marche-les-Dames. Il fait face au village et au château de Marchovelette et tient en respect la route d'Hannut. Pour cette raison, il fait partie du secteur le plus exposé à l'attaque venant d'Allemagne. Les forts de la rive gauche de la Meuse bénéficient en revanche d'un environnement plus accidenté et sont protégés par la Meuse ce qui pouvait dissuader une attaque de ce côté par l'infanterie.


Histoire

Première Guerre mondiale

En , la garnison du fort composée de 210 artilleurs et 90 fantassins est placée sous les ordres du capitaine-commandant Aimé Duchâteau.

Selon les instructions du général Michel, gouverneur de la Position fortifiée de Namur, les forts ne constituent que des points d'appui pour les tranchées dans les intervalles des forts. Situé au nord-est de la ville de Namur, il est avec le fort de Cognelée et l'intervalle entre ces deux forts sur l'axe principal de l'attaque allemande. À ce titre, il est le plus violemment bombardé lors du siège de Namur en 1914.

Mortiers autrichiens de 305 mm.

Dès le , le fort de Marchovelette tire sur les batteries et les déplacements allemands destinés à mettre en place leur artillerie. Á 16 h 30, le fort ouvre le feu de sa coupole de 150 mm sur une batterie dissimulée dans le bois des Triches. Á 17 h, ses quatre grosses coupoles font feu sur le château et le village de Marchovelette. Á 19 h, c'est la petite coupole de 57 mm qui ouvre le feu sur la ferme Maquelette. Á 19 h, 21 h et 0 h 30, les quatre grosses coupoles et la coupole de 57 mm tonnent contre le château de Franc-Waret et le bois d'Ambraine.

Mortier de 420 mm « Grosse Bertha »

Le , premier jour de l’attaque, le fort de Marchovelette est le premier à ouvrir le feu sur le village et le château de Marchovelette occupés par les Allemands pour appuyer l'offensive du 1er bataillon du 30e régiment de Ligne qui sera bientôt décommandée. Les Allemands répliquent une demi-heure plus tard avec leur artillerie lourde à savoir des mortiers autrichiens de 305 mm et les fameux mortiers de 420 mm type M (surnommés « Grosses Bertha »), qui, en plus de leur puissance de feu sans égale (pour donner une idée, le plus gros obus qu’un fort pouvait tirer pesait aux alentours de 90 kg, tandis qu’un obus de Grosse Bertha pesait un peu plus de 800 kg), tirent en dehors de la portée des canons des forts. Le fort de Marchovelette est, quant à lui dépendant des observateurs extérieurs pour repérer ses cibles.

La violence du bombardement a des effets rapidement désastreux : deux des grosses coupoles sont coincées et deux sont éventrées, deux des trois petites coupoles sont utilisables, les voûtes se fissurent laissant apparaître des brèches et les citernes percées. Les câbles téléphoniques avec l'extérieur étant rompus par un obus, la tâche des observateurs devient progressivement impossible. Vers 18 h, il est estimé que 2200 projectiles dont 400 supérieurs à du calibre 210 mm ont été tirés sur le fort. Vers 18 h 30, deux tiers de la garnison terrorisée par la violence du bombardement s’enfuit. Informé par le fort de la situation, le commandement belge fait remplacer les fuyards par un nouveau contingent le lendemain au petit matin. Dans la nuit, une grosse et une petite coupole sont remises en service.

Pendant la journée du , le bombardement par obus lourds se poursuit alors que des combats ont lieu entre fantassins belges et allemands à l'extérieur du fort. Quatre tentatives d'assaut ont lieu contre le fort. Pendant la nuit, le brigadier Maillen et l'électricien Delatte remettent en service les coupoles coincées.

Obus de « Grosse Bertha ».

Au matin du , ce bombardement atteint la violence déjà observée le 22. Pendant la matinée, les troupes belges et françaises qui gardaient les intervalles entre les forts amorcent leur retraite en raison de la supériorité de l'artillerie allemande. Le fort de Marchovelette se retrouve encerclé et répond encore de manière intermittente aux assaillants avec les canons de 57 mm. Vers 13 h 40, une explosion formidable fait osciller le fort sur sa base. Un projectile de 420 mm explose à l'intérieur du fort faisant sauter un magasin à munitions tuant, blessant et brûlant la plus grande partie de la garnison. Un incendie se déclare à l'intérieur du fort et les cartouches d'infanterie éclatent dans les couloirs. Le commandant Duchâteau est blessé, son adjoint brûlé. Vers 14 h 00, le bombardement cesse et les Allemands font prisonniers le commandant et son adjoint et 5 hommes qui s'étaient réfugié dans un entonnoir pour échapper à l'incendie faisant rage dans le fort. Un tiers de la garnison a toutefois péri et un autre tiers est brûlé ou blessé sur un effectif de départ de 300 hommes .

À l’instar du fort de Chaudfontaine, Marchovelette est percé de part en part et il s’en faut de peu qu’il ne connaisse le même sort que le fort de Loncin. Toutes les munitions entreposées dans les couloirs sautent, mais les poudrières demeurent intactes.

Le général Henning von Bonin, général commandant la 3e division de la Garde rendant visite aux blessés félicite le commandant Duchâteau lui déclarant : « On est fier lorsqu'on a affaire à des adversaires tels que vous ».

En 1914 et 1915, les Allemands réparent les dégâts et modifient les structures du fort. De nouveaux murs sont construits et les plafonds réparés. Les fenêtres des corps de garde sont obturés par du béton. Les Allemands cessent leurs réparations en . Par la suite, ils récupèrent les coupoles pour être fondues dans les hauts-fourneaux de la Ruhr à l'exception d'une seule .

Entre-deux-guerres

Parmi les 9 forts entourant Namur, 7 sont réarmés avec des coupoles ramenées d'autres forts désaffectés dans les années 1930 parmi lesquels le fort de Marchovelette. Les travaux consistent à améliorer la viabilité de la garnison et à mettre à niveau l'armement et le blindage, soit :

Plus spécifiquement, le fort est doté de batteries anti-aériennes.

Seconde Guerre mondiale

En , le fort est sous le commandement du capitaine-commandant De Lombaerdt .

En 1940, Marchovelette est à nouveau, avec Suarlée, le premier fort de la position fortifiée de Namur à subir les bombardements allemands. Les bombes de 250 kg et 500 kg des Stukas et le tir précis des canons de 88 mm ont rapidement raison des défenses du fort. La tour d’aération est à moitié détruite par les canons de 88 mm (c’est la tour d’aération qui a été le plus endommagée de toutes) .

Situation actuelle

Après la Seconde Guerre mondiale, le fort est la proie des ferrailleurs qui y utilisent des explosifs et font disparaître les coupoles. Les locaux d'escarpe se sont également effondrés .

Domaine militaire, il sert de nos jours (2007) à des essais d’explosifs et passage de brevets artificiers.

L’entrée est formellement interdite, sauf autorisation spéciale, et il est gardé en permanence. Les accès secondaires ont été obturés afin de sécuriser le site. Le pont roulant a été supprimé et le fossé qu’il recouvrait a été bouché.

Hommages

Le fort de Marchovelette a été deux fois cité à l'ordre de l'armée :

Dans l'entre-deux-guerres, des pèlerinages ont eu lieu chaque année au cimetière militaire belge de Marchovelette.

Galerie

Wikimedia Commons présente d’autres illustrations sur Fort de Marchovelette.

Références

  1. ↑ R. Delooz, Fernelmont, hier et aujourd'hui, , 183 p., p. 114
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Luc Malchair, Les Oubliés de Marchovelette, ASBL Comité de sauvegarde du patrimoine historique du fort de Hollogne,
  3. 1 2 Les forts d'Emines et de Cognelée, La Bruyère, Maison de la mémoire rurale. Syndicat d'initiative de La Bruyère, , p. 22-23
  4. 1 2 3 « La Défense de Namur », Vers l'Avenir,‎ , p. 1 (lire en ligne)
  5. ↑ « Marchovelette », Le Soir,‎ , p. 2 (lire en ligne Inscription nécessaire)

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes