Fortifications de Cherbourg

Fortifications de Cherbourg
Cherbourg au XVIe siècle avec ses fortifications et son château.
Présentation
Type
État de conservation
démoli ou détruitVoir et modifier les données sur Wikidata
Localisation
Localisation

Les fortifications de Cherbourg ont longtemps été un signe de l'importance de la place, bien qu’elles n’aient pas permis de protéger la ville des agressions extérieures, notamment pendant la guerre de Cent Ans. Les remparts furent démantelés au XVIIIe siècle, sous le règne de Louis XIV.

Les ensembles fortifiés

Le château

Le château était situé dans la partie méridionale de la ville, dont il occupait environ un tiers de sa superficie. Son assiette correspond globalement à la zone comprise entre les rues des Fossés, du Château, du Maréchal-Foch et le quai de Caligny, placées à la limite de la contrescarpe de la douve.

La ville médiévale

Les murailles et fossés s'étendaient au nord-ouest du château avec pour limites : la rue du Commerce, la totalité de la rue François-La-Vieille, coupant la place de la République, englobant l'église de la Trinité et joignant au château par la rue de la Marine. Le quadrilatère très irrégulier ainsi délimité a comme plus grand côté 429 mètres pour 273 mètres de largeur moyenne, et un parcours de près de 1 150 mètres de long. L'enceinte flanquée de onze tours était protégé par un fossé en eau. Des vestiges de cette muraille dans ce qui reste des jardins du presbytère permettent de situer sa hauteur à près de 13 mètres.

C'est une ville aux ruelles étroites avec de nombreux passages (les boels), tassée entre le château et l'église de la Trinité. Les maisons sont construites pour l'essentiel en plaquette de schiste assez friables. On trouve peu de colombages. La mer bat les remparts de la ville.

Historique

À la suite d'un débarquement Anglais en 1295, où la ville et l'abbaye du Vœu avaient été incendiées, Philippe le Bel, en 1300, fit édifier une enceinte afin de protéger la ville, muraille qui résista en 1314, en 1326, lors d'un nouveau raid anglais, après qu'ils ont incendié Barfleur, en 1346, face aux troupes d'Édouard III lors de sa chevauchée sur le sol français, et en 1415, ainsi qu'à Du Guesclin en 1378.

L'enceinte urbaine ainsi que le château seront encore renforcés, en 1347, par le roi de France. Les défenses sont une nouvelle fois renforcées, voir agrandies, par Charles le Mauvais, en 1354, qui reçoit la ville par échange, à la suite du traité de Mantes, et un nouveau château remplace l'ancien. Ce qui fera dire à Monstrelet (v. 1400-1453) que la ville et le château étaient les plus fortes places de Normandie.

En 1543, François Ier fera construire les bastions, augmentant légèrement la superficie de la ville close.

Sous Louis XIII, les murailles et le château sont encore en place, et hormis le bastion situé au sud, la ville est restée médiévale. Les habitations se retranchent encore derrière les fortifications, et rares sont les maisons bâties hors les murs. Le château et l'enceinte seront rasés sous Louis XIV.

Description

Cherbourg au XVIIe siècle. Plan de Gomboust.

A. Église Notre-Dame — B. Tour de l'Église — C. Tour de Gouberville — D. Porte Haguèse — E. Tour Cornette — F. Aqueduc — G. bastion Saint-François — H. Porte Notre-Dame — I. Tour de l'Horloge — K. Bastion du Moulin — L. porte des Anglais — M. Tour Sarrasine — N. Tour Longis — O. Donjon — P. Chemin Creux — Q. Sable — R. La Jetée — S. Le vivier.

Dans le sens des aiguilles d'une montre en partant du château on trouvait :

Près du château, qui occupait toute la partie orientale de l'enceinte, se situait une autre porte de la ville, la porte Saint-François.

En 1543, François Ier vint inspecter les fortifications, fit curer les fossés et ordonna la construction de bastions peut être par l'ingénieur italien Girolamo Bellarmato. Le premier à être érigé le fut à une trentaine de mètres devant la porte Notre-Dame (H), précédée antérieurement par un ravelin pourvu d'une entrée latérale à pont-levis, nommé bastion Saint-François (G), en l'honneur du roi. Il avait la forme d'un as de pique, avec un seul orillon, des embrasures de tir, et une échauguette sur le saillant, assurant ainsi une meilleure défense de l'entrée. À travers la nouvelle courtine sud, une avant-porte dite porte Neuve fut aménagée, tout en gardant la même fonction que l'ancien ravelin. Cette nouvelle courtine était relié à la tour la plus méridionale de l'enceinte. vers le nord, le bastion Saint-François fut relié également par une nouvelle courtine à la tour Cornette (E). Ces modifications augmentaient légèrement la superficie de la ville fortifiée. La tour la plus méridionale (tour du moulin) fut remplacé sous Louis XIII, ou peut être avant par un nouveau bastion dit du Moulin (K) à deux larges faces. De même, un ravelin (ou lunette) à longs flancs (D), avec une échauguette sur chaque saillant des deux faces fut érigé face à la tour Carrée et avait pour rôle de protéger la poterne qui avait été aménager pour accéder à la tour qui lui servait d'accès (porte Haguèse).

Vestiges du Cherbourg médiéval

La ville a gardé peu de vestiges de son passé médiéval, hormis deux éléments médiévaux des anciens remparts, et, le tracé des rues de la « vieille ville » qui ont pour la plupart subsisté.

Si on emprunte la rue Tour Carrée du côté de la place de la République, on a sur notre gauche, rejoignant le parvis de l'église de la Trinité, la rue du Nord, la venelle de l'Église, la rue d'Espagne. À droite, c'est une longue et étroite venelle qui rejoint la rue au Blé (anciennement rue au Bled), puis cette même rue. La rue au Blé et la Grande rue (parallèle aux fossés du château), encadraient tout un lacis de passage que la place du Marché à totalement gommé. Le Boël Meslin, la rue au Fourdray en sont des témoignages. Le passage Digard courait entre la rue au Blé et le rempart. À l'angle de la rue au Blé, la cour Saint-Laurent qui ouvre sur la rue du Commerce (anciennement rue de la Vase). C'est par cette rue qu'on accédait à l'entrée du château.

Les fondations de la tour de l'Église sont retrouvées en 1977 lors de travaux au bord du quai de Caligny, près de la forme de radoub, face à la basilique Sainte-Trinité. Quelques pierres de sa base sont gardées visibles au milieu d'un parterre à l'entrée du parking du Petit perroquet. Une portion de la muraille contre laquelle s'appuie le chœur de la basilique reste également visible. Place de la Révolution, au no 20-22, on peut voir la première mairie de Cherbourg, installée en 1789 dans une maison de fin XVe siècle-début XVIe siècle, une des plus anciennes encore existantes dans la ville.

Découvertes archéologiques

Vestiges révélés en 2023 de la tour du Moulin et des remparts attenants.

En 2019, des fouilles archéologiques préventives sont réalisés par l'INRAP lors du réaménagement du parking Notre-Dame, où se situait une partie du château, notamment la haute-cour et son donjon. Sont notamment révélés des vestiges de deux tours du château et une partie du rempart sud. Située au milieu du parking, la plus imposante des deux tours, d'environ 15 m de diamètre, ne correspond à aucune de celles figurant sur les plans et gravures du XVIIe siècle. Les archéologues avancent donc qu'il pourrait s'agir d'une tour plus ancienne.

En , dans le cadre de travaux de voirie au Pont-Tournant de Cherbourg, les archéologues de l'INRAP mettent au jour les vestiges de la tour du Moulin, ainsi que 24 mètres du rempart sud et 10 mètres du rempart ouest de chaque côté de la tour. La tour du Moulin, dégagée jusqu'à un mètre de hauteur par endroits, était attendue un peu plus au sud-ouest d'après les plans de Vauban de 1686. Est découvert également un bâtiment édifié contre la face externe du rempart après l'arasement de la tour, à la fin du XVIIe siècle. Ce bâtiment a été comblé entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle. Pour les archéologues, « la découverte de cet ensemble pose déjà la question du tracé réel et de l'utilisation des fortifications urbaines de Cherbourg, entre la période médiévale et les temps modernes ».

Les fortifications du XIXe siècle

Après la démolition des anciennes fortifications, Cherbourg reste une ville ouverte. Mais de nombreux ouvrages sont construits pour protéger le port et plus particulièrement le port militaire.

Une première ceinture de forts est construite sous l'Ancien régime après la destruction des fortifications de la ville par Louis XIV (fort du Galet, redoute de Tourlaville, fort Saint-Anne, redoute de Querqueville). Ces ouvrages ont tous disparu.

La rade de Cherbourg est construite entre 1783 et 1853 et lui sont adjoints par la suite les digues de l'Est (1890-1894) et de l'Ouest (1889-1896). Cet ensemble est jalonnée de forts :

À l'intérieur de la rade, sont construits le fort du Homet à l'ouest et le fort des Flamands, qui vient compléter en 1844-1858 le fort de l'île Pelée à l'est. Au XXe siècle, la Petite rade est aménagée au niveau des deux forts intérieurs avec le digue du Homet en 1899-1914 et la digue des Flamands en 1921-1922.

Les installations de l'arsenal de Cherbourg sont protégées par une enceinte et des bastions.

Napoléon ordonne également la construction sur les hauteurs de la ville de cinq redoutes en vue d'améliorer la défense de l’'arsenal côté terre :

Une seconde couronne de forts est construite dans la seconde moitié du XIXe siècle :

Notes et références

Notes

  1. ↑ Le château, défendu par ses douze tours résista.
  2. ↑ Rues Grande-Vallée et de l'abbaye.
  3. ↑ Pour les renvois aux lettres entre parenthèses dans le texte se référer au plan de Gomboust qui présente Cherbourg à l'époque de Louis XIII.
  4. ↑ À l'angle actuel de la rue du Maréchal-Foch et du quai de Caligny.
  5. ↑ Elle était encore figurée en partie sur un plan de la ville daté de 1687.
  6. ↑ À l'angle actuel des rues maréchal Foch et du château
  7. ↑ Au débouché nord de la rue des Portes. La porte nostre-Dame ou de Cherebourg marquait l'entrée de la rue des Portes, à côté du bastion saint-François.
  8. ↑ À la jonction des rues Christine et A. Mathieu.
  9. ↑ À l'emplacement de la place de la Fontaine.
  10. ↑ À l'emplacement de la place de la République.
  11. ↑ Face à la place Napoléon.
  12. ↑ Celui-ci disparut dans le creusement du fossé large d'une vingtaine de mètres.
  13. ↑ Le saillant du bastion se situait à l'angle des rues A.-Mathieu et des Tribunaux.
  14. ↑ Entrée de la rue Tour-Carrée
  15. ↑ Cette rue s'est appelée aussi rue Onfroy, et sous l'occupation anglaise, Umfrey street.

Références

  1. ↑ Comité Gille de Gouberville et al. (préf. Annick Perrot, ill. Kévin Bazot, sous la direction de Julien Deshayes), Voyage en Cotentin avec Gilles de Gouberville, Éditions Heimdal, , 95 p., 30 cm, illustrations couleur (ISBN 978-2-84048-581-0, EAN 9782840485810, BNF 46897276), p. 41.
  2. ↑ Bernage 1980, p. 28-29.
  3. 1 2 3 Bernage 1980, p. 28.
  4. ↑ Gilles Désiré dit Gosset, « Introduction », dans Châteaux et fortifications du Cotentin : Congrès archéologique de France. 178e session. Manche. 2019 - Société française d'archéologie, Condé-en-Normandie, Éditions Picard, (ISBN 978-2-9018-3793-0), p. 17.
  5. 1 2 Le Hallé 2015, p. 84.
  6. 1 2 3 Georges Bernage, « La presqu'île du Cotentin - Cherbourg », dans La Normandie médiévale : 10 itinéraires, Éditions Heimdal, coll. « La France Médiévale », , 174 p. (ISBN 2-902171-18-8), p. 26.
  7. 1 2 3 4 Le Hallé 2015, p. 87.
  8. ↑ Le Hallé 2015, p. 88.
  9. ↑ « Cherbourg : suivez les points verts du parcours piéton pour (re)découvrir le patrimoine », sur actu.fr, (consulté le )
  10. ↑ Laurent Paez-Rezende, « Cherbourg-en-Cotentin – Parking Notre-Dame », ADLFI. Archéologie de la France - Informations. une revue Gallia,‎ (ISSN 2114-0502, lire en ligne, consulté le )
  11. ↑ « Actualité | Des fortifications médiévales et modernes sous la voirie à Cherbourg-en-Cotentin (Manche) », sur Inrap, (consulté le )
  12. 1 2 3 4 5 6 « Présentation de l'opération d'inventaire du patrimoine de la commune de Cherbourg-Octeville » Accès libre, sur Inventaire général du patrimoine culturel de Normandie
  13. ↑ « Port militaire » Accès libre, sur Inventaire général du patrimoine culturel de Normandie
  14. ↑ « Fort des Flamands » Accès libre, sur Inventaire général du patrimoine culturel de Normandie
  15. ↑ « Ensemble fortifié dit enceinte de l'arsenal » Accès libre, sur Inventaire général du patrimoine culturel de Normandie
  16. ↑ « Redoute des Couplets actuellement centre de loisirs » Accès libre, sur Inventaire général du patrimoine culturel de Normandie
  17. ↑ « Redoute du Tôt » Accès libre, sur Inventaire général du patrimoine culturel de Normandie

Voir aussi

Bibliographie

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Articles connexes

Liens externes