Ignacia Jasso, la Viuda de González ( – ), plus connue sous le nom d'Ignacia Jasso ou sous son surnom La Nacha, est une pionnière mexicaine du trafic de drogue. Avec sa famille, elle crée l'un des premiers grands cartels de la drogue du nord du Mexique dans les années 1930 et contrôle une grande partie du trafic d'héroïne, de morphine, de marijuana et de chanvre à Ciudad Juárez jusqu'aux années 1970.
Ignacia Jasso se retrouve mêlée à des activités criminelles aux côtés de son mari dans les années 1920. Son mari est un agriculteur de Ciudad Juárez. Après la mort de son mari assassiné dans un bordel de Juárez, elle jure de venger sa mort et fait composer le premier « narcocorrido » en son honneur.
Elle continue les activités de trafic de drogue pour subvenir aux besoins de ses enfants. Enrique Fernández, cogérant d'une boîte de nuit voisine, est impliqué dans plusieurs entreprises criminelles et la persuade de rejoindre son organisation. Il devient son chef, et elle apprend beaucoup à ses cotés. Fernandez prend soin de se positionner en philanthrope social localement, investissant de l'argent dans des écoles, des orphelinats et des cadeaux pour les enfants du voisinage. Ce faisant, il crée ce qui devient une pratique généralisée chez les barons de la drogue afin d'obtenir le soutien du public et faire face à l'adversité des pouvoirs publics.
Elle commence avec un rôle mineur, et gère ensuite le trafic de drogue de Fernández, augmentant progressivement son pouvoir au sein de l'organisation. L'organisation est rapidement connue sous le nom de gang Fernández et exerce une influence considérable sur les autorités locales et étatiques, la première organisation criminelle à le faire. Pour contrôler le trafic de drogue, le duo élimine ses concurrents, notamment chinois, par une campagne de corruption, d'assassinats et d'intimidation. Son entreprise se développe tout au long des années 1930 et 1940, période durant laquelle une grande partie de la famille de Jasso s'implique dans des activités de commerce illicites. En plus de la production et du trafic de drogue, la famille se tourne vers d'autres industries, notamment la prostitution et le trafic d'alcool.
Ignacia Jasso est la première trafiquante mexicaine à recourir à des « cuisiniers » d’opium chinois pour fabriquer de la morphine. Quand ces derniers sont capturés, elle déplace la production à Guadalajara, la capitale pharmaceutique du Mexique, et elle s’associe à un ancien chimiste de la police. Elle invente également les premières salles de shoot ou picaderos. Elle emploie des femmes veuves pour injecter l'héroïne aux GIs américains. Elle fait preuve d'un esprit entrepreneurial aiguisé, s'adaptant au marché et quand la consommation se porte sur la marijuana, elle pousse son petit fils à prendre une place dans le nouveau marché.
Ses activités attirent l'attention du Bureau fédéral des stupéfiants, et de Harry J. Anslinger qui demande son extradition vers les États-Unis. Cette tentative échoue cependant, et Jasso est finalement envoyée à Islas Marias, une prison mexicaine historique de haute sécurité. Elle est libérée après la guerre et s'installe à Guadalajara, pour se faire discrète et jouer un rôle plus actif dans le ravitaillement. Sa famille dirige le cartel de la drogue à Juárez.
Le cartel de la drogue créé par Jasso est actif sur plusieurs décennies,, une source notant que le cartel est actif jusqu'aux années 1970. Après avoir fait plusieurs séjours en prison et en liberté, elle est morte dans un relatif anonymat. Bon nombre des tactiques actuelles des cartels de la drogue modernes au Mexique ont été inventées par Jasso. Cela inclut l'infiltration des services de renseignement et la corruption d'organismes publics, des évasions de prison réussies et la surveillance des voies d'approvisionnement, dont beaucoup sont encore gardées aujourd'hui par différents cartels, notamment les cartels de Sinaloa, de Juarez et de Tijuana. Son cartel est également la première organisation locale à contrôler le trafic de drogue, un marché auparavant dominé par les immigrants asiatiques.