
Gauchisme est un terme employé, souvent de manière péjorative, pour qualifier l'action politique d'individus ou d'organisations de gauche, d'extrême gauche ou de gauche radicale. Historiquement, le terme désigne un courant politique trotskiste, anarchiste, marxiste-léniniste, stalinien, maoïste, marxiste-léniniste-maoïste, ou hoxhaïste, qui prône la révolution, notamment par Lénine puis par l'URSS. Ce courant est particulièrement actif lors de l'émergence du léninisme, et dans les années 1970 en Europe.
Bien que le terme soit utilisé dès le XIXe siècle, c'est Lénine qui en propage l'emploi : dans son ouvrage La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme »), publié en 1920, Lénine qualifie ainsi de « gauchistes » certains partis communistes d'Europe, dont il juge que le radicalisme (refus de participer aux syndicats non communistes, rejet du parlementarisme) les coupent des masses et par conséquent les empêchent de s'implanter dans la classe ouvrière. Le terme a été employé pour désigner notamment les conseillistes, mais aussi la gauche communiste dans son ensemble. Par extension, il a été utilisé pour qualifier les différentes tendances de l'extrême gauche.

L'ouvrage et la notion utilisée par Lénine sont très rapidement critiqués, en particulier par des opposants communistes anti-léninistes. Ainsi, dès 1920, le communiste néerlandais Herman Gorter, dans sa Réponse à Lénine, critique cette analyse du « gauchisme ». Anticipant l'évolution de l'Internationale communiste, Gorter écrit dans sa Réponse : « l'opportunisme n'a pas été tué ; pas même chez nous. C'est ce que nous constatons déjà dans tous les partis communistes, dans tous les pays » ; « L'usage s'établira à nouveau de mauvais compromis parlementaires avec les social-patriotes et les bourgeois » ; « La liberté de parole sera supprimée et de bons communistes seront exclus ». Anticipant l'éventualité de l'exclusion de l'aile gauche dont il fait partie, et le triomphe de la droite opportuniste, il écrit : « Lorsque l'opportunisme s'introduit de nouveau avec ses suites désastreuses pour la conscience et la force du prolétariat, c'est là un danger mille fois pire que lorsque la gauche se montre trop radicale. La gauche, même quand elle va trop loin pour une fois, reste toujours révolutionnaire » ; « La droite opportuniste est vouée à devenir de plus en plus opportuniste, à s'enfoncer de plus en plus dans le marais, et à causer toujours davantage la perte des ouvriers. L'opportunisme est la perte du mouvement ouvrier, la mort de la révolution. C'est à cause de l'opportunisme qu'est survenu tout le mal : le réformisme, la guerre, la défaite et la mort de la révolution en Hongrie et en Allemagne. L'opportunisme est la cause de notre anéantissement. Et il est présent dans la troisième Internationale… ». Cette vision, qui semble très pessimiste en 1921, prend tout son sens au regard de l'émergence du stalinisme et de la bureaucratie. Enfin, face à la résolution prise par le IIe congrès de la Troisième Internationale, qui exige « une discipline de fer confinant à la discipline militaire », Gorter rejette « la discipline de fer, l'obéissance militaire, la servitude de cadavre dont nous ne voulons pas ». Par rapport au syndicalisme, il précise : « Comme la "gauche" veut en premier lieu la libération des esprits, et qu'elle croit à l'unité des bourgeois, elle reconnait que les syndicats doivent être détruits et que le prolétariat a besoin de meilleures armes ». En 1921 il est parmi les fondateurs du Parti communiste ouvrier d'Allemagne : KAPD, puis il rejoint sa Fraction d'Essen et devient un des leaders de l'Internationale Communiste ouvrière (KAI). Sa « Réponse à Lénine » sera publiée en France en 1930 par les Groupes ouvriers communistes.
Le KAPD sera exclu peu après de l'Internationale. Herman Gorter critiquait également Lénine sur l'aspect stratégique révolutionnaire consistant en ceci : croire que le model d'un parti bolchevique et léniniste pouvait s'exporter dans des pays d'Europe de l'ouest (où un capitalisme bien plus développé que n'était la Russie tsariste) :
Vous ne devez pas faire cela, camarade. En Europe occidentale nous sommes encore dans le stade de préparation. On devrait plutôt soutenir les lutteurs que les dominateurs. […] Votre tactique fut certainement remarquable en ce qui concerne la Russie, et c'est par elle que les Russes ont obtenu la victoire. Mais est-ce que cela prouve quelque chose pour l'Europe de l'ouest ? Rien, ou très peu de choses, à mon avis. Nous sommes d'accord en ce qui concerne les soviets, la dictature du prolétariat, comme moyens pour la révolution et l'édification. De même, votre tactique vis-à-vis de l'étranger a été - du moins jusqu'à présent - un exemple pour nous. Mais il en est autrement de votre tactique pour les pays ouest-européens. Et cela est tout naturel. Comment la tactique en Europe orientale et en Occident pourrait-elle être la même ? La Russie est un pays pourvu d'une agriculture tout à fait prépondérante, d'un capitalisme industriel qui n'est qu'en partie hautement développé et reste très petit relativement à l'ensemble. Encore était-il nourri en grande partie par le capital étranger. En Europe de l'ouest, surtout, en Allemagne et en Angleterre, c'est précisément le contraire. Chez vous : vieilles formes du capital subsistant sur la base du capital usurier. Chez nous : prépondérance presque exclusive du capital financier hautement développé. Chez vous : résidus formidables des temps féodaux et pré-féodaux, vestiges même de l'époque des tribus et de la barbarie. Chez nous, surtout en Angleterre et en Allemagne : un ensemble, agriculture, commerce, transports, industrie, dirigé par le capitalisme le plus avancé. Chez vous : restes énormes du servage, paysans pauvres, classe rurale moyenne paupérisée. Chez nous : relations des paysans pauvres eux-mêmes avec la production moderne, transport, technique et échanges ; classes moyennes de la ville et de la campagne, - même les plus basses couches. - en contact direct avec les grands capitalistes. Vous avez encore des classes avec lesquelles le prolétariat montant peut se lier. L'existence seule de ces classes est déjà une aide. Et naturellement la même chose est vraie sur le terrain des partis politiques. Chez nous, rien de tout cela.
A la fin de sa « Lettre ouverte au camarade Lénine », Herman Gorter résume en 7 principaux points ses différences avec la stratégie de Lénine :
Pour finir, afin de mettre mes appréciation sous une forme aussi brève et ramassée que possible - devant les yeux des ouvriers, qui ont à acquérir une conception claire de la tactique, je les résumerai en quelques thèses.
- La tactique de la révolution occidentale doit être toute autre que celle de la révolution russe ;
- Car le prolétariat est ici tout seul ;
- Le prolétariat doit donc ici faire seul la révolution contre toutes les classes ;
- L'importance des masses prolétariennes est donc relativement plus grande, celle des chefs plus petite qu'en Russie ;
- Et le prolétariat doit avoir ici les toutes meilleures armes pour la révolution ;
- Comme les syndicats sont des armes défectueuses, il faut les supprimer ou les transformer radicalement, et mettre à la place des organisations d'entreprise, réunies dans une organisation générale ;
- Comme le prolétariat doit faire seul la révolution, et ne dispose d'aucune aide, il doit s'élever très haut en conscience et en courage. Et il est préférable de laisser de côté le parlementarisme dans la révolution.

Cette œuvre politique de Lénine est donc fortement critiquée par d'autres marxistes proches du conseillisme (ou "communisme de conseils"). Ces derniers proposant d'autres formes de stratégies révolutionnaires pour mener la révolution communiste. Par exemple, Anton Pannekoek est un communiste de conseils considérant que la dictature du prolétariat doit principalement s'incarner par les conseils (de travailleurs) démocratiques. S'il y a éventuellement des élections, alors les élus sont des délégués révocables à tout instant (mandat impératif). Les conseils, dès le début de la révolution, contribuent au dépérissement de l'Etat, ils sont considérés comme les garants de la montée du communisme dans le processus révolutionnaire. Contrairement à la logique de Lénine optant pour un parti d'avant-garde de professionnels disciplinés prenant le contrôle de l'appareil d'Etat, Pannekoek considère que ce qui doit organiser la révolution sous la dictature du prolétariat sont les conseils ouvriers démocratiques :
« L'organisation conseilliste incarne la dictature du prolétariat. Il y a plus d'un demi-siècle, Marx et Engels ont expliqué comment la révolution sociale devait amener la dictature du prolétariat et comment cette nouvelle expression politique était indispensable à l'introduction de changements nécessaires dans la société. Les socialistes qui ne pensent qu'en termes de représentation parlementaire, ont cherché à excuser ou à critiquer cette infraction à la démocratie et l'injustice qui consiste selon eux à refuser le droit de vote à certaines personnes sous prétexte qu'elles appartiennent à des classes différentes. Nous pouvons voir aujourd'hui comment le processus de la lutte de classes engendre naturellement les organes de cette dictature : les soviets [donc les conseils]. »
En 1939, le communiste anti-léniniste allemand Otto Rühle, également figure du communisme de conseils et engagé dans des polémiques avec Lénine depuis longtemps, critique sévèrement le contenu de cette brochure de Lénine :
« D'après la conception de Lénine, le pouvoir d'Etat aurait dû être expressément aboli. Or, on avait tout fait pour le reconstruire et le consolider. Ce n'est que lorsqu'il aurait été reconstruit et consolidé qu'on pourrait vraiment l'abolir. Qui devait comprendre, qui pouvait saisir une doctrine si curieuse ? La contradiction entre la théorie et la pratique était évidente. Mais il y avait beaucoup d'autres contradictions du même genre : le combat contre la bureaucratie et la croissance très rapide de celle-ci était l'une d'entre elles. Les masses n'avaient pas le temps de penser à toutes ces contradictions, elles avaient trop à faire pour assurer leur survie. D'ailleurs la dictature ne tolérait aucune contradiction, cette dictature du prolétariat qui devenait chaque jour un peu plus une dictature sur le prolétariat. […] La brochure de Lénine était un écrit polémique plein de poison et de bile, agressif, grossier, un tissu de fausses interprétations, de suspicion et de falsifications, haineux et en rage de persécution comme une bulle d'excommunication, un vrai régal pour tout contre-révolutionnaire. Mais c'est en même temps, parmi tous les écrits de propagande bolchévique, celui qui dévoile sans ménagement et montre le plus clairement l'essence du bolchévisme. Le bolchévisme sans masque ! Quand Hitler interdit en Allemagne en 1933 toute la littérature socialiste et communiste, ce fut le seul écrit dont il maintint la publication. Et il savait ce qu'il faisait. »
En 1949, des anarchistes sud-américains proposent leur définition du « gauchisme » : « Une dispute entre marxistes […], des positions « à droite » de la majorité des tendances anarchistes ».
À partir de 1968 et durant toute la décennie des années 1970, les termes « gauchisme » et « gauchistes » sont extrêmement présents dans le vocabulaire et l'action politique.
Yves Tavernier dans un compte-rendu de l'ouvrage du sociologue Richard Gombin avance que les termes « gauchisme » et « gauchistes » sont souvent utilisés pour discréditer et disqualifier un adversaire. Richard Gombin dans son livre Les origines du gauchisme (1971) écrit :
« Par gauchisme, nous désignerons cette fraction du mouvement révolutionnaire qui offre ou veut offrir une alternative radicale au marxisme-léninisme en tant que théorie du mouvement ouvrier et de son évolution. […] Le gauchisme apparaît comme une pratique révolutionnaire partout où la lutte des classes rompt le cadre établi par les organisations traditionnelles : partout donc où elle est dirigée à la fois contre le système et contre les directions ouvrières. […] Tous les gauchistes s'accorderont sur le principe d'autonomie qui exclut, par conséquent, tous les schémas autoritaires, centralisateurs, dirigistes, planificateurs, idéologiques,. »
Pour Gombin, contrairement au marxisme, le gauchisme ne considère pas que l'aliénation économique soit la source de toutes les aliénations. Pour ses partisans, la lutte doit être mené sur tous les fronts : sexuel, psychologique, idéologique… Son objectif est la fin de toutes les aliénations. Il apparaît principalement comme une critique du marxisme se disant hostile à toutes les idéologies. Les révolutionnaires sont tenus de systématiser la pratique de la contestation, celle-ci trouvant sa manifestation dans les luttes autonomes. Le communisme et la social-démocratie considérés comme des institutions capitalistes sont, dès lors, dénoncés dans des termes identiques que « les forces sociales bourgeoises ».
Dans un ouvrage sur Mai 68 publié en 1998, le sociologue Jean-Pierre Le Goff opère un distinguo entre gauchisme culturel et gauchisme politique. Dix ans plus tard, la sociologue et politiste Isabelle Sommier, critiquant la définition de Gombin et la dichotomie entre gauchisme culturel et gauchisme politique, relève les estimations de 5 000 à 16 000 « gauchistes » en mai 68 en se fondant sur une autre définition : « Le gauchisme se présente plutôt comme une alternative au communisme orthodoxe ».

Certains courants, pour bien signifier qu'ils étaient à gauche du léninisme, se sont eux-mêmes revendiqué du « gauchisme » dans les années 1960 : Daniel Cohn-Bendit et son frère Gabriel publient ainsi en 1968 le livre Le Gauchisme, remède à la maladie sénile du communisme, dont le titre se veut une réponse au texte publié par Lénine.
Il est néanmoins notable que des groupes politiques ont revendiqué cette appellation pour caractériser des combats dont la nature et la finalité étaient très diverses.
Les termes « gauchisme » et « gauchistes » sont utilisés par la plupart des forces politiques, et notamment par le Parti communiste français, dans le but de disqualifier et de discréditer un adversaire. « Ils sont employés pour caractériser tout ce qui conteste les ordres établis ».
Le terme possède également une connotation critique entre les mouvements de gauche : il sert à reprocher à un autre groupe le caractère contre-productif de sa stratégie. Son emploi est ainsi très varié :
En 1968, le Parti communiste français avait qualifié de « gauchistes » toutes les organisations communistes opposantes, notamment trotskistes. Derrière cette critique, il s'agit pour le Parti communiste de disqualifier par avance les prétentions de ceux qui entendent remettre en question le monopole qu'il entend exercer de la représentation des catégories populaires. Le fait d’être confronté à la concurrence d’organisations et de militants non ouvriers, prétendants à « la révolution » est perçu comme un danger. Sous ce terme de « gauchistes », sont désignés aussi bien des militants communistes dissidents que des militants d’autres organisations.
La volonté de disqualification des actions militantes étiquetées comme « gauchistes » traduit le décrochage du PCF vis-à-vis de certains groupes sociaux et la perte d’emprise des militants communistes et cégétistes sur les mobilisations émergentes, impulsées par des acteurs issus de l’extrême gauche et de la « deuxième gauche ». Les mouvements de mai- précipitent l'évolution au sein du PCF des modes de disqualification politique des gauchistes. Le travail de dénonciation et de théorisation de la position du PC est entamé par Léo Figuères dans un article intitulé « Le “gauchisme” hier et aujourd’hui » publié dans les Cahiers du communisme, prolongé par son ouvrage Le trotskisme, cet anti-léninisme (1969). Peu après, Jacques Duclos souligne dans son ouvrage Anarchistes d’hier et d’aujourd’hui (1968) :
« La lutte idéologique contre le gauchisme, si elle doit tendre à toucher l’ensemble de la classe ouvrière, est particulièrement utile pour la jeunesse, aussi bien pour les jeunes ouvriers qui, en raison de leur inexpérience, pourraient se laisser prendre aux pièges de la provocation et de l’aventure, que pour les étudiants que l’on ne saurait confondre dans leur masse avec les éléments gauchistes qui prétendent les représenter et leur ont fait beaucoup de mal. »
De cette manière, si le gauchisme est admis comme l’expression des préoccupations de la jeunesse, il reste défini par le PCF comme extérieur à la classe ouvrière. Pour cette raison, « il est condamné à s’allier avec elle dans le cadre de son parti ou, à défaut, à œuvrer pour la réaction ».
D’une manière assez semblable, Mouvement ibérique de libération (Movimiento Ibérico de Liberación), un mouvement anarchiste, actif en Espagne entre 1971 et 1973, critique le « gauchisme » comme une mystification : « La société actuelle possède ses lois, sa justice, ses gardiens, ses juges, ses tribunaux, ses prisons, ses crimes, sa normalité. Devant cette situation apparaît une série d’organes politiques (partis et syndicats, réformistes et gauchistes, etc.) qui feignent de contester cette situation alors qu’en fait ils ne font pas autre chose que de consolider la société actuelle ».
Pendant longtemps le terme demeure une invective avant de connaître une réappropriation positive et pendant un temps de qualifier toute l’extrême gauche. Le terme gauchisme est depuis progressivement abandonné pour le terme de gauche radicale.

Les promoteurs du mouvement trouvent leurs références dans le communisme de conseils, courant marxiste anti-léniniste, pour qui les conseils ouvriers doivent s’organiser en pouvoir insurrectionnel et diriger la société : le terme marque l'opposition au « communisme de parti » et aux conceptions de Lénine pour qui seul le parti devait diriger la révolution et la société.
Ce courant est parfois désigné par l'appellation « communisme de gauche ». Ses références sont le luxemburgisme allemand, les conseils ouvriers, de paysans ou de commune pratiqués en Russie en 1905 et en 1917, lors de la révolution allemande en 1918-1919. Forts de la critique du marxisme-léninisme et de l'expérience communiste développées par un certain nombre de penseurs, ils mettent en avant un modèle auto-gestionnaire,.
Il existe également le courant du marxisme libertaire initié par Daniel Guérin.
Le gauchisme est perçu et analysé sous un angle principalement générationnel dans l'ouvrage Génération publié en deux tomes, en 1987 par les journalistes et enquêteurs Hervé Hamon et Patrick Rotman. Ceux-ci dressent une grande enquête d'histoire sociale et politique rédigée sous une forme romancée consacrée aux jeunes gens nés entre 1935 et 1945 et en focalisant plus particulièrement leur attention sur la trajectoire de quelques individus célèbres. Il y question de la rencontre d'une culture de gauche avec une génération qui trouve le point d'orgue de son action dans Mai 1968 et les années qui suivent. Les auteurs voient ainsi dans le gauchisme un mouvement générationnel, celui des baby-boomer) du Quartier latin. Cette même génération qui, selon Jean-François Sirinelli, deux décennies après Mai 68, s'admire, tout en « répudiant, en paroles, en actions et en pensées - imprimées —, les thèmes mobilisateurs et la vision du monde qui furent les siens dans ces années d'effervescence ».
L'essayiste Guy Hocquenghem, fondateur du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) dans son pamphlet intitulé Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary interprétera également le phénomène du gauchisme sous un angle générationnel, ici mis en avant pour dénoncer ceux de ses camarades de lutte devenus à ses yeux des renégats de leurs idéaux : « Libé et Actuel, Chéreau et Glucksmann, Coluche et Médecins du Monde, les institutions que sont devenus les ex-gauchistes, personne n’ose les attaquer. Leur pouvoir insolent s’est établi sous la gauche, à l’ombre de Fabius et de Lang, mais il n’est ni de droite, ni de gauche, il est d’une génération: celle qui est passée de Mai 68 au Rotary et aux Rolls… ».

Hervé Hamon et Patrick Rotman s'efforcent dans leur ouvrage Génération de présenter les destins croisés des figures de proue de l'ancienne mouvance gauchiste.
Une partie non négligeable du livre est consacré aux membres de la Gauche prolétarienne, Benny Lévy, Robert Linhart, André Glucksmann, Jean-Claude Milner, Gérard Miller, Pierre Overney, Jean-Marc Salmon, Maren Sell, Olivier Rolin, Jean-Pierre Le Dantec, Michel Le Bris, Guy Lardreau, puis à ceux de la Ligue communiste fondée en , tels Henri Weber, Alain Krivine, Daniel Bensaïd. Parmi les partis et mouvements évoqués dans le cadre de cette galaxie, on trouve Union nationale des étudiants de France, l'Union des étudiants communistes (UEC), la CFDT, fondée en 1964, les Jeunesses communistes révolutionnaires (JCR) fondées en , le Mouvement communiste français marxiste-léniniste, fondé le et son successeur immédiat, le Parti communiste marxiste-léniniste de France, l'Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes, UJC(ml) fondée en janvier-, scission de l'UEC et l'Union des communistes de France marxiste-léniniste fondée en .
Le mouvement étudiant est principalement représenté par l'Union nationale des étudiants de France (UNEF) avec Pierre Goldman, Jean-Marcel Bouguereau, Jacques Rémy et Jacques Sauvageot.
Enfin, d'autres personnalités sont évoquées comme Alain Badiou qui prend part, en 1969, à la création de l'Union des communistes de France marxiste-léniniste), Daniel Cohn-Bendit, Alain Geismar (SNESup) et Jean-Paul Sartre.
Selon Jean-Pierre Le Goff, le gauchisme qu'il nomme « culturel » a eu une profonde influence sur l'ensemble de la gauche. Par son biais s'est produite « une mutation fondamentale qui a déplacé son centre de gravité de la question sociale vers les questions de société ». Cette mutation serait inséparable des effets sociétaux qu’a produits la révolution culturelle de mai 68.
Les années 1970 voient le déroulement de plusieurs grèves de longue durée, méthodes pas spécifiques au gauchisme, mais dans lesquelles les militants de Mai 68 issus du gauchisme s'investissent particulièrement, aux côtés de ceux de la gauche classique et des syndicats.
Au cours de l'année 1970, une nouvelle forme de « gauchisme médiatique »[réf. nécessaire] apparue avec la Gauche prolétarienne, créée en 1968, estime obtenir des succès médiatiques, culturels et judiciaires, lors d'actions symboliques comme le vol de produits de luxe, distribués dans des bidonvilles. Elle gagne en justice quand la peine de Frédérique Delange, qui a participé à ce vol est commuée en sursis, puis lors des acquittements de l'affaire des Houillères de Lens, marquée par des jets de projectiles incendiaires contre un bâtiment près un accident minier ayant causé seize décès, qui suit de deux jours le Tribunal populaire de Lens[réf. nécessaire].
L'utilisation de la violence est principalement issue des groupes Maoïstes et pour partie du Trotskisme dans sa dimension théorique. Elle concerne également la mouvance libertaire à travers son culte de et pour l’émeute. Les Trotskistes rêvent mai 68 comme une répétition générale, qu'ils associent aux modèles des révolutions de 1905 et de 1917. Les Maoïstes de la Gauche prolétarienne théorisent, eux, la marche Vers la Guerre civile. L’éditeur d’extrême gauche François Maspero publie des classiques de la littérature insurrectionnelle. L’exaltation de la violence passe par les modèles historiques et par l’exemplarité des « groupes frères » que ce soit guérilla latino-américaine, commandos palestiniens ou l'Armée républicaine irlandaise provisoire.
Contrairement aux légendes alimentées par nombre d’anciens responsables d’extrême gauche, le principe du passage à l’acte est entériné. Ainsi, lors des manifestations de rue, les différents groupes possèdent des capacités d’organisations qui ne sont pas seulement utilisées de manière défensive : les attaques frontales contre les forces de l’ordre se multiplient. Les militants de courants Maoïstes et de la Gauche prolétarienne, envisagent des franchissements d’étapes pouvant aller jusqu’à la l’insurrection et pour certains à la lutte armée.
La critique du gauchisme s'appuie surtout sur des épisodes de violence de rue et dans les entreprises datant du début des années 1970. La violence de rue s'exerce aussi bien contre la police que contre l'extrême droite et prend des dimensions spectaculaires entre 1970 et 1973, avec l'aval et même l'impulsion des dirigeants de la Gauche prolétarienne (GP), mouvement Maoïste.
La violence dans les entreprises, est une stratégie spécifiquement adoptée par des militants de la GP dès pour commémorer la mort du lycéen Gilles Tautin à l'usine Renault de Flins, dans les Yvelines. Elle est au même moment testée à l'Université de Vincennes contre les enseignants adhérents du Parti communiste français, accusé de déviance idéologique. Puis elle connaît surtout un pic au printemps 1971, à la suite duquel la mort tragique de l'ouvrier Pierre Overney chez Renault va progressivement calmer une partie des militants.
La violence, verbale et physique, d'abord pratiquée par les Maoïstes de la GP contre les communistes en 1969 puis début 1970 contre la police se déplace ensuite vers les meetings du mouvement d'extrême droite Ordre nouveau, ce qui permet aussi d'attaquer la Police lorsqu'elle s'interpose le et le , deux dates au cours desquelles la GP obtient le ralliement à ces attaques de la Ligue communiste.
La veille du meeting, le , Robert Allo, un ex-militant d'Occident, cofondateur d'Ordre nouveau et du Groupe union défense, est repéré dans la rue par des gauchistes. Il est matraqué avec une telle violence qu’il sombre dans le coma peu après avoir rejoint le local du mouvement. Il doit subir une trépanation.
Les affrontements dont se prévaut la Ligue Communiste, le , de son service d’ordre contre les CRS et le service d'ordre du meeting d'Ordre nouveau au Palais des Sports, "attaqué […] avec des boulons" selon l'ORTF, qui font 80 blessés parmi ce dernier et 73 dans les rangs de la police, agacent par leur machisme certaines composantes féministes et homosexuelles de la mouvance gauchiste, qui pratiquent une violence plus symbolique. Le , ces mouvances décident ainsi d'obliger l'animatrice de radio Menie Grégoire à suspendre l'émission qu'elle consacre sur RTL à « ce douloureux problème, l'homosexualité »,. À la suite de cette émission perturbée par les activistes, se crée le Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR) le soir-même. Le mois suivant voit publier le célèbre Manifeste des 343 sur le droit à l'avortement. Des militantes de Vive la Révolution ! (VLR !) se rallient alors au Mouvement de libération des femmes (MLF) et VLR ! s'auto-dissout, même si son magazine Tout ! continue de paraître jusqu'au numéro de juillet. Le , le tout nouveau FHAR y publie ainsi un ensemble d’articles engagés, coordonnés par Guy Hocquenghem.
Les réticences envers la libéralisation de l’avortement et la contraception sont encore nombreuses, même au sein du gauchisme, au début des années 1970. Ainsi, le , dans Le Nouvel Observateur qui est alors un journal qui s'est rapproché du gauchisme, le journaliste et producteur Maurice Clavel, un ex-gaulliste reconverti dans le soutien aux maoïstes, proclame « Révolution sexuelle piège à cons » et défend l’encyclique papale Humanæ Vitæ qui condamne l’avortement et la contraception, non sans susciter l’approbation de nombreux lecteurs.
En naît Le torchon brûle, journal édité par le Mouvement de libération des femmes (MLF) qui obtient en 1972 un décret d'application de la loi Neuwirth avec les centres spécialisés, les centres de planifications et d’éducation familiale (CPEF), permettant aux mineurs un accès libre, gratuit et surtout anonyme à tous les types de contraceptifs.
Au milieu des années 1970, des provocations sociétales touchant à la pédophilie ont été lancées dans certains milieux et cénacles littéraires, plutôt mondains, par des auteurs distincts du gauchisme tels que les écrivains Tony Duvert et Gabriel Matzneff. À part quelques rares auteurs marginaux d'ultra-gauche, le seul « gauchiste » à leur emboîter directement le pas sera Daniel Cohn-Bendit, même si Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut, dans Le Nouveau Désordre amoureux, publié en 1977, vont jusqu'à déplorer la réprobation déclenchée par le livre de Tony Duvert, incitant même à le lire.
Au même moment, Daniel Cohn-Bendit, dans un recueil d'entretiens avec Maren Sell et Jean-Marc Salmon, Le Grand Bazar, confie certains souvenirs et se livre à des analyses dont certains passages, à connotation sexuelle très controversés, lui seront reprochés pendant des décennies. Le livre est publié aux Éditions Denoël puis aux éditions Belfond, mais son tirage n'atteindra pas 30 000 exemplaires malgré la notoriété de son auteur, qui ne s'est plus exprimé depuis sept ans, et la couverture par Libération du livre alors qu'il n'était encore qu'en projet et son contenu pas encore dévoilé.
Au cours de l'année 1977, Serge July, directeur de la publication de Libération, contacte le groupe de provocateurs graphiques nommé Bazooka pour des illustrations, démarche qui fait rapidement face aux réticences de plus en plus grandes de la majorité de la rédaction du journal. Bazooka est obligé arrêter sa participation directe. Cependant, Libération édite à partir de Un Regard moderne, mensuel d'actualité remarqué mais aussi critiqué pour ses provocations, comme lorsqu'ils proposent dans le numéro du 5-, consacré aux personnes détenues, un dessin pédopornographique dans la page d'annonce « Taules », ce qui conduira Libération à arrêter la publication de Un Regard moderne après six numéros.
Pour Philippe Buton, les effets conjugués de Soljenitsyne, des boat-people vietnamiens et plus tardivement du génocide cambodgien ont eu raison du gauchisme politique, contrairement à l’état d’esprit soixante-huitard ou au gauchisme comme mode de vie qui a perduré. Ce dernier a en partie transformé l’ordre de la société française des années d’avant 1968.
L'année commence par une série de manifestations gauchiste importantes et violentes, les et . Voir Les affrontements en deux temps de janvier 1973.