Grison (stricto sensu), Grand grison, Grison d'Allemand
Statut CITES
Répartition géographique
Galictis vittata, le Grison au sens strict, également connu sous les noms de Grand grison ou encore Grison d'Allemand, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Mustelidae. Bien qu’il ait l’apparence d’une sorte de petit ratel, cet animal est en fait assez éloigné phylogénétiquement, il fait partie de la sous-famille des Ictonychinae qu’il partage avec les vraies zorilles, mais est de la tribu des Lyncodontini qu’il partage avec d’autres mustélidés sud-américain comme le Lyncodon de Patagonie mais surtout le petit grison duquel il partage le genre Galictis. Cet animal discret se rencontre au Mexique, en Amérique centrale ainsi que dans le nord de l'Amérique du Sud.
Le nom d’Allemand cité dans le nom, correspond à Jean Nicolas Sébastien Allamand (1713-1787), un naturaliste et professeur helvético-néerlandais de renom.

La toute première description de l’espèce est attribuée à Jean Nicolas Sébastien Allamand dans une version améliorée de l’Histoire naturelle de Buffon.
Mais la première mention de l’espèce dans la taxonomie moderne remonte à une illustration de 1776 par le naturaliste allemand Johann Christian Daniel von Schreber. Toutefois, cette mention est absente de description et il ne s’agit que d’une illustration fortement déformée.
C’est en 1792 que Robert Kerr, dans sa traduction augmentée du Systema Naturae, fournit une description plus détaillée, toujours sous le nom de Viverra vittata. Il y précise les caractéristiques morphologiques de l'animal, notamment sa taille d'environ sept pouces, ses pieds à cinq orteils dotés de griffes jaunâtres, et surtout son pelage distinctif : un sillet blanche partant du front pour descendre vers les épaules. Kerr note également une singularité historique : bien que cette marque spécifique soit présente sur les gravures de l'époque (notamment chez Schreber et Buffon), elle avait été curieusement omise dans les descriptions textuelles antérieures, comme celle d'Allamand.
Link sera la première personne à associé l’espèce aux Mustélidés en le désignant sous le nom de Mustela Gujanensis.
Lors de la séance du 10 janvier 1826 du Zoological Club de Londres, le naturaliste Thomas Bell expose les limites de ces classifications antérieures. S'appuyant sur l'étude d'un spécimen vivant originaire de Guyane, il observe que si l'animal partage la morphologie générale des Mustélidés, sa dentition, notamment la présence de quatre molaires de chaque côté de la mâchoire inférieure, et son comportement alimentaire unique le distinguent radicalement du genre Gulo auquel il était alors rattaché. Bell profite de cette présentation pour annoncer son intention de créer le genre Galictis, dont ce spécimen devient le type, marquant ainsi une étape définitive dans l'émancipation taxonomique du Grison.
| Sous-espèce | Description | Synonymes |
|---|---|---|
| Galictis vittata andina (Thomas, 1903) |
Décrite à partir d'un spécimen mâle collecté à Pozuzo, au Pérou, cette sous-espèce se distingue par une coloration plus jaunâtre. Sa ligne horizontale caractéristique est d'un ton chamois terne. Elle possède une molaire supérieure au lobe interne élargi vers l'arrière, structure unique au sein du genre. | Galictis andina Thomas, 1903 |
| Galictis vittata brasiliensis (Thunberg, 1820) Grison d’Allemand |
Brésil. | Ursus brasiliensis Thunberg, 1820 Galictis allamandi Bell, 1837 Galictis crassidens Nehring, 1885 Galictis intermedius Lund, 1845 |
| Galictis vittata canaster Nelson, 1901 |
Forme d'Amérique centrale au pelage plus poivre et sel. Les parties supérieures sont d'un gris cannelle givré de blanc. Elle présente une bande frontale blanche très large s'étendant jusqu'aux oreilles et une queue plus courte que la forme type. | Galictis canaster Nelson, 1901 Grison canaster (Nelson, 1901) |
| Galictis vittata vittata (Schreber, 1776) |
Sous-espèce type. Guyane. | Viverra vittata Schreber, 1776 Mustela gujanensis Link, 1795 Mustela gujanensis Bechstein, 1800 |

Le grand grison est un animal svelte doté de pattes courtes, d'un long cou et d'une queue courte et touffue. Son apparence est similaire à celle de son proche parent, le petit grison, dont il se distingue principalement par sa taille plus imposante, avec une longueur tête-corps comprise entre 45 à 60 cm. Les adultes pèsent entre 1,5 et 3,8 kg à l'état sauvage, mais peuvent atteindre un poids supérieur lorsqu'ils sont élevés en captivité .
Le dos, les flancs, le sommet de la tête et la queue sont de couleur grise, tandis que le reste du corps est beaucoup plus sombre, généralement noir uni. Une étroite bande blanchâtre sépare la fourrure sombre de la plus claire au niveau de la tête et des épaules ; cette séparation est moins nette vers l'arrière du corps où les deux teintes peuvent, chez certains individus, se fondre l'une dans l'autre. La queue mesure de 14 à 20 cm de long et est couverte de poils touffus d'une couleur similaire à celle du dos. La tête est large et aplatie, avec de petites oreilles arrondies et des yeux allant du brun foncé au noir. Les pattes sont musclées et possèdent cinq orteils palmés, chacun terminé par une griffe acérée et courbée .
Le grand grison est originaire d'Amérique centrale et de la première moitié septentrionale du continent sud-américain, son aire de répartition s'étendant du sud du Mexique au nord, jusqu'au centre du Brésil, au Pérou et à la Bolivie au sud. Il habite une grande variété d'environnements forestiers et de cerrado, et se rencontre généralement à proximité des rivières et des ruisseaux. On le trouve typiquement à des altitudes inférieures à 500 m, bien qu'il puisse être observé jusqu'à 2 000 m dans certaines parties des Andes boliviennes. Dans certaines régions, il peut également être présent dans des zones cultivées, telles que des plantations et des rizières.

Le grand grison est principalement un animal terrestre, bien qu'il soit capable de grimper aux arbres et de très bien nager. Il est essentiellement diurne et n'est qu'occasionnellement actif la nuit. Il vit seul ou en couple, avec un domaine vital d'au moins 4,2 km2. La densité de population est très faible, ce qui rend les rencontres à l'état sauvage assez rares. Il passe la nuit à dormir dans des cavités de troncs creux, sous des racines d'arbres ou dans les terriers abandonnés d'autres animaux.
Comme de nombreux autres mustélidés, le grand grison possède des glandes anales odoriférantes qui sécrètent un musc jaunâtre ou verdâtre. Bien que cette substance ne soit pas particulièrement nocive par rapport à celle d'autres espèces, elle peut être projetée sur un agresseur ou utilisée pour marquer le territoire de l'animal.

Son régime alimentaire est encore mal connu, bien qu’on suppose qu'il soit opportuniste à forte tendance carnivore et insectivore se composant principalement de petits vertébrés tels que des poissons, des amphibiens, des reptiles des oiseaux et de petits mammifères, mais aussi des fruits et des œufs . Pour chasser, il se déplace en zigzag en effectuant de petits bonds, s'arrêtant parfois pour observer les alentours, la tête haute, tout en humant l'air. Lorsqu'il se déplace avec plus de prudence, il plaque son corps contre le sol, un mouvement décrit comme rappelant celui d'un serpent. Face à une menace, il émet une série de grognements dont l'intensité et la fréquence augmentent jusqu'à devenir des aboiements rapides, pour finir par un cri puissant, les dents découvertes.
Les portées, pouvant compter jusqu'à quatre petits, naissent entre mars et septembre après une période de gestation de 39 jours. Les nouveau-nés pèsent moins de 50 g ; ils naissent aveugles mais possèdent déjà un pelage court présentant le motif de coloration des adultes. Leurs yeux s'ouvrent après deux semaines et ils commencent à consommer de la nourriture solide à l'âge de trois semaines. Ils atteignent leur taille adulte en seulement quatre mois. La longévité enregistrée en captivité est d'au moins 10 ans.
Dans son aire de répartition, le Grand Grison est souvent capturé et utilisé comme animal de compagnie dans la lutte contre les rongeurs. Toutefois, l’espèce n’est pas en danger et ses populations restent stables.