Henry Pitman

Henry Pitman
Biographie
Naissance
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Décès
Date inconnueVoir et modifier les données sur Wikidata
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Œuvres principales
A Relation of the Great Sufferings and Strange Adventures of Henry Pitman (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Henry Pitman, né vers 1655 et mort à une date inconnue, est un chirurgien anglais. Condamné pour avoir soigné des rebelles de la rébellion de Monmouth en 1685, il est déporté comme serviteur à la Barbade. Il s'en évade en 1687 et survit plusieurs semaines sur l'île de la Tortue, alors inhabitée, avant de regagner l'Angleterre.

Le récit de ses aventures, publié en 1689, peu après la Glorieuse Révolution qui renverse Jacques II, est l'un des rares témoignages sur la servitude des condamnés déportés dans les colonies anglaises.

Plusieurs chercheurs y voient aussi l'une des sources de Robinson Crusoé de Daniel Defoe, notamment les historiens Tim Severin et Marcus Rediker, qui font de Pitman le véritable modèle du héros, plus encore que le marin écossais Alexander Selkirk.

Biographie

Jeunesse

Henry Pitman naît vers 1655. Son père, William Pitman, est établi à Sandford Orcas, et sa mère, Gertrude Lavor, est originaire de Yeovil, dans le Somerset. Issu d'une famille quaker aisée, membre de la petite noblesse rurale (gentry), il étudie en Italie et devient chirurgien.

Rébellion de Monmouth

En 1685, Pitman rend visite à sa famille lorsque le duc de Monmouth débarque à Lyme Regis, le , à la tête d'une rébellion protestante contre le roi catholique Jacques II. Il se rend alors à Taunton avec son frère William et quelques amis pour voir l'armée rebelle.

Selon son propre récit, la présence d'une troupe royale l'empêche ensuite de rentrer chez lui. Ayant perdu son cheval, il accepte de rester auprès des rebelles pour soigner les malades et les blessés, faute de chirurgiens en nombre suffisant. Il soigne aussi des soldats du roi faits prisonniers et ne prend jamais les armes, mais sa solidarité envers ses confrères et ses coreligionnaires le lie à l'insurrection. Chirurgien issu de la petite noblesse, il fait figure d'exception dans une armée composée presque entièrement d'ouvriers, d'artisans et de journaliers.

Après la déroute de l'armée rebelle à la bataille de Sedgemoor, le , Pitman tente de fuir, mais est capturé, dépouillé, puis enfermé dans la prison d'Ilchester avec environ 400 autres prisonniers. Il survit aux épidémies de fièvre et de variole qui y emportent des dizaines de détenus.

Les rebelles sont jugés lors des Assises sanglantes, présidées par le juge George Jeffreys. Les accusés ont le choix entre plaider coupable en s'en remettant à la clémence du tribunal, ou plaider non coupable et risquer la mort s'ils sont reconnus coupables. Jeffreys fait d'abord juger 28 prisonniers qui plaident non coupable, puis signe l'ordre de leur exécution le jour même. La plupart des autres prisonniers plaident alors coupable et sont tout de même condamnés à mort, mais la peine n'est appliquée qu'à environ 230 d'entre eux, et les autres voient en majorité leur peine commuée en déportation aux Antilles.

Pitman comparaît à Wells le . Il fait partie des condamnés graciés et astreints à la servitude dans les colonies anglaises des Antilles, en raison du rôle mineur qu'il a joué dans la rébellion. Son frère William est condamné lui aussi.

Déportation à la Barbade

Henry Pitman, son frère William et une centaine d'autres condamnés sont attribués par le roi à Jérôme Nipho, secrétaire de la reine Marie de Modène, qui charge George Penne de leur transport à la Barbade et de leur placement dans la colonie. La famille de Pitman verse soixante livres à Penne pour racheter la liberté des deux frères, qui doit leur être acquise dès leur arrivée sur l'île.

Embarqués à Weymouth sur le Betty, les prisonniers endurent une traversée de cinq semaines, au cours de laquelle neuf d'entre eux meurent. Ils arrivent à la Barbade le . Le jour même, le lieutenant-gouverneur Edwin Stede sanctionne une loi, votée sur ordre du roi par l'assemblée de la colonie, qui astreint les rebelles déportés à dix ans de servitude, sans possibilité de rachat. Toute tentative d'évasion est punie de trente-neuf coups de fouet, d'une heure de pilori et d'un marquage au fer des lettres « F.T. », pour Fugitive Traitor (« traître fugitif »), sur le front. La loi impose aussi l'enregistrement de toutes les embarcations de l'île et interdit aux rebelles de se libérer par le mariage. Pitman la juge « inchrétienne et inhumaine ».

Contrairement à la promesse faite à la famille, les deux frères sont vendus aux enchères avec les autres déportés, environ un mois après leur arrivée, et achetés à crédit par un planteur, Robert Bishop. Ce dernier fait travailler Pitman comme chirurgien, mais garde pour lui tout ce que rapportent ses soins. Il refuse aux deux frères des vêtements convenables et les nourrit si mal que Pitman souffre d'une violente diarrhée. Pitman finit par déclarer à son maître qu'il cessera d'exercer s'il n'est pas traité comme son métier le mérite, et qu'il préfère encore travailler aux champs avec les esclaves noirs. Furieux, Bishop le frappe avec sa canne jusqu'à la briser, puis le fait immobiliser, les pieds entravés, pendant douze heures en plein soleil.

Son frère William, toujours au service de Bishop, meurt en avril 1687, près de quinze mois après leur arrivée. Criblé de dettes, Bishop ne peut plus payer les marchands et doit leur rendre Pitman. Celui-ci reste alors entre leurs mains, comme une « marchandise invendue ». Lassé d'attendre une grâce et épuisé par les mauvais traitements, il décide de s'évader.

Évasion

Itinéraire de Pitman en 1687 : évasion en chaloupe (rouge), route prévue vers Curaçao (gris), navire de Headley (bleu), ketch jusqu'à New York (vert). 1. Barbade, 2. île de la Tortue, 3. New Providence, 4. New York.

Pour s'évader, Pitman fait appel à John Nuthall, un sculpteur sur bois qui cherche lui aussi à quitter l'île pour échapper à ses créanciers. N'étant pas un rebelle condamné, Nuthall a le droit de posséder un bateau, à condition de le déclarer aux autorités. Pitman lui remet douze livres, tirées de la vente de marchandises que sa famille lui fait parvenir d'Angleterre, pour acheter la chaloupe d'un navire négrier venu d'Afrique. Lorsque Nuthall déclare le bateau, les magistrats menacent de le saisir. Pitman lui conseille de le couler près du rivage, en attendant de le renflouer le jour du départ. Les fugitifs comptent rejoindre Curaçao, colonie néerlandaise hors de portée de la justice anglaise, vers laquelle les vents et les courants dominants sont favorables.

Pitman rassemble en secret des vivres, des outils, des planches et des clous pour d'éventuelles réparations, ainsi qu'une boussole, un quadrant et une carte, qu'il est le seul à savoir utiliser. Pour financer ces achats, il fait entrer dans le complot d'autres déportés, dont le menuisier John Whicker.

Dans la nuit du , après un défilé organisé en l'honneur de la visite du gouverneur de Niévès à la Barbade, les miliciens passent la soirée dans les tavernes, et la surveillance se relâche. Pitman et ses compagnons embarquent alors sur la chaloupe renflouée. Outre Pitman, le groupe compte cinq autres rebelles condamnés, John Whicker, Peter Bagwell, William Woodcock, John Cooke et Jeremiah Atkins, ainsi que deux habitants de l'île qui fuient leurs créanciers, Nuthall et Thomas Waker.

La traversée est périlleuse. Surchargée, la chaloupe prend l'eau en permanence, et les hommes doivent écoper jour et nuit. Le lendemain soir, un coup de vent brise le gouvernail, que Whicker répare avec les planches emportées par Pitman. Faute de pouvoir se servir de son quadrant sur une embarcation aussi instable, Pitman navigue à vue, d'île en île, en longeant les Grenadines, la Grenade et les îles Testigos. Leur eau étant devenue imbuvable, ses compagnons profitent du sommeil de Pitman pour approcher de Margarita. À son réveil, Pitman aperçoit un feu sur le rivage et, craignant de tomber aux mains d'Indiens cannibales, fait aussitôt repartir le bateau,. Après une tempête, ils atteignent l'île de la Tortue,, appelée Salt Tortuga par les Anglais, le , une semaine après leur départ.

Île de la Tortue

Sur l'île, les fugitifs trouvent une vingtaine de flibustiers anglais, arrivés en pirogues, qui se présentent d'abord comme des naufragés. Pitman et ses compagnons restent eux aussi évasifs sur leur passé, jusqu'à ce que Waker, pour gagner la confiance des flibustiers, révèle que la plupart d'entre eux sont des rebelles condamnés. Les flibustiers les accueillent bien et disent soutenir la rébellion de Monmouth. Ils affirment appartenir à l'équipage du capitaine Yankey (en), un chef flibustier de Saint-Domingue. Envoyés sur les côtes de Floride pour s'emparer de pirogues en vue d'un raid contre Saint-Augustin, ils y ont capturé un Indien, puis ont manqué le rendez-vous fixé par leur capitaine.

Les flibustiers insistent pour que Pitman et ses compagnons renoncent à atteindre Curaçao et se joignent à eux. Face à leur refus, ils brûlent la chaloupe des fugitifs pour les empêcher de partir, après en avoir récupéré la voile et les cordages. Avant leur départ, Pitman leur rachète pour trente pièces de huit leur prisonnier indien, qui pourra l'aider à pêcher. Le , les flibustiers quittent l'île, sauf quatre d'entre eux qui choisissent de rester avec les fugitifs.

Privés de leur chaloupe, les fugitifs se retrouvent bloqués sur l'île, avec pour seul espoir le passage d'un navire. Les flibustiers leur ont laissé un petit bateau espagnol, mais sans voile ni gouvernail. Pour se nourrir, ils chassent surtout les tortues de mer, qu'ils attrapent la nuit quand elles viennent pondre sur la plage. Ils font rôtir la viande, en salent et en sèchent une partie pour les mois suivants, et cuisent les œufs en galettes qui remplacent le pain. Avec de l'agave, ils fabriquent un baume pour soigner les plaies, du fil, du savon et même une boisson fermentée.

Environ trois mois après leur arrivée, un navire flibustier accompagné d'un sloop fait escale sur l'île,. Son capitaine, John Headley, propose à Pitman de l'embarquer comme chirurgien. Mais l'équipage, qui vient de s'emparer d'un riche navire portugais, refuse par un vote d'embarquer ses compagnons,. Les flibustiers leur laissent du vin, des vivres, du tissu, du fil et des aiguilles, puis repartent avec Pitman et les quatre hommes de Yankey.

Retour en Angleterre

Headley met le cap sur Eleuthera, dans les Bahamas. Juste avant d'y arriver, il croise un ketch venu de New York, dont le capitaine lui apprend que des colons anglais se sont réinstallés sur l'île voisine de New Providence, abandonnée trois ans plus tôt après des raids espagnols. Les flibustiers l'y suivent, débarquent leurs marchandises et brûlent leur navire, dont ils donnent les canons aux habitants,. Le , après avoir prêté serment d'allégeance au roi, Headley obtient du gouverneur l'autorisation de s'installer dans la colonie avec ses hommes.

Cette colonie a été fondée quelques mois plus tôt par des dissidents religieux et politiques venus de la Jamaïque, qui ont élu pour gouverneur le pasteur congrégationaliste Thomas Bridge,. Pitman décrit avec admiration cette petite république « sous la protection d'aucun prince », où le gouverneur prêche chaque dimanche et fait tirer un coup de canon pour appeler les habitants.

Deux semaines après son arrivée à New Providence, Pitman embarque sur le ketch, qui repart pour la Caroline. Craignant d'être arrêté pour avoir fréquenté des flibustiers, le capitaine n'ose pas entrer au port et poursuit sa route jusqu'à New York. Pitman y croise une connaissance de la Barbade, qui l'avertit que ses anciens maîtres ont fait diffuser son signalement. Il obtient alors, sous un faux nom, une place sur un navire en partance pour Amsterdam. Au bout de cinq semaines, le navire fait escale à Cowes, sur l'île de Wight. Pitman débarque, gagne Southampton, puis rejoint sa famille, déguisé. Ses proches l'accueillent « comme un ressuscité » et lui apprennent qu'ils ont obtenu sa grâce.

Cette grâce lui avait été accordée par un mandat royal du , trois semaines à peine après son évasion. Elle l'inscrit, avec une trentaine d'autres rebelles, dans le pardon général, sans obligation de rester aux colonies.

De retour à Londres, Pitman loge à l'enseigne du Navire (the Ship), près de la cathédrale Saint-Paul, chez le libraire John Taylor, qui publie son récit en 1689. Il s'y établit comme chirurgien-apothicaire et y prépare des remèdes qu'il vend un shilling la boîte ou le flacon, dont une « Quintessence » à base de cochléaire et un Spiritus Catholicus censé guérir aussi bien la goutte que les fièvres. On ignore la suite de sa vie, ainsi que la date et le lieu de sa mort.

Sort de ses compagnons

Deux semaines après le départ de Pitman, Nuthall et Waker quittent l'île pour Curaçao, à bord du vieux bateau espagnol laissé par les flibustiers. Les cinq rebelles, Whicker, Bagwell, Woodcock, Cooke et Atkins, restent seuls sur l'île. Le lendemain, huit hommes qui avaient quitté l'équipage de Headley au large du Brésil abordent l'île, affamés, sur un petit bateau qu'ils ont construit eux-mêmes. Une dispute éclate entre les flibustiers. Whicker et ses compagnons maîtrisent les trois plus menaçants et prennent le contrôle du bateau.

Le , ils embarquent à bord du bateau avec cinq flibustiers, pour rejoindre la Nouvelle-Angleterre, en laissant sur l'île les trois hommes maîtrisés avec quelques vivres. Une erreur de navigation les entraîne au sud de Saint-Domingue, vers l'Île-à-Vache, où ils sont capturés à l'automne par Fermín de Salaverría, un corsaire espagnol membre d'une escadre armée par des armateurs du Guipuscoa pour chasser les pirates. Pendant six mois, ils sont forcés de travailler en mer et à terre comme des esclaves, et Jeremiah Atkins meurt de maladie. Les survivants sont libérés au printemps 1688.

Récit

Page de titre de l'édition originale (1689).

Pitman raconte ses aventures dans un récit publié à Londres en 1689, A Relation of the Great Sufferings and Strange Adventures of Henry Pitman, Chyrurgion to the Late Duke of Monmouth.

Publication

Pitman achève son récit le , dans son logement chez John Taylor. Imprimé par Andrew Sowle, le livre est mis en vente trois jours plus tard dans la boutique de Taylor,. Il compte une quarantaine de pages, dont neuf consacrées au récit de son compagnon John Whicker. Rentré lui aussi en Angleterre, ce dernier lui raconte ce que sont devenus les fugitifs restés sur l'île de la Tortue.

Analyse

L'historienne Sophie Jorrand définit le texte comme un « récit d'épreuve non fictionnel », qui est aussi un récit de voyages, « tantôt contraints et forcés, tantôt plus librement menés ». Publié peu après la Glorieuse Révolution, qui a renversé Jacques II à la fin de 1688, il s'inscrit dans le mouvement de dénonciation de la politique de l'ancien roi. Sous le règne de Guillaume III et de Marie II paraissent alors de nombreux récits de partisans de Monmouth, qui forment une sorte de « martyrologe » de la rébellion.

Parmi ces textes, celui de Pitman se distingue : alors que des dizaines de milliers de condamnés anglais, irlandais et écossais ont été envoyés en servitude dans les colonies aux XVIIe et XVIIIe siècles, il est l'un des rares témoignages de ce type conservés pour cette époque. Il contient en outre une copie du texte de loi voté par l'assemblée de la Barbade contre les rebelles déportés, un document dont on connaît peu d'exemplaires. Jorrand s'interroge sur la présence de ces cinq pages, que Pitman n'a pas pu retenir de mémoire. Il a pu les recopier une fois rentré en Angleterre, à moins que son imprimeur, Andrew Sowle, ne les ait ajoutées. Ce dernier pourrait aussi être l'auteur du titre, qui présente Pitman comme le « chirurgien du feu duc de Monmouth », alors que dans son récit il dit être venu voir l'armée rebelle par curiosité et n'avoir soigné les blessés des deux camps que par la force des choses.

L'historien Raynald Laprise, qui a confronté le récit aux archives anglaises, espagnoles et françaises, le juge « exact et digne de foi », malgré quelques erreurs, comme le prénom de Nipho ou la date de la mort de son frère. Ses descriptions de l'île sont si précises que l'historien et explorateur Tim Severin affirme, dans l'enquête qu'il publie en 2002, avoir retrouvé sur place l'emplacement probable du campement.

Pitman ne se présente jamais comme un rebelle. En tant que quaker, il insiste à plusieurs reprises sur le fait qu'il n'a jamais porté les armes, et le mot est toujours placé dans la bouche de ses adversaires, le juge George Jeffreys et le lieutenant-gouverneur de la Barbade, Edwin Stede, qui incarnent à ses yeux l'arbitraire du pouvoir royal et la menace « papiste ». Selon Jorrand, sa rébellion naît après coup, d'un profond sentiment d'injustice, et se prolonge dans la publication de son récit.

Le récit met aussi en scène des flibustiers très politisés. Ceux de l'île de la Tortue se disent rebelles eux aussi et affirment qu'avec un millier d'entre eux, Monmouth aurait mis en déroute l'armée royale. Pitman les qualifie d'abord de « corsaires » (privateers), puis de « pirates » lorsqu'ils brûlent sa chaloupe. Ceux de Headley, qui déplorent la défaite de Monmouth et acceptent de l'embarquer, redeviennent sous sa plume des « corsaires ».

Pour l'historien Marcus Rediker, l'évasion de Pitman est en outre un exemple concret de marronnage maritime, la fuite par la mer des serviteurs et des esclaves, un phénomène dont on connaît peu le déroulement réel.

Pour Jorrand, le récit exprime, au-delà d'une politique de la rébellion, « une éthique de la rupture nécessaire », justifiée par les circonstances, qui défend une indépendance politique et religieuse protestante, aussi éloignée de l'anarchie que du « papisme absolutiste ».

Rééditions

Le récit de Pitman tombe dans l'oubli pendant près de deux siècles, jusqu'à ce que le bibliographe Edward Arber (en) le redécouvre et le réédite dans le septième volume de son anthologie An English Garner, en 1883. Cette édition est reprise en 1903 dans le recueil Stuart Tracts, 1603-1693, préfacé par l'historien Charles Firth.

Une traduction française, réalisée par Sophie Jorrand, paraît en 2019 aux éditions Anacharsis sous le titre Aventures dans les Caraïbes, avec une préface, des cartes et des documents d'époque.

En 2022, Holly Brewer et Lauren Michalak en proposent une édition en ligne établie à partir du texte original de 1689, accompagnée d'un fac-similé, sur le site universitaire Slavery, Law, and Power in Early America and the British Empire.

Postérité

Robinson Crusoé

Le roman de Daniel Defoe, Robinson Crusoé (1719), est traditionnellement rattaché à l'histoire d'Alexander Selkirk, un marin écossais abandonné plus de quatre ans sur une île de l'archipel Juan Fernández, au large du Chili. Depuis la fin du XIXe siècle, plusieurs chercheurs y voient aussi l'influence du récit de Pitman.

Le premier à faire le rapprochement est Edward Arber (en). Dans sa réédition du récit de Pitman en 1883, il relève la ressemblance entre le départ de Whicker, qui abandonne trois flibustiers sur l'île, et celui de Crusoé, qui laisse derrière lui des mutins menés par un certain Will Atkins. Ce personnage porte, par ailleurs, le même nom que Jeremiah Atkins, l'un des compagnons d'infortune de Pitman. En 1924, l'universitaire américain Arthur Wellesley Secord range le récit de Pitman parmi les sources dont Defoe s'est certainement servi.

En 2002, Tim Severin relève de nombreux points communs entre les deux récits. Pitman comme Crusoé connaissent d'abord une forme d'esclavage, puis s'enfuient sur une petite embarcation, avec des provisions et des outils très semblables. Sur leur île, ils chassent les tortues, fabriquent des poteries, craignent les cannibales et prennent avec eux un Indien, qui préfigure le personnage de Vendredi. Pour Severin, Selkirk a sans doute donné à Defoe l'idée du roman, mais Pitman en est le véritable modèle. Contrairement à Selkirk, qui n'a rien publié et vivait sur une île du Pacifique, Pitman a laissé un récit détaillé de sa vie sur une île des Caraïbes, en vue des côtes sud-américaines, comme celle de Crusoé.

Severin établit aussi un lien concret entre les deux hommes. Une publicité imprimée à la fin de l'édition originale du récit de Pitman révèle qu'il vivait et vendait ses remèdes chez le libraire John Taylor, dont le fils, William Taylor, publiera Robinson Crusoé trente ans plus tard. Par ailleurs, Defoe avait lui aussi pris part à la rébellion de Monmouth, et son nom figure dans le même mandat de grâce que celui de Pitman. Severin juge très probable que Defoe ait connu Pitman, ou ait au moins entendu parler de lui. L'historienne Sophie Jorrand juge elle aussi « possible, pour ne pas dire vraisemblable » qu'ils se soient rencontrés. Severin relève toutefois que le livre de Pitman n'apparait pas dans le catalogue de la bibliothèque de Defoe.

L'historien Marcus Rediker voit lui aussi en Pitman « le prototype réel, le modèle littéral du héros individualiste moderne ». Il souligne cependant que Defoe a transformé son histoire : alors que Pitman s'en est sorti grâce à ses compagnons, Crusoé est un homme seul, privé de tout lien social. L'historien Nicholas Rogers estime également que l'exil de Crusoé rappelle celui des partisans de Monmouth comme Pitman, déportés dans les Caraïbes.

En France, où Pitman restait méconnu, la traduction de son récit en 2019 fait connaître cette piste. Dans leur préface, Sophie Jorrand et l'éditeur Frantz Olivié rappellent à leur tour que les deux hommes venaient d'un milieu protestant acquis à la rébellion de Monmouth, et que Defoe était commerçant dans le quartier de la cathédrale Saint-Paul, où Pitman était installé.

Capitaine Blood

Le récit de Pitman a aussi inspiré le romancier Rafael Sabatini pour Le Capitaine Blood (Captain Blood, 1922), dont le héros, Peter Blood, est un médecin condamné pour avoir soigné un rebelle de Monmouth, puis vendu comme serviteur à la Barbade. L'historien local de Yeovil Bob Osborn affirme que le roman repose presque entièrement sur les aventures de Pitman.

Selon l'autrice Cindy Vallar, Sabatini reprend plusieurs éléments du récit : le planteur Robert Bishop devient le colonel Bishop, maître de Peter Blood, John Nuthall devient Nuttall, et la liste des provisions emportées pour l'évasion est reproduite presque mot pour mot, avant que le roman ne s'écarte du récit, Blood s'emparant d'un navire espagnol lors d'un raid sur la Barbade.

Fiction radiophonique

En 2019, France Inter consacre à Pitman un épisode de son émission de fictions historiques Autant en emporte l'histoire, intitulé « Henry Pitman, le vrai Robinson Crusoé », écrit par Christine Spianti.

Œuvres

Notes et références

Notes

  1. ↑ Les dates sont données dans le calendrier julien, en usage en Angleterre jusqu'en 1752. Il faut leur ajouter dix jours pour obtenir la date correspondante du calendrier grégorien.
  2. ↑ Cette crainte était sans fondement, l'île étant espagnole et christianisée depuis le XVIe siècle.
  3. ↑ Inhabitée, l'île appartient à l'Espagne, mais ses salines naturelles attirent des navires étrangers.
  4. ↑ Rediker et Osborn situent le séjour des fugitifs sur l'île de Margarita. Le récit de Pitman désigne pourtant l'île de « Saltatudos », c'est-à-dire l'île de la Tortue.
  5. ↑ D'après Laprise, ce séjour a plutôt duré deux mois.
  6. ↑ Chez les flibustiers, tout homme embarqué devient membre de l'équipage et a droit à une part du butin.
  7. ↑ Les pirates avaient l'habitude de brûler leurs navires pour se débarrasser d'un bâtiment compromettant, susceptible de servir de preuve de piraterie.
  8. ↑ Ou Bridges, selon les sources. Pitman ne nomme pas le gouverneur, qui est identifié grâce aux archives coloniales.

Références

  1. 1 2 3 4 5 6 7 (en) « Henry Pitman », sur Yeovil's Virtual Museum,
  2. ↑ Rediker 2014, p. 46.
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Jorrand 2019, p. 33-51.
  4. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 (en) « Henry Pitman's A Relation of the Great Suffering (1689) », sur Slavery Law & Power in Early America and the British Empire,
  5. ↑ Rediker 2014, p. 46-47.
  6. ↑ Rediker 2014, p. 48.
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  9. ↑ Rediker 2014, p. 49.
  10. 1 2 Laprise 2022, p. 3-4.
  11. ↑ Rediker 2014, p. 49-50.
  12. 1 2 3 Laprise 2022, p. 4.
  13. ↑ Rediker 2014, p. 52.
  14. ↑ Laprise 2022, p. 5.
  15. ↑ Rediker 2014, p. 55-61.
  16. ↑ Laprise 2022, p. 4-5.
  17. ↑ Laprise 2022, p. 7.
  18. ↑ Rediker 2014, p. 55-56.
  19. ↑ Laprise 2022, p. 10-11.
  20. 1 2 3 4 Laprise 2022, p. 11.
  21. 1 2 Laprise 2022, p. 15.
  22. ↑ (en) « First shipwrecks linked to real pirates of the Caribbean found in Bahamas », sur Live Science,
  23. 1 2 Laprise 2022, p. 16.
  24. ↑ Laprise 2022, p. 15-16.
  25. 1 2 (en) « Defoe, Dorset and the Bloody Assizes », Digital Defoe, vol. 13, no 1,‎ (lire en ligne)
  26. 1 2 3 4 5 6 Severin 2002, p. 320-332.
  27. ↑ Laprise 2022, p. 16-17.
  28. ↑ Laprise 2022, p. 17-19.
  29. 1 2 Rediker 2014, p. 189.
  30. ↑ Rediker 2014, p. 59.
  31. ↑ (en) « Cruising for Crusoe », sur Living on Earth,
  32. ↑ Rediker 2014, p. 47.
  33. ↑ (en) An English Garner, t. 7, Birmingham, E. Arber, , p. 333-378
  34. 1 2 « Découvrez l'histoire vraie derrière Robinson Crusoé », sur France Culture,
  35. ↑ Secord 1924, p. 90-92.
  36. ↑ Rediker 2014, p. 62.
  37. ↑ Rogers 2021, p. 19.
  38. ↑ (en) « Captain Blood: The History behind the Novel », sur Pirates and Privateers,
  39. ↑ « Henry Pitman, le vrai Robinson Crusoé, de Christine Spianti », sur France Inter,

Annexes

Bibliographie

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Liens externes