Jean Chortasménos (grec : Ίωάννης ὁ Χορτασμένος), né vers 1370 et mort le , est un savant et religieux byzantin du début du XVe siècle.
Jean Chortasménos était notaire patriarcal à Constantinople en 1391, et devint proche du savant Michel Balsamon (protonotaire de la Grande Église jusqu'en 1397, puis πρωτέκδικος dans cette institution, et διδάσκαλος καθολικός à l'École patriarcale). Sur l'ordre du patriarche Matthieu Ier, Balsamon enseigna la géométrie et sans doute l'astronomie à Chortasménos, qui le tenait en très haute estime. Entre 1407 et 1410 environ, Chortasménos fut nommé à son tour διδάσκαλος καθολικός suivant une note manuscrite découverte par Michel Cacouros: sous ce titre (litt. « professeur universel »), Balsamon enseignait à la fois les ἑλληνικὰ μαθήματα (les disciplines profanes, c'est-à-dire la logique, la rhétorique, les sciences du quadrivium et les sciences naturelles) et les ἱερὰ γράμματα (l'exégèse biblique); Chortasménos, quant à lui, a enseigné ces disciplines, mais semble avoir peu touché à la théologie et à l'exégèse. Son enseignement se fit probablement, suivant Michel Cacouros, au Xénôn du Kral, où l'empereur Manuel II avait installé une sorte d'université appelée Katholikon Didaskaleion (ou Mouseion). Il eut parmi ses élèves, quand il était Katholikos didaskalos, Marc Eugénikos, Georges Scholarios et Basilius Bessarion.
À une date incertaine après 1410, il reçut la tonsure monastique sous le nom d'Ignace. Vers 1425, il devint métropolite de Sélymbrie, et peut-être son état de moine ne fut-il, selon la coutume de l'époque, qu'une période de préparation à l'épiscopat.
Jean Chortasménos fut un bibliophile et copiste de manuscrits prolifique et un professeur zélé. Il a copié en totalité ou en partie un certain nombre de manuscrits conservés, d'autres gardent de lui de petits textes ou des annotations marginales.
L'objet principal des cours de Chortasménos fut la Logique d'Aristote (les traités formant l'Organon), qu'il a enseignée notamment à Eugénikos, Scholarios et à Bessarion. Le manuscrit autographe Vindob. suppl. gr. 75 contient une « métaphrase » au livre II des Seconds Analytiques, texte mouvant complété par des gloses et annotations inter-linéaires et marginales, qui était un support d'enseignement. Le Lovianensis De Wulf-Mansion Centrum, également copié de sa main, contient, suivant les études de Michel Cacouros, des scholies et extraits de commentaires des Premiers et Seconds Analytiques et des Topiques, notamment d'Alexandre d'Aphrodise, de Thémistios, de Jean Philopon, de Michel Psellos, de Théodore Prodrome, de Léon Magentinos de Mitylène (XIVe siècle) et de Chortasménos lui-même.
On lui doit aussi une énorme compilation de textes astronomiques, réalisée entre 1404 et 1413, le Vat. gr. 1059, qui est également le reflet de ses cours: elle contient le Petit Commentaire de Théon d'Alexandrie, l'Hypotypose de Proclus, le Traité sur l'astrolabe de Jean Philopon, des extraits de la Syntaxe de Ptolémée, de textes d'Étienne d'Alexandrie, d'Isaac Argyre, de Théodore Méliténiotès, ces textes étant d'ailleurs mélangés, les exemples modifiés, et le tout étant entremêlé d'une foison de scholies, de notes et d'exercices. Dans le Paris. gr. 2399, antérieur au manuscrit précédent, il avait rassemblé un grand nombre de scholies anciennes sur le Petit Commentaire de Théon. Il a utilisé aussi comme manuel d'astronomie une version primitive de celui qui est attribué à Gemiste Pléthon (le « Proto-Pléthon »), qu'il a copié lui-même dans le Vat. Urb. gr. 80 et fait copier par son collaborateur Léon Atrapès dans le Marc. gr. 336; ce « Proto-Pléthon » pourrait être d'ailleurs, soit de Pléthon, soit de Chortasménos, soit de Balsamon. Dans le Paris. gr. 2342, Chortasménos a rédigé plusieurs pages d'annotations aux Éléments d'Euclide.
Jean Chortasménos est également célèbre auprès des bibliophiles pour le soin qu'il a pris de certains manuscrits: ainsi, en 1406, il fait réaliser une nouvelle reliure pour le fameux « Dioscoride de Vienne » (Vindob. med. gr. 1), et y transcrit les textes en écriture minuscule, l'onciale étant devenue illisible pour les médecins de son temps. Une discussion entre spécialistes a également eu lieu sur sa possible intervention sur le Vat. gr. 1209 (le plus vieux manuscrit de la Bible, passé de Constantinople à Rome entre 1443 et 1475).
En dehors de ces travaux, Jean Chortasménos a laissé aussi des textes courts dans les domaines de la rhétorique et du droit, des poèmes et des lettres. Il écrivit en outre une Vita Constantini (BHG 362), c'est-à-dire une vie de l'empereur Constantin le Grand, conservée dans le manuscrit Cod. Ottob. gr. 441, dans lequel seule la Vita Constantini présente un caractère hagiographique. Cette œuvre se distingue par son style élaboré ainsi que par la représentation de Constantin comme un lettré, aspect rarement mis en avant dans les autres hagiographies byzantines. Le texte témoigne également d’une connaissance approfondie de la littérature païenne du IVe siècle, en mentionnant les Césars de l’empereur Julien ainsi que l’Oraison funèbre de Libanios dédiée à ce Julien (Or. 18).