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Albert Otto Hirschman |
| Nom de naissance |
Otto-Albert Hirschmann |
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Albert Hermant |
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Eugenio Colorni (beau-frère) Altiero Spinelli (beau-frère) |
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| Distinctions | Liste détaillée Silvert Award () Doctorat honoris causa de l'Institut d'études politiques de Paris () Doctorat honoris causa de l'université Paris-Nanterre () Doctorat honoris causa de l'université Grenoble-II () Prix Toynbee (en) () Docteur honoris causa de l'université complutense de Madrid () Benjamin E. Lippincott Award (The Passions and the Interests: Political Arguments for Capitalism before Its Triumph (d)) () Great Immigrants Award (en) () Prix Leontief () Docteur honoris causa de l'université libre de Berlin Distinguished Fellow of the American Economic Association Docteur honoris causa de l'université de Trèves |
Albert Otto Hirschman (né le à Berlin, sous le nom de Hirschmann, et mort le dans le New Jersey aux Etats-Unis) est un économiste initialement allemand, puis naturalisé américain, de formation multinationale et un socio-économiste hétérodoxe. Ses recherches pluridisciplinaires rendent difficile sa classification dans l'une des disciplines auxquelles il a contribué telles que l'économie, les sciences politiques ou la sociologie. Progressiste, il analyse pour les discréditer les arguments des politiques qu'il qualifie de réactionnaires.
Hirschman est né à Berlin (Allemagne) de Carl et Hedwig Marcuse Hirschmann, dans une famille juive. Son père est un chirurgien connu. Il est le frère cadet d'Ursula Hirschmann, qui sera résistante et femme politique et deviendra la femme d'Altiero Spinelli. Il fait ses études au Lycée français de Berlin où il reçoit une éducation classique (grec et latin). À seize ans, il devient militant socialiste, adhère aux Jeunesses socialistes du Parti social-démocrate (SPD) allemand avec lesquelles il s'oppose, parfois physiquement et violemment, aux nazis. Après la prise de pouvoir d'Adolf Hitler, il poursuit son militantisme par des activités illégales de propagande.
En 1933, après la mort de son père, il quitte l'Allemagne pour la France, où il poursuit ses études supérieures à l'École des hautes études commerciales et à la Sorbonne, puis au Royaume-Uni à la London School of Economics. En 1936, il part pour l'Espagne, combattre dans les rangs de l'armée républicaine espagnole. Jusqu'en 1938, il étudie à l'université de Trieste, où il obtient un doctorat d'économie. Comme sujet de thèse, il a apporté depuis la France un manuscrit qu'il traduit en italien et qu'il présente sous le titre Le franc Poincaré et sa dévaluation. Il s'engage dans l'opposition clandestine à Benito Mussolini. Contraint à l'émigration à cause des lois anti-juives, il rejoint un groupe de volontaires allemands et italiens de l'armée française. Après la signature de l'armistice, il participe activement, avec le journaliste Varian Fry, à la protection et à l'exfiltration de personnes menacées par le régime de Vichy.
En , muni de faux papiers au nom d'Albert Hermant, établis à l'instigation de Juliette et de Paul Cabouat, après avoir assisté Varian Fry à Marseille, il est obligé de fuir aux États-Unis, où il obtient une bourse de recherche Rockefeller à l'université de Californie à Berkeley (1941-1943). En 1941, il épouse Sarah Chapiro, une spécialiste de philosophie et de littérature française d'origine russo-lithuanienne, avec qui il a deux filles. Il devient citoyen américain en 1943. Il revient en Afrique du Nord au service du commandement allié de l'armée des États-Unis (1943-1946), puis travaille à la réserve fédérale (1946-1952) pour la reconstruction économique de l'Europe sous l'égide du Plan Marshall.
En 1952, il se rend en Colombie pour être conseiller économique du Concejo de Planificacion Nacional puis, à partir de 1956, conseiller dans le privé. De retour dans le monde académique, il obtient des postes dans les plus grandes universités américaines : Yale (1956-1958), Columbia (1958-1964), Harvard (1964-1974) et au Institute for Advanced Study à Princeton (1974-1985).
En 1985, il prend sa retraite et est nommé professeur émérite.
La rencontre entre la politique et l'économie occupe une place de premier plan dans sa réflexion et son œuvre.
Durant les quelques mois où il réside en Italie à la fin des années 1930, il rédige une étude écrite en français sur les finances et l'économie italienne. Il y montre notamment, qu'en dépit de la gestion habile de l'économie, la politique autarcique et la préparation de la guerre menée par le gouvernement italien ont eu pour conséquence la croissance hypertrophique du secteur public, des signes d'appauvrissement de la population et l'asphyxie de l'appareil productif et financier.
L’utilisation des relations économiques internationales comme instrument de puissance entre les États a constitué l'une des caractéristiques de la période précédant la Seconde Guerre mondiale.
Partant de ce constat, Albert Hirschman étudie dans son ouvrage National power and the structure of foreign trade (1945) de quelle manière le système du commerce international peut être exploité « pour créer des rapports d’influence, de dépendance et même de domination ». Le pouvoir d'organiser et de régler le commerce extérieur devrait, selon Hirschman, être retiré à chaque nation et conféré à une autorité supranationale ayant une mission de supervision et d’organisation des mécanismes du commerce mondial. S'il a décrié plus tard ces propositions comme étant « ingénues », elles trouvent alors un écho dans les idées de fédéralisme européen qui se développent à cette époque.
En 1958, Hirschman publie un ouvrage sur l’économie du développement, The Strategy of Economic Development, qui est l'un des textes fondateurs de ce nouveau champ de recherches.
Il affirme la spécificité des pays en développement, ce qui le conduit à rejeter l'analyse économique standard pour étudier ces pays. Ce livre s'inscrit dans la trilogie dans laquelle Hirschman voulait célébrer, chanter l'épopée du développement, son défi, son drame, sa grandeur. En 1963 paraît ainsi Journeys Toward Progress puis en 1967, Development Projects Observed.
Dans son livre de 1958, il présente ses stratégies de développement économique. L'idée de croissance déséquilibrée, qui rencontra un vif intérêt parmi les pays en développement dans les années 1960, y est formulée. Hirschman voit dans la croissance une succession de déséquilibres, car la croissance se manifeste d'abord dans certains secteurs ou certaines régions, avant de s'étendre au reste de l'économie.
« Our aim must be to keep alive rather than eliminate the disequilibria of which profits and losses are symptoms in a competitive economy. If the economy is to be kept moving ahead, the task of development policy is to maintain tensions, disproportions, and disequilibria. That nightmare of equilibrium economics, the endlessly spinning cobweb, is the kind of mechanism we must assiduously look for as an invaluable help in the development process. »
— The Strategy of Economic Development, p.66
Il existe des liaisons entre les branches industrielles : dans le cas de liaisons en amont (backward linkages), la mise en place d'une industrie va créer une demande pour des intrants (ou input, par exemple l'industrie automobile a besoin d'acier) ; dans le cas de liaisons en aval (forward linkages), le produit d'une industrie peut devenir le facteur de production d'une autre industrie (le forage pétrolier permet la création d'une filière de pétrochimie). Hirschman préconise donc de concentrer les efforts d'investissement sur un nombre limité de secteurs, qui auront été sélectionnés pour leurs effets d'entraînement, afin de créer des pôles de croissance. Un secteur clé sera l'industrie lourde.
À l'époque, ce concept s'opposait à l'idée de croissance équilibrée prônée notamment par Rosenstein-Rodan, Nurkse, Arthur Lewis et Scitovsky (en).
En 1970, il publie son ouvrage le plus connu, Exit, Voice, and Loyalty : Responses to Decline in Firms, Organizations, and States. Il montre que les individus ont à leur disposition trois choix lorsqu'ils sont mécontents :
Les distinctions d'Hirschman permettent ainsi de penser les conditions d'émergence ou de non-émergence de l'action collective (analyse transférable en sociologie politique).
Au cours de ces analyses de la situation en Amérique latine, Albert Hirschman découvre l'importance des conflits sociaux pour qu'apparaisse un apprentissage des compromis politiques. À la différence des conflits religieux ou ethniques, les conflits sociaux laissent, de façon fragile, émerger l'art de la conciliation, les protagonistes pratiquant la délibération, la prise de parole, la participation.
Dans Deux siècles de rhétorique réactionnaire (titre original : Rhetoric of reaction : perversity, futility, jeopardy), paru en 1991, et devenu un classique de la sociologie politique, Albert Hirschman propose une analyse des arguments réactionnaires développés principalement en France, en Angleterre et aux États-Unis, depuis la fin du XVIIIe siècle. Avec un certain pessimisme, il considère que chacune des principales étapes dans l'acquisition de nouveaux droits collectifs a été suivie de «contre-offensives idéologiques d'une force extraordinaire». Ces conflits violents ont entraîné le naufrage de nombreuses propositions de réforme.
La première thèse réactionnaire identifiée par Albert Hirschman est celle de l'effet pervers du changement (perversity) : pour les partisans de cette thèse, une révolution produit uniquement des effets funestes, pires que le mal qu'elle prétend guérir ; la liberté gagnée grâce au combat révolutionnaire se retourne en tyrannie. Ce type de raisonnement a été mobilisé pour la première fois à la suite de la Révolution française de 1789 par des auteurs contre-révolutionnaires comme Edmund Burke et Joseph de Maistre ; il est réapparu sous de nouvelles formes par la suite.
La deuxième thèse réactionnaire est celle de l'inutilité du changement politique (futility) ; A. O. Hirschman en attribue la paternité à Alexis de Tocqueville qui, en insistant sur les similitudes entre certaines structures de l'Ancien régime et des réformes mises en place par les révolutionnaires, suggère que la Révolution française était vaine, puisqu'elle n'a pas apporté de réelle transformation sociale. La formule d'Alphonse Karr en 1849, «plus ça change et plus c'est la même chose», condense cet argument réactionnaire.
Selon la troisième thèse réactionnaire, une nouvelle réforme mettrait en danger des droits conquis de haute lutte antérieurement et menacerait le consensus social (jeopardy). Elle a été mobilisée notamment dans l'Angleterre du XIXe siècle par les tories (les conservateurs) pour contrer leurs adversaires whigs ; « à chaque nouvelle proposition d'élargissement du suffrage ils proclamaient la ruine proche de la Constitution anglaise et des libertés traditionnelles par le pouvoir venu d'en bas ».
Hirschman remporta de nombreux prix, dont celui de l'académie américaine des sciences, le prix Talcott Parsons pour les sciences sociales en 1983, le prix Toynbee en 1997-1998 et la médaille Thomas Jefferson de la société américaine de philosophie[réf. nécessaire].
En 2007, le Conseil pour la Recherche en Sciences Sociales (Social Science Research Council) établit un prix annuel en l'honneur d'Hirschman.
En 2017, l'Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) de Genève (Suisse) crée le centre Albert Hirschman sur la démocratie, avec un soutien financier de la fondation Gnosis (Liechtenstein),.