Proclus

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Proclus
Fonction
Scholarque de l'Académie platonicienne
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Biographie
Naissance
Décès
Nom dans la langue maternelle
Πρόκλος ὁ ΔιάδοχοςVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
ΠρόκλοςVoir et modifier les données sur Wikidata
Domicile
Proclus's House (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Autres informations
Mouvement
Maîtres
Influencé par
Œuvres principales
Sur le premier livre des Éléments d'Euclide (d), Éléments de théologie‏ (d), Théologie platonicienne (d), Institutio physica (d), Exposé sommaire des hypothèses employées par les astronomes (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
La page 2 de Procli Diadochi Lycii Institutio Physica (publié sous la direction de A. Ritzenfeld à Leipzig en 1912). Copie du manuscrit conservé par la British Library (Harley MS 5685, fol. 133r).

Proclus (Proclus de Lycie ou Proclus de Byzance) ou Proclos, en grec ancien Πρόκλος / Próklos, né le 7 ou à Byzance et mort le à Athènes, surnommé « le Diadoque » (διάδοχος, successeur), fut un philosophe néoplatonicien de l'école néoplatonicienne d'Athènes. La forme Proclus, très fréquemment utilisée en français, est la forme latinisée.

Biographie

La vie de Proclus nous est connue pour l'essentiel grâce à son successeur Marinus, qui rédigea un éloge funèbre mêlant hagiographie et témoignage direct.

Il naît dans une riche famille de Byzance, fils de Patricius et Marcella, deux Lyciens, probablement le 7 ou le . Selon la tradition, le nom même de « Proclus » aurait été choisi en opposition délibérée à celui d'« Anticlus », héros homérique enfermé dans le cheval de Troie et réduit au silence par Ulysse : là où Anticlus se taisait, Proclus était destiné à parler et à ne jamais cesser de le faire. Il est éduqué à Xanthos, en Lycie, où il manifeste dès l'enfance une mémoire prodigieuse. La déesse Athéna lui apparaît en songe et l'exhorte à se consacrer à la philosophie. À Alexandrie, il devient le disciple d'Olympiodore l'Ancien en philosophie et étudie les mathématiques auprès d'un certain Héron. Il refuse d'épouser la fille d'Olympiodore et demeurera célibataire toute sa vie, par ascèse autant que par tempérament.

À l'âge de vingt ans, il se rend à Athènes pour suivre l'enseignement des philosophes platoniciens de l'école néoplatonicienne d'Athènes. Il étudie d'abord auprès de Plutarque d'Athènes, dit Plutarque le Jeune, fondateur et chef de cette école vers 400, dont il devient l'un des élèves les plus proches ; il est alors condisciple de Hiéroclès d'Alexandrie. Il passe ensuite sous la direction de Syrianos, qui l'initie à la logique, à la morale, à la politique, à la physique, puis à la théologie. Il approfondit Aristote, Platon, les écrits orphiques et les Oracles chaldaïques. Proclus tient Plutarque d'Athènes pour son « grand-père » intellectuel et Syrianos pour son « père ». La fille de Plutarque, Asclépigénie, l'initie aux rites de la théurgie — conjurations, formules, rites magiques et maniement des instruments sacrés. Une anecdote tardive, probablement forgée à l'époque de Psellos, prétend que Proclus aurait un jour invoqué par erreur l'ombre d'Anticlus au lieu de celle d'Achille, et que le héros muet serait resté là, immobile et bouche cousue, jusqu'à l'aube, au grand embarras du théurge.

À la mort de Plutarque d'Athènes (432), Syrianos devient le deuxième scolarque de l'école néoplatonicienne d'Athènes. Lorsque Syrianos meurt à son tour (438), Proclus lui succède comme troisième scolarque. Il entreprend alors la plus vaste synthèse philosophique de la toute fin de l'Antiquité grecque, édifiant un système d'une architectonique vertigineuse qui influencera durablement la pensée médiévale, tant arabe que latine. Parmi ses disciples figurent Ammonios (fils d'Hermias), qui illustrera l'école néoplatonicienne d'Alexandrie à partir de 475, et Marinos de Néapolis, qui lui succédera à la tête de l'école d'Athènes.

Son effort résolu pour contrer le christianisme alors dominant lui vaut une année d'exil en Lydie, épreuve qu'il semble avoir supportée avec une certaine sérénité stoïque.

Les cinq dernières années de sa vie, Proclus souffre d'une maladie de langueur qui réduit peu à peu son activité. Il meurt le , âgé de 73 ans, à Athènes. « Il fut enterré près du Lycabette, là -même où repose le corps de son maître Syrianos. » Certaines sources apocryphes mentionnent qu'on aurait gravé sur sa stèle, en plus de son propre nom, celui d'Anticlus,- comme pour achever enfin, dans la pierre, le dialogue entre celui qui parle et celui qui se tait.( ou est la référence ?)

Il menait une vie sociale, professionnelle et politique d'une intensité remarquable. « Le même jour, il donnait cinq classes d'exégèse, parfois même plus, écrivait le plus souvent environ sept cents lignes, puis allait s'entretenir avec les autres philosophes, et, le soir, donnait encore d'autres leçons qui, elles, n'étaient pas mises par écrit. »

Les archéologues ont mis au jour les vestiges de la maison de Proclus, à proximité de l'Acropole.

Philosophie

Néoplatonisme

Il est, comme son maître Syrianos, concordiste : il pense que les diverses théologies (Homère, Orphée, Platon...) s'accordent.

Son œuvre est principalement constituée de commentaires de Platon. Le premier est le Commentaire sur le Timée, rédigé dès 439, à 27 ans, et pythagorisant. Suivent le Commentaire sur le Premier Alcibiade, le Commentaire sur les Oracles chaldaïques (442), le Commentaire sur le Parménide, les Éléments de théologie (vers 480 ?). On ne sait pas situer chronologiquement la Théologie platonicienne et le Commentaire sur La République.

Commentaire sur le Timée

Dans son Commentaire sur le Timée, Proclos admet 9 niveaux de réalité : Un, être, vie, esprit, raison, animaux, plantes, êtres animés, matière première. Il pose une hiérarchie des dieux en neuf degrés :

  1. l'Un, premier dieu ;
  2. les hénades ;
  3. les dieux intelligibles ;
  4. les dieux intelligibles-intellectifs ;
  5. les dieux intellectifs ;
  6. les dieux hypercosmiques ;
  7. les dieux encosmiques ;
  8. les âmes universelles ;
  9. les anges, démons, héros.

Selon Proclos, le sujet principal du Timée est l'âme, créée par le démiurge en 35a. Il la théorise alors comme l'entre-deux entre l'être et le devenir, qui contient toutes les oppositions à égalité. Ainsi, l'intelligible est plus un que multiple, le sensible plus multiple qu'un, mais l'âme est les deux à égalité, et elle est ainsi la médiatrice universelle, qui permet de faire passer la providence de l'esprit sur le monde créé. Cependant, chaque genre est présent à chaque niveau, mais à des degrés différents. L'âme est donc d'un côté l'image de l'intelligible et le modèle du sensible. Il théorise également le statut de l'âme individuelle: voulant trouver un entre-deux entre Plotin, qui affirme qu'une partie de l'âme reste toujours pure, et Jamblique, chez qui l'âme descend entièrement, Proclus affirme que, pour être médiatrice entre l'éternel et le temporel, elle doit avoir un côté éternel (qui ne peut être que son hypostase) et un temporel (par ses puissances et ses actes). Le fait que le fond de son être soit éternel lui permet également d'expliquer ce qu'il nomme "la double vie de l'âme": car si elle est automotrice (comme on la définit depuis le Phèdre), alors d'un côté elle est toujours en mouvement, donc temporelle, et pourtant elle se donne à elle-même ce mouvement, donc le doit posséder originellement avant son actualisation, de manière éternelle.

Commentaire sur le Parménide

Le Commentaire sur le Parménide a une importance particulière, car il poursuit la tradition apophatique du néo-platonisme, déjà largement initiée par Plotin : l'Un est ineffable et on ne peut l'exprimer que par une dialectique négative. C'est donc dans ce commentaire que Proclos aborde la théorie de la négativité. Il distingue trois types de propositions négatives: les propositions négatives inférieures aux affirmatives (ce qui correspond ontologiquement à la matière), égales aux affirmatives (correspondant au non-être au sein de l'être dans le Sophiste) et supérieures (correspondant à l'Un au-delà de l'être). Ces dernières sont supérieures en ce qu'elles ne sont pas privatives mais productrices des affirmations: ainsi, dire que l'âme ne parle pas ne signifie pas simplement qu'elle est muette, mais qu'elle engendre la parole, car tout principe fonde un ordre qu'il transcende. C'est donc nier l'effet de sa cause. Ainsi, toute négation productrice peut être dite de l'Un, qui crée tout parce qu'il n'est rien lui-même. Cette inversion, qui fait que la théologie négative se double nécessairement d'une ontologie exhaustive, est la clé de lecture du Parménide selon Syrianus, tel que le rapporte Proclos: les négations de la première hypothèse engendrent toutes les négations de la deuxième. Par là, il montre que l'unité coïncide avec le non-être lui-même, car l'unité exprime toujours la négation du fait multiple. Il fonde également une typologie du non-être, qu'on peut classifier selon son rapport avec l'être: il y a d'abord ce qui est en dessous et inférieur à l'être; ce non-être est la matière lorsqu'il est par nature, et la chose en devenir lorsqu'il est par accident. Il y a celui avec l'être, l'altérité. Au-dessus de l'être est le non-être par transcendance, qui n'est pas ou sens où il ne peut être qualifié par rien. Enfin, il y a, hors de l'être, le néant, qui n'est absolument pas et est impensable.

En commentant la première partie du dialogue, Proclos élabore en même temps la théorie des Idées. Tout d'abord, les apories posées par Parménide à Socrate ne sont pas des manières de réfuter la théorie mais de la raffiner, notamment en retirant la manière matérielle qu'on a naturellement de penser la participation comme partition. Il pose six arguments pour prouver l'existence des Idées, dont voici un exemple: dans l'engendrement, il y a des raisons qui déterminent la nature de l'engendré; ces raisons étaient en puissance en dans la cause (le sperme par exemple). Or, l'acte précède toujours la puissance (reprise d'Aristote): donc il doit y avoir ces raisons en acte dans la cause du monde qu'est la Nature.Surtout, il réfléchit aux conditions d'existence des Idées: le problème majeur est celui de leur participation entre elles. En effet, en tant que plus proche du premier principe, le monde intelligible doit être plus uni que le monde sensible, pourtant, chaque Idée doit être un caractère pur pour être parfaitement ce qu'elle est. Pour concilier ces exigences contradictoires, Proclos va faire en sorte que chaque Idée contienne toutes les autres mais tout en conservant son individualité, et cela par son non-être interne, c'est-à-dire l'altérité: chaque Idée se définit par ce qu'elle n'est pas (la Justice n'est rien sinon elle-même), donc contient en elle la négation des autres, mais les contient bien en un sens. Elle se définit par rapport aux autres, par rapport à ce qu'elle nie, donc reste pure.

Ce commentaire est également important en ce qui concerne la manière dont le néoplatonisme interprète allégoriquement les dialogues de Platon. Ainsi, Socrate y représente la raison discursive en recherche, Zénon représente l'âme remplie des intuitions intellectives et Parménide y représente la pensée divine elle-même.

Théologie platonicienne

Proclos fut également l’auteur d’une vaste Théologie platonicienne, dont l'objet et la méthode sont ainsi décrits dans la préface (I, 2, p. 9 de la traduction française) :

« Au début, je ferai la collection de toutes les notions générales relatives aux dieux, que Platon enseigne, et j'examinerai la signification et la valeur des propositions fondamentales pour chaque degré de la hiérarchie ; au milieu du traité, j'énumérerai tous les degrés de la hiérarchie divine, je définirai, en suivant la manière de Platon, leurs attributs propres et leurs processions, et je ramènerai tout aux principes fondamentaux élaborés par les théologiens ; à la fin, je traiterai des dieux, tant hypercosmiques qu'encosmiques, qui ont été célébrés d'une manière dispersée dans les écrits de Platon, et je rapporterai leur étude aux classes universelles de la hiérarchie divine. »

L'un des enjeux principaux de la Théologie platonicienne est l'exégèse du Parménide comme présentation systématique, ordonnée, de l'ensemble de la théologie attribuée à Platon :

« Ainsi, le Parménide, chez les amoureux de Platon, allume la parfaite et totale lumière de la théologie ; après lui, les dialogues déjà cités se distribuent entre eux des parties de l'initiation aux mystères divins… (Théol. plat., I, 7, trad. fr. p. 32) »

Éléments de théologie

Les Éléments de théologie sont le premier traité de philosophie exposé selon la méthode euclidienne, à partir de théorèmes suivis de leur démonstration. Cette méthode d'exposition scientifique influencera Alain de Lille et plus tard Spinoza. Elle confère à la pensée de Proclos un ordre, une clarté, une systématicité qui faisait défaut à ses prédécesseurs. Proclos y affectionne la démonstration par l'absurde qui conclut à une hypothèse en éliminant toutes les autres, ce qui n'est pas sans analogie avec la méthode de Nagarjuna, par exemple.

Cette œuvre systématique commence avec le fondement de la pensée néoplatonicienne: l'un est nécessairement le principe du multiple. Ainsi, la première proposition démontre que nulle multiplicité ne peut exister sans unité (ce qui est également montré dans la Théologie Platonicienne II, 2 et au deuxième livre du Commentaire au Parménide), puis que l'unité, elle, peut exister sans multiplicité. Par conséquent, l'unité est toujours première, ce qui justifiera également le fait que toute ressemblance au sein d'une espèce doit provenir d'une monade possédant ce caractère originellement, ce qui est le concept même de l'Idée. Le premier principe est donc l'Un, ce qui n'est jamais qu'unité, et ceci permet d'identifier l'unité avec la bonté, car le Bien ne peut être que le plus fondamental; donc est l'Un lui-même. La septième proposition est également très importante, en ce qu'elle pose le principe hiérarchique selon lequel toute cause créatrice est supérieur à son effet.

Selon l'idéalisme platonicien, « un terme également présent à tous les termes d'une série ne peut les éclairer que s'il est non pas en l'un d'eux, ni en eux tous, mais avant eux tous ». Tel se présente le théorème fondamental du traité selon lequel les choses bonnes dépendent de la bonté, les choses éternelles de l'éternité, l'unité en toutes choses de l'Un. La méthode de Proclos consiste donc à construire une métaphysique à partir d'une classification des termes d'après leur généralité décroissante, en faisant de chaque terme général la cause de tous ceux qui en dépendent. Ainsi, l'Un ou unité est cause de toutes les choses dont on peut dire qu'elles sont unes.

Voici donc établi le principe de constitution des séries classées en ordre hiérarchique suivant leur degré de généralité ou de simplicité. Le sommet de toutes les séries est l'Un. Au-dessous se situe la série des unités, au-dessous celle de l'Être (puisque tout être est un), au-dessous la série de la vie, puis la série de l'âme. Chaque série ne forme pas seulement le terme d'un ordre logique, mais elle est comme un monde contenant toutes les espèces possibles d'un genre (l'Un, l'Être, la Vie) sous une forme indistincte. Chaque monde contient toutes les réalités possibles. Ce qui est contenu dans la série des hénades sous forme d'hénade est contenu dans la série de l'être sous forme d'être, etc. Le développement et la distribution de la réalité est donc commun à toutes les séries : les êtres se divisent comme les unités, les êtres vivants comme les êtres, les intelligences comme les êtres vivants, les âmes comme les intelligences. Mais, tandis que le terme général s'élève dans la hiérarchie en fonction de sa simplicité (le plus simple étant l'Un), au contraire, les êtres singuliers qui participent de son unité sont d'autant moins élevés qu'ils sont plus simples. Ainsi, les êtres sont moins élevés que les êtres vivants, les êtres vivants que les êtres intelligents, etc.

Émile Bréhier, par exemple, a pu reprocher à Proclos de figer toute la réalité dans une sorte d'ordre ou de hiérarchie immuable où chaque être a sa place définie de toute éternité et ne peut en changer, y évoluer, s'élever ou s'abaisser. Pourtant, l'âme, véhicule de lumière, en revêtant diverses enveloppes (corps primordial et éternel, corps médiant durable, corps éphémère indéfiniment renouvelable) se particularise au fur et à mesure qu'elle est destinée à agir dans le monde sous telle ou telle forme. À partir de là, on peut considérer l'hénologie proclusienne comme le déploiement d'un univers totalisé en chacune de ses parties, la manifestation d'une théophanie polycentrique, une monadologie holistique où chaque âme singulière n'en est pas moins le miroir de l'univers dans sa totalité.

De l'Éternité du Monde

Il publie De l'Éternité du Monde ou Dix-huit arguments sur l'Éternité du Monde, contre les chrétiens. Ce texte nous est parvenu par l'intermédiaire de Jean Philopon et par des traductions en arabe. Jean Philopon lui répondra point par point, en 529, dans son ouvrage Contre Proclus sur l’éternité du monde. Le théologien musulman al-Ach'ari le réfute aussi dans son Fî al-radd 'alâ al-falâsifah («De la réfutation des philosophes»).

Autres principes métaphysiques

Proclos est un penseur systématique mais diffus: il réexprime très souvent les mêmes idées en plusieurs de ses œuvres. On peut donc en lister pour elles-mêmes, sans référence unique à un écrit.

Une idée très importante chez Proclos est la distinction entre deux causalités: agir par l'acte et agir par l'être. La première est le fait d'agir par un mouvement ponctué, alors que la seconde est une action produite par la seule existence. Par exemple, l'âme anime le corps par son être même, car sa nature est de donner vie à ce à quoi elle se rend présente; mais apprendre est pour elle un acte qui suppose une volonté et une action ultérieures à sa simple présence. Cette distinction fondamentale permet de penser la causalité de l'Un: puisqu'il agit par son être (ou plus précisément par son sur-être, προειναι), il agit de manière éternelle, sans besoin de volonté ponctuelle et surtout sans se diminuer par cet acte, puisqu'il l'accomplit sans aucun mouvement.

En réponse au problème de la connaissance divine formulée dans le Parménide (à savoir que le Dieu ne connaitrait que les Idées, s'il connait parfaitement, non ignorerait le monde sensible), Proclos répond que la connaissance dépend moins de son objet que de son sujet: ainsi le Dieu connaît le contingent de manière nécessaire et le multiplié de manière unie. Cette réponse lui permet d'élargir ce principe à tout sujet connaissant: par exemple, l'opinion et la sensation peuvent avoir le même objet, comme une couleur, mais la première la pensera comme une essence, et la seconde ne fera que la percevoir immédiatement.

Cette dernière idée se rapproche d'une proposition encore plus essentielle: "tout est en tout, mais chacun sous son mode propre." Ce principe, qui a directement inspiré la monadologie de Leibniz, permet de penser la présence du premier principe à ses dérivés et inversement. Pour mieux le justifier, Proclos distingue également trois modes d'être: mode subsistent, mode causal, mode participatif. Ainsi, tout est dans l'Un sous le mode causal, c'est-à-dire en tant qu'il est cause, mais les Idées sont en tout sous le mode participatif. A cette idée se rapproche celle des hénades, que Proclos identifie aux dieux grecs. Il s'agit de la série suressentielle que l'Un déroule en propre, car chacune est une unité pure, qui se distinguent des autres par une propriété particulière. En fait, les hénades semblent être l'Un sous le mode causal, c'est-à-dire ce par quoi les êtres peuvent y participer médiatement.

Enfin, la triade est un concept majeur chez Proclos: le premier nombre est selon lui déjà triadique, de même que le premier polygone complet est le triangle. La raison en est que toute unité qui n'est plus pure, donc qui n'est plus l'Un lui-même, est nécessairement médiatisée par un processus en trois phases: manence (moment où l'effet est entièrement uni à sa cause et y coïncide), procession (moment où il s'en distingue) et conversion (moment où il tend à sa cause et lui ressemble). Fortement inspiré des genres du Philèbe, ce modèle lui permet d'explique à la fois la participation de l'effet à sa cause et en même temps la distinction entre les deux; et ces trois moments doivent être présents à chaque relation de causalité. Mais c'est ici une seule triade, alors que Proclos en thématise plusieurs, toujours selon le même schéma (par exemple: être/vie/pensée, intelligible/intelligible-intellectif/intellectif, monadique/dyadique/triadique): car si l'unité (=premier moment) n'est pas immédiate, comme elle l'est pour l'Un, alors elle doit accueillir une part de multiplicité (=deuxième moment) mais qu'elle doit ensuite ressaisir en une nouvelle unité, l'unité du mixte engendré (=troisième moment). Tout, sauf l'Un, obéit donc à la loi triadique, que Hegel considérera comme le plus grand concept du penseur.

Théurgie

Olympiodore le Jeune oppose chez les néoplatoniciens contemplatifs et théurgistes : « Beaucoup, comme Porphyre et Plotin, préfèrent la philosophie, d'autres, comme Jamblique, Syrianos et Proclos, préfèrent la théurgie (ιερατική) ».

Toute sa vie il aura vécu de façon religieuse, pour ne pas dire magique. « Nuit et jour, il se livrait à des rites apotropaïques, à des ablutions et à d'autres pratiques de purification, soit orphiques, soit chaldaïques, […] il s'abstenait de la chair des êtres animés. […] Il jeûnait certains jours, à la suite d'une apparition divine ». Il pensait être la réincarnation du néopythagoricien Nicomaque de Gerasa, mort en 196. Parmi les vertus, il met au sommet les vertus théurgiques.

Chez Proclos, la philosophie se double d'une théurgie. Après avoir reçu la révélation de sa vocation de la déesse Athéna elle-même, il se proclama en tant que philosophe « le hiérophante du monde entier ». Toute l'œuvre de Proclos consiste à déployer le contenu de l'âme sous forme métaphysique et théologique, l'âme étant « le milieu et le centre de tous les êtres ». A. Sheppard propose de distinguer trois aspects dans la théurgie proclienne : 1) pur rituel (magie blanche), 2) élévation de l'âme au degré de l'intellect et de l'intelligible, 3) union de 'l'un de l'âme' au dieu suprême.

Science

Proclos se consacra aussi à l'astronomie. Dans son Hypotypose, il exposa les hypothèses du système de Ptolémée. Il composa un résumé d'astronomie : La Sphère où il expose la théorie des cinq zones climatiques. Il a laissé des petits traités sur Hipparque et Ptolémée dont nous n'avons gardé qu'une traduction latine.

Pierre Duhem le rapproche de Simplicios de Cilicie, pour qui l'astronomie n'a pas tant la prétention d'atteindre la réalité intime du monde supralunaire, hors de portée de l'entendement humain, que celle de "sauver les phénomènes" - i.e. de décrire ou représenter au mieux les apparences célestes.

Il a écrit un commentaire sur le premier livre d'Euclide. Il s'agit de la principale source d'information parvenue jusqu'à l'époque contemporaine pour contextualiser l'œuvre d'Euclide.

Poésie

C'est par le codex 239 de la Bibliothèque de Photios que nous connaissons sa Chrestomathie, qui était un cours de littérature grecque dont Photius résume deux livres consacrés aux différents genres de la poésie grecque de l'Antiquité. L'attribution de cette œuvre est sujette à controverse, certains commentateurs estimant qu'il s'agit là d'un Proclos différent.

On doit à Proclos des poèmes de structure orphique.

Influence

L'influence de Proclos est considérable. Sa pensée agit sur ses successeurs immédiats à l'école d'Athènes : Ammonios, fils d'Hermias, Marinos de Néapolis, Isidore de Gaza, Damascios. Sa métaphysique inspire directement le Corpus Aréopagitique (Pseudo-Denys l'Aréopagite) qui influence toute la théologie négative chrétienne et s'étend, à travers la diffusion exceptionnelle du Livre des Causes (largement basé sur les Éléments de Théologie), à toute la tradition néo-platonicienne de l'islam (cosmologie d'Avicenne, par exemple), à la scolastique chrétienne (Alain de Lille, aux commentaires d'Albert le Grand et de Thomas d'Aquin, à Maître Eckart) et au néoplatonisme de la Renaissance (Nicolas de Cues, Marsile Ficin, Pic de la Mirandole, Giordano Bruno). Sa traduction en latin par Guillaume de Moerbeke (en 1273, 1280) a beaucoup fait pour sa diffusion. L'Eros de Proclus a possiblement influencé la notion de la nature dite primordiale de Dieu d'Alfred North Whitehead.

Bibliographie

Sources

Traductions françaises

consulter "un répertoire des sources philosophiques antiques"

Apocryphe

Études

Notes et références

  1. ↑ Marinus, Proclus ou sur le bonheur (486), trad. Alain-Philippe Segonds, Paris : Les Belles Lettres, 2001, CUF, 235 p.
  2. ↑ (en) Alexander Jones, « The Horoscope of Proclus », Classical Philology, vol. 94, no 1,‎ , p. 81-88 (lire en ligne) ; la date de naissance de Proclus est calculée à partir des données astronomiques d'un horoscope cité par Marinus, mais celui-ci affirme par ailleurs que Proclus a vécu 75 ans, ce qui contredit cette date (Jones 1999).
  3. ↑ La tradition reliant étymologiquement Proclus à Anticlus est toutefois considérée comme apocryphe par la critique moderne ; voir (en) Robert Lamberton, Proclus the Successor: Neoplatonism and the Interpretation of Homer, Yale University Press, , p. 24-26.
  4. ↑ D'où le surnom de « Diadoque » (successeur) donné à Proclus ; voir Maurice Caveing, dans Euclide, Les Éléments, Volume 1, Introduction générale, Livres I à IV (introduction Caveing, traduction et commentaires de Bernard Vitrac), PUF, 1990, p. 35.
  5. ↑ (en) Stephen Gersh, From Iamblichus to Eriugena: An Investigation of the Prehistory and Evolution of the Pseudo-Dionysian Tradition, Brill, , p. 1-15.
  6. ↑ A. Karivieri, The House of Proclus, dans Post-Herulian Athens, p. 119-136.
  7. ↑ Proclus, Théologie platonicienne, I, 5. H. D. Saffrey, Le néoplatonisme après Plotin, p. 143-158.
  8. ↑ Commentaire au Timée, Tome III
  9. ↑ Commentaire au Timée, Tome V
  10. ↑ Proclus, Commentaire au Parménide, Tome VI, §123
  11. ↑ Proclus, Commentaire au Parménide, Tome V, §105
  12. ↑ Proclus, Commantaire au Parménide, Tome III, §56
  13. ↑ Proclus, Commentaire au Parménide, Tome II
  14. ↑ (de) « "Clarifications" of Obscurity: Conditions for Proclus's Allegorical Reading of Plato's Parmenides », sur MEMO
  15. ↑ Proclus, Théologie platonicienne, t. I-III, texte établi et traduit par H. D. Saffrey et L. G. Westerink, Les Belles Lettres, Paris, 1968 pour le t. I dont cette citation est tirée.
  16. ↑ Eléments de théologie, proposition 1 à 13
  17. ↑ Émile Bréhier, Histoire de la philosophie. Tome 1 : Antiquité et Moyen Âge, PUF, (ISBN 9782130523826), p. 424
  18. ↑ Proclus, article de Jean Trouillard, Dictionnaire des philosophes, P.U.F., 1984, p. 2134-2135.
  19. ↑ ʻAbd al-Raḥmān Badawī, Histoire de la philosophie en Islam, J. Vrin, (lire en ligne), p. 270
  20. ↑ Jean Trouillard, « "Agir par son être même": La causalité selon Proclus », Revue des sciences religieuses, nos 32-4,‎ (lire en ligne)
  21. ↑ Commentaire au Parménide, Livre IV, §83
  22. ↑ Elements de théologie, Proposition 65
  23. ↑ Commentaire d'Euclide, p. 156
  24. ↑ Elements de théologie, Proposition 35
  25. ↑ Olympiodore d'Alexandrie le Jeune, In Platonis Phaedonem, éd. W. Norvin, 123.3. Eric Robertson Dodds, Les Grecs et l'irrationnel, 1959, trad., Flammarion, coll. "Champs", 1977, p. 301 : en grec.
  26. ↑ Marinus, Vie de Proclus, § 18 et 19, p. 22-23.
  27. ↑ Marinus, Vie de Proclus, § 28.
  28. ↑ H. Lewy, Chaldaean Oracles and Theurgy. Mysticism, Magic and Platonism in the Later Roman Empire, nouvelle édition, 1978.
  29. ↑ A. Sheppard, "Proclus' attitude to theurgy", Classical Quaterly, N. S. 32 (1982), p. 212-224.
  30. ↑ cf. Figure de la Terre dans l'Antiquité
  31. ↑ "Hypotyposes" de Proclus Diadochus, "Sauver les phénomènes" de Pierre Duhem (1908).
  32. ↑ Proclus de Lycie, Les commentaires sur le premier livre des Éléments d'Euclide, trad. P. Ver Eecke, Bruges, 1948, rééd. 1959.
  33. ↑ Les Éléments (préf. Maurice Caveing), PUF (1re éd. 1990), Introduction générale.
  34. ↑ Alix Parmentier, La Philosophie de Whitehead et le problème de Dieu, Beauchesne, Paris, 1968, p.414-415

Annexes

Articles connexes

Liens externes